Mai 3, 2016
Par Rebellyon
93 visites


Alors que le baccalauréat approche, un lycéen arrivé seul du Rwanda, où ses frères et sœurs ont été assassinés, est victime de la part du préfet du Rhône d’un scandaleux chantage aux résultats. “On lui laisse passer le bac et on avisera…” a déclaré le cabinet du préfet.

M. le Préfet du Rhône Sain Bel, le 28 avril 2016

M. le Sénateur du Rhône

Mmes et MM les députés

Mme la Ministre de l’Education nationale

Mme la Rectrice de l’Académie de Lyon

Mmes et MM les présidents et les élus des CCPA, Communauté de communes Beaujolais-Pierres Dorées et COR

Nous sommes des parents, des amis, des élèves, des enseignants, des voisins, des citoyens qui souhaitons vous alerter sur la situation inacceptable que subit actuellement Arnaud N’GABO, menacé d’expulsion vers le Rwanda par la préfecture du Rhône.

Cet élève de terminale S au lycée Germaine Tillion de Sain Bel est arrivé en France seul, il y a cinq ans. Pris en charge par les services sociaux, accueilli par une famille de Courzieu, il a débuté sa scolarité française en classe de quatrième au collège de Ste Foy l’argentière. Cette scolarité s’est déroulée avec suffisamment de succès pour le mener actuellement à l’aube de l’obtention d’un baccalauréat scientifique réputé particulièrement difficile.

Accueilli dignement en tant que mineur par la France, il est maintenant soumis à une obligation de quitter le territoire, prononcée par le tribunal administratif de Lyon du fait de sa majorité en 2015.

Sans aucune attache au Rwanda, sa mère et son frère ayant été assassinés, il a aujourd’hui reconstruit une vie dans la campagne des monts du lyonnais, entouré par les habitants et une famille d’accueil aimante qui a engagé depuis longtemps une procédure d’adoption.

Aucune attention n’a été portée à la qualité de son intégration, à la qualité des relations amicales qu’il a su tisser, à la qualité de son investissement scolaire, à la qualité de son implication dans des activités locales. Seule a été prise en compte une remarque, sur le bulletin scolaire précédant sa majorité, afin de justifier une décision d’expulsion inique. Nous tenons à dénoncer cette utilisation administrative des appréciations pédagogiques par un tribunal. Ceci remet en question le rôle formateur des enseignants du lycée à l’égard de tous les élèves ainsi que l’objectivité de leurs évaluations.

Actuellement en grande souffrance, soumis à l’arbitraire de décisions administratives injustes depuis plus d’un an, il est difficile pour Arnaud de préparer sereinement son examen, et plus généralement d’envisager un avenir.

En conséquence, nous réitérons instamment notre demande : un titre de séjour durable mention vie privée et familiale pour Arnaud N’GABO.

Une pétition rassemblant plusieurs milliers de signatures et la grève spontanée des élèves et personnels du lycée de Sain Bel, n’ont permis qu’un rendez-vous en préfecture. Celui-ci a abouti à une promesse non tenue d’obtenir un réexamen de sa situation courant avril. Lors de cette audience, un dossier complet attestant du bon déroulement de la scolarité d’Arnaud ainsi que des témoignages directs de sa parfaite intégration a été remis.

Aujourd’hui, de nouvelles mobilisations des élèves, des enseignants, des personnels, des parents d’élèves sont en cours. La pétition continue de recueillir chaque jour de nouvelles signatures et la réponse évasive du cabinet du préfet « on lui laisse passer le bac et on avisera… » n’est pas tolérable, ni humainement vis-à-vis d’un jeune en situation de stress, ni éthiquement.

Alors que l’échéance du baccalauréat se rapproche, nous souhaitons tous ardemment retrouver la sérénité indispensable à la préparation de l’examen dans des conditions normales. Ce qui signifie pour les élèves et les enseignants, très préoccupés par le sort d’Arnaud, une réponse juste, rapide et humaine de la préfecture.

Nous demandons une révision immédiate de la situation d’Arnaud N’GABO pour qu’il obtienne son titre de séjour.

L’ensemble de la communauté éducative du Lycée Germaine Tillion

Les représentants des parents d’élèves PEEP et FCPE

Les représentants des syndicats SNES, FO, UNSA-SE et SUD-Education Rhône de l’établissement soutenus par leurs représentants académiques




Source: