Septembre 16, 2022
Par Demain Le Grand Soir
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– « Je me sers de mes médias pour mener mon combat civilisationnel » Vincent Bolloré –

Il devait sortir le 29 septembre, aux Éditions Le Robert. Celles qui publient les dictionnaires. C’était un livre de blagues coécrit par l’humoriste Guillaume Meurice, un dictionnaire parodique, détournant l’actualité avec des définitions satiriques d’expressions. Mais Le Robert appartient à un géant de l’édition, le groupe Editis. Et ce groupe est sous contrôle du milliardaire d’extrême droite Bolloré.

Il y a un an déjà, le directeur des Éditions Le Robert avait fait savoir aux auteurs du projet de dictionnaire qu’une définition posait problème : « Faire long feu : Expression remplacée aujourd’hui par : révéler sur Canal+ les malversations de Vincent Bolloré ». Une manière de rappeler que le milliardaire avait viré les journalistes qui ne lui obéissaient pas lorsqu’il a racheté la chaîne Canal+. Et en particulier un humoriste. Décidément, le milliardaire n’aime pas rire.

Ces derniers jours, le « service juridique » d’Editis a incriminé 5 autres passages du livre, qui dénonçaient la précarité ou le gouvernement. Avant de carrément bloquer la sortie de l’ouvrage. La parution est « suspendue juste avant sa sortie » écrit Le Monde.

Cette affaire illustre la réduction massive et rapide de la liberté d’expression en France. Mais pas seulement. Elle révèle la mainmise quasiment totale d’un milliardaire d’extrême droite sur les médias et le monde de l’édition en France.

C’est un fait inédit dans l’histoire des médias depuis les années 1930 : un groupe géant, englobant de très nombreux médias audiovisuels (Canal+, CNews, Europe 1…) et écrits (Journal du dimanche, Paris Match…) est entre les mains d’un milliardaire qui affiche des idées d’extrême droite radicale. Le milliardaire Vincent Bolloré a acheté un empire médiatique destiné à servir la cause exclusive de l’extrême droite. Notamment pour le candidat Pétainiste Zemmour durant la campagne.

Bolloré ne contrôle pas qu’un empire de presse gigantesque, mais aussi Havas, l’une des plus grandes agences publicitaires au monde ; et tout le monde français de l’édition, puisque, contrôlant déjà Editis, le groupe Vivendi a ainsi pris le contrôle de la maison Hachette. Médiapart parle d’un « mouvement de concentration horizontale et verticale sans précédent dans le monde des médias, de la communication et de l’édition ». La majorité de ce qui sort des imprimeries et ce qui est dit dans les médias en France est sous contrôle d’un milliardaire néofasciste !

Bolloré est un héritier. Il a bâti son immense fortune en saignant les richesses de l’Afrique, notamment des forêts millénaires au Congo, mais aussi une forêt sacrée au Cambodge, ou en rachetant à bas prix des infrastructures en Afrique de l’Ouest. Cet argent est au service d’un projet politique, catholique intégriste et réactionnaire. Dès qu’il a pris possession de nouveaux médias, il les a purgé politiquement. Après avoir purgé les gêneurs il a notamment placé à la tête d’un média comme Paris Match son ami Patrick Mahé, ancien néo-nazi du groupe Occident.

Même causes, mêmes effets : nous sommes presque exactement dans la configuration des années 1930, avec des ultra-riches qui tentent d’installer un pouvoir fasciste pour consolider leurs privilèges par un régime autoritaire. À la différence près que dans les années 1930, un mouvement syndical et révolutionnaire, avec des journaux puissants, constituaient d’importants contre-pouvoirs. Aujourd’hui, la gauche est en lambeaux, les contre-pouvoirs quasiment réduits à néant. Il est urgent de faire front, de soutenir les médias indépendants, les oppositions créatives, littéraires, musicales, toutes les expressions libres. Et de paralyser les médias des milliardaires qui nous intoxiquent.

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Source : https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/09/13/le-groupe-editis-suspend-la-parution-d-un-livre-de-guillaume-meurice-juste-avant-sa-sortie_6141497_3234.html




Source: Demainlegrandsoir.org