Avril 29, 2020
Par Le Monde Libertaire
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Mardi 17 mars, midi. Nous entrons dans une pĂ©riode de confinement contraint et nĂ©cessaire. Et ça vous fait quoi d’ĂȘtre confinĂ© ? Sur proposition de Pierre, chaque jour un tĂ©moignage personnel sur le jour d’avant.

Chroniques au jour le jour

28/04/2020
8h15 : rĂ©veil en ce 28 avril 2020. J’ai calĂ© la sonnerie sur 9h au cas oĂč j’aurais une panne.
Tu l’auras compris. Je fais partie du 3Ăšme front. Du 10Ăšme, peut-ĂȘtre. Voire du 100Ăšme. Depuis le dĂ©but du confinement, je ne travaille pas. Rien. Nada. Capitalistiquement, je suis nul. Je n’ai aucune part dans le PIB. Pour l’instant, je suis payĂ©. Je suis un privilĂ©giĂ©.

Petit déjeuner. Besoins naturels. Tout va bien.

Ciel voilé sur Paris. Pas un avion dans le ciel. Je fais le tour de mes plantations sur mon grand balcon. Des pucerons ; les premiÚres fleurs de mes fraisiers en pots. Un feuillage que je regarde admiratif. Je respire abondamment.

Douche puis exercices physiques. Ensuite, les quelques taches ménagÚres. Je suis mes rites, mon rythme.
Écran. Nouvelles des copains sur WhatsApp. Nouvelles de mes filles. Des conneries. De l’humour qui me fait sourire.
11h30. Je rĂ©dige mon ausweiss. Toujours le mĂȘme papier. Je colle un coup de blanco sur la date et l’heure. Hop ! Ça en devient illisible.

Le soleil est lĂ , dans la rue.
Il y a un homme qui dort prĂšs de mon immeuble. Il est lĂ  depuis des mois. On cause parfois. 5mn. Un quart d’heure. Ça dĂ©pend. Il m’appelle « Monsieur », alors je l’appelle « Monsieur ».
– Vous avez besoin de quelque chose ?
– Non ça va aller !
– Des bananes ?
– Va pour des bananes ! Vous pouvez me prendre un camembert aussi ?
– Va pour le camembert !

Bal masquĂ© dans la rue. Mais on ne danse pas. Le slow est interdit. J’aurais pourtant bien dansĂ© avec elle. Elle n’a pas de masque. Petite. Blonde. 30 ans environ. Sur son blouson en jean, il est Ă©crit : «dans la profondeur de ton regard, je perd la mĂ©moire ». Je mĂ©dite. Elle a disparu…
Petite conversation avec la boulangÚre (masquée) du boulevard Voltaire :
– Qu’est-ce qu’il va nous dire cet aprĂšs-midi ? (elle)
– Ben, qui ?
– Le Premier ministre !
– Bof ! Vous savez ce que j’en pense du Premier sinistre ?
– Vous devez pensez comme moi, non ?
On se marre.
12h45. DĂ©jeuner. Je soigne. Des endives. Radis noir Ă  l’huile d’olive et citron. Un peu de poivre. Du chou-fleur. Un Ɠuf sur le plat. Un bout de fromage. Une pomme. Un cafĂ©.

L’aprùs-midi, je bosse. Les points d’acupuncture. 300 points à apprendre. Leur localisation, mais aussi leurs noms en chinois. C’est un long poùme à se foutre dans la caboche. C’est un beau voyage.
Sur Youtube, il y a de beaux cours d’anatomie. De tous les niveaux. L’acupuncture, c’est de l’anatomie. C’est chouette un corps humain. Chouette et tellement mystĂ©rieux. Plus on creuse, plus c’est mystĂ©rieux.
Je zappe sur de la musique. Du blues avec Gary Clark jr. Et me voilà sur Thiéfaine avec Anihilition.
J’écoute cette chanson presque tous les jours. Ça commence comme ça :

« Qu’en est-il de ces heures troubles et dĂ©sabusĂ©es
OĂč les dieux impuissants fixent la voie lactĂ©e?
OĂč les diet nazi(e)s s’installent au Pentagone
OĂč Marilyn revĂȘt son treillis d’Antigone?
»

Un vent de fraĂźcheur dont je me lasse pas…
Dehors, il pleut.

18h30 dĂ©jĂ . J’ai promis de tĂ©lĂ©phoner Ă  mon pote Antoine. 1H30 Ă  jacter ! Je ne l’ai pas vu depuis 3 mois. Alors, on se dit l’essentiel. La vie, la route. Le monde
 Le sens
 Quel sens ? Des nouvelles de celle-lĂ , de celui-ci. 1H30, du jamais vu ! D’habitude, je ne m’éternise pas. J’aime pas.

20h00 que signale les applaudissements dans la rue. Au dĂ©but, j’y participais. Plus maintenant.
J’ai une sorte de rage. On applaudit, oui, mais aprùs ?
Repas. Une soupe de légumes et le reste de raviolis mozzarella. Je prépare la sauce tomate. Un verre de vin avec le fromage. Café.

21h00. Je reçois un message de ma collĂšgue Sophie : « T’as entendu E. Philippe ? C’est la dictature !». Non, j’ai pas entendu ce mec. Il me fait gerber. J’espĂšre que le SRAS-CoV-2 l’emportera.
J’appelle Sophie. Elle ne dĂ©colĂšre pas : « Ils vont nous trimballer longtemps comme ça ? Et personne ne bouge ! ».
22h00. Mon tĂ©lĂ©phone est chaud. De la braise. Ca m’a fait du bien d’avoir Sophie.

23h00. Je replonge dans Youtube. Henri Texier. Puis les compils de Jazzlib’, l’émission de Radio libertaire, que m’a envoyĂ©es Yves. 00H30. J’ai pas fini
 Pire que si j’étais au taf

Demain, le programme est chargĂ©…
Laurent Broggini

27/04/2020 ATTENTION DEUX CHRONIQUES

1Ăšre chronique
Depuis la prĂ©cĂ©dente chronique du 20 mars, qu’est-ce qui a changĂ© dans notre petit village ? Pour les humains, pas grand chose d’apparent puisqu’on en aperçoit trĂšs peu et furtivement : cette atmosphĂšre rappelle plusieurs « romans d’anticipation Â», dans le genre dystopie.

Les promenades rĂ©guliĂšres d’une dizaine de kilomĂštres dans les bois environnants nous inoculent de plus en plus les signes de l’explosion de vie de la nature, que partagent vue, odorat et ouĂŻe. Nous y croisons quelques humains, le plus souvent sortis pour dĂ©confiner enfants, chiens, vĂ©locipĂšdes, voire motos et mĂȘme une voiture tout-terrain ! Les « Ă©changes Â» se limitent en gĂ©nĂ©ral Ă  un vague salut, parfois accompagnĂ© d’un lĂ©ger sourire navrĂ©, voire angoissĂ©.
Sortant d’un bois pour longer des champs dĂ©serts, dominĂ©s par le jaune du colza, nous frĂŽlons un tracteur haut sur pattes, confinant dans sa cabine un « exploitant agricole Â» et son jeune fils Ă  une tĂąche de labourage. Un petit signe de la main au passage rĂ©sume nos rapports sociaux. Quelle diffĂ©rence avec le petit village creusois oĂč j’ai passĂ© mon enfance, dans le ferme de mes grands‑parents : cultures de couleurs variĂ©es adaptĂ©es au terroir, prĂ©sence d’animaux divers, multiples Ă©changes entre habitants de tous Ăąges, pratiquant l’entraide, partageant certaines prairies (les « communaux Â»), se regroupant dans une atmosphĂšre de fĂȘte pour la venue de la batteuse. Le paysan nourrissait sa famille et, avec le surplus, se procurait le reste.
La globalisation a balayĂ© tout cela, l’agro-business exporte/importe les denrĂ©es agricoles et alimentaires : la France, grand exportateur de blĂ©, importe plus de moitiĂ© des sachets de farine, qu’on a d’ailleurs du mal Ă  trouver en ce moment. L’Ile‑de‑France, qui a la moitĂ© de ses territoires vouĂ©s Ă  l’agriculture, importe 90 % de ses produits alimentaires !

Pour notre part, nous avons rĂ©ussi Ă  dĂ©couvrir, dans un autre village Ă  quelques kilomĂštres, une rĂ©cente boutique crĂ©Ă©e par quelques amis, qui ne vend que des produits locaux « naturels et sans produits chimiques Â», lĂ©gumes frais et secs, charcuterie d’un groupement de producteurs voisins, yaourts‑maison Ă  partir du lait d’une ferme voisine…
Cette expĂ©rience intĂ©ressante se dĂ©tourne du « capitalocĂšne Â» qui a dĂ©sertifiĂ© les campagnes, dĂ©truit les paysans, produit la gĂ©nĂ©ralisation de maladies graves , la destruction des milieux vivants et favorisĂ© la diffusion du Covid-19. Depuis l’origine des temps les virus sont prĂ©sents sur Terre, et pour mieux s’en prĂ©server, il est vital de dĂ©barrasser la planĂšte de l’agent pathogĂšne qu’est le capitalisme.

Ce lundi est situĂ© entre deux dates importantes, dont l’actualitĂ© occulte la premiĂšre :
Le 26 avril 1986, la plus grande catastrophe nuclĂ©aire du XXĂšme siĂšcle est survenue dans la centrale V.I. Lenine de Tchernobyl, classĂ©e au mĂȘme niveau que l’accident nuclĂ©aire de Fukushima en 2011. Le nombre de morts varie de 200 « officiels Â» Ă  prĂšs d’un million, dont 150 000 liquidateurs. Mais tout cela c’est du passĂ© ? Pourtant encore aujourd’hui, des enfants de la 3Ăšme gĂ©nĂ©ration sĂ©journent rĂ©guliĂšrement dans les hĂŽpitaux de la rĂ©gion, trois rĂ©acteurs ne sont toujours pas dĂ©mantelĂ©s, des dĂ©chets radioactifs venus de toute l’Ukraine y sont regroupĂ©s, le manque de moyens financiers fait que ces dĂ©pĂŽts ne rĂ©pondent pas aux normes de sĂ©curitĂ©.
Le 28 avril 2020 Ă  15 heures, le premier sinistre doit annoncer les mesures de dĂ©confinement puis faire voter les dĂ©putĂ©s dans la foulĂ©e, dans une parodie de « dĂ©mocratie Â». La date choisie serait-elle un trait d’humour involontaire : pour gagner la guerre contre un virus Corana, biĂšre mexicaine, le 11 mai sera le jour de sainte Stella (biĂšre belge) ?

Le mĂȘme 28 avril, un autre texte traitera de l’application « StopCovid Â», surnommĂ©e le « Backtracking pour tous Â», permettant de « retracer l’historique des relations sociales Â» des personnes infectĂ©es. Sans doute placĂ© sous le signe du « volontariat Â», il s’agira en fait de confier aux citoyens la responsabilitĂ© d’ĂȘtre leurs propres matons et de se surveiller les uns les autres. Les ex-confinĂ©s deviendraient ainsi des auxiliaires de la police. L’espace public encore plus militarisĂ© serait un laboratoire sĂ©curitaire. D’ailleurs mi-avril, Wiliam Dab, ex-Directeur gĂ©nĂ©ral de la santĂ© appelait de ses vƓux un « marĂ©chal Foch de l’épidĂ©mie, car un gĂ©nĂ©ral saurait trĂšs bien organiser cette lutte. Ce sont les militaires qui ont ce savoir-lĂ . Il faut quelqu’un qui ait une trĂšs forte autoritĂ© Â». D’autres outils liberticides nous attendent : un colonel de l’École des officiers de la gendarmerie s’enthousiasme : « Sous rĂ©serve d’algorithmes exempts de biais, la reconnaissance faciale pourrait mettre fin Ă  des annĂ©es de polĂ©miques sur le contrĂŽle au faciĂšs puisque le contrĂŽle d’identitĂ© serait permanent et gĂ©nĂ©ral Â». Sans oublier les 650 drones de surveillance commandĂ©s en sĂ©rie !
Il suffit d’ailleurs de connaĂźtre les termes de l’urgence sanitaire actuelle : « donne pouvoir au premier ministre de prendre par dĂ©cret, pris sur le rapport du ministre chargĂ© de la santĂ©, les mesures gĂ©nĂ©rales limitant la libertĂ© d’aller et venir, la libertĂ© d’entreprendre et la libertĂ© de rĂ©union et permettant de procĂ©der aux rĂ©quisitions de tous biens et services nĂ©cessaires afin de lutter contre la catastrophe sanitaire Â».

Pour terminer sur un note d’espoir : « Premiers de cordĂ©e, bas les masques ! Â»
« Premiers de corvĂ©e et confinĂ©s de tous les pays, unissons-nous ! Â»
Élan noir

2Ăšme chronique
JÂŽai conscience de ne pas ĂȘtre reprĂ©sentative de la population confinĂ©e dans la peur, lÂŽangoisse et la souffrance
 Question de circonstances, dÂŽattitude aussi.
Tout dŽabord incrédule, puis tour à tour sceptique puis perplexe face à la situation qui allait de mal en pis, venue lŽheure du confinement jŽai choisi la compagnie de mes proches, moi qui dŽhabitude vis depuis prÚs de vingt ans isolée dans ma montagne.
Nous sommes confinĂ©s en zone rurale, dans une maison avec terrasse et jardin avec potager, un privilĂšge surtout Ă  lÂŽheure actuelle. Bien sĂ»r les restrictions se font sentir aussi ici, petit village dÂŽĂ  peine 180 habitants, dans la province de Barcelone. Interdiction de sortir sauf nĂ©cessitĂ©, contrĂŽles policiers sur les routes (surtout sur les grands carrefours), rondes quotidiennes des flics dans les rues dĂ©sertes, hĂ©licoptĂšre qui survole de temps en temps (sans doute plus accentuĂ© vers Barcelone). Cette sensation dÂŽĂȘtre contrĂŽlĂ©s, surveillĂ©s. Et puis un voisin qui en deux jours, meurt fulminĂ© par le virus, quelques cas plus ou moins graves dans le village, ça crĂ©e une drĂŽle dÂŽambiance. Les masques, les gens qui sÂŽĂ©vitent, gardent la distance
 Les jours passant, on sÂŽouvre un petit peu plus quand mĂȘme.
Nous nÂŽavons pas la tĂ©lĂ©, nous nÂŽĂ©coutons pas la radio, malgrĂ© tout cÂŽest un bombardement dÂŽinfos en tout genre qui circulent via internet. De trĂšs belles initiatives aussi
 Le fait dÂŽĂȘtre plutĂŽt en retrait adoucit considĂ©rablement le confinement. On fait beaucoup de jardin, cÂŽest la saison idĂ©ale pour planter tout un tas de lĂ©gumes. Et un rĂ©el plaisir, le contact avec la terre. Nos journĂ©es sont axĂ©es sur le rythme du petit de trois ans qui, lui, est ravi de ne plus aller Ă  la crĂšche, et dÂŽavoir trois adultes pour lui tout seul ! Je promĂšne ma chienne deux ou trois fois par jour, me permettant ainsi de belles escapades. Et depuis hier, les enfants peuvent enfin sortir, alors on va en profiter aussi. Les jours passent et le temps devient Ă©lastique, on arrive Ă  ne plus savoir quel jour c’est. Alors une excellente occasion pour pratiquer le « ici et maintenant Â». Pourquoi on en est arrivĂ© lĂ  ? À qui la faute ? QuÂŽimporte, on y est. Comment ça va se passer aprĂšs ? On verra, on agira, quand on y sera. Maintenant, je vis chaque instant Ă  part entiĂšre, et il y a une part de merveilleux. Bien sĂ»r la souffrance est immense, pour grand nombre dÂŽĂȘtres humains. Mais une telle situation peut aussi apporter de prĂ©cieuses leçons Ă  chacun/e de nous, Ă  bien des niveaux.
Lyne, de l’autre cotĂ© des PyrĂ©nĂ©es

26/04/2020
Hier je suis allé rouler. Dans le jargon cycliste ça veut dire faire une sortie à vélo.
Comment s’organise une sortie Ă  vĂ©lo en pĂ©riode de confinement ? Je peux vous le dire parce que je vais rouler tous les jours, je maĂźtrise donc la technique des sorties confinĂ©es.
Pour commencer il faut assumer le risque possible de chute et d’encombrement potentiel des urgences. Je l’assume !
Ensuite il faut faire un choix : ballade ou sport. Avec les prĂ©tentions athlĂ©tiques que je m’impose, hier c’était sport. Je dĂ©laisse donc mon cher Koga Miyata acier 26’’ et ses 80 litres de sacoches pour mon Kona alu en 700x35C.
Bah oui, moi c’est les vĂ©los. J’ai aussi un cargo mais je ne le sors que pour faire des commissions et je dĂ©bute en ce moment le montage d’une quatriĂšme machine. Chacun ses problĂšmes, il y en a qui Ă©crivent plusieurs chroniques, pires encore, lisent le ML, et d’autres qui montent des vĂ©los. Pour moi ça va, puisque c’est ma premiĂšre chronique !
Bref, revenons Ă  nos vĂ©los. Il est environ 14h00 quand je dĂ©cide de l’itinĂ©raire. Ici, dans le Haut-Diois et la vallĂ©e de la DrĂŽme, c’est virages, cols et descentes pas reposantes. Il ne faut rien laisser au hasard. J’assume le risque de chute mais en cette pĂ©riode, je limite tout de mĂȘme les dangers. Hier comme tous les autres jours de confinement, j’ai choisi une sortie d’environ une heure avec de longues lignes droites. Ensuite il faut se prĂ©parer aux problĂšmes de dĂ©lations, il parait que ça existe, mĂȘme ici ! Donc les sorties se font le soir vers 19h00 Ă  la tombĂ©e de la nuit, after the english lesson. Yes sir !
Ça y est, le clocher cloche, c’est l’heure. J’ai pas vraiment le profil de Robic (Biquet pour les intimes) alors je rempli mon bidon d’eau et laisse le plomb Ă  la lĂ©gende. Quelques fruits secs et un minimum d’outillage. Je m’autorise Ă  sortir et je peux l’attester. Je suis prĂȘt.
Hier soir, sortie sportive alors j’ai mis mon casque. Qui dit sport dit une musique qui envoie, j’ai choisi ’’Heyoka’’. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est du punk, mais attention oreilles sensibles, c’est du punk qui envoie avec des textes bien politisĂ©s. MĂȘme si j’apprĂ©cie les BĂ©ru, lĂ , on ne joue pas dans la mĂȘme cour.
Je monte sur mon Kona, Heyoka Ă  fond et phare allumĂ©. Personne, pas une bagnole, les mains en bas du cintre (les rigolos l’appellent guidon, mais non, c’est un cintre), j’emmĂšne le 50×16 et ça roule fort dans cette immense ligne droite. Je longe le mĂȘme mur sur ma droite pendant des kilomĂštres et distingue mal les parties de gauche (c’est normal diront les cyniques). C’est monotone mais j’appuie. Je suis a prĂ©sent sur le 50×13. Les chiens sont lĂąchĂ©s comme on dit dans l’argot du vĂ©lo. Le revĂȘtement est toujours le mĂȘme, lisse sans le moindre caillou, avec la pĂ©nombre j’ai l’impression de rouler sur du carrelage.
Vers 19h45, plus de phare et l’album d’Heyoka est fini. Je suis quasiment dans le noir. Pas le choix, il me faut continuer. Je profite de ce temps qui me sĂ©pare de la maison pour rĂ©flĂ©chir Ă  ma sortie du lendemain. Oui, le vĂ©lo n’est pas intellectuellement intense et une fois que les jambes ont captĂ© le principe il y a place Ă  rĂ©flexion.
20H00, me voilà arrivé.
Je m’arrĂȘte, pas besoin de freiner. Je descends du Kona en utilisant le marchepied. Oui, il faut un marchepied pour descendre d’un vĂ©lo qui est sur un Home Trainer, sinon c’est gadin assurĂ©, urgence et tout le tintouin.
Demain je me mettrais de l’autre cĂŽtĂ© de la piĂšce, le mur est diffĂ©rent et je mettrais quelques livres sous la roue avant, j’aurais l’impression de monter. Pfff, demain ça sera dur!
Chris (gr la rue rĂąle)

25/04/2020
Hubris [note] en 35 m2
Le canapĂ© est un chĂąteau, si j’en tombe c’est les crocodiles, qui me mangeront en ratatouille.
DĂ©jĂ  des heures que ma Juliette, qui a 6 ans, chante en criant cette scie qui m’arrache la tĂȘte.
SƓur Anne ne vois-tu rien venir ? Je lui rĂ©ponds de plus en plus faiblement : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l’herbe

Depuis déjà plusieurs semaines nous avons les enfants dans le studio.
Mais c’est quoi cette magouille ? Je lĂšve les yeux de mon clavier. Elle me rĂ©clame de nouveau des chatouilles ?
Son frĂšre Arnaud attaque les murs, avec des feutres. Il gribouille. J’ai beau crier qu’il ne faut pas le faire, mĂȘme avec des feutres lavables, il me faudra bien retapisser plus tard. Je ferais venir un artisan, Ă  moins que je les pose moi-mĂȘme tous ces rouleaux de papiers peints. Il faudra que je patouille dans la colle. Rendre le studio en Ă©tat.
Leur mĂšre s’isole sous la douche, le seul endroit oĂč l’on est seul, avec les toilettes bien sĂ»r. Je repense au Journal d’Anne Franck oĂč l’adolescente se moque de ce monsieur qui y passe des heures.
Et moi j’essaie bien de bosser sur mon ordinateur rebelle mais le wifi se met en veille.

Je n’en peux plus ! Des heures pour tĂ©lĂ©charger 2 feuilles A4 ! Le tĂ©lĂ©travail, facile Ă  dĂ©cider dans l’Olympe des dieux et leurs bureaux ministĂ©riels et bien plus difficile Ă  mettre en place dans mon studio de 35 m2.

Alors vivement qu’on sorte, tous les quatre, hurler dans la rue.
Caillou (Toulouse)
Cette chronique est Ă©crite avec une contrainte de 6 mots :
Chatouille, gribouille, patouille, ratatouille, magouille et rebelle

24/04/2020
confiné jour 40.
Pas une trainĂ©e d’avion dans le ciel depuis
. Un signe. Souvenir d’’une scĂšne du Crabe-Tambour, les fidĂšles suivaient le prĂȘtre illuminĂ© qui lui-mĂȘme suivait la trace de cet avion dans le ciel. Ni Dieu, ni prĂȘtre.

Monde confiné, sera-ce demain enfin un Monde Libéré ?

Les Trumpistes armĂ©s jusqu’aux dents paradent en Pennsylvanie pour le dĂ©confinement, « Make America Works Again ».
La « famille » El-Chapo distribue des colis alimentaires au Mexique.
Des drones livrent des mĂ©docs au Chili tandis que les chinois organisent des ballets de ces mĂȘmes drones pour remercier les soignants.
Le pétrole a été à -38$ le baril.
Technicolor souhaite que ses salariés baissent volontairement leurs salaires
Les prix de la farine, des lingettes, du lait, ont cru de 5 Ă  15% en 1 mois, le PQ avait pris 25%

Bullshit

Difficile de rester serein face Ă  la dĂ©ferlante anxiogĂšne qui rĂšgne dans les mĂ©dias dominants et sur les flux d’actualitĂ©s.

Respirer.

Facile pour un confinĂ© privilĂ©giĂ©, la vie loin des villes est plus simple, tĂ©lĂ©travail et 
ordonnance inique du gouvernement qui pique rĂ©trospectivement des jours de RTT aux ASA, agents de la fonction publique en autorisation spĂ©ciale d’absence, ceux qui ne peuvent pas tĂ©lĂ©-travailler. Tu ne peux pas bosser, Ă  cause de notre folie, pas grave, on te pique des congĂ©s pour que tu bosses ensuite, sans Ă©quipement de protection. Crise sanitaire mondiale, croissance et profit sans limite, saccage organisĂ© de la PlanĂšte. Tu devras (re) travailler comme avant, rattraper le temps perdu, peut-ĂȘtre oublier les conquĂȘtes sociales.

RĂȘves, rĂ©volus ? RĂ©volution !

Le Paternel me prenait avec lui sur son vĂ©lo, j’avais le siĂšge poussette derriĂšre. Il m’emmenait avec lui faire les courses Ă  l’épicerie du village distante de quelques kilomĂštres. Lorsqu’il revenait du boulot, Ă  vĂ©lo, je le guettais de ma fenĂȘtre de chambre, je pouvais voir toute la route depuis son lieu de travail jusqu’à la maison. Silhouette reconnaissable entre toutes pour un fils.
Plus tard, je le suivais sur mon vĂ©lo pour aller au village, nous passions par le Chemin Vert pour ne pas ĂȘtre ennuyĂ©s par les quelques voitures qui circulaient.
C’était un vieux coco, comme y’en a plus, Ă  son enterrement on a tous chantĂ© l’Internationale. Sa derniĂšre volontĂ©, il voulait encore y croire, et continuer de semer les graines
 : enfants, petits-enfants, amis, tout le monde
 ça gueulait, certains, nombreux, avec les larmes en mĂȘme temps.

Ce matin, au diable le tĂ©lĂ©travail, j’ai pris le vĂ©lo pour aller chercher le pain Ă  l’épicerie du village voisin, me suis arrĂȘtĂ© pour Ă©changer quelques conseils de jardinage avec Mme RĂ©my, une vieille fermiĂšre qui gratte la terre, qui courbĂ©e sur sa fourche-bĂȘche ou son rĂąteau, comme elle le fait depuis 70 ans. Nous comparons nos semis de pommes de terre et de haricots.
Les Ă©pines noires sont en fleur, les genĂȘts aussi. La fraicheur du matin mĂȘlĂ©e Ă  ces senteurs lourdes et printaniĂšres invite Ă  la rĂȘverie. Aucune voiture tout au long des quelques kilomĂštres Ă  parcourir. RĂȘveries d’un monde solidaire, dĂ©barrassĂ© des relents de cette course au nĂ©ant mais aussi
 antichambre du nĂ©ant depuis le dĂ©but de cette « crise ».

Comment agir pour que ce monde change ?
Frissons d’angoisse pour les gĂ©nĂ©rations futures, pandĂ©mies, changements climatiques, famines, guerre. Sortir de l’engrenage mortifĂšre

Et mon pote Assalat, touareg du Mali, misĂšre absolue, dĂ©nuement complet, qui appelle pour demander des nouvelles. « Je vais prier pour toi mon frĂšre ». Il n’a mĂȘme pas de quoi manger. Geste dĂ©risoire que d’envoyer quelques euros lĂ -bas par Western-Union. DĂ©risoire mais tellement essentiel pour lui, sa famille. MisĂšres oubliĂ©es, misĂšres dĂ©laissĂ©es, lĂ -bas aussi. MisĂšres provoquĂ©es, misĂšres assumĂ©es, le pouvoir est maudit.

L’esprit vagabonde, juste se poser dans le rythme du vĂ©lo qui avale les kilomĂštres.

Un arrĂȘt chez mon ami Michel, contrebassiste, jazzman, il Ă©lĂšve des chĂšvres en bio, organise des concerts. Assis sur son banc, sous un tilleul il sirote un cafĂ© en grignotant quelques gĂąteaux maisons.
Fromage blanc, crottins secs, une ou deux bouteilles de vin bio local, des rillettes de chùvre


Refaire le monde, encore et toujours. Est-il encore temps ?

Merci Ă  toi Nuage Fou de m’avoir sollicitĂ© pour cette chronique dĂ©calĂ©e.
Laurent Le Taiseux

23/04/2020
CONFINÉE DEHORS
Hier, c’était mon jour de sortie. De permission de sortie, devrais-je dire en cette pĂ©riode de confinement-emprisonnement. Une fois par semaine, je sors faire des courses, pour moi, pour d’autres.
Hier, sur le chemin des provisions, j’ai rencontrĂ© Jade.

Jade ne m’a rien demandĂ©.

Elle Ă©tait adossĂ©e Ă  l’entrĂ©e d’un supermarchĂ©, le regard dans le vide, un gros sac posĂ© prĂšs d’elle. Proprement habillĂ©e, coiffĂ©e, une soixantaine d’annĂ©es. À part son regard, rien ne la distinguait d’une cliente ordinaire.

Jade ne m’a rien demandĂ©.

Et pourtant, ce regard… En la voyant, j’ai cru percevoir ce non-dit, celui de beaucoup, de beaucoup de femmes Ă  la rue : ce refus de faire la manche, de demander quoi que ce soit, ce regard qui dit « Je veux bien de votre aide mais je ne demanderai rien, je n’accepterai pas n’importe quoi. » D’aucuns appellent cela : dignitĂ©, fiertĂ©… Je ne sais pas. Je n’ai jamais vĂ©cu dans la prĂ©caritĂ©, et encore moins dans la rue.

Jade ne m’a rien demandĂ©.

« Vous avez besoin de quelque chose ? Vous voulez que je vous achĂšte de quoi manger ? Vous avez besoin d’argent ? » Elle s’est approchĂ©e (Ă  bonne distance, elle semblait connaĂźtre mieux que quiconque les gestes barriĂšres). De la nourriture, oui elle voulait bien. Je n’avais pas encore rem-pli mon cabas ; je n’avais Ă  lui offrir que de l’argent. À peine tendu, mon billet s’est retrouvĂ©, pliĂ©, dans la poche de son jean.

Jade ne m’a rien demandĂ©.

Et puis, durant plus d’une heure, nous avons Ă©changĂ©. Enfin, je devrais plutĂŽt Ă©crire : elle a parlĂ©, j’ai Ă©coutĂ©. Le Covid, la vie dans la rue en pĂ©riode de confinement, la gageure de trouver une douche et des toilettes, le regard des gens sur elle, les remarques dĂ©sobligeantes (si tu vis dans la rue, c’est que tu le veux bien, etc.). Ce qui la met le plus en colĂšre, Jade, ce sont tous les prĂ©jugĂ©s sur les sans-abris : ils.elles sont forcĂ©ment alcooliques donc ils.elles ne refuseraient pas une petite biĂšre ; ils.elles meurent de faim donc ils.elles acceptent tout ce qu’on leur donne Ă  manger ; ils.elles suivraient bien gentiment le monsieur, pour lui faire plaisir… Jade ne boit pas, ne fume pas, ne se drogue pas, ne se prostitue pas ; je l’ai crue, cela n’a aucune importance. Jade n’aime pas les bananes, et Jade en a assez qu’on lui offre des bananes ; Jade n’aime pas les chocolats, et Jade en a assez qu’on lui offre des chocolats. Jade n’aime tout simplement pas qu’on oublie qu’elle est une personne comme une autre, et que vivre Ă  la rue ne fait pas d’elle l’obligĂ©e de la bonne Ăąme qui la prend en pitiĂ©. Jade existe, elle a des dĂ©sirs, des envies, des colĂšres, des projets, des goĂ»ts. Et elle a le droit de ne pas aimer les bananes et les chocolats. MĂȘme en pĂ©riode de con-finement totalitaire ! Et si vous ne l’entendez pas, passez votre chemin, bonne Ăąme !

Jade ne m’a rien demandĂ©.

Jade est trĂšs remontĂ©e contre les associations. « Si je m’en sors, je ne donnerai jamais rien aux associations ! » Un repas, un cafĂ©, une couverture, un pull, un tube de dentifrice ne la feront pas sortir de la rue. Et puis, les associations ont leurs chouchous, leurs combines, leurs magouilles. Ce que Jade veut, c’est un travail, aussi humble soit-il ; un appartement, aussi petit soit-il. Jade ne demande rien, parce qu’elle ne demande pas la charitĂ©. Comme beaucoup de personnes Ă  la rue que j’ai pu rencontrer, ou dont j’ai pu lire des tĂ©moignages, elle ne demande qu’une seule chose : une chance, la libertĂ© de travailler. Pour l’anarchiste que je suis, le rĂ©el est violent. Moi qui n’aspire qu’à une chose : me, nous libĂ©rer des chaĂźnes du travail ! Jade aimerait pouvoir se reposer dans une chambre d’hĂŽtel, chaque soir. C’est encore trop souvent un luxe. Elle ne serait pas assez brisĂ©e par la rue pour ĂȘtre prioritaire dans les urgences du 115 ou des associations. Les alcooliques, les droguĂ©.e.s, les femmes enceintes, les malades, seraient toujours prioritaires. Elle le comprend. Mais elle en a assez de ne pas ĂȘtre en assez « grande dĂ©tresse ». « Toi, Jade, tu t’en sortiras », lui a dit un jour un bĂ©nĂ©vole de la Croix-Rouge, sĂ»rement pas mal intentionnĂ©. Ces mots-lĂ  lui ont fait mal.

Jade a fait des Ă©tudes universitaires, elle maĂźtrise trois langues : le français, l’anglais… le latin ! Elle cite Tite-Live, Pline l’Ancien, HĂ©rodote. À mi-voix, elle rĂ©vĂšle avoir discutĂ© dans la rue avec un reprĂ©sentant des HĂŽpitaux de Paris et un autre d’un grand laboratoire. Des informations confidentielles sur le Covid, qu’elle me confie Ă  son tour. Souvent, les personnes qui veulent l’aider la prennent pour confidente. Elle s’en plaint.

Jade ne m’a rien demandĂ©.

Jade n’a, je crois, besoin que d’une seule chose qu’il m’est facile de lui donner : une Ă©coute. Je suis enseignante, fonctionnaire, donc j’ai un revenu, un toit, une vie stable comme on dit. Une anarchiste qui rentre parfaitement dans les cases. Pas toutes les bonnes cases, mais presque. Et du temps, particuliĂšrement en ce moment, j’en ai !

J’ai pu prononcer trois, quatre mots, pas plus. En une heure d’échange. Jade m’a demandĂ© deux choses : mon prĂ©nom et mon mĂ©tier. Si mon prĂ©nom l’a laissĂ©e indiffĂ©rente, mon activitĂ© de professeure de Lettres modernes a Ă©clairĂ© son regard et m’a valu le seul sourire de cette rencontre. Regard et sourire vite Ă©teints : je n’enseignais pas le latin.

Je lui ai demandé si elle pouvait me confier un numéro de téléphone, et son prénom.

Si une personne sur Paris a besoin d’aide pour des courses, du mĂ©nage, ou pour promener un chien, contactez-moi via le ML.
Ou si vous la croisez, une dame d’une soixantaine d’annĂ©e avec une longue natte, la peau du cou marquĂ©e par une ancienne brĂ»lure, n’hĂ©sitez pas Ă  lui proposer un travail, une chambre peut-ĂȘtre.

Jade n’a rien demandĂ©.

Jade, c’est moi, c’est vous, c’est nous.

Jade aimerait bien ĂȘtre confinĂ©e entre quatre murs. Avoir un toit oĂč lire Tite-Live.
LeĂŻla Hicheri (Liaison William Morris, Paris)

22/04/2020
04h45, le réveil sonne.
Aujourd’hui, je suis du matin. Pas de temps Ă  perdre, je commence Ă  05h30. En un quart d’heure, je suis prĂȘt, et en moins d’une demi-heure, je suis au boulot. Pour m’y rendre, je dois « traverser Â» la frontiĂšre, toujours dĂ©serte. Et je n’y ai mĂȘme pas vu un seul contrĂŽle depuis le dĂ©but de tout ça. Faut dire que je ne passe « de l’autre cĂŽtĂ© Â» pratiquement qu’à des heures dĂ©calĂ©es (je fais les postes), et que rarement aux heures de pointes, oĂč je sais qu’il y en a eu quelques-uns. De toute façon, on ne dirait mĂȘme pas que c’est une frontiĂšre. Les oiseaux et les lapins s’en foutent en tout cas. Il n’y a que les humains pour s’inventer des barriĂšres les isolant les uns des autres.
Pour moi, ce n’est donc pas vraiment le confinement. Je travaille au Luxembourg et le gouvernement du grand-duchĂ© a dĂ©clarĂ© notre secteur d’activitĂ© comme essentiel Ă  la bonne marche du pays. Ben voyons !

Je bosse dans la sĂ©curitĂ© et le gardiennage et ce, depuis 25 ans. Heureusement pour moi, j’ai toujours su Ă©viter les postes oĂč il faut faire preuve d’autoritĂ©. Pas mon truc ça, l’autoritĂ©. Cela m’en a parfois coĂ»tĂ©, comme je le raconte dans mon premier livre, mais au moins, je reste en accord avec mon idĂ©al de vie. AprĂšs avoir galĂ©rĂ© quelques annĂ©es sur des postes plus ou moins sympas, je retrouve, depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, ce que j’appelle un bon poste ; c’est-Ă -dire, un poste oĂč je bosse tout seul, sans petit chef dans les parages, dans un milieu agrĂ©able oĂč je me sens bien, et me laissant suffisamment de temps de libre pour y lire et m’occuper de mes petites affaires. Il s’agit d’un centre culturel, en plein cƓur du Grund, quartier pittoresque et festif du vieux Luxembourg-ville. Le cadre idĂ©al, bien qu’énormĂ©ment frĂ©quentĂ© par les touristes et les fĂȘtards. Enfin, en temps normal.
Par chance pour ma pomme, dĂ©but avril, un collĂšgue du poste est parti pour six mois en congĂ© parental et, Ă©tant le seul remplaçant de formĂ©, j’ai ainsi rĂ©cupĂ©rĂ© ses heures. Depuis, je suis donc dans ce centre culturel oĂč nous sommes relativement bien lotis, compte tenu de la situation, et par rapport Ă  beaucoup de nos collĂšgues ailleurs. Le centre Ă©tant fermĂ© au public et la plupart des employĂ©.es en tĂ©lĂ©travail, nous n’y voyons pas grand monde. Et bien heureusement pour nous, notre poste, en 24h/24, est maintenu. Mais fin mars, j’en ai vu du monde, car on m’a envoyĂ© quatre jours dans un hĂŽpital.

Je ne vous cache pas que je n’étais pas trop chaud Ă  l’idĂ©e de mettre les pieds dans un hĂŽpital. DĂ©jĂ  qu’en temps normal je n’aime pas trop aller dans ce genre d’endroit, alors en ce moment ! Mais bon, je me suis un peu renseignĂ© au prĂ©alable, j’ai relativisĂ©, et puis
 j’y suis allĂ©.
Et ? 
Ben ça s’est bien passĂ© !
Pour rĂ©sumer, disons que nous, les agents de sĂ©curitĂ©, sommes placĂ©s aux entrĂ©es en compagnie du personnel mĂ©dical. Nous devons principalement filtrer les personnes qui se prĂ©sentent et si elles peuvent entrer, le personnel hospitalier doit alors leur prendre la tempĂ©rature, puis nous les invitons Ă  se dĂ©sinfecter les mains, leur donnons des gants s’ils le souhaitent, et un masque, dont le port est obligatoire dans l’enceinte de l’hĂŽpital. Un peu malgrĂ© moi, qui ne voulait jamais en porter car je trouve ça quelque peu anxiogĂšne et je considĂšre que c’est participer Ă  la psychose gĂ©nĂ©rale que d’en porter un (hormis dans les cas de nĂ©cessitĂ© avĂ©rĂ©e bien entendu), j’ai dĂ» me rĂ©signer Ă  bosser quatre jours avec ce truc gĂȘnant sur le visage. En observant un peu autour de moi et en discutant avec le personnel, je constate que l’hĂŽpital est complĂštement rĂ©organisĂ© afin d’ĂȘtre en mesure de faire face Ă  la situation pandĂ©mique du coronavirus. Certains services sont arrĂȘtĂ©s ou tournent au ralenti et viennent ainsi renforcer ceux dont on ne peut se passer oĂč qui saturent. La cafĂ©tĂ©ria se transforme en service annexe de rĂ©animation. Le personnel mĂ©dical me dit que c’est un peu le bordel (c’est normal je crois !), qu’il y a des couacs, mais que, dans l’ensemble, les choses se passent plutĂŽt bien, aux vues de la situation. Je crois bien que ce n’est pas comme en France en tout cas. Ici, au Luxembourg, on ne dĂ©truit pas comme ça les services publics. Certes, tout n’est pas rose non plus ; le pays est riche et le capitalisme nĂ©o-libĂ©ral y rĂšgne en maĂźtre (comme en France tiens !), mais on a une autre idĂ©e de ce Ă  quoi il ne faut pas toucher, du moins, il me semble.

Depuis un plus d’un an, je suis dĂ©lĂ©guĂ© du personnel et je peux vous dire, qu’en ce moment, on a de quoi faire !
Notre sociĂ©tĂ© a dĂ», elle aussi, se rĂ©organiser. Et comme son organisation laissait dĂ©jĂ  Ă  dĂ©sirer avant, sa rĂ©organisation a naturellement pris le mĂȘme chemin. J’essaye au maximum de suivre ce qui se passe au sein de mon entreprise mais malheureusement, j’ai du mal Ă  ĂȘtre bien informĂ©. Je vous dirai un peu plus loin pourquoi, mais en attendant, voici ce que je sais.
Nous sommes presque 900 agents dans ma sociĂ©tĂ© et la vie professionnelle d’une bonne partie de mes collĂšgues se trouve bouleversĂ©e par ce vilain virus. Seuls quelques-uns auraient chopĂ© le Covid-19 mais le taux d’arrĂȘt de travail est lui, environ trois fois plus haut que la normale. Beaucoup ont peur, et je les comprends. Je ne leur jette pas la pierre. Lorsque l’on bosse dans des bĂątiments Ă  l’intĂ©rieur desquels sont confinĂ©s toute une population, comme par exemple les foyers de rĂ©fugiĂ©s, les centres d’accueil pour SDF ou les maisons de retraite, il y a de quoi devenir un tantinet inquiet. Tous confinĂ©s ensemble ! Pas facile pour ces populations de partager ainsi son lieu de vie, surtout en ce moment. Et pas facile non plus pour les collĂšgues, qui eux/elles, ainsi que le reste du personnel de ces Ă©tablissements, ne vivent pas lĂ . La peur de ramener le virus Ă  la maison et de contaminer ses enfants, sa femme, son mari, ses parents
 est grande, ainsi que celle de se contaminer soi-mĂȘme, surtout si on a dĂ©jĂ  une santĂ© fragile.
Je sais aussi que dans notre sociĂ©tĂ©, comme dans les autres du secteur du gardiennage, nous avons un grand nombre de postes en moins, tels par exemple ceux d’accueil et de rĂ©ception dans les administrations ou les banques, ou bien encore ceux des convoyeurs de fonds, mais que ces pertes seraient compensĂ©es par des postes en plus, tels par exemple ceux dans les grands magasins et les hĂŽpitaux. LĂ  aussi, chez les collĂšgues, la peur d’ĂȘtre contaminĂ© est forte. Pas Ă©vident, par les temps qui courent, de se rendre dans tous ces endroits oĂč il y a du monde, dans ces nids Ă  virus ! Surtout lorsque les gouvernements (irresponsables pour la plupart) et les mĂ©dias (anxiogĂšnes pour la plupart) nous rĂ©pĂštent de concert et Ă  longueur de journĂ©e qu’il faut rester chez soi !
Alors, avec tout ça, dans ma boĂźte, trois sons de cloches diffĂ©rents raisonnent, selon qui tire la corde et selon les jours aussi : pour certains, tout va bien, les postes perdus seraient simplement compensĂ©s par les postes gagnĂ©s ; pour d’autres, il n’y aurait pas assez de travail et des agents perdraient des heures (mais rien sur le salaire) ; et pour d’autres encore, il y aurait trop de travail et pas assez d’agents de disponible pour honorer tous les contrats.
De plus, il y a deux semaines, le gouvernement luxembourgeois a gentiment lĂ©galisĂ©, dans les secteurs d’activitĂ©s dits « essentiels Â» dont nous faisons partie, et pour cette pĂ©riode de pandĂ©mie, les 12 heures par jour (c’était 10) ainsi que les 60 heures par semaine (c’était 48) ! Il appartient toutefois aux entreprises souhaitant profiter de ce beau cadeau Ă©tatique, d’en faire la demande auprĂšs du MinistĂšre du travail, en sollicitant l’avis de leur dĂ©lĂ©gation du personnel. Et, d’aprĂšs les derniĂšres infos dont je dispose au moment oĂč j’écris ces lignes, cette mesure viendrait tout juste d’ĂȘtre mise en place dans mon entreprise
 et personne ne m’a consultĂ© pour avoir mon avis ! Je vais y revenir un peu plus loin. Toujours est-il que le service planning, responsable de notre emploi du temps professionnel, qui semble souvent « planner Â» justement, et sait dĂ©jĂ  trĂšs bien contourner les dispositions lĂ©gales en temps normal, va se sentir encore davantage tout puissant et saura, sans nul doute, profiter de la situation pour nous imposer des heures largement supplĂ©mentaires.

Maintenant, pourquoi, mĂȘme en tant que dĂ©lĂ©guĂ© du personnel, ai-je autant de mal Ă  ĂȘtre informĂ© sur ce qui se passe dans ma sociĂ©tĂ©, et particuliĂšrement dans cette pĂ©riode exceptionnelle ? Deux raisons Ă  cela :
La premiĂšre, la moins grave, c’est le manque de communication de la part de la direction, aussi bien avec l’ensemble du personnel qu’avec la dĂ©lĂ©gation. Bon, nous en avons l’habitude, mais tout de mĂȘme, il me semble que la situation actuelle exige un peu plus que le peu que nous avons eu en la matiĂšre. À savoir, une rĂ©union, une semaine avant que celles-ci ne soient interdites, entre la direction et la dĂ©lĂ©gation, au cours de laquelle on a surtout tentĂ© de nous rassurer en affirmant que l’on gĂ©rait la situation au mieux et que les agents ne subiraient pas de perte de salaire. TrĂšs bien, et c’est normal puisque le gouvernement a garanti le paiement de l’intĂ©gralitĂ© des salaires dans les secteurs qui poursuivent leur activitĂ©, mais en attendant, certain.es perdent des heures qu’il faudra rattraper, car notre direction ne veut pas entendre parler de chĂŽmage partiel. Mais, ce point ne semble pas Ă©mouvoir grand monde, et c’est ce qui m’amĂšne vers la seconde raison pour laquelle les informations me manquent, raison la plus importante Ă  mes yeux, que je vais dĂ©velopper dĂšs le paragraphe suivant, juste aprĂšs avoir encore prĂ©cisĂ© qu’aprĂšs cette rĂ©union, la direction a envoyĂ©e Ă  l’ensemble du personnel une lettre de
 « fĂ©licitations Â» !? Vache ! Depuis bientĂŽt 22 ans que je gagne ma vie en errant Ă  droite Ă  gauche dans tout le Luxembourg pour cette sociĂ©tĂ©, il me semble bien que ce soit la premiĂšre fois que cela arrive. En gros, on nous encourage et on nous remercie de continuer Ă  bosser. Ils ont sacrĂ©ment peur pour leurs profits
 quand mĂȘme !
La dĂ©lĂ©gation du personnel n’est pas unie. VoilĂ  quel est le second problĂšme, le plus important et celui qui fait que les informations ne circulent pas assez. Son prĂ©sident et son secrĂ©taire, tous deux dĂ©lĂ©guĂ©s permanents et libĂ©rĂ©s (ce qui veut dire qu’ils ne font plus que ça), depuis onze annĂ©es, issus d’un syndicat concurrent au mien, dĂ©cident seuls, sans consulter les autres dĂ©lĂ©guĂ©s, engoncĂ©s qu’ils sont dans leur bureau du siĂšge duquel ils ne sortent quasiment jamais (pas de visites sur les postes, pas de formation syndicales
) si ce n’est pour taper Ă  la porte d’un autre bureau du siĂšge. Je suis syndiquĂ© Ă  l’OGB-L, le syndicat le plus virulent et le plus revendicatif du Luxembourg. Le plus Ă  gauche aussi, et le premier du pays. Mais, malgrĂ© cela, nous ne sommes, dans notre sociĂ©tĂ©, que deux Ă©lus OGB-L sur douze dĂ©lĂ©guĂ©s. Je ne vais pas trop rentrer dans les dĂ©tails de ces luttes intersyndicales ici mais, pour rĂ©capituler, disons que nous, les dĂ©lĂ©guĂ©s OGB-L et nos secrĂ©taires syndicaux, nous dĂ©menons pour que les agents soient suffisamment protĂ©gĂ©s, contre le virus bien sĂ»r, mais pas seulement. Nous demandons que nos droits soient respectĂ©s dĂ©jĂ , mais aussi, Ă©tant donnĂ© que nous sommes « essentiels Â», nous tentons de nĂ©gocier une prime, voire une revalorisation de notre mĂ©tier, tout en veillant Ă  ne pas devenir des vaches Ă  lait, des machines Ă  profit. Mais la direction ne nous rĂ©pond pas ou nous mĂ©prise, et ne traite qu’avec les deux « dirigeants Â» de la dĂ©lĂ©gation qui eux, pensent qu’on ne peut rien nĂ©gocier. Depuis le dĂ©but du confinement, leur seule communication d’avec les autres dĂ©lĂ©guĂ©.es et un unique mail d’une seule phrase, qui nous apprends que toutes les rĂ©unions de la dĂ©lĂ©gation sont annulĂ©es jusqu’à nouvel ordre ! Nous perdons donc les seuls huit heures mensuels de dĂ©lĂ©gation dont nous disposons pour remplir notre fonction. Ils n’ont rien proposĂ© Ă  la place, et il aurait bien fallu. Pire, ils auraient Ă©tĂ© consultĂ©s par notre direction, car celle-ci aurait fait la demande d’introduire les 12 heures par jour et les 60 heures semaine, demande nĂ©cessitant l’avis de la dĂ©lĂ©gation, et ils n’auraient mĂȘme pas donnĂ© d’avis ! Encore pire, ils m’affirment au tĂ©lĂ©phone (En l’absence de nouvelles de leur part, je me suis rĂ©signĂ© Ă  les appeler) que, de toute façon, l’avis de la DÉLÉGATION, c’est l’avis du PRÉSIDENT de la dĂ©lĂ©gation ! C’est faux bien sĂ»r. Il doit y avoir vote. Et nous, les deux dĂ©lĂ©guĂ©s OGB-L, aurions votĂ© NON, ou bien alors, nous aurions nĂ©gociĂ© avec la direction une compensation salariale (majorations, jours de repos, primes…) pour tous les collĂšgues concernĂ©s en l’échange d’un OUI. Les deux « boss Â» de notre dĂ©lĂ©gation m’affirment encore, entre quelques autres inepties, que les 12 heures sont dĂ©jĂ  rĂ©gularisĂ©es par notre convention collective. C’est encore faux ! Nous allons donc contester ces irrĂ©gularitĂ©s, et d’autres choses encore, auprĂšs des institutions compĂ©tentes, et continuer Ă  nous battre dans l’intĂ©rĂȘt de nos collĂšgues qui eux/elles, sur le terrain, sont souvent directement confrontĂ©.es aux rĂ©alitĂ©s, rĂ©alitĂ©s du terrain Ă©chappant bien souvent plus que de raison Ă  celles et Ă  ceux qui n’ont plus quittĂ© le confort de leur bureau depuis la derniĂšre pluie de grenouilles.
Cette situation pandĂ©mique exceptionnelle ne profite pas seulement Ă  ceux Ă  qui l’on croit.

Lorsque je repasse la frontiĂšre (tiens, pour la premiĂšre fois depuis le dĂ©but de tout ce cirque, j’y ai vu les bleus, mais qui ne contrĂŽlaient pas), c’est pour rentrer chez moi. SituĂ© Ă  quelques kilomĂštres du Luxembourg, mon village Ă  caractĂšre mĂ©diĂ©val (remparts, chĂąteau
), que l’on surnomme « La petite Carcassonne lorraine Â», jouit du label « Les plus beaux villages de France Â». Cependant, ce n’est pas vraiment ce petit enchantement qui fait grimper les prix de l’immobilier, mais la proximitĂ© d’avec le Luxembourg, oĂč les salaires sont bien plus Ă©levĂ©s qu’en France. Pas de mal de gens aisĂ©s, de bourgeois, gonflent donc les chiffres de la population qui, pour le reste, est plutĂŽt disparate, comme dans Ă  peu prĂšs tous les villages de ce type somme toute. Mais, au-delĂ  de ça, et faisant fi de l’implantation d’une petite bourgeoisie, il n’est point ici de prĂ©dominance de… « l’esprit bourgeois Â».
Ce village vit par lui-mĂȘme, tant que faire se peut. De par ses petits commerces dĂ©jĂ , lesquelles, tant bien que mal, subsistent, se crĂ©ent ou se dĂ©veloppent, de par son marchĂ© en outre, mais aussi, Ă  travers ses nombreuses associations qui tissent des liens entre les habitants. Et beaucoup, dont je fais partie, ne viennent pas vivre ici, Ă  Rodemack, par hasard oĂč juste parce que c’est tout proche du Luxembourg. Ce village attire beaucoup d’artistes par exemple, ou de gens attachĂ©s Ă  la culture, au patrimoine, au partage, au bien-vivre, Ă  la crĂ©ation… Les nombreuses manifestations en tout genre qui y sont organisĂ©es tout au long de l’annĂ©e poussent les gens Ă  se rencontrer et Ă  se connaĂźtre. Les organisateurs, les bĂ©nĂ©voles, les acteurs
 se mĂ©langent ainsi Ă  l’ensemble de la population, encourageant la solidaritĂ© et l’entraide. Toutes ces manifestations de cette triste annĂ©e 2020, annulĂ©es, et les autres qui le seront encore, en rendent triste plus d’un, plus d’une, c’est certain.
Mais ici, du coup, c’est un bel Ă©lan de solidaritĂ© et d’entraide qui a pris naissance face Ă  cette vicieuse pandĂ©mie, Ă©lan dĂ©jĂ  largement initiĂ© donc, par la richesse du tissu associatif. Des gens rendent des services bien utiles, comme ramener des courses ou bien confectionner des masques et d’autres protections. Les petits commerces et les fermes se sont merveilleusement bien organisĂ©s afin d’alimenter au mieux la population locale. Certain.es ont fait du tri et donnent des livres, des jouets, des vĂȘtements
 qu’ils laissent Ă  disposition devant chez eux. D’autres les vendent. La page Facebook « T’es de Rodemack si… Â» pullule de ce genre de petites ou grandes initiatives, et d’informations locales, en tout cas, pour la plupart bienvenues en ces temps quelques peu incertains.
Et puis, il y a les quelques-uns, un tantinet naĂŻf, qui font un peu de bruit dehors, Ă  20h00, pour le personnel hospitalier. Étant donnĂ© que l’actuel squatteur du palais de l’ÉlysĂ©e leur fait croire Ă  la tĂ©lĂ© que le pays est en guerre, et que toute guerre nĂ©cessite ses hĂ©ros, alors en voilĂ  justement de tout trouvĂ©s. Cela part d’un bon sentiment bien sĂ»r, mais c’était avant qu’il aurait fallu manifester. Alors je leur ai demandĂ©, par l’intermĂ©diaire d’une publication sur cette page Facebook du village, et avec photo dĂ©monstrative Ă  l’appui, oĂč ils Ă©taient et s’ils s’étaient manifestĂ©s ou indignĂ©s lorsque le personnel soignant, qu’ils applaudissent aujourd’hui, Ă©tait descendu dans la rue il y a quelques mois pour tirer la sonnette d’alarme, et s’était fait tabasser et gazer par les hommes de main en armure de l’État ? Ils, elles ne m’ont pas rĂ©pondu.es ! Pas Ă©tonnant ! Peut-ĂȘtre n’étaient-ils pas au courant ? OĂč n’ont-ils pas voulu savoir ? Pas vu ça Ă  la tĂ©lĂ© moi ! Du reste, ce sont souvent les mĂȘmes, qui croient que la police et la gendarmerie les protĂšgent. Mais de quoi ? Comment leur faire comprendre la principale raison de l’existence des forces du dĂ©sordre ? Je crois qu’ils ne s’imaginent pas, parce que nous n’y sommes pas confrontĂ©s dans les villages, ce que se permettent de faire les larbins du pouvoir dans les quartiers populaires, et Ă  quel point ils profitent de cette situation de confinement pour rĂ©primer encore plus durement ou se livrer Ă  de vĂ©ritables tabassages, en banlieue particuliĂšrement. S’ils/elles prenaient la peine par exemple, de regarder ces nombreuses vidĂ©os, disponibles sur le site de Paris-Lutte.info notamment, ou bien encore, de lire les articles sur le sujet, tout aussi nombreux, disponibles sur ce site, peut-ĂȘtre que

Bien Ă©videmment, nous avons aussi, comme partout j’imagine, celles/ceux qui ne pigent pas que nous ne sommes pas TOUS confinĂ©s. Le tĂ©lĂ©travail, c’est surtout pour les cols blancs et les bourgeois. Les cols bleus et les prolĂ©taires, n’ont pas tous arrĂȘtĂ©s eux, et vont mĂȘme reprendre bien avant les autres, comme c’est d’ailleurs dĂ©jĂ  le cas depuis ce lundi. Mais bon, on leur explique, et gĂ©nĂ©ralement, ils/elles comprennent et rĂ©flĂ©chissent mĂȘme un peu plus que d’habitude du coup.
En tout cas, Ă  Rodemack, il fait bon vivre, confinement ou pas, et je crois mĂȘme que ça sera encore meilleur aprĂšs. Alors il faudrait toujours bien garder Ă  l’esprit qu’ailleurs, la vie n’est pas forcĂ©ment aussi douce, et que lĂ  aussi, il faudrait qu’elle le devienne un peu plus
 aprĂšs.

AprĂšs justement
 Quel monde d’aprĂšs ? Tout doit-il redevenir comme avant ? Gageons que non. Sans passer Ă  la trappe la tragĂ©die et son cortĂšge de morts, soulevons que ce confinement forcĂ© a ses cĂŽtĂ©s positifs et incite Ă  la rĂ©flexion notamment. Beaucoup voient dorĂ©navant les choses autrement. Ils/elles se rendent compte que l’on peut faire sans ceci ou sans cela. Que la course journaliĂšre contre la montre est aliĂ©nante et que le temps de libre est prĂ©cieux. Que la recherche perpĂ©tuelle du profit est nĂ©faste, aussi bien pour l’humain que pour la nature. Que l’on peut vivre beaucoup plus simplement et de maniĂšre plus sobre, et que l’essentiel se rĂ©sume souvent Ă  peu de chose en fait. Que l’on peut vivre heureux avec moins et que le superflu nous emprisonne. Que nous n’avons pas besoin des patrons et que ce sont eux qui ont besoin de nous. Que l’on peut s’organiser sans eux, tout partager entre nous, et ainsi, s’autogĂ©rer.
Que crĂšve le vieux monde, opprimant et injuste, et qu’à la place, un monde meilleur, plus Ă©galitaire et solidaire voie le jour. Et vu que c’est dans les temps de crise et de difficultĂ©s que se rĂ©vĂšlent les vĂ©ritables caractĂšres des ĂȘtres vivants, nous saurons alors d’autant mieux avec qui le construire
 ce monde qui nous tend les bras.
Frédéric Pussé, Groupe de Metz de la Fédération Anarchiste

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Source: Monde-libertaire.fr