DĂ©cembre 25, 2020
Par Attaque
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Fenrir, pubblicazione anarchica ecologista, n° 9 / juin 2018

Gabriel Pombo Da Silva est un compagnon anarchiste individualiste, rĂ©cemment sorti de prison, aprĂšs 32 ans d’enfermement. Actif depuis sa premiĂšre jeunesse, pendant la dictature franquiste, avec une sĂ©rie de braquages de banques et d’autres actions, il a continuĂ© Ă  lutter Ă  l’intĂ©rieur des prisons, avec de continuelles tentatives d’évasion et de dures luttes menĂ©es avec d’autres compagnons dans les sections spĂ©ciales de torture FIES. En cavale Ă  partir d’octobre 2003, Ă  l’occasion d’une permission de sortie, il a Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  nouveau l’annĂ©e suivante, aprĂšs une longue course-poursuite et une fusillade avec les flics. Depuis la prison, il a continuĂ© Ă  contribuer au dĂ©bat anarchiste, avec des nombreux Ă©crits combatifs, dont certains rassemblĂ©s dans le livre « Diario e ideario de un delincuente Â» [publiĂ© la premiĂšre fois en 2006 ; NdAtt.]. Depuis juin 2016, il est enfin libre, mais les gouvernements de diffĂ©rents pays continuent Ă  l’impliquer dans des opĂ©rations rĂ©pressives anti-terroristes (d’abord Ardire, aprĂšs Scripa Manent et Buyo), en essayant de se venger du fait qu’il n’a jamais baissĂ© la tĂȘte ni renoncĂ© Ă  lutter.

Tu es arrivĂ© en prison trĂšs jeune et t’y as passĂ© plus de 30 ans, pourrais-tu nous raconter quelque chose du milieu dans lequel t’as grandi et de la vie que tu as vĂ©cu avant de ta longue incarcĂ©ration?

Eh bien, rien que pour rĂ©pondre Ă  votre premiĂšre question il faudrait un livre
 justement mon enfance et le contexte oĂč elle a eu lieu ont Ă©tĂ© dĂ©cisifs pour la formation de ce que je suis
 ce que, avec humour, j’ai dĂ©fini ma “yoedad” [jeu de mot intraduisible entre yo, « je, moi Â», et le suffixe -edad, que l’on pourrait traduire comme Â« -tĂ© Â» (comme dans « beautĂ© Â», « nouveautĂ© Â», etc. ; NdAtt.].

Enfin, j’ai grandi dans un quartier ouvrier et paysan pendant une dictature fasciste
 un quartier plein de gens pauvres et rebelles. Des gens qui se mettaient ensemble – on se mettait ensemble – pour exproprier le capital et ses marchandises, car on nous gardait plongĂ©s dans la misĂšre et dan la violence. A la suite de ce type de relations, beaucoup de nous ont fini tuĂ©.e.s, emprisonnĂ©.e.s ou en clandestinitĂ©. Je parle d’un contexte qui est difficile Ă  expliquer en des termes thĂ©oriques, Ă©tant donnĂ© que notre rĂ©bellion Ă©tait pratique
 c’est Ă  dire qu’on punissait les fascistes, on se rĂ©appropriait de leurs armes, on braquait banques et distributeurs d’essence, on soutenait nos frĂšres et nos sƓurs prisonnier.e.s et leurs familles, on prenait soin du quartier
 je ne sais pas
 on Ă©tait le quartier.

On Ă©tait conscient.e.s qu’on aurait fini avec une balle dans la tĂȘte ou bien en taule, mais cela ne nous prĂ©occupait pas. C’était pire d’ĂȘtre pauvres et de subir des brimades. j’ai commencĂ© les braquages vers 13/14 ans. Au vu du contexte et de ma formation dĂ©faillante (pas pour rien: j’étais un enfant) je savais Ă  peine faire la diffĂ©rence entre « communisme Â» et « anarchisme Â». Je suppose que ça a Ă©tĂ© en prison (oĂč j’ai eu beaucoup de temps pour ma « formation thĂ©orique Â»), pendant les annĂ©es 80, que j’ai commencĂ© Ă  me dĂ©finir en tant qu’anarchiste.

A quel moment de ta vie, et Ă  la suite de quelles rĂ©flexions ou expĂ©riences, t’es arrivĂ© Ă  te dĂ©finir en tant qu’anarchiste? Quelle est ta conception personnelle de l’anarchisme?

Je pense que la premiĂšre fois que j’ai entendu le mot « anarchistes Â» ça a Ă©tĂ© par la bouche de mon grand-pĂšre (qui a Ă©tĂ© soldat et prisonnier de guerre pour la RĂ©publique). C’est mon grand-pĂšre qui m’a appris Ă  haĂŻr les fascistes
 et aussi Ă  tirer avec un fusil « Naranjero Â» qu’il gardait cachĂ©. Mon grand-pĂšre pensait qu’un bon partisan devait ĂȘtre capable en toute situation de survivre dans la nature et de savoir tirer. Cela Ă©tait la synthĂšse de la synthĂšse de son communisme primaire
 lui et ma grand-mĂšre Ă©taient communistes et paysan.ne.s.

J’ai commencĂ© Ă  me dĂ©finir en tant qu’anarchiste Ă  la fin des annĂ©es 80
 avant j’étais communiste, anti-impĂ©rialiste et des trucs comme-ça. Ma conception de l’anarchisme a affaire, fonciĂšrement, Ă  une « Ă©thique appliquĂ©e Â» (dans toutes ses manifestations) Ă  un niveau individuel, contre toute expression de pouvoir/autoritĂ©. Ma vie, dans tout son ensemble, s’appuie sur ces valeurs qui me dĂ©finissent en tant qu’anarchiste. Il n’existe aucune sĂ©paration entre « dire Â» et « faire Â»â€Š je ne suis pas un politicien, ni un syndicaliste. En tant qu’anarchiste, JE VIS et je pratique l’Anarchie. Je ne dĂ©lĂšgue RIEN Ă  PERSONNE, ce qui signifie que je dois apporter une rĂ©ponse Ă  tout ce qui m’arrive. Tout comme je ne crois pas Ă  la prĂ©tendue justice, bourgeoise, et Ă  son droit de pillage et de gĂ©nocide, je dĂ©fends et je pratique l’action directe. C’est pas pour rien si, malgrĂ© mes 32 ans de prison (dont 23 en isolement), je continue Ă  faire l’objet de persĂ©cutions
 Ă  cause de mes idĂ©es « sĂ©ditieuses Â» et de ma vie « dissolue Â», hĂ© hĂ©.
Bon, sĂ©rieusement
 je crois en toute individualitĂ© subversive et radicale qui s’expĂ©rimente soi-mĂȘme et ne craint pas les consĂ©quences de ce qu’elle est et de ce qu’elle vit. Je crois dans l’association de ces individualitĂ©s qui conspirent pour atteindre le tout et le nĂ©ant
 je crois que Renzo Novatore dirait cela de façon plus poĂ©tique.

Quelles sont les lectures et les rĂ©flexions qui ont le plus inspirĂ© ton dĂ©veloppement personnel ?

J’ai lu des milliers de livre : de politique, de sociologie, d’anthropologie, de philosophie, de biologie, etc. Rien que dans le cadre de la littĂ©rature politique, j’ai lu les classiques du « socialisme Â». Depuis le communisme d’État, au communisme ouvrier, au collectiviste, etc. en passant par l’école de Francfort et les situationnistes, les surrĂ©alistes, les dĂ©constructionnistes
 bref, lire est tellement important, comme analyser ce que l’on est en train de lire. DĂ©battre, partager, dĂ©monter, construire
 un langage et des concepts qui correspondent Ă  ce que l’on est et Ă  ce vers quoi on tend. Tous les livres que j’ai lu, et chacun d’entre eux, m’ont servi pour mon dĂ©veloppement. Ce n’est pas un hasard si j’ai Ă©tudiĂ© philosophie et anthropologie.

En ce qui concerne les auteurs anti-autoritaires, j’ai commencĂ© par les classiques, comme Bakunine, Kropotkine, Emma Goldman, Malatesta, etc. en continuant par NetchaĂŻev, Armand, Thoreau, Hakim Bey. Naturellement, ne peuvent pas manquer tous les auteurs de la terre ibĂ©rique et de sa rĂ©volution. J’ai lu tous ces livres et brochures qui traitent de groupes armĂ©s et rĂ©volutionnaires : depuis les classiques de la guerrille urbaine, en passant par ces groupes comme les Cangaceiros, le MIL et d’autres expressions armĂ©es « minoritaires », comme Malcom X, les Black Panthers
 depuis Unabomber Ă  la Symbionese Liberation Army, etc. bref, j’ai toujours Ă©tĂ© intĂ©ressĂ© par ces instruments thĂ©oriques et pratiques que les damnĂ©.e.s de la Terre se sont donnĂ©s. La parole, si elle n’est pas suivie par l’action/la pratique, ne nous sert Ă  rien !

Tu as Ă©tĂ© enfermĂ© pendant des longues annĂ©es en Espagne, dans le rude rĂ©gime FIES, oĂč t’as vĂ©cu dans des conditions extrĂȘmement difficiles et t’as Ă©tĂ© torturĂ©, oĂč tant de tes compagnons sont morts, mais oĂč tu as aussi menĂ© des nombreuses luttes trĂšs importantes. Qu’est ce qui t’a laissĂ© une expĂ©rience de ce type ?

La prison, le rĂ©gime FIES et l’administration de la justice correspondent Ă  ce que je pressentais dĂ©jĂ  Ă©tant enfant, c’est Ă  dire que tout moyen est lĂ©gitime afin d’exĂ©cuter ces assassin.e.s rĂ©pugnant.e.s

Je n’ai pas de problĂšme Ă  revendiquer toutes et chacune des actions que j’ai faites contre les flics et leurs taules. J’ai appris que n’importe lequel type de pouvoir a une « faille Â», un point faible, quelque chose qui le rend relatif. L’anarchiste est un.e conspirateur.trice qui doit pouvoir utiliser tous les moyens Ă  sa disposition pour subvertir ou dĂ©truire l’ordre imposĂ©. Je suis fier d’ĂȘtre un des individus qui ont rĂ©ussi Ă  crĂ©er et Ă  fonder une organisation en prison qui a rĂ©ussi Ă  mettre Ă  genou l’État espagnol. Évidemment, ils ont utilisĂ© toutes les raisons d’État pour nous assassiner et nous torturer
 que c’était lĂ©gal ou illĂ©gal, ne faisait pas de diffĂ©rence. Or, le pouvoir se sert de l’ Â« apparat judiciaire Â» comme d’ Â« escadrons d’hommes de main »  voilĂ  ses moyens pour rĂ©affirmer son pouvoir.

Il Ă©tait arrivĂ© un moment (aprĂšs des annĂ©es de soumission Ă  la terreur et aux tortures) quand nous avons « perdu la peur de mourir Â». Être « vivants Â» ou ĂȘtre « inexistants Â» c’était la mĂȘme chose. Nous avons retournĂ© la terreur et les avons terrorisĂ©s
 en apprenant que la terreur est une arme tactique fondamentale. Nous avons partagĂ© la violence extrĂȘme.

Je pense que ce que le FIES a signifiĂ© pour moi c’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Je dois Ă©crire (par de vrai, maintenant) mon autobiographie.

AprĂšs environ un an de cavale, tu as Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  nouveau en Allemagne et tu as Ă©tĂ© emprisonnĂ© lĂ -bas pendant d’autres annĂ©es, jusqu’à ta libĂ©ration. Quelles sont les diffĂ©rences que tu as remarquĂ© entre le rĂ©gime de dĂ©tention allemand et l’espagnol ? Quels sont les avantages et les dĂ©savantages du nouveau modĂšle de prison « dĂ©mocratique Â» et « moderne Â» de l’Europe du nord ? Comment la rĂ©alitĂ© de la prison a changĂ©, ces derniĂšres annĂ©es ?

Parler de la prison, des changements techniques-architectoniques et de la composition sociale des prisonnier.e.s d’un pays nĂ©cessite du temps
 figurez-vous si c’est de deux pays! Si, quand on est libres, on s’aperçoit Ă  peine des changements, parce qu’ils sont graduels, en prison on les aperçoit seulement en tant que nuances de gris.

La prison est l’appropriation absolue du temps et de l’espace de la part du pouvoir. Le/la prisonnier.e qui veut rĂ©sister doit apprendre Ă  connaĂźtre sa cellule et ses matons. Le but reste l’évasion
 le mieux serait la destruction et finalement une Ă©vasion de masse. Mais ça c’est l’IDÉAL.

Comment a Ă©tĂ© la solidaritĂ© des compagnonnes et des compagnons anarchistes en Allemagne, pendant ta dĂ©tention ?

Personnellement, j’ai toujours joui d’un circuit de solidaritĂ© large et variĂ©. Ma dĂ©tention Ă  Aix-la-Chapelle a eu un Ă©cho et un retentissement international trĂšs fort, Ă  un point que, Ă  partir de ce triste 28 juin, des compas que je connaissais dĂ©jĂ  en ont rencontrĂ© et en ont connu d’autres que je ne connaissais pas. De plus, j’ai commencĂ© une intense relation par correspondance, et avec des rĂ©alitĂ©s gĂ©ographiquement lointaines et avec des compas des diffĂ©rents rĂ©alitĂ©s politiques et des contextes qui m’ont aidĂ© Ă  me dĂ©velopper tant d’un point de vue humain que « politique Â».

En ce qui concerne la « solidaritĂ© Â» de la part des activistes allemand.e.s, il faut dire que j’ai reçu plus de soutien (politique-pratique) de la part du milieu communiste-anti-impĂ©rialiste (par exemple des anciens prisonnier.e.s ou sympathisant.e.s de la RAF) que de la part des dit.e.s anarchistes. Pas seulement
 les « Graswurzel-RevolutionĂ€re Â» [sorte d’alternativistes et de citoyennistes ; NdAtt.] qui se dĂ©finissent anarchistes sont une caricature laide de ce que devrait ĂȘtre un.e anarchiste et plus largement un.e rĂ©volutionnaire/une.e rebelle.

Pendant ma dĂ©tention Ă  Aix-la-Chapelle, j’ai vraiment reçu une solidaritĂ© rĂ©volutionnaire incroyable. Il suffit de se rappeler de la grĂšve de la faim de 2009, en souvenir de Mauricio Morales et de toutes les personnes mortes dans la lutte contre l’État et la capital.

Je suppose que ça a Ă©tĂ© prĂ©cisĂ©ment pendant cette dĂ©tention que j’ai commencĂ© Ă  ĂȘtre la « cible Â» des services secrets europĂ©ens. Il n’y a pas de doute que la « cause Â» d’une telle persĂ©cution ont Ă©tĂ© le discours et l’activitĂ© que j’ai « hardiment Â» montrĂ© et dĂ©veloppĂ© avec tous et chacun de mes Ă©crits/initiatives.

Tu es sorti aprĂšs plus de trente ans de prison (cavale mise Ă  part) et tu aurais remarquĂ© que la sociĂ©tĂ© a beaucoup changĂ© ; qu’est ce qui t’a le plus frappĂ© ? Comme vois-tu le rapport entre individu et sociĂ©tĂ© aujourd’hui ?

Ce qui m’a plus frappĂ© est le constat du niveau d’assimilation massive des nouvelles technologies, d’une telle façon que presque tout marche de maniĂšre acritique et dĂ©pend plus ou moins strictement de la technologie
 des interrelations virtuelles et technologiques qui font partie de chaque aspect/gestion ou de toute valeur de nos existences.

La « sociĂ©tĂ© Â» d’oĂč je viens a Ă©tĂ© radicalement changĂ©e. On ne peut pas parler d’une sociĂ©tĂ© « de classe Â» (Ă©videmment lĂ  oĂč la « classe Â» opprimĂ©e est consciente d’ĂȘtre et d’agir en tant que telle) dans une sociĂ©tĂ© aliĂ©nĂ©e et atomisĂ©e. Les technologies ont transformĂ© le systĂšme de production et, par consĂ©quent, les interrelations production-capital-travailleur.euse.s ont Ă©tĂ© complĂštement modifiĂ©es.

A ton avis, quel peut ĂȘtre le rĂŽle des anarchistes dans la sociĂ©tĂ© actuelle ? Est-ce que tu crois Ă  la possibilitĂ© que la tension anarchiste puisse provoquer ou favoriser une insurrection d’envergure ? Quel pourrait ĂȘtre notre contribution aux conflits sociaux qui se dĂ©clencheront Ă  l’avenir ?

Je fuis prudemment toute forme d’ Â« Ă©tiquetage Â» qui me fasse parler au pluriel. A cause de ça je maintiens que, Ă  mon avis, l’anarchisme est une tension pratique contre tout aspect de la domination et que cette tension commence Ă  l’intĂ©rieur de chaque individu qui se donne cet objectif. Notre objectif est de mettre les instruments et les connaissances au service des « autres Â», de façon que l’insurrection ne soit pas affaire de peu de monde, pour que celles-ci/ceux-ci ne se croient pas des « spĂ©cialistes Â» et des « dĂ©lĂ©guĂ©.e.s Â» ; nous tou.te.s devons apprendre des autres.

Je crois que les insurrections qui auront lieu ne seront pas seulement des affaires d’ Â« anarchistes Â». De fait, et selon le contexte, les fractures et les rĂ©bellions sont produites par des exclu.e.s de tout type qui peuvent aussi ĂȘtre rĂ©fractaires Ă  tout sorte d’étiquetage politique. Notre dĂ©fi serait de parler d’anarchisme pratique, sans l’inutile logorrhĂ©e « politicienne Â». VoilĂ  donc que notre meilleure contribution serait de donner du sens pratique aux explosions de rage spontanĂ©es et nous organiser


Le dĂ©veloppement technologique imprĂšgne de plus en plus chaque aspect de la sociĂ©tĂ© et des nos vies et relations, en renforçant, au mĂȘme temps, ceux qui dĂ©tiennent le pouvoir. Quelles sont tes rĂ©flexions Ă  ce propos ?

Je crois que dans cette question il y a dĂ©jĂ , implicite, la rĂ©ponse. C’est Ă  dire que le « dĂ©veloppement technologique Â» est inhĂ©rent au pouvoir, il sert toujours pour renforcer le pouvoir que l’on a sur autrui. Il n’y a pas de technologie « neutre Â», cela a Ă©tĂ© confirmĂ© dans le cours des siĂšcles. Mais c’est un fait aussi que la technologie est arrivĂ©e pour rester de façon dĂ©finitive et que les ĂȘtre humains s’agenouillent devant elle


Non seulement le anarchistes, mais aussi l’immense majoritĂ© de l’humanitĂ© ne comprend pas que nous sommes de l’énergie pour la civilisation. Comme dans le film de Matrix, nous sommes des batteries qui, avec nos « faux dĂ©sirs Â» (endoctrinĂ©.e.s par la tĂ©lĂ©, par la mode, par la sociĂ©tĂ©, etc.), alimentent la civilisation et le capitalisme atomique-technologique. Seulement notre opposition totale Ă  la « pensĂ©e unique Â», ainsi que la crĂ©ation de communautĂ©s alternatives pourraient nous prĂ©parer Ă  un changement ou une fracture plus large.

Quelles sont, selon toi, les nuisances les plus directement responsables de la dĂ©vastation de la planĂšte et des ĂȘtres vivants, qu’il faudrait donc contrer en prioritĂ© ?

Justement le capitalisme techno-industriel, qui a crĂ©Ă© la richesse capable de crĂ©er un nouveau paradigme existentiel, un nouveau modĂšle Ă©conomique, politique et social. Comment convaincre le reste du monde qu’il fait se rĂ©-inventer ? Qu’il faut se passer des « choses Â» auxquelles on a Ă©tĂ© habituĂ©.e.s et « Ă©duquĂ©.e.s Â» ?

Tu a Ă©tĂ© impliquĂ© dans plusieurs des opĂ©rations rĂ©pressives contre les anarchistes, notamment de la part de l’État italien, qui t’a impliquĂ© d’abord dans l’opĂ©ration Ardire, puis, aujourd’hui, dans l’opĂ©ration Scripta Manent, pour laquelle tu passes en procĂšs, avec ta compagne Elisa. De plus, tu as Ă©tĂ© rĂ©cemment visĂ© par une autre opĂ©ration, appelĂ©e Buyo, manigancĂ©e par l’État espagnol, suite Ă  laquelle ton habitation a Ă©tĂ© perquisitionnĂ©e et tu devras passer en procĂšs. Quelle est la raison, selon toi, de cet acharnement Ă  on encontre ? Comment analyses-tu ce type d’opĂ©rations rĂ©pressives ?

Lors de certaines des rencontres auxquelles j’ai participĂ©, j’ai « dissertĂ© Â» de certains aspects de ces opĂ©rations
 cependant, les personnes qui frĂ©quentent ces espaces ne semblent pas ĂȘtre tellement « prĂ©occupĂ©es Â». Peut-ĂȘtre parce que, quand nous ne sommes pas en train de lutter, ça nous est Ă©gal que des zigotos de tous les types se pavanent.

Je sais clairement qu’ils me persĂ©cutent et qu’ils continueront Ă  me persĂ©cuter, parce que je suis un optimiste rĂ©calcitrant incapable d’arrĂȘter de rĂȘver et encore plus incapable de ne pas suivre ce que mon cƓur me dit. Au fait, ils me persĂ©cutent parce que je parle fort et clairement.

La nouvelle Ă©dition de ton livre vient de sortir, en Espagne. Veux-tu nous en parler ? Quand sortira une Ă©dition aussi en italien ?

Mon livre, « Diario e ideario de un delincuente
 y otros escritos », est sorti surtout parce que j’ai voulu l’actualiser en y ajoutant les textes Ă©crits Ă  Aix-la-Chapelle qui ont contribuĂ© Ă  l’histoire insurrectionnelle de l’anarchisme. Je ne peux pas discuter de ce que j’ai vĂ©cu sans, d’abord, le diffuser. J’espĂšre qu’il sera une occasion pour crĂ©er un dĂ©bat. J’espĂšre que l’on arrive Ă  perdre la peur de parler, pour, ensuite, pouvoir agir. J’aimerais qu’une Ă©dition italienne sorte dĂ©jĂ , on est prĂȘt.e.s Ă  le traduire, mais il faudrait connaĂźtre les possibilitĂ©s Ă©conomiques, avant de se mettre Ă  la tĂąche. Malheureusement, nous n’avons pas un portefeuille d’oĂč tirer des ressources


Quels sont tes projets pour l’avenir ?

Je ne sais pas qu’est ce qu’est l’avenir. Je sais seulement que je continuerai à lutter jusqu’à ma mort.

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Note d’Attaque : Gabriel est actuellement en prison en Espagne. Pour lui Ă©crire :

Gabriel Pombo Da Silva
C.P. Mansilla de las Mulas
Place Villahierro s.n.
24210 – Mansilla de las Mulas (León)
Espagne




Source: Attaque.noblogs.org