Dans la nuit du 19 janvier 2020, nous étions dans les rues pour dénoncer l’inaction de l’État face aux violences conjugales. Une partie de notre équipe a été obligée d’arrêter son collage à l’arrivée de la police et obligée de l’arracher. Interrogatoires directement sur place, les questions fusent à toute vitesse. Nous avons eu droit à 40 minutes de menaces, pressions, humiliations, abus de pouvoir, sexisme, blagues graveleuses, réflexions en tous genres, et j’en passe.

Nous ne sommes pas des délinquantes, nous sommes des militantes. Nous menons ces actions pour faire entendre les voix des victimes et demander à ce que le massacre s’arrête. Nous tenons le rôle de pédagogue et de libération de la parole avec les passants. Nous ne voulons plus compter nos mortes, nous ne voulons plus coller leurs noms. Mais tant que le massacre continuera et que le patriarcat existera, nous serons dans les rues, chaque nuit, chaque jour s’il le faut. Et en nombre, nous vous le promettons. Arrachez notre colère, nous recollerons aussitôt.

Nous souhaiterions autant de réactivité de la part des forces de l’ordre quand il s’agit de protéger les femmes victimes de violence. On transforme les militantes en délinquantes. On nous accuse. On nous demande de payer. Mais pendant ce temps, on refuse encore des plaintes de femmes en danger de mort imminent. L’État ne peut plus détourner le regard, la justice ne peut plus dire qu’elle ne savait pas. Nous avons collé noir sur blanc la vérité sur leurs murs. Il est temps d’honorer nos mortes et de protéger nos vivantes. Merci de mobiliser vos forces pour arrêter le massacre plutôt que celles qui le dénoncent. État coupable, justice complice. Ni oubli ni pardon.


Article publié le 23 Jan 2020 sur Larotative.info