Novembre 30, 2020
Par Le Monde Libertaire
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photo Akbaranifsolo

Parole de sorcier

Il tira un mot de sa besace, il tira un mot de son pli de pantalon ou de je ne sais oĂč. Et aussitĂŽt ce mot prit l’allure d’un foulard qui se mit Ă  danser au-dessus de nous.

Je danse avec des petits mots appris par cƓur pendant mon enfance m’a dit le sorcier, des mots petits parchemins, sparadraps qui se collent aux branches, Ă  la poussiĂšre des semelles, que l’on peut mĂȘme retrouver dans ses mains mouillĂ©es aprĂšs avoir fait la vaisselle. Pour notre mĂ©moire transie, Madame, les voici devenus boules de houx, ils ont voyagĂ©, un peu, beaucoup, passionnĂ©ment, ils ont pris de l’écho, aux montagnes sans rire. Des mots passe-partout, vous comprenez, qu’ils pourraient mĂȘme griffer le nez du pape. J’ai vu et entendu des ĂȘtres souffler avec leurs bouches, cramponnĂ©es Ă  la poussiĂšre des barreaux, des palissades et je me demandai : est-ce possible, est-ce possible que simplement, en Ă©carquillant les yeux, en balbutiant, aussitĂŽt quelque crĂȘte s’ouvre, pour offrir Ă  l’homme assommĂ©, Ă©crasĂ©, vaincu
 la parole.

Tous mes pleurs n’ont pu rendre sa dignitĂ© Ă  l’homme humiliĂ©. Alors, moi, le grand magicien, j’ai donnĂ© Ă  l’homme Ă©croulĂ© par terre, qui n’avait rien, un grand foulard et je lui ai dit : Ă©cris, Ă©cris dessus ta libertĂ©, pour que tes mains saignantes retrouvent le manche. Comment, elle se projettera ta pensĂ©e sur ce grand foulard invisible, toi seul a le pouvoir de le dire, de le sentir, toi seul es le maĂźtre d’y imprimer ce qui te tient Ă  cƓur. Aie toujours Ă  l’extrĂ©mitĂ© de ton regard ce coin du foulard qui s’appelle libertĂ©. Alors ta pensĂ©e deviendra une branche sur laquelle peuvent se poser les oiseaux et nos yeux aussi. Ici et lĂ , tu sauras ce que tu ramasses. MĂȘme piĂ©tinĂ© ou moquĂ© dans l’indiffĂ©rence, cela peut ĂȘtre quelque chose qui embellit, illumine la raison d’ĂȘtre d’un homme, pour devenir sa vĂ©ritĂ©, capable de s’élever au-dessus des Ă©paules de n’importe quel tyran. Oui, ce mot libertĂ© qui est la vie elle-mĂȘme comment sonnerait-il creux, quand il rĂ©sonne en toi, homme magique !

Parole de sorciĂšre

Elle tira un mot de sa besace, elle tira un mot de son pli de robe ou de je ne sais oĂč. Et aussitĂŽt ce mot prit l’allure d’un foulard qui se mit Ă  danser au-dessus de nous.

Je danse avec des petits mots appris par cƓur pendant mon enfance m’a dit la sorciĂšre, des mots petits parchemins, sparadraps qui se collent aux branches, Ă  la poussiĂšre des semelles, que l’on peut mĂȘme retrouver dans ses mains mouillĂ©es aprĂšs avoir fait la vaisselle. Pour notre mĂ©moire transie, Monsieur, les voici devenus boules de houx, ils ont voyagĂ©, un peu, beaucoup, passionnĂ©ment, ils ont pris de l’écho, aux montagnes sans rire. Des mots passe -partout, vous comprenez, qu’ils pourraient mĂȘme griffer le nez du pape. J’ai vu et entendu des ĂȘtres souffler avec leurs bouches, cramponnĂ©es Ă  la poussiĂšre des barreaux, des palissades et je me demandai : est-ce possible, est-ce possible que simplement, en Ă©carquillant les yeux, en balbutiant, aussitĂŽt quelque crĂȘte s’ouvre, pour offrir Ă  la femme assommĂ©e, Ă©crasĂ©e, vaincue
 la parole.

Tous mes pleurs n’ont pu rendre sa dignitĂ© Ă  la femme humiliĂ©e. Alors, moi, la grande magicienne, j’ai donnĂ© Ă  la femme Ă©croulĂ©e par terre, qui n’avait rien, un grand foulard et je lui ai dit : Ă©cris, Ă©cris dessus ta libertĂ©, pour que tes mains saignantes retrouvent le manche. Comment, elle se projettera ta pensĂ©e sur ce grand foulard invisible, toi seule a le pouvoir de le dire, de le sentir, toi seule a le pouvoir d’y imprimer ce qui te tient Ă  cƓur. Aie toujours Ă  l’extrĂ©mitĂ© de ton regard ce coin du foulard qui s’appelle libertĂ©. Alors ta pensĂ©e deviendra une branche sur laquelle peuvent se poser les oiseaux et nos yeux aussi. Ici et lĂ , tu sauras ce que tu ramasses. MĂȘme piĂ©tinĂ©e ou moquĂ©e dans l’indiffĂ©rence, elle sera quelque chose qui embellit, illumine la raison d’ĂȘtre une femme, pour devenir sa vĂ©ritĂ©, capable de s’élever au-dessus des Ă©paules de n’importe quel tyran. Oui, ce mot libertĂ© qui est la vie elle-mĂȘme comment sonnerait-il creux, quand il rĂ©sonne en toi, femme magique !

Eze, le 28 Novembre 2020

Evelyne TrĂąn




Source: Monde-libertaire.fr