Sans prétendre à l’exhaustivité, nous avons recensé des activités
militantes qui ont marqué notre année 2018. En plus de celles tenues par
le Collectif anarchiste Emma Goldman, nous avons souhaité souligner les
initiatives d’autres groupes autonomes dont les actions ont alimenté
les luttes locales et régionales. Pour éviter des répétitions, nous
ferons fréquemment référence au Collectif Emma Goldman comme « le
Collectif ».
Sommaire :
  • Campagne de lutte contre l’embourgeoisement
  • Solidarité antiraciste
  • Lutte écologiste et solidarité anticoloniale
  • Solidarité internationale
  • (Pro)féminisme et luttes LGBTQ+
  • Diffusion de l’anarchisme et de l’Autonomie
Campagne de lutte contre l’embourgeoisement

L’embourgeoisement du centre-ville de Chicoutimi et ses effets dévastateurs sur le quartier a suscité une vive résistance du Collectif Emma Goldman en cette nouvelle année. La campagne d’action a commencé le 4 février avec une partie de hockey sur la Place du citoyen, symbole de la « renaissance » et de l’embourgeoisement de la rue Racine, avec distribution de soupe. Sur la situation dans le quartier, l’invitation (https://ucl-saguenay.blogspot.ca/2018/01/investir-le-territoire-regagner-nos.html) notait : « Pendant que promoteurs, propriétaires et bourgeois s’amusent, d’autres souffrent en silence. Ceux et celles qui ont de la misère à rejoindre les ‘deux bouts’. Ceux-là qui subissent de plein fouet cet embourgeoisement. Ce désir des dominants de remplacer les classes défavorisées des quartiers populaires par une couche de gens aisés ».

Le 25 mars, une soixantaine de personnes, se sont déplacées par une belle journée de printemps aux abords de l’édifice du 21 Price, à Chicoutimi, pour la Marmite autogérée organisée par le Collectif sur le thème « La solidarité est plus forte que les proprios exploiteurs » (http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/03/photo-reportage-retour-sur-la-marmite.html)! L’événement fut un grand succès. Nous avons réussi à mettre en contact plusieurs personnes vivant des situations semblables : pauvreté, exploitation par le propriétaire, isolement, harcèlement policier, etc. Nous avons distribué un grand nombre de repas (des burritos vegan) et le Marché gratuit a attiré de nombreuses personnes. Des dizaines de copies de la trentième édition du journal Cause Commune Express, intitulée « La Peur du pauvre » ont été distribuées sur place (https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/04/centres-villes-de-saguenay-la-peur-du.html). Ensuite, plusieurs témoignages entendus lors de l’activité nous permettent de connaître encore mieux la réalité des habitants et habitantes défavorisé-e-s vivant au centre-ville, mais aussi de certains projets à venir. Nous en avons par exemple beaucoup appris sur les agissements du propriétaire (Jean-Guy Caron) de la maison de chambres (734 rue Racine à Chicoutimi) où Michael Labbé était récemment décédé lors d’un incendie. À la suite du brasier, qui avait lourdement endommagé l’immeuble et qui avait propagé les moisissures, le propriétaire n’avait fait que placarder le troisième étage. Aux autres étages, il continuait de charger des prix astronomiques pour des logements dans des conditions de misère extrême. Un locataire racontait que le plafond s’égrainait au-dessus de son lit; aucune rénovation n’avait été réalisée dans leurs logements après l’incendie. Le prix d’une chambre : 300$. Et les autorités municipales toléraient la situation – une situation tout simplement déshumanisante! Mr. Caron avait arraché des affiches invitant les gens du quartier à notre événement. Sur celles-ci était inscrit en grosses lettres : « Ton proprio est un crosseur? Viens en parler! ». « La mort de Michael Labbé, avions nous écrit dans l’invitation à la Marmite autogérée, fut un tragique symptôme de l’ambiance qui règne au centre-ville. Cette mort fut un rappel que c’est au prix du sang des plus pauvres et des gagnes-petits que se payera la Guerre de l’espace que nous livrent spéculateurs et embourgeoiseurs dans les centres-villes ».

À la suite de cette Marmite autogérée, nous avons continué nos contacts avec les personnes habitant la maison de chambres du 734 rue Racine pour leur offrir notre soutien face à leur propriétaire et discuter avec eux et elles des actions possibles. C’est ainsi que le 30 avril, une grande bannière sur laquelle était inscrit « Jean-Guy occupe-toi de ton taudis » fut déployée sur la bâtisse par le Collectif Emma Goldman. L’action a permis de médiatiser le fait que le propriétaire continuait depuis déjà 6 mois de percevoir des loyers pour des appartements en décrépitude. Dans son communiqué, le Collectif notait : « Cette action s’inscrit dans la lutte aux propriétaires exploiteurs qui s’enrichissent sur le dos des mal logé.e.s et des personnes les plus défavorisées de notre ville. […] les autorités municipales cautionnent par leur inaction un propriétaire exploiteur. En laissant des gens vivre dans un tel taudis, l’administration et la bureaucratie municipale démontrent leur caractère froid et inhumain. La ville de Saguenay devrait faire fermer cet immeuble insalubre et travailler à reloger ses habitant-e-s dans des appartements abordables et de qualité. Nous n’oublions pas nos camarades disparu-e-s, nous ne pardonnons pas aux promoteurs crapuleux et leur monde. Les morts vont prendre leur revanche. D’autres actions sont à venir. Les exploiteurs n’ont qu’à bien se tenir (http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/05/communique-deploiement-dune-banniere.html) ». Lors de nos visites, nous avions réalisé que le toit était défoncé par endroits et qu’une simple bâche faisait office de couverture. Résultat, avec la fonte de la neige et les précipitations, l’eau s’infiltrait partout au troisième étage. L’eau s’écoulait par le plafond du deuxième étage où demeuraient encore des gens. Des pans entiers du plafond s’étaient détachés en raison de l’infiltration d’eau et les couvre-planchers avaient été totalement retirés, car ils étaient gorgés d’eau.

Le soutien s’est poursuivi et 13 jours plus tard, le Collectif tenait, le 13 mai, un événement public dans le Parc de la statue de la Fée des bois, situé directement en face du 734 rue Racine (de l’autre côté de la rue) : une Marmite autogérée en solidarité avec les locataires sinistré-e-s (https://ucl-saguenay.blogspot.ca/2018/05/marmite-autogeree-en-solidarite-avec.html). De la nourriture était servie gratuitement et un marché gratuit était installé sur place. Des locataires du 734 rue Racine avaient réinstallé la bannière « Jean-Guy occupe-toi de ton taudis » sur l’immeuble pour l’occasion. Plus d’une quarantaine de personnes ont participé à l’événement, dont les locataires de celui-ci et le voisinage. Les voisins et voisines de la maison de chambres se sont démontré-e-s solidaires face aux conditions éprouvantes que vivaient les locataires et dénonçaient le sordide propriétaire et l’inaction de la ville. Pour l’occasion, le Collectif publiait sa sixième édition du bulletin régional Le Pic-Bois, portant spécialement sur la grève des loyers (http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/05/6eme-edition-du-bulletin-regional-le.html). Le Collectif encourageait les locataires à s’unir et à faire la grève des loyers pour construire un pouvoir économique et toucher à la seule chose qui compte pour un propriétaire exploiteur : son portefeuille.

Le 17 mai, une autre maison de chambres à Chicoutimi, le 21 Price, qui avait elle aussi récemment passé au feu, mais restait inhabitée depuis, était démolie. Alors qu’embourgeoiseurs, policiers et promoteurs de tours à bureaux et de condos signalaient l’événement comme une bonne nouvelle, des dizaines de personnes en situation de pauvreté étaient jetées à la rue. Un texte du Collectif commentait : « Pendant qu’on claironne dans les médias un haut taux d’inoccupation de logements et d’habitations à Saguenay, les logements à prix modiques se font rares et leur état n’est pas toujours réjouissant. Les femmes en situation de pauvreté ont pour leur part à porter un double fardeau alors que plusieurs propriétaires bien connus de maisons de chambres et de taudis les exploitent sexuellement. Il est indécent que pendant que les élu-e-s déroulent le tapis rouge pour les promoteurs de condos et autres embourgeoiseurs, nous vivons une crise du logement et rien n’est fait pour aider les mal-logé-e-s. Avec un centre-ville de plus en plus policé, des loyers qui augmentent, les magasins de produits de luxe qui se propagent et un désert alimentaire pour les moins nanti-e-s, les plus pauvres doivent tôt ou tard se résigner à quitter le centre-ville vers des secteurs plus en périphérie (quartier St-Paul, quartier St-Joachim et Rivière-du-moulin notamment). Il s’agit de l’une des conséquences directes de l’embourgeoisement. C’est la gestion des populations encombrantes, un phénomène absolument déshumanisant. Les voisinages des quartiers populaires qui accueillent les déplacé-e-s voient leur quotidien bouleversé par la froideur des ‘logiques’ cannibales du système capitaliste. Les organismes communautaires sont dépassés par la situation et manquent cruellement de ressources pour intervenir. Le filet social perce de tous les côtés. C’est à ce moment que nous comprenons que les slogans publicitaires de ‘sécurité’, de ‘mixité sociale’ et de ‘vie de communauté’ des embourgeoiseurs n’étaient que des miroirs aux alouettes (https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/05/demolition-du-21-price-les-riches-se.html) ».

Entre temps, la solidarité s’est poursuivie du 734 rue Racine et l’idée de s’organiser en vue de faire la grève des loyers a fait son chemin. Lors du 1er juin, des membres du Collectif Emma Goldman se sont rendu-e-s dès la matinée au bloc appartement pour soutenir les locataires et attendre avec eux et elles le propriétaire. L’idée était de les soutenir face à de potentiels gestes d’intimidation ou de harcèlement devant leur refus de payer. La décision de participer ou non à la grève des loyers revenait pleinement aux locataires, qui subissaient déjà une intense pression de la part d’un proprio, dont les pratiques douteuses nous avaient rapporté à de multiples occasions. Celui-ci est finalement arrivé sur les lieux et s’est mis en colère devant le refus de payer de plusieurs des locataires et la solidarité de militants et militantes sur les lieux. Plein de préjugés face à ses locataires, il s’est emporté dans un échange avec un de ceux-ci en allant jusqu’à dire : « je vais m’en débarrasser assez vite, watch bien ça, le bloc il va aller à terre, pi c’est moi qui va le mettre à terre avec une pelle […] attend, attend, m’a en venir à bout, ça je te jure, attend, attend… ».

Le 4 juin suivant, vers 4 heure du matin, voilà que le taudis était en feu pour une deuxième fois (https://www.youtube.com/watch?v=nJJpE-h2Yzo). La nature de l’incendie n’était pas confirmée et la possibilité qu’elle soit criminelle était évaluée. Le nouveau feu a causé des dommages encore plus importants à l’immeuble qui, depuis, a été condamné en attendant sa démolition (que le voisinage attend encore à ce jour). La ville, qui pourrait se charger de la démolition et en refiler les frais au propriétaire véreux, lui accorde manifestement beaucoup de patience alors qu’elle démolit des bâtiments patrimoniaux du centre-ville en offrant quelques semaines pour se décider aux personnes qui seraient intéressé-e-s à les déplacer dans d’autres zones. Pour les locataires de la maison de chambres, les conséquences du 2ième incendie ont été grandes : la Croix-Rouge les a aidé-e-s pour un temps très limité, plusieurs se sont retrouvé-e-s à la Maison des sans-abris, d’autres carrément dans la rue. Le Collectif a offert son soutien aux déplacé-e-s en effectuant par exemple le déménagement des biens de l’un d’eux.

Le journal Cause Commune Express « La Peur du pauvre » distribué lors de la Marmite autogérée du 25 mars a suscité des questionnements dans la plateforme des Communications étudiantes universitaires de Chicoutimi, où le journaliste étudiant Guillaume Pelletier a réagi par un article intitulé « Embourgeoisement du centre-ville de Chicoutimi : mythe ou réalité? ». En se basant sur l’augmentation du loyer moyen des loyers dans la région et sur les propos d’Isabel Brochu, coordonnatrice au Centre de recherche sur le développement territorial, Mr. Pelletier mettait en doute l’affirmation selon laquelle le centre-ville de Chicoutimi s’embourgeoisait. Pour le Collectif Emma Goldman, il s’agit d’une simplification outrancière du processus d’embourgeoisement et une forme d’aveuglement volontaire face à son développement, qui n’a certes pas atteint le stade du Plateau-Mont-Royal (Montréal) ou du quartier Saint-Roch (Québec), mais qui a déjà de très fortes conséquences sur la vie des moins nanti-e-s du centre-ville. Le Collectif répondait : « Il ne suffit pas de comparer le prix moyen payé pour un loyer lors des deux dernières années (surtout que le journaliste prend les statistiques pour la région au lieu de prendre celles touchant seulement le centre-ville) pour démontrer ou non l’existence d’un phénomène aussi complexe que l’embourgeoisement. […] les journalistes de la région ne se sont pas vraiment intéressés aux impacts provoqués par la mutation de ce quartier. Cette situation est principalement causée par la perception généralement positive des consommateur-trices et du milieu des affaires face aux investissements publics et privés dans un quartier depuis longtemps dévitalisé. Mais au-delà des dollars, des bétonnières et des cafés bobos, il s’agit ici d’un milieu de vie habité par des travailleurs-travailleuses, des gens de la classe populaire, des étudiant.es et des personnes vulnérables. Ce sont eux et elles qui subissent de plein fouet les contrecoups liés à l’embourgeoisement du quartier: la vie chère, l’augmentation des loyers, la désertification alimentaire, la pénurie de logements de qualité et abordables (parlez-en au comité logement de la région ou aux travailleurs et travailleuses de rue et à la maison des sans-abris), etc. [http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/08/en-replique-au-texte-embourgeoisement.html] ».

Ensuite, dans la nuit du 17 juillet, le Collectif a accroché une bannière « Simon-Olivier vendu combien du pied carré? » sur le bâtiment situé au 94 rue Jacques-Cartier Est. Dans son communiqué, le Collectif expliquait ainsi son action : « Simon-Olivier Côté, conseiller municipal du district 8 et l’un des propriétaires de ce building, figure parmi les acteurs principaux de l’embourgeoisement au centre-ville et de la destruction de notre milieu de vie. Que ce soit par son approbation de certains projets ou son inaction dans plusieurs dossiers, il est complice des attaques menées contre les plus défavorisés. […] Nous ne voulons pas voir notre milieu de vie finir en immense stationnement et en pôle de plaisance pour jeunes professionnels et gens friqués. Ils nous attaquent, nous ripostons! ».

Pour faire suite à la campagne contre l’embourgeoisement, le terrain vague au coin des rues Tessier et Jacques-Cartier (renommé « Parc du 19 juillet ») a été occupé à nouveau le 19 juillet par le Collectif. Un BBQ avec distribution de nourriture gratuite et activités sportives a été tenu.

Quelques jours plus tard, le 4 août, une nouvelle occupation du Parc du 19 juillet a été réalisée par le Collectif avec campement durant la nuit pour réclamer que le terrain (appartenant à la ville) soit cédé aux habitants et habitantes du quartier. Une trentaine de résidents et résidentes du centre-ville de Chicoutimi ont répondu à l’appel. Un chapiteau a été monté à titre d’espace collectif, ainsi que plusieurs tentes pour passer la nuit. Plusieurs gros bacs de nourriture ont été apportés au campement par des gens du quartier afin de s’assurer que nous puissions accueillir quiconque souhaitait manger avec nous. À la tombée de la nuit, un spectacle d’humour a été projeté sur le chapiteau. La nuit se déroulait assez calmement jusqu’à ce que, vers minuit trente, le campement soit attaqué par une dizaine de personnes adhérant à l’extrême-droite. « Des petits groupes de racistes, dont deux personnes masquées qui, la veille, avaient tenté d’attaquer des militants et militantes libertaires qui faisaient de l’affichage dans le quartier, sont alors arrivés de différentes directions. Réagissant promptement à la tentative, les campeurs et campeuses, pour la plupart déjà assoupi-e-s, ont rapidement réussi à forcer le repli des petits groupes. Ceux-ci se sont alors regroupés et ont tenté de revenir sur le campement en grand groupe. Leur tentative a été vaine devant une autodéfense populaire bien organisée. Les petits loups ont crié un paquet d’âneries dont : « on va brûler votre Bar à Pitons ». Les réactionnaires se sont rapidement enfuis et les quelques moineaux qui ont souhaité continuer de provoquer ont fait pareillement au moindre mouvement. Humiliée, la bande d’agresseurs a tout de même eu l’audace de se plaindre à la police de Saguenay pour avoir été « intimidée » par les campeurs et les campeuses. Malgré les événements, le campement s’est maintenu jusqu’au matin [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/09/la-meute-tente-dattaquer-un-campement.html] ». Sur le groupe privé du Clan 02 de La Meute, une « taupe » a pu nous transmettre des échanges entre les membres témoignant de l’implication de différentes figures de l’extrême-droite régionale dans les événements. Enfin, dans un compte-rendu sur l’occupation, le Collectif commentait : « La lutte à l’embourgeoisement est un combat contre l’exode forcé de la classe populaire du territoire qu’elle occupe et pour une reprise en main des milieux de vie par les gens qui les habitent. Le 4 août dernier, nous, résidentEs du centre-ville, avons repris le terrain au coin des rue Tessier et Jacques-Cartier et en avons fait une zone de solidarité et d’entraide sans attendre qu’on nous en donne la permission. Nous recommencerons, car ni la Ville, ni les promoteurs, ni l’extrême-droite ne viendront à bout d’un centre-ville solidaire [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/08/chicoutimi-retour-sur-loccupation-du.html] ». La défense du campement a illustré la mise en pratique de l’un des principes à la base de la Marmite autogérée : l’autodéfense populaire. « Nombre d’organismes vivants, dont les roses et leurs épines, développent leur propre système d’autodéfense – non pas pour attaquer, mais pour défendre la vie. Comme nous visons un changement sociétal et la libération, nous nous opposons bien sûr radicalement aux institutions sur lesquelles reposent plus de 400 ans de domination colonialiste, capitaliste et patriarcale, ainsi qu’au crime organisé. Puisque la police se positionne très clairement du côté de nos exploiteurs et de nos oppresseurs, nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens pour assurer notre sécurité. Nous ne resterons pas les bras croisés devant les agressions racistes, homophobes, sexistes et de toutes autres natures. Nous sommes prêts et prêtes à s’organiser! ».

Le 13 octobre, le Collectif organisait une nouvelle occupation du Parc du 19 juillet et plus de 85 personnes ont répondu à l’appel. L’événement avait pour but de dénoncer le désert alimentaire au centre-ville de Chicoutimi, soit une autre facette de l’embourgeoisement du quartier. Plusieurs dizaines de repas nutritifs ont été servis gratuitement (au diner et au souper) aux passant-e-s et aux participant-e-s, en plus d’un marché gratuit où des gens ont pu « prendre au tas » (selon l’expression de Pierre Kropotkine) des biens qui pourraient servir à nouveau. Cette journée d’occupation d’un terrain vague a été remplie par les conversations portant sur les réalités vécues dans les quartiers populaires, la camaraderie, l’entraide et le partage. Plus que par des discours ou des promesses vaseuses, nous avons démontré dans l’action comment pourrait s’organiser une économie de l’entraide, du don et de la solidarité, en opposition carrée au système capitaliste. Là-dessus, nous devons souligner la précieuse collaboration du groupe des Gratuivores du Saguenay, qui partage plusieurs de nos valeurs. Nous avons également pu compter sur le soutien de camarades antiautoritaires qui sont monté-e-s de Québec et de Montréal pour l’événement. Cette belle visite nous a permis de partager nos réalités dans les trois villes, de se réseauter et même de planifier de prochaines actions communes. En revanche, il nous a fallu déplorer à nouveau les gestes méprisables de l’extrême-droite régionale, dont particulièrement ceux de Storm Alliance et son chef Sébastien Gagnon. Au cours de la semaine précédant l’événement, nous avions d’abord remarqué que des affiches de son groupe avaient été collées par-dessus les nôtres au centre-ville. Certaines de celles-ci présentaient un homme armé de fusils accompagnés de l’inscription « anti-antifa » (contre les anti-racistes ou bien profascisme, allez savoir) et avaient été collées aux abords du terrain vague et du jardin de l’Éco-kartier. Sur Facebook, Mr. Gagnon et un faux compte (« Chause Simard »), dont des sources fiables nous ont révélé que Sébastien Gagnon serait l’auteur, ont proféré des menaces et se sont voulus intimidants à l’endroit de militants et militantes antiracistes de notre ville. Lors de l’installation de la tente, au début de l’événement, nous avons enfin remarqué la présence sur le terrain de récipients de viande avariée pour attirer les ours, de gel à odeur de moufettes et d’urine d’orignal. De par les odeurs, il était évident que ceux-ci avaient été déversés le matin même ou durant la nuit. Ces gestes enfantins d’intolérance n’ont en rien ébranlé la solidarité du quartier. Pour riposter, des bannières antiracistes ont été suspendues et l’un des poteaux où les racistes avaient collé leurs affiches de fusil a été redécoré par des gens présents [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/10/chicoutimi-occupation-conviviale-dun.html].

À la fin du mois d’octobre, à Chicoutimi, la démolition de la Maison Bossé sur la rue Racine a suscité une contestation. Cette maison avait plus de 150 ans et tirait son nom d’Ovide Bossé, l’un des premiers notaires de la ville. Des membres du collectif ont participé au rassemblement organisé le 28 octobre. Le vote à l’unanime en faveur de la destruction de la maison par les élu-e-s de Saguenay, nous révoltait pour plusieurs raisons. D’une part, il s’agissait pour nous d’un nouvel acte dans l’embourgeoisement du centre-ville (la ville permet tout aux promoteurs) et la dépersonnalisation du quartier. D’autre part, d’un point de vue anarchiste, il nous semblait qu’il y avait un intérêt à préserver cette maison. Préserver, non pas pour glorifier sans aucun esprit critique un personnage notable, mais pour raconter les mécanismes de domination de l’élite locale à cette époque et leur exploitation du monde ordinaire [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/10/anarchisme-et-patrimoine-pour-le.html]. À la suite de cette démolition contestée (qui n’était pas non plus la première), la ville et son comité patrimoine semble avoir tiré une leçon puisqu’elle lance désormais, deux ou trois semaines avant de passer le bulldozer, des avis publics incitant quiconque est prêt à assumer les frais de déplacement sur de nouveaux terrains à s’approprier les bâtiments patrimoniaux. Bien évidemment, il s’agit d’une manœuvre de communication publique et le patrimoine ne s’en trouve pas davantage sauvé !

Au mois de novembre, nous avons relayé l’action autonome signée « des laisséEs pour compte »; une action consistée en le collage d’autocollants « Hey, Simon-Olivier Côté… Le centre-ville a faim » un peu partout dans le centre-ville de Chicoutimi. Leur communiqué indiquait : « Le conseiller du district 8 devrait se pencher sérieusement sur les problématiques criantes vécues par les habitants et habitantes du centre-ville de Chicoutimi. Car pendant que Simon Olivier Côté et ses amiEs du Conseil de ville se votent une augmentation de salaire de 66%, de nombreux et nombreuses habitants et habitantes du quartier comptent leurs cennes afin de payer un loyer souvent trop cher, pour remplir leur frigo et réussir à se déplacer pour faire leur épicerie. […] cette administration nous démontre qu’ils sont davantage disposés à écouter et à servir les intérêts du milieu des affaires qu’à répondre aux préoccupations des habitantes et habitants de cette ville. Pour renverser cette tendance, nous qui habitons le centre-ville devons former un mouvement incontournable en multipliant les actions de solidarité et les gestes de résistance contre les bulldozers et les bétonnières qui nous chassent progressivement du centre-ville [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/11/communique-hey-simon-olivier-cote-le.html] ». En réponse à cette action, le conseiller municipal a rétorqué que ces gens-là « ne viennent pas au conseil de district ou au conseil d’arrondissement pour revendiquer leurs besoins ». Ce à quoi les LaisséEs pour compte ont répondu : « Il suffit d’assister à une rencontre du conseil municipal pour constater que ce n’est qu’une chambre d’enregistrement et que les décisions se prennent ailleurs. […] qu’est-ce que le conseil de district ? C’est un comité composé de 24 représentantEs du milieu des affaires et des habitantEs du district qui se réunissent pour identifier les priorités dans l’octroi de montants d’argent. Cet argent provient de l’enveloppe discrétionnaire de l’échevin. Mais pourquoi se limiter à 24 personnes? Parce que le conseil de district n’est que l’élargissement du concept de la représentation au niveau du district, rien de très novateur. Qui participe, en dehors de sa garde rapprochée, à cette autre chambre d’enregistrement? Sur le site du conseil du district 11 (maintenant district 8), dans l’onglet participant, on retrouve le nom de Pierre Bouchard du Marché centre-ville, un commerce en situation de monopole dans un quartier populaire. Nous ne savons pas si M. Bouchard est toujours l’un des participants du conseil de district puisque Simon-Olivier n’a pas cru bon de mettre à jour les informations qui datent maintenant de 2015. Sur la page Facebook du conseiller, la dernière convocation pour une rencontre du conseil du district ouverte à tous et toutes date d’avril 2018. Par la suite, c’est le silence radio. Aucun compte rendu, aucune nouvelle convocation [ucl-saguenay.blogspot.com/2018/12/embourgeoisement-et-desertification.html] ».

Solidarité antiraciste

Le 29 janvier, une vigile a été organisée par des citoyens de la ville pour commémorer le premier anniversaire de l’attentat d’extrême-droite de la Mosquée de Québec. Le président de l’Association islamique du Saguenay, Mustapha Élayoubi y témoignait de l’impact que l’acte haineux avait eu sur le sentiment de sécurité des gens de la communauté, déjà ébranlée par plusieurs actes islamophobes des groupuscules racistes, ici même au Saguenay.

Au début du mois de février, le Blogue du Collectif Emma Goldman révélait en exclusivité l’adhésion récente de Karine Potvin, l’une des figures du milieu des affaires et de l’embourgeoisement du centre-ville de Chicoutimi, à la section régionale de l’organisation d’extrême-droite Storm Alliance. Celle-ci était administratrice et ex-vice-présidente de l’Association des centres-villes [https://ucl-saguenay.blogspot.ca/2018/02/une-militante-de-storm-alliance.html]. Avant d’épouser les thèses xénophobes et confusionnistes de Dave Tregget et de joindre Storm Alliance, dont le plus grand fait d’armes a été d’organiser des expéditions visant à intimider les réfugié-e-s aux frontières, Karine Potvin jouait un rôle actif dans le processus d’embourgeoisement du centre-ville de Chicoutimi. En 2015, nous avons fait part dans un texte intitulé [Chicoutimi] Embourgeoisement : « Hey toi le pauvre, casse-toi! » (que vous pouvez lire ici http://ucl-saguenay.blogspot.ca/2015/12/chicoutimi-embourgeoisement-hey-toi-le.html) de l’enthousiasme débordant de Karine Potvin pour l’ouverture de la chasse aux pauvres et marginaux, ainsi que l’accaparement d’un quartier historiquement populaire par des promoteurs et affairistes :  « Il fallait être habitée par une grande conviction et avoir une foi inébranlable en des jours meilleurs pour ouvrir un commerce dans la partie de la rue Jacques-Cartier qui fait face, aujourd’hui, à la place du Citoyen. C’est pourtant ce que j’ai fait en 2009… En plus d’être situé dans un secteur peu accueillant au regard, l’endroit n’était pas vraiment recommandable…  Les gens d’affaires et les habitants du quartier commencent tout juste à s’approprier leur nouvel environnement … Ils sont d’autant plus satisfaits et confiants qu’ils constatent que le niveau de sécurité a connu une amélioration fulgurante avec l’implantation du poste de police ».

Rappelons que c’est avec des fonds publics que la mairie a racheté des terrains où se trouvaient des bâtiments commerciaux vides. En plus d’offrir la décontamination du sol à ses frais. Évidemment, les promoteurs ont su sauter sur l’occasion : « En achetant ces propriétés, la Ville s’engageait à décontaminer les terrains. Les investisseurs n’ont pas tardé à se manifester, avec le résultat que l’on connaît maintenant ».

Questionnées sur la situation par le journaliste étudiant Mickael Lambert, les directions des différentes institutions locales ont confirmé leur tolérance de personnes ayant de telles allégeances en leur sein. Ruth Vandal, directrice des communications de Promotion Saguenay et Jeannot Allard, directeur des communications de la Ville de Saguenay ont ainsi affirmé que les deux institutions n’avaient aucune procédure en lien avec l’appartenance à des groupes haineux d’extrême-droite. Bruno Gauthier, président des Centres-villes de Saguenay, affirmait pour sa part qu’il fallait respecter la liberté d’expression d’individus ayant de telles allégeances. La mairesse Josée Néron s’est abstenue de tout commentaire [http://lapige.atmjonquiere.com/2018/03/03/extreme-droite-pas-de-restrictions-a-saguenay/].

Grâce aux informations transmises par une « taupe » infiltrée dans le groupe secret de la section régionale de La Meute, le Collectif Emma Goldman révélait le 18 mai des messages des membres de l’organisation raciste qui se vantaient d’avoir conclu une entente de partenariat avec la Soupe populaire de Chicoutimi. Suite à la médiatisation de l’affaire, le directeur général a qualifié de mensongère cette entente, tout en affirmant paradoxalement leur ouvrir la porte pour une implication « bénévole ». Qualifiant de « manque flagrant de discernement » cette posture, le Collectif a cherché dans des textes à expliquer ce pourquoi il est important que les groupes communautaires doivent refuser l’implication de personnes d’extrême-droite. Nous écrivions : « Pour les groupes d’extrême-droite en quête de popularité, il n’est pas opportun d’exprimer à plein régime leurs volontés d’exclusion de la sphère publique de groupes sur la base de leur religion, de leur origine ou de leurs idées politiques. Pour gagner un capital de sympathie (et pour passer outre le barrage que font nombre d’institutions et de groupes à ces idées pour l’effet violent que celles-ci peuvent avoir sur les groupes ciblés), ils doivent d’abord instrumentaliser des causes populaires pour gagner en acceptabilité. La Meute, au Québec, n’est ainsi pas une exception en la matière – pratiquement tous les groupes d’extrême-droite le font. Parallèlement, ils tentent de raffiner leur discours en l’axant sur des cibles précises populistes et en l’entourant d’une aura d’acceptabilité. […] Refuser d’accorder cette « plateforme » (ou audience) aux groupes et personnes d’extrême-droite, c’est réaffirmer que leurs valeurs sont incompatibles avec celles du mouvement communautaire et que ce genre de groupes haineux n’a pas sa place dans l’espace public. Leurs valeurs et leurs discours sont chargés de violence à l’endroit de groupes sociaux avec, notamment, les menaces d’exclusion et les incitations à des gestes graves à leur endroit. Les groupes d’extrême-droite comme La Meute se déresponsabilisent systématiquement des actes haineux commis par des personnes chez qui ils ont participé à cultiver une haine viscérale. Quand une situation ou une personne a un effet oppressant sur une autre personne que nous, nous pouvons fermer les yeux, ne pas écouter et nous taire puisque l’on ne se sent pas concerné-e-s dans la culture libérale individualiste dans laquelle nous avons été socialisé-e-s. Ou bien, nous pouvons nous solidariser avec les groupes ou les personnes affecté-e-s et combattre les oppressions parce que nous voulons que la société change [http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/05/benevoles-dextreme-droite-dans-les.html] ». En réponse à l’aveuglement volontaire de l’administration de la Soupe populaire, le Collectif a produit la déclaration commune « Pas de raciste dans le communautaire » [http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/06/declaration-commune-pas-de-raciste-dans.html] qui a été cosigné par 26 personnes et organismes et qui a soulevé un flot de menaces, de commentaires méprisants et d’intimidation sur les réseaux sociaux à l’endroit du Collectif. L’extrême-droite a fortement réagi face à la déclaration commune qui a été transmise aux membres du Conseil d’administration de la Soupe populaire. Dans un message d’insultes, Sylvain Brouillette, le chef de La Meute, a d’ailleurs bêtement écrit : « Le groupe Anarchiste Emma Goldman est comme une princesse qui rote et qui pète devant ses sujets, ils n’ont aucune classe et ils ne savent pas de quoi ils parlent ». Le 24 mai, le Syndicat des Travailleuses et Travailleurs du Communautaire (IWW) a réalisé une action de blitz d’appels téléphoniques afin de réclamer une prise de position publique du directeur général de l’organisme contre la tactique d’instrumentalisation de La Meute. Lors du jour prévu de bénévolat, le vendredi le 25 mai, la Soupe populaire de Chicoutimi a accepté le bénévolat de Marie-Josée Dufour, la chef du clan de La Meute elle-même, que la Soupe populaire. Contrairement aux prétentions du porte-parole de La Meute comme quoi le bénévolat n’était pas une tentative d’instrumentalisation, Mme Dufour n’a pas tardé à se vanter de la chose sur les médias sociaux et se permettait même quelques pointes à l’endroit de la Soupe populaire en affirmant avoir informé l’équipe de celle-ci qu’elle était chef du clan 02. Malgré le refus de l’administration d’admettre son erreur, les actions ont au moins permis de sensibiliser le milieu communautaire à l’impact des mouvances d’extrême-droite dans la société et à l’importance de refuser l’implication de ses membres dans les organismes.

Lors de l’élection partielle (au fédéral) dans Chicoutimi-Le Fjord, une taupe infiltrée dans le groupe secret du clan régional de La Meute a à nouveau transmis de précieuses informations sur l’implication des louveteaux d’extrême-droite dans le camp conservateur. La révélation par le Collectif Emma Goldman de plusieurs noms, dont Hugues Bonneau, membre de la « garde » de La Meute qui se vantait d’être président de l’association conservatrice de Rivière du nord dans les Laurentides, a suscité l’expulsion de ce dernier ainsi qu’un communiqué de l’équipe québécoise du chef conservateur Andrew Scheer dans lequel celle-ci affirmait souhaiter se dissocier des groupes d’extrême-droite [http://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/06/election-dans-chicoutimi-le-fjord-quand.html].

Le 25 août, La Meute organisait dans tous ses clans des « actions de visibilité ». Le clan régional avait décidé d’organiser un défilé de chars allégoriques de Chicoutimi à Saint-Félicien. Les racistes s’arrêtaient un peu moins d’une trentaine de minutes devant les bureaux des députés afin de scander « fuck Couillard », faire des tags de pattes de loup en craie sur les trottoirs et distribuer quelques tracts réclamant du nouveau gouvernement davantage de mesures discriminatoires. Signe de l’affaiblissement de l’organisation d’extrême-droite, seulement une dizaine de personnes étaient présentes pour le départ à Chicoutimi. L’information sur leur rassemblement était sensée demeurer secrète, néanmoins des antiracistes de la ville ont été mis au courant par une « taupe ». Sur place, à Chicoutimi, les antiracistes se sont facilement dirigé-e-s vers les véhicules et ont pu enlever plusieurs affiches et drapeaux que les racistes avaient savamment tapés sur leur char. Un militant s’est même risqué à attraper le drapeau installé sur la voiture de Marie-José Dufour (alias Marie Louve), chef (désormais ex-chef) du Clan 02, alors qu’elle était à l’intérieur. Fâchée, Dufour a contacté les forces de l’ordre afin de se plaindre officiellement de dommage matériel. Cette action matinale a efficacement fait sentir aux racistes que leurs idées n’étaient pas les bienvenues au Saguenay-Lac-St-Jean.

Lutte écologiste et solidarité anticoloniale

Le 28 février, dans le cadre d’une journée de mobilisation en solidarité avec Freddy Stoneypoint, la souveraineté Mi’kmaq et la lutte contre les hydrocarbures (voir notamment le Camp de la rivière en Gaspésie), le Collectif Emma Goldman a installé trois bannières à différents endroits dans la ville de Chicoutimi, collé plusieurs dizaines d’affiches et effectué une vigile devant le Palais de justice. Cette journée-là, Freddy devait comparaître au Palais de justice de Percé, en Gaspésie. Ce dernier avait été arrêté en août 2017 lors du démantèlement de la barricade qui bloquait l’accès au site Galt, un des projets de la compagnie Junex. L’action du Collectif a également visé la société d’État Hydro-Québec, en tant que complice colonial, ainsi qu’Arianne Phosphate, dont le projet de mine d’apatite du Lac à Paul met en danger le milieu de vie de l’Anse-à-Pelletier en plus d’augmenter le transport maritime dans l’écosystème fragile du Fjord du Saguenay. Le communiqué du Collectif se terminait ainsi : « Nous, du Collectif anarchiste Emma Goldman, défendons l’émancipation et le droit à l’auto-détermination des peuples autochtones, ainsi que leur autonomie complète. C’est dire que l’ensemble des communautés doivent reprendre collectivement et individuellement le pouvoir sur leur territoire. Nous devons honorer et respecter leur parole et leur position sur l’eau, la terre et les composantes de leur milieu de vie et de leurs territoires ancestraux ». [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/03/photos-du-mikmaki-au-nitassinan.html]

Du 28 juin au 1er juillet, à Ste-Rose-du-Nord, avait lieu la quatrième édition du festival Virage. Engagé dans le mouvement de transition socio-écologique et la recherche d’alternatives, le festival comprenait des conférences, ateliers, spectacles, débats et échanges dans un cadre convivial. Cette année, il y était notamment question de décroissance, de décolonisation et d’inclusivité.

En novembre, la Coalition pour la protection de l’intégrité du fjord (Coalition Fjord) a été formée à la suite de l’autorisation accordée par le fédéral pour la construction d’un nouveau terminal maritime sur la rive nord du fjord du Saguenay. Trois grands projets destructeurs étaient alors sur la table : les projets d’Arianne Phosphate, de GNL (gaz naturel liquéfié) et de Métaux BlackRock. La Coalition Fjord se décrivait comme un mouvement citoyen qui « vise à informer, mobiliser et coordonner toutes les personnes préoccupées par les impacts des nombreux projets de développement industriel présentement à l’étude au Saguenay et sur le bassin-versant du fjord ». En multipliant les apparitions, les conférences et les discussions (qui ont souvent rassemblé plus d’une centaine de personnes), la coalition a su mettre de l’avant une opposition populaire aux grands projets destructeurs, diffuser un argumentaire contre ceux-ci, mobiliser la population régionale contre les projets et susciter la formation de groupes populaires locaux pour développer un mouvement d’opposition.

Le 10 novembre, la Coalition Fjord organisait déjà une grande manifestation à Chicoutimi pour dénoncer les impacts tant environnementaux que sociaux causés par les divers projets industriels prévus dans la région [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/11/chicoutimi-grande-manifestation-contre.html]. Environ 400 personnes ont pris part à l’événement.

Enfin, le 19 décembre, nous avons relayé la première action autonome du groupe Cellule des abysses. Dans son communiqué, celui-ci indiquait : « dans la nuit de mardi à mercredi, la Cellule des abysses a posé une pancarte « Destruction du fjord en cours » devant l’ancienne scierie à Saint-Fulgence, sur la route 172, tout près du site où Arianne Phosphate désire construire un troisième port sur le fjord. L’action vise à dénoncer le fiasco annoncé du projet de mine de concentré phosphaté au Lac à Paul par la minière canadienne. […] Avec les projets à prévoir de Métaux BlackRock, de GNL Québec et des navires de Rio Tinto qui utilisent déjà la rivière Saguenay et le fleuve, il est certain que tout cela vient ajouter plusieurs clous au cercueil des bélugas et de bien d’autres espèces. Et pour quoi? Une poignée d’emplois et quelques miettes pour la région. Arianne Phosphate estime elle-même que ce projet ne durera pas plus de 26 ans et, qu’au mieux, il y aura la « création » de 1 000 emplois directs et indirects. Toujours la même chanson : des projets éphémères qui rasent nos milieux de vie, et, après, nous devrons réparer les pots cassés ».

Solidarité internationale

Le 15 février, aux abords de la Place du citoyen, à Chicoutimi, le Collectif organisait une vigile de soutien aux Kurdes qui défendent la ville d’Afrin contre l’agression turque. Près d’une quinzaine de personnes ont pris part à l’action (https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/02/photos-vigile-chicoutimi-contre.html). Celle-ci répondait à la campagne mondiale « Les femmes se lèvent pour Afrin! », ainsi qu’à l’invasion militaire des troupes turques dans le canton d’Afrîn, au Rojava. Une autoformation sur l’histoire de la lutte au Kurdistan, les projets politiques, les groupes en lutte et la situation aujourd’hui a suivi durant le printemps.

Le 24 mars, lors de la journée internationale de solidarité avec Afrîn et la résistance kurde, le Collectif a réalisé une action de solidarité et d’information sur la Place du citoyen à Chicoutimi et celle-ci s’est terminée par un « drop » de bannière dans le centre-ville.

Le 12 avril, le Collectif a organisé un rassemblement avec le peuple Palestinien et Gaza sur la Place du citoyen, à Chicoutimi. La « Grande marche du retour », ainsi que les multiples protestations pour subséquentes par lesquelles les Palestiniens et les Palestiniennes réclamaient leur droit au retour et la levée du blocus sur la Bande de Gaza avait alors lieu et l’armée israélienne commettait des massacres en abattant des dizaines de manifestants et manifestantes.

Le Sommet du G7 à La Malbaie et Québec

On se rappellera de ce G7 comme une orwellienne mégalomanie sécuritaire alors que le territoire régional s’est trouvé sous un contrôle et une surveillance mur à mur. Dans ce carnaval du néolibéralisme, la population a été traitée comme un bétail et ses dissidents et dissidentes comme de présumé-e-s terroristes. Les dépenses par millions de dollars en services de police ou personnel militaire pour « assurer la sécurité » se sont traduites en un climat d’insécurité pour les gens et une privation du droit de manifester digne des régimes autoritaires. L’« État de droit » montrait en fait ici son vrai visage, celui de protecteur de la grande bourgeoisie. La Ville de Saguenay a dépensé pour elle seule plus de 2 millions de dollars – une facture en grande partie liée à la mobilisation de ses 250 agents de police 24 heures sur 24 durant le Sommet. Dans le secteur de Bagottville, des routes sont devenues des « zones restreintes sécurisées ». Comme si ce n’était pas assez 200 réservistes du Québec et du Nouveau-Brunswick faisaient la « sécurité » autour de la Base militaire de Bagottville. Des milliers de véhicules et de personnes ont été fouillés alors que La Malbaie est bien loin et que Bagottville n’était qu’un point d’arrivée par avion. L’adjudant Pascal Lapointe du Régiment du Saguenay se réjouissait apparemment de déploiement absurde : « C’est super valorisant parce qu’on voit que tout l’entraînement qu’on y met année après année, on voit qu’on est vraiment utile concrètement ».

Dans ce climat étouffant pour les libertés, quelques actions ont tout de même été réalisées dans la région. Dans la période précédent le Sommet, des centaines d’autocollants appelant à manifester sont apparus dans la région. Le 17 mai, le Réseau de résistance anti-G7 rapportait également le déploiement d’une bannière « G7 Stay home, use Skype » sur une clôture de la Base militaire de Bagottville. Le communiqué du groupe à l’origine de l’action notait : « Nous nous insurgeons que la région de Charlevoix soit déjà entièrement paralysée par des mesures sécuritaires drastiques et disproportionnées implantées à grands frais par les gouvernements québécois et canadiens pour accueillir les hauts dignitaires, alors qu’une simple vidéoconférence aurait suffi. Nous avons sciemment choisi la base de Bagotville, point d’entrée international important de la région, pour montrer notre désaccord envers la venue de ces chefs d’État et le déploiement des Forces armées canadiennes pour assurer leur protection. […] Le G7, sous le couvert d’un agenda pacifique et progressiste, ne nous semble être qu’une manifestation de violence institutionnelle. Nous considérons que les pays du G7 forment à eux seuls les principales raisons de l’existence des inégalités sociales mondiales [https://antig7.org/fr/node/95] ».

(Pro)féminisme et luttes LGBTQ+

Du 9 au 11 mars, les Féministes de l’UQAC organisaient un Chalet féministe auquel plus d’une trentaine de personnes et 8 intervenant-e-s ont participé. Sous le signe du partage et de l’autogestion, les militantes présentes ont pu échanger sur des sujets variés comme l’intersectionnalité, le pouvoir, la masculinité, l’enfance et la lutte pour la rémunération des stages.

Au mois d’octobre, une séance d’autoformation portant sur le féminisme intitulée « De De Beauvoir à Haraway » a été réalisée par une membre du Collectif.

Le 9 novembre avait lieu à l’UQAC, une première rencontre LGBTQ+ afin de favoriser les rencontres au sein de la communauté et d’augmenter la visibilité des personnes LGBTQ+ au sein de l’université.

À la fin du mois de novembre, le Collectif publiait la 7ième édition de son bulletin régional Le Pic-Bois intitulée « Mutinerie Queer au Saguenay-Lac-St-Jean contre la LGBTQphobie ». Le Collectif notait : « Il y a déjà bientôt 50 ans, à travers les Émeutes de Stonewall, à New York et ses échos un peu partout, les communautés LGBTQ+ reprenaient un pouvoir sur leur vie avec la révolte contre un système d’oppression et de répression hétéronormatif et cisnormatif. Bien des choses ont changé depuis et pourtant l’invisibilisation, les discriminations et la violence demeure des faits concrets pour bien des personnes LGBTQ+ encore aujourd’hui. La résistance c’est l’existence et la révolte demeure nécessaire aujourd’hui comme hier… pour en finir avec tous les systèmes de domination » [https://ucl-saguenay.blogspot.com/2018/11/7eme-edition-du-bulletin-regional-le.html].

Diffusion de l’anarchisme et de l’Autonomie

En début d’année, le 27 janvier, des membres du Collectif Emma Goldman ont été au spectacle d’humour « Anarcho-taquin » de Fred Dubé à Jonquière et ont tenu une table de diffusion dans l’un des côtés de la salle. Nous avons eu de nombreux échanges intéressants avec l’auditoire.

Lors de la fin de semaine des 26 et 27 mai, le Collectif était présent à Montréal pour le Salon du livre anarchiste. L’événement en était à sa 19ième édition. Le Collectif tenait une table de diffusion dans le salon des exposants avec brochures, sérigraphie et de nombreux ouvrages à distribuer.

Le 21 juillet, le Collectif était à Gatineau dans le cadre de la Journée contre toutes les formes d’oppression dans le Parc Fontaine, organisée par l’Association pour la défense des droits sociaux de l’Outaouais. Selon les organisatrices et organisateurs de la journée, celle-ci avait pour but de « dénoncer le racisme, le fascisme, l’homophobie, la transphobie, le sexisme, le genrisme, le colonialisme, le capitalisme, la violence policière, etc. ». Nous avons tenu une table de diffusion dans le parc.

Avec le soutien de la boîte de production Punk Nation, le Collectif a également tenu une table de diffusion durant le show de Union Thugs, Kaustyk et St-Paul au Bar L’Envol de Jonquière le 27 juillet. On aime bien les shows de Punk Nation et la scène punk régionale qui porte des belles valeurs.

Collectif anarchiste Emma Goldman : 10 ans de lutte en bref

Article publié le 20 Juin 2019 sur Ucl-saguenay.blogspot.com