Chacune des entreprises contribuant à l’organisation,

à l’enrichissement et au bon déroulement des petits divertissements du pouvoir en place,

peuvent être stoppées, momentanément ou définitivement.

Il y a une grève en cours, et beaucoup de manières d’y prendre part, partout, encore, enfin.

Voici quelques propositions simple, où nous ne débattrons pas plus.

Ce texte est un poème incomplet, un appel, un pain, une chaise, un soin, une feuille de comptes.

Il met en perspective les quotidiens qui viennent, ceux que nous partageons,

en regard des fonctions que nous portons, des tâches que nous effectuons,

des services que nous rendons, du silence auquel nous sommes tenus.

Nous devons défaire ce que nous pouvons, là où nous sommes.

Il y a les organes vitaux du pouvoir en place, ses lieux de propagande.

Les chaînes de télévision peuvent être coupées ou réquisitionnées,

par ceux-là même qui les font, les éclairagistes, les cameramans,

les moniteurs, les oreillettes, les régisseurs, les monteurs, les pigistes,

il en va de même pour les ondes radio, les transports,

les grandes imprimeries ses machines, ses conducteurs, ses fournisseurs de papiers,

tous les intermédiaires, les livreurs, les routiers, les coursiers,

les péages peuvent êtres levés ou filtrants, tout comme les routes, les artères,

les dispositifs de paiement, de contrôle, de gestion, peuvent être stoppés

n’en décident que ses agents et ses usagers,

et là il faut insister : agents et usagers.

réquisitionner le matériel là où il est,

là où il abonde, et travailler sur place, avec ce qui est là,

au détournement des outils présents, avec les collègues et amis en présence,

tisser des complicités, se parler tête à tête, se préparer,

prise et autogestion de grands magasins par ses magasiniers mêmes,

à pas de loups, il ne reste que quelques vigiles à convaincre et à destituer discrètement,

il est possible de rompre le jeu, pendant que tout fait mine de continuer,

soit à assécher les flux soit les détourner, en redistribuer le contenu,

devenir complices en équipes, d’une distribution gratuite de produits variés,

d’une fabrique clandestine de journaux, d’une intervention sur la distribution des courants,

des informations, des transactions, de tout ce qui d’habitude nous file entre les mains,

Depuis les bureaux : la suppressions des facturations,

l’annulation des dettes, des relances, des mises en demeure,

Depuis chaque poste une bande, un groupe, une assemblée,

vous avez tous, nous avons tous un patron, vous connaissez les ordres,

vous savez ce qui peu nuire, vous savez ce qui vous casse,

vous surveille, vous ponctionne, vous réduit,

pourriez vous d’où vous êtes, multiplier les erreurs, fomenter des malentendus,

pourriez vous d’où vous êtes, distribuer les codes d’accès, les clefs des palais,

pourriez vous d’où vous êtes, faire mine d’être dedans tout en faisant lien vers le dehors,

Si nous ne faisons que nous contenter de journées de grèves définies nous laisserons la résignation nous prendre, si nous laissons la résignation nous prendre c’est l’humanité que nous perdons.

Il s’agirait soit de quitter nos fonctions, nos costumes, soit d’en user subtilement en tapant fort.

Tous les secteurs sont concernés, absolument aucun ne doit être mis à l’écart,

et là même où l’on ne produit rien, où l’on pense ne pas travailler pour le compte des dominants.

Multipliez les petits gestes, les débranchements, les accidents.

Simultanément à la réquisition subtile des outils de production dont les employés sont les moteurs,

il faudra bien que les travailleurs chez les fabricants d’armes commencent à se faire entendre,

vous risquez votre vie pour des monstres, vous engendrez des monstres,

vous êtes un élément actif au sein d’une chaîne de production de morts et de mutilés,

travailleurs des usines Seveso : si votre rôle est de prendre part à la guerre qui nous est faite,

préparez vous à la reconversion si ce n’est à une retraite anticipée, ou rejoignez la grève, sabotez !

Et si les grandes vacances d’été commençaient maintenant ?

Pour ajuster au dérèglement climatique, il nous faudrait dérégler le temps, toute cette temporalité dans laquelle nous sommes tous façonnés, qui rythme nos nuits, nos journées, nos semaines, fabrique nos manques et nos frustrations, délimite les espaces et rythme le grand partage de tout ce dont nous sommes privés. Pourquoi continuer de servir la soupe à qui nous la refuse. Une interruption, un imprévu, une panne, vient interrompre concrètement, matériellement, le déroulement d’un temps qui n’est pas le notre mais celui de l’économie.

À toutes les équipes déjà constituée : c’est le moment de devenir conséquent,

aux cantines, aux ateliers, aux bâtis, aux savoirs de toutes parts, techniques et matériels, aux sensibilités de toutes parts, écrites ou orales, à tout ce qui déjà est en place, et ne demande qu’à se mettre en mouvement. Nous devons rendre la situation consistante. Nous devons rendre cette situation de grève consistante et élancée, diffuse et insondable et permanente.

Le monde qui nous enferme est fêlé ;

multiplions les trous, les percées, les fuites.

Un invisible parmi d’autres


Article publié le 09 Déc 2019 sur Lundi.am