Novembre 24, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Franco est mort dans son lit le 25 novembre 1975.

Un an auparavant, le 25 avril 1974, officiers subalternes de l’armĂ©e portugaise avaient mis fin Ă  la dictature de Salazar en marchant sur Lisbonne et en occupant le siĂšge de la police politique (PIDE).
Trois mois aprĂšs, le 24 juillet, en GrĂšce, le rĂ©gime des colonels s’écroulait sous la pression populaire.

Pendant ce temps-là, en Espagne la répression faisait rage :

– Le 2 mars 1974, l’anarchiste Salvador Puig Antich, du Mouvement IbĂ©rique de LibĂ©ration (MIL), Ă©tait exĂ©cutĂ© par “garrot vil” pour avoir menĂ© la lutte armĂ©e et la lutte ouvriĂšre contre Franco.
-En juin 1975, les initiateurs de l’Union Militaire DĂ©mocratique clandestine (UMD), organisation sƓur (UMD), de celle qui accomplit la RĂ©volution des ƒillets, dans le pays voisin, Ă©tait arrĂȘtĂ©s et jetĂ©s en prison.
-Trois mois plus tard, en septembre 1975, les autoritĂ©s franquistes fusillaient cinq militants antifascistes, trois du FRAP et deux de l’ETA.
-Et en novembre 1975, aprÚs la Marche Verte marocaine décrétée par Hassan II, le gouvernement livrait le Sahara Occidental au Maroc et à la Mauritanie.

Deux ans seulement aprĂšs ces Ă©vĂ©nements, en 1977, les dirigeants des principaux partis de gauche, socialistes et communistes signaient le pacte amnistiant les serviteurs de la dictature. Une dĂ©mocratie pactisĂ©e sous forme de monarchie naissait, incarnĂ©e par Juan Carlos I. Le roi dĂ©signĂ© par Franco sera Ă©lu nouveau chef de l’État.

Au cours du dĂ©bat parlementaire qui signa l’impunitĂ© des crimes de la dictature, le porte-parole du Parti Communiste espagnol (PCE) et leader du syndicat Comisiones Obreras, Marcelino Camacho justifiait ainsi que sa formation ait votĂ© pour : ” Nous considĂ©rons que la piĂšce maĂźtresse de cette politique de rĂ©conciliation nationale doit ĂȘtre l’amnistie“. Comment pourrions-nous nous rĂ©concilier nous qui avions passĂ© tout ce temps Ă  nous entretuer si nous n’effacions pas ce passĂ© une fois pour toutes ? Les victimes et les vainqueurs sur le mĂȘme plan.
Il n’y a rien de noble ni de juste dans cette hermĂ©neutique. Un tel nivellement a Ă©tĂ© le point de dĂ©part de la transition comme rite d’initiation pour conclure le marchĂ©. Le consensus entre franquistes et antifranquistes fut justifiĂ© comme “une union de faiblesses”, selon la phrase consacrĂ©e du cĂ©lĂšbre Ă©crivain du PSUC, Manuel VĂĄzquez MontalbĂĄn. En thĂ©orie, l’opposition reconnaissait son incapacitĂ© Ă  mettre en Ă©chec le franquisme, en choisissant de pactiser avec ce rĂ©gime et ses hĂ©ritiers. Table rase du passĂ©.

Le 15 juin 1977 se déroulaient les premiÚres élections libres.
Suite à cela, le 29 octobre, les chefs des partis politiques signaient les Pactes de la Moncloa qui devaient valider le cadre économique et social de la démocratie, ensuite ratifiés par les syndicats UGT et Comisiones Obreras.
En signe de refus Ă  cet accord politico-syndical prĂ©constitutionnel, fin octobre et dĂ©but novembre, la ConfederaciĂłn Nacional del Trabajo (CNT) lançait une grĂšve gĂ©nĂ©rale dans les stations essence de Barcelone et de sa province, Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CNT, Enric Marco, Ă©tait arrĂȘtĂ© et torturĂ© dans les locaux de la police.

En novembre 2021, les mĂȘmes partis protagonistes de la “convergence de faiblesses”, Ă  prĂ©sent au pouvoir dans un Gouvernement de coalition des gauches, font l’annonce, la qualifiant d’”Ă©vĂ©nement historique”, d’une Loi de MĂ©moire DĂ©mocratique pour poursuivre les crimes du franquisme… sans abroger la Loi d’Amnistie. Quelques jours auparavant, ils s’étaient partagĂ© les postes aux principales institutions avec la droite, Tribunal Constitutionnel, Cour des Comptes et MĂ©diateur. En attendant d’en faire autant avec le Conseil GĂ©nĂ©ral du Pouvoir Judiciaire. Tout est ficelĂ© et bien ficelĂ© [dixit Franco en 1969 dans son discours de fin d’annĂ©e, aprĂšs avoir dĂ©signĂ© Juan Carlos pour lui succĂ©der].

Traduction Monica Jornet Groupe Gaston Couté FA




Source: Monde-libertaire.fr