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Pour justifier son invasion lancée le 24 février, Poutine a annoncé son intention de « dénazifier » l’Ukraine. Si l’assimilation de l’ensemble du pays à un régime fasciste est grotesque, une extrême droite d’inspiration néo-nazie est bien présente en Ukraine. Aujourd’hui, un nombre non négligeable de fascistes français montre l’envie de rejoindre leurs « amis ukrainiens ».

Il existe une extrême droite « historique » en Ukraine, qui s’est réactivée à la disparition de l’URSS. Divisée aujourd’hui en plusieurs partis, ils ont une racine commune au travers de la figure du collaborationniste pro-nazi Stepan Bandera, et partagent un ultra nationalisme basé sur la pureté raciale et une politique violemment anti-russe et anticommuniste.

Ces différentes organisations ont gagné en notoriété lors des événements d’Euromaidan en 2013-2014, qui ont chassé le président pro-russe Ianoukovitch du pouvoir. En effet, leur organisation paramilitaire leur a permis à la fois d’empêcher une implantation de gauche radicale dans le mouvement, mais aussi de paraître crédible en tenant tête aux forces anti-émeutes.

Après la fuite de Ianoukovitch, le parti d’extrême droite Svoboda obtient des responsabilités dans le gouvernement, et dans la rue, leurs militants participent activement aux affrontements avec les opposants à la politique issue de Maidan, avec de nombreuses victimes à la clé, notamment à Odessa où les fascistes mettent le feu à la Maison des syndicats, entraînant la mort d’une soixantaine de personnes [1].

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Fascistes à tous les étages

Si finalement, devant sa violence de rue sans cesse croissante, l’extrême droite ne fait pas long feu au gouvernement, elle n’en reste pas moins intégrée dans la machine étatique et notamment bien implantée dans l’armée active et de réserve. En effet, lorsque éclate la guerre civile ukrainienne, les néo-nazis et l’ensemble des nationalistes vont créer des unités paramilitaires pour suppléer les défaillances de l’armée. C’est là que naît le tristement célèbre régiment Azov. Dirigé par un néo-nazi notoire, Andriy Biletsky, fondateur par la suite du parti « Corps National », son « efficacité » au combat lui vaut d’être intégré dans la Garde nationale ukrainienne.

Soutenu par l’État ukrainien, financé par des oligarques, et même armé par certains pays occidentaux, autonome ou presque du pouvoir, il compte aujourd’hui près de 5 000 soldats, ses propres blindés, ses centres d’entraînements et sert de ralliement à toutes les unités paramilitaires ultranationalistes.

Il est aussi la base de l’émergence d’un nouveau réseau néo-nazi s’étendant sur toute l’Europe et l’Amérique du Nord, la « Misanthropic Division International ».

Stage pratique en Ukraine

C’est ce qui explique le renversement de position de l’extrême droite radicale en France. Si une grande majorité des cadres et partis d’extrême-droite « institutionnel » sont depuis longtemps des soutiens de Poutine qui le leur rend bien, les groupuscules d’ultra-droite ont évolué. Au début de la guerre civile, c’est du côté des séparatistes pro-russe que l’on retrouve des combattants français, au sein notamment du groupe « Unité Continentale » dès 2014 puis dans d’autres bataillons jusqu’en 2016. Militants proches du nationalisme révolutionnaire pour la plupart, ils adhèrent aux théories « néo-eurasiste » (l’union de l’Europe blanche continentale contre « l’atlantisme ») qui influencent grandement la politique russe.

Aujourd’hui, c’est le retour à la rhétorique traditionnelle du national-socialisme qui prévaut  : il y a les « Aryens », la race supérieure blanche d’Europe de l’Ouest contre les « hordes asiatiques » slaves et musulmanes représentées par les armées Russes, contre qui Azov est en première ligne, devenu un point de rencontre des fascistes occidentaux. L’invasion russe remue toute la mouvance européenne, qui partage sur les réseaux, collectes de solidarité et vidéos de cadavres russes, accompagnés d’appels à venir défendre « l’Europe ».

Et en France  ? Depuis longtemps, des réseaux très suivis chez les fascistes, comme « Ouest Casual » ne cachent pas leur admiration pour leurs camarades ukrainiens. Il existe aussi en France tout un réseau néo-nazis relié à l’Ukraine, par le biais de la scène NSBM (National Socialist Black Metal) ou de combats de MMA nazis semi-clandestins.

Si pour le moment cette admiration ne s’est pas traduite par un départ confirmé, environ 60 à 70 sympathisants de l’ultradroite seraient tentés par l’expérience [2]. Il n’est pas difficile d’imaginer en quoi cela représente un danger imminent de voir les fascistes français partir au combat, et revenir avec de l’expérience, voire plus, d’Ukraine.

Hugues (UCL Saint-Denis)




Source: Unioncommunistelibertaire.org