Juillet 4, 2022
Par Le Monde Libertaire
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¬ę Portrait mural ¬Ľ. photographie de Funemanka

La guerre permet l‚Äôexpression la plus d√©sinhib√©e de la violence masculine. L‚Äôoppression viriliste et destructrice du patriarcat s‚Äôy d√©ploie sans frein. Les femmes et les enfants, qui en temps dit ¬ę de paix ¬Ľ subissent des violences machistes individuelles, sont alors trait√©¬∑es globalement comme des objets, des marchandises, des d√©chets.
Depuis des années, des opposantes féministes aux dictatures, telles les FEMEN ukrainiennes, avaient donné l’alerte. Elles voyaient juste…
D√©cid√©e par un Vladimir Poutine obsessionnel de la virilit√©, l‚Äôinvasion de l‚ÄôUkraine le 24 f√©vrier 2022 se poursuit par une guerre de conqu√™te. Comme en Tch√©tch√©nie ou en Syrie, l‚Äôarm√©e russe massacre des civil¬∑es. Elle pilonne des villes et bombarde des lieux abritant des femmes et des enfants vuln√©rables, des maternit√©s, des h√īpitaux.
Des millions de personnes ont fui les zones d‚ÄôUkraine bombard√©es : 90 % sont des femmes et des enfants. La moiti√© de celles qui ont quitt√© le pays ont moins de 18 ans.

Violence des armes, violences sexuelles.
Comme dans toutes les guerres,
le corps des femmes est un champ de bataille.

Le viol comme arme de guerre
De tout temps, les viols syst√©matiques de femmes et d‚Äôenfants ont √©t√© ins√©parables des guerres. Depuis les ann√©es 1990, avec les conflits dans l‚Äôex-Yougoslavie, le g√©nocide des Tutsis par les Hutus au Rwanda et les atrocit√©s commises au Kivu, ils sont consid√©r√©s par la justice internationale comme des crimes de guerre ou des crimes contre l‚Äôhumanit√©. En Ukraine, comme dans le Donbass depuis 2014, la cruaut√© d√©lib√©r√©e de soldats russes ou tch√©tch√®nes exer√ßant des s√©vices sexuels rel√®ve d‚Äôune strat√©gie visant √† terroriser la population, √† la traumatiser durablement, en inscrivant dans sa chair le viol de la nation : c‚Äôest une guerre dans la guerre, nourrie par la haine des femmes, assimilant dans la m√™me agression le corps de l‚Äôautre et sa terre.

Location de ventres et trafic d’enfants

Des reportages ont montr√© des couples √©plor√©s affluant en Ukraine pour r√©cup√©rer leur commande : un¬∑e enfant pas encore sorti¬∑e de l‚Äôut√©rus lou√© ; on pr√©sente comme des victimes des personnes qui enfreignent la loi de leur pays, et exploitent la d√©tresse financi√®re de femmes amen√©es √† louer leur ut√©rus.
La situation d‚ÄôUkrainiennes enceintes pour d‚Äôautres est devenue inextricable : l‚Äôagence qui a n√©goci√© leur mise en relation avec le couple acheteur √©tranger leur interdit de quitter le pays, car ce serait une violation de leur contrat ; si les commanditaires financent leur voyage, ces femmes vont accoucher dans un pays dont la loi interdit la location de ventres.

Trafic de chair fra√ģche
Dans les gares et aux postes frontières, des proxénètes, appartenant à des réseaux mafieux ou agissant pour leur propre compte, abusent de la détresse et de l’épuisement de réfugiées fuyant la guerre. Se mêlant aux bénévoles qui offrent aide et solidarité, ils proposent transport, hébergement, emploi à de jeunes femmes démunies, qui sont victimes de racket, d’enlèvement, de travail forcé, de violences sexuelles, de traite d’êtres humains à des fins de prostitution ou de pornographie.
Ces criminels s‚Äôalignent sur la demande : sur les sites de rencontres et les sites pornographiques, les recherches ayant pour mots-cleŐĀs ¬ę femme ukrainienne ¬Ľ se sont multipli√©es.

Accueil dans les pays voisins
Ayant quitté précipitamment leur foyer, des millions de femmes et d’enfants sont dépourvu·es de tout, et leur survie est entravée par des traumatismes. Des bénévoles les aident matériellement et psychologiquement.
D‚Äôautres femmes, prises en otages par la guerre, ne peuvent quitter le pays : elles survivent dans des caves, sont rest√©es dans des fermes, s‚Äôoccupent de personnes √Ęg√©es, de malades, d‚Äôenfants.
Des Ukrainiennes enceintes √† la suite de viols ne peuvent avorter en Pologne, o√Ļ la loi l‚Äôinterdit ; m√™me si on les y autorisait, le personnel comp√©tent manque.
Depuis longtemps, des f√©ministes demandent que soit inscrit dans le droit europ√©en le droit √† l‚Äôavortement de toutes les femmes ; c‚Äôest aux femmes, et aux femmes seulement, de d√©cider si elles veulent poursuivre une grossesse.

Solidarité féministe internationale
Nous, féministes universalistes, affirmons notre solidarité avec le peuple ukrainien victime de l’agression russe, et dénonçons les violences spécifiques dont sont victimes les femmes et les enfants.
Nous saluons le courage des résistant·es ukrainien·nes et aussi des Russes qui s’opposent à la dictature de Vladimir Poutine et à la guerre qu’il mène contre l’Ukraine.
Nous demandons que tous les moyens diplomatiques soient mis en Ňďuvre pour que cessent cette guerre et ces atrocit√©s.
Nous demandons à la justice internationale de punir les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en Ukraine.

Front Féministe. 58 associations de 7 pays. 9 mai 2022.




Source: Monde-libertaire.fr