Janvier 5, 2022
Par Paris Luttes
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Ces derniĂšres annĂ©es et suivant une tendance de fond Ă  l’Ɠuvre depuis l’apparition des premiers rĂ©seaux sociaux Ă  l’orĂ©e des annĂ©es 2010, l’usage de Twitter s’est largement rĂ©pandu, y compris dans les cercles militants. À tel point que le rĂ©seau social Ă  l’oiseau bleu occupe dĂ©sormais une place centrale dans nos discussions quotidiennes. En tant qu’utilisateurs de ce rĂ©seau, pour certains depuis de nombreuses annĂ©es, nous avons Ă©tĂ© (et sommes encore) aux premiers postes pour observer son Ă©volution, au grĂ© de la conjoncture politique comme des dĂ©bats qui animent rĂ©guliĂšrement les cercles militants. Alors qu’au dĂ©but de la dĂ©cennie, relativement peu de militants Ă©taient actifs sur le rĂ©seau, Twitter prend depuis le mouvement contre la Loi Travail, une place de plus en plus consĂ©quente. Les discussions suivent dĂ©sormais le rythme de l’actualitĂ© politique du rĂ©seau social, et c’est aussi par l’intermĂ©diaire de Facebook ou Twitter que de nombreuses personnes ont dĂ©couvert puis rejoint les milieux militants radicaux. Les raisons de ce succĂšs ne nous sont pas Ă©trangĂšres : source d’informations en « temps rĂ©el Â», canal de diffusion efficace, lieu d’échanges et de dĂ©bats, Twitter sĂ©duit par de nombreux aspects, notamment celles et ceux d’entre nous qui sommes familiers des nouvelles technologies. Quotidiennement, sur Twitter comme sur d’autres rĂ©seaux sociaux, des personnes se rencontrent, Ă©changent, dĂ©battent, s’engueulent, etc.

L’omniprĂ©sence des outils numĂ©riques et des rĂ©seaux sociaux fait dĂ©sormais partie des coordonnĂ©es de notre situation. Et alors que cette omniprĂ©sence mĂ©riterait que nous lui portions une attention particuliĂšre, c’est l’un des sujets dont nous dĂ©battons le moins au sein de nos milieux. Nous voyons lĂ  la confirmation de cette omniprĂ©sence, celle-ci Ă©tant telle que nous ne la voyons plus. À l’échelle de l’histoire de l’humanitĂ©, l’apparition des outils numĂ©rique est rĂ©cente et leur Ă©volution fulgurante — c’est d’ailleurs lĂ  un des tropes du mythe du progrĂšs, qui loin d’avoir disparu, a seulement changĂ© de forme. À l’échelle d’une vie humaine, ces Ă©volutions sont Ă  peine perceptibles. Chaque innovation n’est souvent qu’une amĂ©lioration marginale, et apparemment anodine, des technologies prĂ©cĂ©dentes. Mais prises ensembles, ces innovations constituent un processus — imperceptible — de diffusion des technologies et de leur adoption et appropriation par la population. Aussi ce processus s’accompagne-t-il d’un discours sur le progrĂšs Ă©rigeant l’innovation comme valeur cardinale, et mettant l’accent, pour chaque nouvelle invention, sur les aspects bĂ©nĂ©fiques de cette derniĂšre, souvent un gain de temps pour l’utilisateur. D’une part, la contestation des technologies en questions devient difficilement audible ; d’autre part, et symĂ©triquement, l’adoption de celle-ci est rendue plus acceptable et rapide. Le rĂ©sultat en est que le processus d’innovation technologique Ă©chappent Ă  la conscience collective, alors mĂȘme que les technologies dĂ©veloppĂ©es font partie intĂ©grante des milieux au sein desquels nous Ă©voluons.

Pourtant, ces processus ont de nombreuses rĂ©percussions. Nous avançons mĂȘme qu’ils sont Ă  l’origine d’un dĂ©placement fondamental dans nos maniĂšres d’ĂȘtre. Notre façon de nous rapporter au monde et aux autres en est changĂ©e, Ă  une amplitude que nous avons encore du mal Ă  mesurer. Bien sĂ»r, nos maniĂšres de s’organiser s’en trouvent affectĂ©es, les dynamiques collectives qui soutiennent nos groupes et organisations s’en trouvent affectĂ©es. De quelle façon ? est la question Ă  laquelle ces brĂšves rĂ©flexions tentent de rĂ©pondre. Il ne s’agira donc pas dans ces lignes, d’exprimer une position morale envers les rĂ©seaux sociaux, en tant qu’ils sont, pour la plupart et plus particuliĂšrement pour les plus frĂ©quentĂ©s, des entreprises capitalistes cotĂ©es en bourse. Nous laissons ce travail aux inquisiteurs puritains de la morale anarchiste. Il n’y a pour nous nul intĂ©rĂȘt Ă  pointer d’éventuelles contradictions individuelles, non seulement parce que nous en avons toutes et tous, mais plus encore parce que nous abhorrons les lectures libĂ©rales de l’agir politique. À cela, nous prĂ©fĂ©rons l’élaboration collective d’une rĂ©flexion sur nos usages des rĂ©seaux sociaux, qui ne dĂ©coule pas de principes moraux abstraits forcĂ©ment hors-sol, mais s’enracine au contraire dans notre quotidien, dans le terreau de nos expĂ©rimentations politiques. Ce qui nous intĂ©resse, c’est donc d’observer et comprendre comment le fonctionnement de Twitter, son algorithme, influence nos pratiques politiques, leur imposant un cadre dĂ©fini par un code-source auquel nous n’avons pas accĂšs.

Temporalité, visibilité, communauté

Revenons briĂšvement sur le fonctionnement de Twitter.

  • Chaque utilisateur peut en suivre d’autres, qui constituent ses abonnements, et ĂȘtre suivi par d’autres (pas nĂ©cessairement les mĂȘmes), qui constituent alors ses abonnĂ©s. Il peut dĂšs lors commencer Ă  tweeter (Ă©crire un message en 280 caractĂšres) ou retweeter (relayer le tweet de quelqu’un d’autre). Ainsi, lorsqu’il se connecte, l’utilisateur peut faire dĂ©filer sur une timeline ce que ses abonnements ont tweetĂ© ou retweetĂ©, classĂ© du plus rĂ©cent au plus ancien. Plus un utilisateur aura d’abonnements, plus sa timeline sera chargĂ©e, plus elle se renouvellera rapidement. La condition du tweet est l’éphĂ©mĂšre. Il ne vit que quelques minutes, quelques heures tout au plus, avant de chuter sans fin dans les abĂźmes temporelles du rĂ©seau social et l’oubli.
  • La durĂ©e de vie d’un tweet dĂ©pend en grande partie de sa visibilitĂ© sur le rĂ©seau. Celle-ci est Ă  la fois confĂ©rĂ©e par 1) le nombre de fois que ledit tweet est retweetĂ© et par 2) le nombre d’abonnĂ©s que possĂšdent les utilisateurs l’ayant retweetĂ©. On en dĂ©duit logiquement que, pour qu’un tweet « perce Â», il doive ĂȘtre beaucoup retweetĂ©, et/ou qu’il le soit par des comptes ayant de nombreux abonnĂ©s. Dans les faits, les deux dynamiques vont toujours de pair et se renforcent mutuellement. Celles-ci constituent la « viralitĂ© Â» du tweet, c’est Ă  dire l’ampleur et la vitesse de sa propagation.
  • Bien sĂ»r, un tweet n’est jamais retweetĂ© Ă  l’infini, et sa diffusion connaĂźt des limites. Le facteur limitant le plus Ă©vident est celui de la langue, mais plus subtil est l’effet de la communautĂ©. En dehors de quelques comptes institutionnels (gouvernements, partis, administrations, mĂ©dias, personnalitĂ©s) souvent « vĂ©rifiĂ©s Â», les utilisateurs suivent trĂšs majoritairement les utilisateurs avec qui ils partagent des affinitĂ©s politiques. Les liens crĂ©Ă©s par les abonnements tissent ainsi une immense toile oĂč se forment des zones plus denses, qui dĂ©limitent des communautĂ©s virtuelles. Si Ă©videmment les frontiĂšres entre ces diffĂ©rentes communautĂ©s sont toujours plus ou moins poreuses, elles restent assez consistantes pour limiter la propagation de certains tweets. C’est le cas lorsqu’un tweet s’adresse d’emblĂ©e Ă  une communautĂ© prĂ©cise, soit explicitement, soit parce qu’il utilise un langage spĂ©cifique Ă  ladite communautĂ©. C’est encore le cas lorsqu’un tweet possĂšde un caractĂšre clivant, par exemple quand il s’adresse Ă  une communautĂ© avec laquelle l’utilisateur est en conflit.

De cela nous pouvons dĂ©gager trois principaux axes du fonctionnement de Twitter, qui seront Ă©galement ceux sur lesquels nous baserons notre rĂ©flexion : temporalitĂ©, visibilitĂ©, communautĂ©. Il s’agit, pour chacun, d’en dĂ©rouler la logique et les consĂ©quences, puis de comprendre comment leur effets combinĂ©s impactent nos usages collectifs et individuels de Twitter.

Temporalité

La temporalitĂ© de Twitter est l’instantanĂ©itĂ© : tout s’y passe en quasi « temps rĂ©el Â», si l’on oublie les quelques millisecondes nĂ©cessaires aux informations pour transiter le long des infrastructures du rĂ©seau. L’instantanĂ©itĂ© impose son cadre, et fixe par lĂ  mĂȘme les usages possibles. Les tweets Ă©tant prĂ©sentĂ©s sur un fil d’actualitĂ©, de maniĂšre chronologique, un tweet est immĂ©diatement remplacĂ© par un autre, lui-mĂȘme Ă  son tour remplacĂ©, le premier se retrouvant ainsi rapidement noyĂ© dans la masse des suivants. La visibilitĂ© d’un tweet est donc Ă©phĂ©mĂšre, souvent de l’ordre de quelques minutes, parfois, dans de rare cas, de l’ordre de quelques jours, avant de tomber dans l’oubli. Le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre d’un tweet, ainsi que la limitation de sa longueur Ă  280 caractĂšres, ne se prĂȘte guĂšre Ă  de longs dĂ©veloppements mais incite plutĂŽt au mieux Ă  la concision, au pire au raccourci. Dans les faits, cela se traduit par une tendance Ă  privilĂ©gier la concision et la simplification Ă  l’approfondissement et la prĂ©cision. Aussi, la temporalitĂ© de Twitter, son instantanĂ©itĂ©, requiert une forme d’attention volatile et dissipĂ©e. « Ce que notre attention gagne qualitativement en considĂ©rant plusieurs objets simultanĂ©ment, elle le perd qualitativement en intensitĂ© sur chacun d’eux pris sĂ©parĂ©ment Â» [1]. Le tweet se rĂ©vĂšle ĂȘtre un micro-dispositif, dont l’action rĂ©pĂ©tĂ©e nous place dans un immĂ©diatisme communicationnel, Ă  l’opposĂ© de ce que peut ĂȘtre la lecture d’un journal.

L’immĂ©diatisme communicationnel dans lequel nous baignons ne dispose guĂšre Ă  la concentration que nĂ©cessite toute rĂ©flexion. Il est plus facile de rĂ©agir Ă  chaud au moindre Ă©vĂ©nement par une hot take bien sentie que de prendre le temps et le soin d’élaborer une rĂ©flexion collective. C’est lĂ  en effet un processus qui exige du temps, nĂ©cessite une dĂ©cantation, un affinage. Si Twitter, par son fonctionnement, est l’exemple illustrant le mieux l’immĂ©diatisme communicationnel, il n’en n’est pas moins qu’une manifestation particuliĂšre, celui-ci Ă©tant le rĂ©gime communicationnel dominant dans nos sociĂ©tĂ©s occidentales. Ce rĂ©gime nous habitue Ă  un certain rapport Ă  l’information, plus rĂ©actif que rĂ©flexif. En consĂ©quence, notre action politique consiste principalement Ă  rĂ©agir Ă  l’agenda politique et mĂ©diatique fixĂ©s par les forces adverses. Les dynamiques que nous observons sur les rĂ©seaux sociaux sont les symptĂŽmes les plus criants de cette impuissance.

Visibilité

Contrairement Ă  beaucoup d’autres rĂ©seaux sociaux, le contenu de Twitter est en grande partie accessible Ă  tout un chacun, mĂȘme pour qui n’aurait pas de compte. La conception de Twitter ne le destine pas en effet Ă  un usage familial ou amical, mais communicationnel, publicitaire, et Ă©ventuellement informatif. C’est prĂ©cisĂ©ment pour ces raisons que les personnalitĂ©s politiques, les mĂ©dias et les institutions s’y sont rapidement intĂ©ressĂ©s, et que les premiers utilisateurs l’ont d’abord utilisĂ© comme source d’informations. Avec le dĂ©veloppement des rĂ©seaux sociaux, le monde semblait Ă  portĂ©e de clic. Il devenait possible d’avoir des nouvelles de n’importe quel point du globe en quasi « temps rĂ©el Â». Il Ă©tait Ă©galement devenu concevable de rentrer en contact avec des inconnus situĂ©s Ă  l’autre bout du globe. Ce sont lĂ  deux illusions tenaces, omnipotence et omniscience, qui imprĂšgnent notre inconscient collectifs des technologies numĂ©riques. En pratique, sur Twitter, elles se traduisent dans la croyance que nos tweets et nos threads peuvent ĂȘtres largement diffusĂ©s, vus et lus, du moment qu’ils sont pertinents. Dans les faits, la visibilitĂ© de nos publications est faible, et dĂ©pend plus du nombre de nos abonnĂ©s que de la pertinence de nos propos. Internet n’est pas un espace horizontal constituĂ© de rapports symĂ©triques, ni un espace rationnel et transparent, oĂč prĂ©vaudrait le meilleur argument. Cela vaut bien Ă©videmment pour Twitter.

Communauté

Avec Twitter donc, nous sommes bien loin du communisme informationnel qui hante de façon inconsciente notre imaginaire du rĂ©seau. Le fonctionnement du rĂ©seau rĂ©pond Ă  un modĂšle communautaire. Les tweets de tel utilisateur ne dĂ©passent que rarement le cercle de ses abonnĂ©s, qui ont avec l’utilisateur donnĂ© une certaine affinitĂ© politique. Les tweets qui percent ne sont pas tant ceux oĂč l’on tente d’élaborer une pensĂ©e que ceux qui font Ă©cho dans notre communautĂ©. Twitter incite Ă  se crĂ©er une ligne Ă©ditoriale presque, et c’est sur la base de ce cadre que l’on gagne des followers : je dis ce que ma communautĂ© attend, ma communautĂ© partage mes contenus, je gagne des abonnĂ©es, ma communautĂ© s’étend. Ce mĂ©canisme incite Ă  la petite phrase, et se trouve Ă  la base d’une certaine Ă©conomie de la rĂ©putation qui ne touche pas moins les cercles militants que les autres milieux. Il donne aussi l’illusion d’avoir une portĂ©e politique. Mais celle-ci ne saurait se mesurer Ă  un nombre de retweets, qui tout au plus, exprime approximativement la popularitĂ© d’une opinion ou d’une personne. Enfin, un des effets les plus regrettables de cette Ă©conomie de la rĂ©putation est qu’elle vient renforcer les dynamiques de chapelle dĂ©jĂ  bien trop prĂ©sentes dans nos Ă©changes hors-ligne.

Jouer d’autres rythmes

Si les rĂ©flexions qui prĂ©cĂšdent se focalisent sur Twitter, c’est que l’usage militant de ce rĂ©seau social nous semble mettre en Ă©vidence, et de façon criante, un certain nombre d’impensĂ©s dans notre rapport aux rĂ©seaux sociaux et technologies de communication et des dynamiques prĂ©judiciables Ă  nos objectifs Ă©thiques et politiques. Cependant, nous voudrions Ă©largir la portĂ©e de notre propos. Les dynamiques que nous avons souhaitĂ© mettre en lumiĂšre se retrouvent dans beaucoup d’aspects de nos vies, notamment pour celles et ceux d’entre nous qui vivons dans des centres urbains. Nos rythmes de vie se sont accĂ©lĂ©rĂ©s Ă  mesure de l’avancĂ©e du capitalisme, et notre attention est dĂ©sormais requise de toute part.

L’accĂ©lĂ©ration de la vitesse des tĂ©lĂ©communications, de mĂȘme que la croissance exponentielle de leur volume, bien loin d’ĂȘtre un levier d’émancipation, sont en rĂ©alitĂ© un dispositif de plus de notre aliĂ©nation quotidienne. Si nous ne repensons pas collectivement les usages que nous faisons des technologies, nous nous condamnons Ă  ĂȘtre agis par elles, et donc par l’axiomatique politique qu’elles dĂ©ploient, et qui fixe le cadre de leurs usages possibles. Internet n’est ni un espace neutre, ni un espace virtuel. Il possĂšde une infrastructure matĂ©rielle, qui Ă©tend ses tentacules sur toutes les zones peuplĂ©es de la planĂšte, et qui a Ă©tĂ© construite par la collaborations des gouvernements et des multinationales des tĂ©lĂ©communications. Outre que le rĂ©seau de tĂ©lĂ©communications tend Ă  devenir un outil de gestion cybernĂ©tique des ĂȘtres et des choses, son immixtion dans les plis les plus intimes de nos existences enferme dans son propre temps, et referme l’horizon. « On peut Ă©tablir une relation de proportionnalitĂ© entre l’immobilisation dans le prĂ©sent perpĂ©tuel et l’accĂ©lĂ©ration des rythmes d’activitĂ© et de vie Â». [2]

En rĂ©gime de temporalitĂ© prĂ©sentiste, nous avons tendance Ă  juger l’action politique Ă  partir ses rĂ©sultats Ă  court-terme et l’écho mĂ©diatique que nos actions reçoivent dans les mĂ©dias. Ce sont lĂ  deux critĂšres erronĂ©s, qui relĂšvent d’une approche Ă©vĂ©nementielle et non situationnelle de la politique. Tant que nous jugerons nos actions politiques sur de telles bases, nous nous condamnerons Ă  une action politique hors-sol, Ă  l’indignation impuissante sur les rĂ©seaux sociaux et l’illusion d’une libĂ©ration de la parole (alors que par ailleurs, la situation ne va pas en s’amĂ©liorant). C’est que « les possibilitĂ©s techniques de mobilitĂ© et de communication font parfois oublier la spatialitĂ© comme dimension intrinsĂšque de l’existence humaine (laquelle ne saurait ĂȘtre qu’en Ă©tant lĂ , quelque part). Â» [3]

Les espaces que forment les rĂ©seaux sociaux n’offrent ni les conditions pour sortir du rĂ©gime de temporalitĂ© prĂ©sentiste, ni celles nĂ©cessaires au dĂ©bat thĂ©orique et Ă  l’élaboration stratĂ©gique dont nous aurions tant besoin. On ne constitue aucune force politique consistante par la rĂ©pĂ©tition infinie de l’indignation en 280 caractĂšres. Il s’agit au contraire de se donner des outils qui nous permettent d’élaborer aux rythmes de notre choix. Certains d’entre eux existent dĂ©jĂ . Si depuis quelques annĂ©es, nous assistons Ă  un renouveau Ă©ditorial, avec la crĂ©ation de sites, journaux, revues et maisons d’édition, nous manquons de lieux et de moments pour transmettre ce matĂ©riau, et nous le rĂ©approprier dans nos pratiques. Cela devrait commencer par faire de la lecture un acte collectif et non plus seulement individuel. Plus globalement, tout ce qui permettrait d’accroĂźtre la circulation des imaginaires et des pratiques rĂ©volutionnaires, dans une temporalitĂ© favorable Ă  leur maturation, constituerait une pierre de plus dans la patiente construction des mondes Ă  faire.




Source: Paris-luttes.info