17 juin 2020
Les marches et manifestations contre les violences policiÚres et le racisme, partout dans le monde, sont une excellente nouvelle pour nous, anarchistes. Nous y prenons notre part, et nous serons toujours aux cÎtés des luttes qui ouvrent la voie à des individu.e.s toujours plus libres et à un monde débarrassé des horreurs du passé.

Nous ne pouvons qu’apprĂ©cier de voir pointĂ©es du doigt les forces de police, pilier rĂ©pressif des États.

La police française ne fait pas exception : elle a toujours suivi les ordres, de Vichy en passant par le massacre de Charonne, des arrestations au faciĂšs aux expulsions des rĂ©fugiĂ©.e.s, de la rĂ©pression aveugle au harcĂšlement de certaines populations. La police, loin de “protĂ©ger les citoyens”, comme le prĂ©tend un mythe rĂ©publicain et Ă©tatique malheureusement trop rĂ©pandu, a une seule fonction essentielle : protĂ©ger l’État, les institutions, la marchandise, la valeur, le capitalisme.

La rĂ©cente infiltration de l’extrĂȘme-droite dans les rangs de la police ou des “mauvais donneurs d’ordre” sont des raisons trĂšs clairement insuffisantes pour expliquer la brutalitĂ© de la police. Qu’importe sa couleur politique ou la nature du rĂ©gime qu’elle soutient, la police est, structurellement et historiquement, l’outil principal de la haine et de la violence Ă©tatique ; en quelques mots : le bras armĂ© de l’État, garant et protecteur d’un ordre social, Ă©conomique et politique profondĂ©ment autoritaire et inĂ©galitaire.

Alors, oui, il convient de dĂ©noncer les meurtres et exactions de la police française. Nous partageons largement les attentes des familles de victimes, que ce soit celle d’Adama TraorĂ©, Zineb Redoune,ou RĂ©my Fraisse et de bien d’autres, liste tristement trop longue pour la reproduire ici in extenso. Il convient d’exiger justice.

Mais nous ne pourrons pas, pour nous, anarchistes, nous arrĂȘter lĂ . Le racisme est la rĂ©sultante d’une construction. Il est, depuis toujours, utilisĂ© par les États, les Religions et les Traditions pour mieux renforcer le pouvoir de quelques uns au dĂ©triment du plus grand nombre. La construction du monde entre “eux” et “nous” n’est pas nouvelle, elle est la base de tous les identitarismes fermĂ©s et qui interdisent aux individus de se mĂ©langer aux autres, d’ĂȘtre eux-mĂȘmes et d’exister sans entrave.

Il n’y aura pas d’abolition du racisme sans destruction des frontiĂšres. Il ne peut advenir de changement si nous ne nous voyons pas comme une humanitĂ© unique et aux libertĂ©s identiques pour toutes et tous. Cet internationalisme fait peur aux possĂ©dants, eux qui ont construit leur puissance en grande partie sur la peur de l’autre, de l’étranger, du “pas comme nous”.

Le Capitalisme se sert d’ailleurs largement de ces peurs pour monter les groupes de travailleurs les uns contre les autres. Mais ne rĂȘvons pas : abolir le Capitalisme ne suffira pas Ă  dĂ©truire le racisme et la peur. Nous pouvons d’ailleurs dĂšs maintenant commencer Ă  le faire, sans attendre, en cessant d’accepter les clichĂ©s et stĂ©rĂ©otypes que l’on tente de nous mettre dans la tĂȘte, en voyant l’autre comme un.e Ă©gal.e, en refusant l’instrumentalisation des diffĂ©rences physiques. En prĂ©fĂ©rant la mĂ©lange Ă  la puretĂ©.

Nous devons aussi collectivement regarder l’Histoire en face, l’affronter et l’étudier, pour mieux dĂ©monter les scories qui perdurent Ă  notre Ă©poque. Pleurer une statue sans comprendre ce qu’elle reprĂ©sente dĂ©montre la manque de connaissance des horreurs du passĂ©.

L’urgence est Ă  la justice, l’avenir Ă  une sociĂ©tĂ© entiĂšrement repensĂ©e.

Les relations extérieures de la Fédération anarchiste


Article publié le 17 Juin 2020 sur Monde-libertaire.fr