Novembre 1, 2020
Par La Horde
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Contexte

Le contexte des élections, c’est à la suite de la rébellion la plus grande et étendue de mémoire vivante contre le racisme et l’institution policière, intrinsèquement raciste. Les manifs ont commencé en mai suite au meurtre de George Floyd par la police de Minneapolis, et ont continué depuis. En septembre il y a eu une nouvelle vague, quand les flics qui ont tué Breonna Taylor chez elle n’ont pas été accusés de son meurtre. Le discours a changé soudainement – alors que l’abolition de la police était impensable, une métropole majeur, Minneapolis, a voté pour démanteler sa police (même si le processus s’est arrêté deux mois plus tard). “Instantanés du Soulèvement” donne du contexte historique et quelques expériences de manifestations à travers les États-Unis.

Une autre clé de compréhension, c’est que comme dans plein d’autres endroits du monde cette année, les conséquences de l’échec du gouvernement à répondre à la menace du coronavirus sont le désespoir économique, les expulsions, et un confinement qui a duré des mois. Des gens sont en colère et ils ont peur. Depuis longtemps, l’État a arrêté de faire semblant de faire des efforts pour atténuer la pandémie et plus de 200 000 personnes sont mortes, de façon disproportionnée des personnes racisées. Trump a dit clairement qu’il accorde plus de valeur à l’économie qu’à des vies humaines, et ça se voit dans ses actions, même après qu’il ait été atteint par la coronavirus. Il y a eu peu d’efforts pour mitiger la transmission, autre que les panneaux sur la route pour dire qu’il faut se laver les mains.

Le gouvernement est divisé, incapable de se mettre d’accord sur quoi que ce soit, et tellement pas concerné par les problèmes des pauvres qu’il est parti en vacances d’été sans renouveler les montants du chômage ni le moratoire sur les expulsions. Il y a un niveau général de désillusion et de méfiance envers le gouvernement et les politiciens que je n’ai jamais vu de ma vie. Cette méfiance justifiée, ainsi que les campagnes de fausses informations ciblées sur des personnes désespérées et vulnérables ont contribué à un climat houleux avec des théories conspirationnistes. Celles-ci ont été assez efficaces pour saper le partage d’informations sur la situation et la foi qu’on peut avoir dans les informations en général. Les divisions sont si profondes, qu’il n’est plus choquant de parler de l’arrivée d’une guerre civile.

Préparation

Cette année, Trump a essayé de déterminer quels éléments de l’État lui sont fidèles, et de tester comment va réagir la population quand celle-ci est déployée dans la rue, en préparation pour une épreuve de force après l’élection. En juillet, il a déployé une police fédérale à Portland, dans l’Oregon, où des agents dans des camions banalisés ont enlevé des personnes sans s’identifier comme étant policiers. Des témoins ont cru que c’était des séquestrations. Une analyse de l’utilisation des agents fédéraux comme façon de tester les limites du pouvoir c’est ici.

En plus de se préparer à maintenir le pouvoir par la force, Trump essaie aussi activement de saper l’élection, qu’il sait, il va probablement perdre. Il a même admis qu’il sabotait la poste exprès, en lui retirant des fonds et par l’installation d’un de ses supporters comme chef de la poste. Cette personne a ensuite ralenti les flux de livraisons, par le déclassement des machines de triage, et a réduit les heures de travail. Une analyse de comment Trump consolide son pouvoir est ici (en anglais).

Dans le contexte de la pandémie, où il y a un grand pourcentage de personnes qui vont voter par correspondance, Trump continue de s’acharner sur la fiabilité du vote par correspondance et a instruit ses soutiens de “protéger” les bureaux de vote- c’est-à-dire d’arriver avec des armes dans les communautés avec une majorité de personnes racisées qui sont supposées avoir plus tendance de voter à gauche. Lors du premier débat présidentiel, il a refusé de condamner les suprémacistes blancs, et dans la même phrase il a parlé directement à un groupe de suprémacistes blancs, les Proud Boys, en leur disant de “se mettre en attente”. Voici une analyse citoyenniste mais par ailleurs juste du chemin tracé vers l’autocratie, ça se trouve plus bas en français.

Mais comme Angela Davis a dit récemment – “Le sujet de l’élection n’est pas tant par rapport à qui va mener le pays vers un futur meilleur, mais plutôt comment on peut se soutenir et soutenir notre capacité de continuer à s’organiser et mettre la pression sur ceux qui sont au pouvoir”.

Une des inquiétudes dans tout ça c’est la montée des suprémacistes blancs et les milices d’extrême droite. Au fil des dernières années, ils sont devenus plus visibles et leurs propos se sont intégrés dans le discours mainstream. Le fait de pouvoir agir avec peu de conséquences leur donne une assurance qui continue de grandir inversement à leur nombre. Les milices de l’extrême droite ont mobilisé pour provoquer et attaquer les manifs, avec le soutien de la police. Le résultat c’est la blessure par balle ou la mort de manifestant.e.s antiracistes dans des endroits comme Albequerque, Austin et Kenosha. Une courte analyse du mouvement de l’extrême droite se trouve en lien ici, et plus bas en français.

À Kenosha, dans le Wisconsin- lieu de manifestations et d’émeutes après que la police a tiré dans le dos d’un homme noir, Jacob Blake, devant ses enfants- une vidéo montre la police locale remerciant les membres d’une milice armée et leur donnant des bouteilles d’eau, malgré le fait qu’ils étaient dehors après l’heure du couvre feu, et armés. Un des membres de cette milice, un ado qui s’appelle Kyle Rittenhouse, a plus tard tiré sur trois manifestants, dont deux sont morts. Il a été acclamé par Trump et d’autres comme un héros.

Les attaques par véhicules (lorsque des réactionnaires rentrent dans une foule de manifestant.e.s antiracistes ou anti-police avec leur voiture ou camion pour blesser ou tuer) deviennent tristement banales. Il y a eu au moins 68 attaques de ce type dans les cinq premières semaines du soulèvement, et c’est devenu tellement courant que ça n’apparaît même plus dans les médias nationaux. Beaucoup des personnes ont été blessées et plusieurs en sont mortes. Ici un article en anglais.

Après les meurtres par la police ou les milices, Trump et ses soutiens acclament et défendent les assassins, ce qui perpétue une culture de légitimation de la violence contre ceux qui font résistance. Le mois dernier, les agents fédéraux ont tué Michael Reinhol, l’antifasciste soupçonné d’avoir tué un membre des “Patriot Prayer” pendant une manifestation à Portland. La police dit qu’elle a essayé de l’arrêter, alors que les témoins disent que la police est arrivée et s’est mis à tirer avant même de s’identifier – un assassinat sans procès. Dans un tweet, Trump parlait de “représaille”.

Quel que soit celui qui finit au pouvoir en Novembre, il faut être préparé.e à ce que la répression d’État et la violence organisée des milices ne cesse de croître. La campagne de l’élection a été définie dans les termes de “la loi et de l’ordre”, explicitement “anti antifa” et anti anarchiste. Dans tous les cas il faut être prêt.e à se défendre, comme expliqué ici.

Trump tente très ouvertement de voler les élections et de s’emparer du pouvoir avec tous les moyens à sa disposition, tout en comptant sur la police fédérale et les militants d’extrême droite pour être ses soldats. Les États-Unis avancent plus loin dans l’autocratie, et la probabilité d’une crise constitutionnelle en novembre, de fait un coup d’État bureaucratique, est réelle. Si cela se produit, la mobilisation de masse sera la seule option possible, non pas pour défendre une soi-disant démocratie, mais pour maintenir l’existence d’autres possibilités. Nous devrions chercher des exemples dans l’histoire, mais aussi être conscient.e.s que ce moment ne suivra pas nécessairement le même chemin ni ne sera limité aux mêmes résultats.

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Source: Lahorde.samizdat.net