Août 9, 2021
Par Actualités Sur Les CRA
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Dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 juillet, trois personnes détenues au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) se sont échappées. Les évasions se sont produites au cours d’une révolte.

Deux personnes ont été blessées “légèrement” à la tête au cours du mouvement de révolte, l’une en tombant d’un toit et l’autre avec une branche, a indiqué une source policière à l’AFP.

Selon Marion Beaufils, responsable de l’action en rétention en Ile-de-France, contactée par InfoMigrants, le mouvement de protestation qui a abouti à ces évasions a débuté il y a trois jours, dans le CRA. “Depuis plusieurs jours des personnes montaient sur les toits du CRA n°3 pour tenter de partir et hier après-midi [mercredi], une personne a réussi à s’enfuir”, affirme-t-elle.

Ahmed, un Tunisien de 22 ans, détenu dans le CRA et interrogé par InfoMigrants, affirme, lui, que les détenus sont montés sur le toit du bâtiment pour demander à “parler au directeur”. “On ne laisse pas nos familles nous apporter des gâteaux ou des produits d’hygiène au parloir. Pourquoi ? On nous fait vivre ici comme des animaux”, dénonce le jeune homme.

Au moment de fermer le bâtiment mercredi soir, des personnes tentaient toujours de monter sur les toits. Des renforts de police ont alors été appelés depuis le centre n°2, ainsi que d’autres brigades de police.

“La situation a alors dégénéré dans le CRA n°2, où des détenus ont également tenté de monter sur les toits et deux ont réussi à s’enfuir”, ajoute Marion Beaufils.

“Un cycle infernal”

Le CRA du Mesnil-Amelot est le plus grand de France, situé à seulement quelques centaines de mètres des pistes de l’aéroport de Roissy. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la situation s’y est dégradée en raison des tests PCR désormais nécessaires avant l’expulsion d’un étranger. “Si les personnes refusent de s’y soumettre, elles sont placées en garde à vue à la fin des 90 jours de rétention. Elles sont alors souvent condamnées à des peines de prison et retrouvent le CRA à leur sortie de prison”, explique Marion Beaufils.

À lire : En 2020, moins de personnes enfermées en CRA, mais plus exposées à des risques pour leur santé

“Les personnes sont à bout, à force d’enchainer les périodes de 90 jours de rétention […] Certaines ont été arrêtées à Noël et sont encore là”, dénonce-t-elle.

Ahmed a été arrêté en 2020. Enfermé au CRA du Mesnil-Amelot, il décrit sa vie comme un enfermement sans fin : “CRA-prison-CRA-prison”. “J’ai déjà été condamné deux fois à de la prison pour refus de test PCR. À chaque fois, j’y suis resté environ un mois et demi, puis on m’a ramené au CRA”, précise-t-il.

“Les personnes savent qu’il y a un risque à refuser le test PCR, mais ça reste illégal de condamner une personne pour cette raison”, souligne Marion Beaufils. “C’est un cycle infernal. Cette semaine on a rencontré des personnes qui disaient ne pas savoir quand ça allait s’arrêter. Ce sont des personnes qui vont continuer à refuser les test PCR pour ne pas être expulsées parce qu’elles estiment qu’elles sont menacées dans leur pays”, ajoute la juriste qui affirme ne pas être étonnée qu’une telle révolte ait éclatée dans le centre.

“C’est même étonnant que ça ne soit pas pire. Il y a eu l’incendie en janvier mais, depuis, la situation était relativement calme alors qu’il y a eu plusieurs fois des clusters. Dans ces cas-là, les personnes sont enfermées, elles ne peuvent pas sortir du bâtiment pendant une semaine. Elles ne vont plus au tribunal, elles ne peuvent plus voir leurs proches.”

Incendie

Le 20 janvier, dans ce CRA de Seine-et-Marne, des étrangers avaient déclenché un incendie pour protester contre la décision de justice de leur maintien en rétention car ils avaient refusé un test PCR, nécessaire à leur expulsion du territoire français. Sept personnes ont été condamnées à des peines de prison pour ces faits en mars.

Les conditions de rétention dans les CRA de France sont régulièrement dénoncées par les migrants eux-mêmes et par plusieurs associations de défense des droits des étrangers. Début janvier, trois migrants retenus ou anciennement retenus au CRA du Mesnil-Amelot ont par exemple porté plainte affirmant avoir subi des fouilles à nu pourtant interdites. Des grèves de la faim ou encore des tentatives de suicide sont également couramment rapportées.

En février, la sénatrice EELV Esther Benbassa avait réalisé une visite surprise dans ce CRA et avait dénoncé les conditions de rétention des étrangers, appelant à la suppression de ces centres.




Source: Cercledesvoisins.org