Novembre 14, 2021
Par La Bogue
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Trois ans déjà ! Trois ans que la police tuait Zineb Redouane, 80 ans, à la fenêtre de chez elle, d’un tir de grenade lacrymogène en pleine tête, au cœur du quartier populaire et immigré de Noailles, au centre-ville de Marseille le 1er décembre 2018.

Trois ans que, dès le 5 novembre, les rues de Marseille s’emplissaient de recueillement, de colère, de Marseillais venus des quartiers et du centre-ville, de gilets jaunes de Marseille et de toute la région.


Marche de la colère pour les 8 de Noailles – 14 novembre 2018

Les uns contre une mairie assassine et une situation qui avait trop duré après l’effondrement de deux immeubles de la rue d’Aubagne, déjà à Noailles, avec huit habitants ensevelis sous les décombres. Les autres contre la vie chère et très vite contre un même système et sa police qui mutile à la pelle celles et ceux qui s’opposent.

Trois ans que la mairie, retranchée dans le silence et barricadée dans ses locaux, envoyait l’Etat gérer la catastrophe à sa place  : lançant une immense opération d’expulsions de plus de 4 000 habitants et envoyant ses hordes de bacqueux, de CRS, de brigades antiterroristes gérer le désordre en centre-ville, mutiler et harceler ses habitants, comme la jeune Maria, une vingtaine d’agrafes sur le crâne et des séquelles ineffaçables pour avoir traversé la rue un soir de décembre.

La police et la répression pour seul horizon politique dans nos quartiers.

Jusqu’à ce 1er décembre où, au milieu des barricades et des sapins en feu du Vieux-Port, la police tuait une dame de 80 ans à sa fenêtre, à la croisée des chemins, de ce continuum de violence (post)coloniale dans les quartiers, de mépris pour les défunts, les blessé.es, et la radicalisation des répressions et mutilations en manifestation.


Sapins en feu sur le Vieux-Port, 1er décembre 2018

Trois ans déjà ! A l’heure où Macron voudrait faire de Marseille un phare médiatique dans la reconquête des quartiers, où les médias font la promotion permanente de l’impunité policière en relayant des navets fascisants comme le film Bac Nord et l’unique parole des syndicats policiers, les assassins de la mairie, les marchands de sommeil, les responsables policiers et de l’Etat, eux, courent toujours.

Pire ! le jour-même, ce samedi 30 octobre, où le patron de la police nationale classait sans suite l’affaire, contre l’avis-même de la prétendue police des polices, et exonérait définitivement les meurtriers de Zineb Redouane, un nouveau contrôle routier, à Noailles, se soldait par un nouveau tir de policiers, blessant gravement un des trois occupants du véhicule, dénoncé en dépit de tout secret médical par une sale balance de l’hôpital Nord.

Trois ans déjà ! La police tue, mutile, harcèle toujours autant. L’Etat couvre, décore ses meurtriers comme ceux de Steve à Nantes. La justice exonère, liquide la mémoire et la souffrance des familles, au bout d’un interminable tunnel judiciaire, en prononçant des peines et des sanctions toujours aussi ridicules.

Cet été encore, pour de simples contrôles routiers, le jeune Souheil El Khalfaoui, 19 ans, a trouvé la mort à Marseille, tué d’une balle en plein thorax alors qu’aucun policier n’était en danger.


Recueillement dans le quartier de la Belle-de-Mai (Marseille), août 2021

Quelques jours plus tard, la scène cette fois filmée se reproduit pour ce couple de Bondy, criblé de balles au par deux agents de la BAC sans brassards. Comme Olivio Gomes un an plus tôt à Poissy. Comme 28 jeunes de moins de 18 ans tués par la police, le plus souvent pour un contrôle, depuis 2005 et la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois.

L’impunité aggravée des policiers s’étend jusqu’aux sous-flics de la RTM, autorisés à étouffer sur une rame de métro, à onze contrôleurs et pour un simple ticket, Saïd M’Hadi le 1er octobre dernier.

Contre l’impunité policière et judiciaire, seules nos ripostes et nos mémoires forment les remparts à ces crimes et dénis d’Etat, contre l’oubli.



Manifestation pour les deux ans de la mort de Zineb Redouane, décembre 2020

Pour nous, continuer de faire vivre le souvenir de Zineb Redouane, c’est poursuivre la lutte contre les crimes et l’oppression policière dans les quartiers, en manif, dans nos vies.

Nous appelons à créer des espaces de réflexions et d’actions contre et sans la police, quelles que soient nos approches, nos tactiques, nos vécus et nos expériences. Nous appelons toutes celles et ceux pour qui l’horizon policier est si étouffant, celles et ceux qui ont perdu un proche et qui se battent contre l’isolement et au milieu du désert judiciaire, celles et ceux qui continuent de vivre malgré l’enfermement de l’un.e des leurs, celles et ceux qui en sont sortis, celles et ceux qui continuent de se faire contrôler du soir au matin, celles et ceux qui ont renoncé à porter plainte sans être pour autant résignées, nous appelons tou.te.s les mutilées, les blessées et les révoltées

APPEL NATIONAL A UN WEEKEND D’ECHANGES ET D’ACTIONS
MARSEILLE LES 2,3 ET 4 DECEMBRE 2021

Jeudi 2 décembre

18h – Rassemblement en hommage à Zineb Redouane – Rue des Feuillants

Vendredi 3 décembre

18h – Ateliers autour de « Vérite et contre-enquête », avec des collectifs de contre-enquête indépendante et Farid El Yamni – Sud solidaires

21h – Concerts – La Plaine

Samedi 4 décembre

11h – 15h – Repas collectif, infos kiosque, échanges et ateliers

Discussion autour des violences policières en présence de collectifs de famille (sous réserve), ouverture avec Rachida Brahim – La Plaine

16h – Manifestation en mémoire de Zineb Redouane – Vieux-Port – Marseille

Partout, faisons vivre la mémoire de Zineb : affiches, banderoles, fresques, graffitis, plaques










Source: Labogue.info