Juillet 29, 2021
Par Union Syndicale Solidaires
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TRIBUNE. “Il faut sauver l’agriculture paysanne”

Un Sommet international sur les systĂšmes alimentaires aura lieu en septembre 2021, organisĂ© par l’ONU en Ă©troit partenariat avec le Forum Économique Mondial. D’ici quelques jours, le prĂ©-sommet de cette initiative se tiendra Ă  Rome. En dĂ©pit de l’inquiĂ©tude et des remarques formulĂ©es par une grande partie de la sociĂ©tĂ© civile, par de nombreux acteurs du monde acadĂ©mique, mais aussi par certains Etats, ce sommet et ce prĂ©-sommet se caractĂ©risent par un manque criant d’inclusivitĂ© et un refus de tout dialogue quant aux modalitĂ©s d’organisation. Les premiĂšres orientations prises nous font craindre le pire.

Alors que la FAO et de trĂšs nombreuses recherches ont montrĂ© le rĂŽle essentiel de l’agroĂ©cologie paysanne pour rĂ©pondre aux dĂ©fis sociaux, alimentaires et environnementaux contemporains, les organisateurs du sommet promeuvent au contraire principalement une agriculture “de technologies de pointe”, centrĂ©es sur des solutions prĂ©tendument rĂ©volutionnaires et faussement vertes.

Avec l’approbation de l’ONU, se met ainsi en Ɠuvre la stratĂ©gie d’influence des principaux groupes agroalimentaires, de technologies de pointes et financiers mondiaux. De plus en plus prĂ©sents dans des instances alimentaires internationales qu’ils financent largement ou crĂ©ent de toute piĂšce, ces groupes ont donnĂ© l’illusion d’un consensus salutaire autour des solutions faisant leur fonds de commerce : nouvelles techniques de modification du vivant/nouveaux OGM, numĂ©risation de l’agriculture, viande in vitro, drones-pulvĂ©risateurs, agriculture de prĂ©cision, agriculture ’intelligente face au climat’ etc.

L’insĂ©curitĂ© alimentaire dans le monde n’est plus liĂ©e Ă  un manque de production mais Ă  des inĂ©galitĂ©s croissantes

Dans chacun des cas, les solutions proposĂ©es se font au dĂ©triment du droit Ă  l’alimentation et de l’autonomie des petits producteurs et Ă©tendent l’emprise de ces multinationales sur les terres, eaux, semences, gĂšnes animaux et vĂ©gĂ©taux. Illustration de cette mainmise, l’envoyĂ©e spĂ©ciale des Nations Unies pour le sommet n’est autre que la prĂ©sidente de l’alliance pour une rĂ©volution verte en Afrique (AGRA), Mme Kalibata. AGRA est une initiative cofondĂ©e par les Fondations Bill et Melinda Gates et Rockefeller dans le but d’orienter l’agriculture africaine vers des solutions technologiques avec une prĂ©dominance des intrants chimiques et de la biotechnologie. Elle est ardemment dĂ©criĂ©e par les ONG et organisations de producteurs locales pour son manque de rĂ©sultats et sa proximitĂ© avec certaines multinationales agroalimentaires cherchant des dĂ©bouchĂ©s sur le continent.

Au contraire, l’agroĂ©cologie paysanne a fait ses preuves. Les fermes familiales du monde entier, de mĂȘme que les pĂȘcheurs artisanaux et les communautĂ©s indigĂšnes, produisent plus de 70% de la nourriture consommĂ©e dans le monde tout en utilisant moins de 20% des ressources productives. Les pratiques de polyculture-Ă©levage ont une efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique beaucoup plus Ă©levĂ©e que les monocultures et l’élevage industriels. Tandis que les pesticides, les engrais chimiques et les monocultures ravagent les sols et la biodiversitĂ©, les techniques agroĂ©cologiques ont montrĂ© leur capacitĂ© Ă  les restaurer.

Alors que l’insĂ©curitĂ© alimentaire dans le monde n’est plus liĂ©e Ă  un manque de production mais Ă  des inĂ©galitĂ©s croissantes, les choix politiques au niveau international sont dĂ©cisifs pour orienter l’agriculture et les systĂšmes alimentaires. MalgrĂ© leur manque d’efficacitĂ© et leurs multiples impacts, les “innovations technologiques” des multinationales agricoles et agroalimentaires bĂ©nĂ©ficient de centaines de milliards d’aides publiques tandis que l’agroĂ©cologie est sous-financĂ©e. Avec ce sommet, un nouveau pas va ĂȘtre franchi dans l’accaparement de la gouvernance mondiale de l’alimentation par une poignĂ©e de multinationales dĂ©jĂ  en situation de monopole.

Nous demandons Ă  la France de retirer son soutien politique Ă  ce sommet des Nations unies

Nous affirmons que pour nourrir sainement les populations de tous les pays, la prioritĂ© devrait ĂȘtre une plus juste rĂ©partition des ressources agricoles et piscicoles (les terres, l’eau, les semences
) et la promotion d’une souverainetĂ© alimentaire. Cette derniĂšre doit ĂȘtre entendue comme la capacitĂ© pour chaque pays, groupes de pays, peuples ou communautĂ©s de dĂ©cider dĂ©mocratiquement comment, et par qui, leur alimentation est produite et transformĂ©e. Les politiques agricoles et alimentaires ne doivent pas ĂȘtre dictĂ©es par la toute puissante rĂšgle du libre-Ă©change qui entraĂźne une course au moins-disant social, Ă©conomique et environnemental.

Nous demandons des systĂšmes alimentaires et agricoles durables, rĂ©silients et justes. La France, Ă  travers l’ensemble de ses politiques publiques et ses engagements internationaux, doit soutenir l’agroĂ©cologie paysanne. Nombreuses sont les solutions que les citoyens et citoyennes appellent de leurs vƓux. Mais pour les mettre en Ɠuvre il faut impĂ©rativement que les Etats prennent leurs responsabilitĂ©s et cessent d’abdiquer face aux sirĂšnes de l’agro-industrie.

Nous, signataires de cette lettre, demandons donc Ă  la France de retirer son soutien politique Ă  ce sommet des Nations unies sur les systĂšmes alimentaires et de construire, au sein de la FAO et du ComitĂ© de la SĂ©curitĂ© Alimentaire mondiale (CSA), avec les nombreux Etats qui y sont favorables, les conditions pour une vĂ©ritable agroĂ©cologie paysanne.”

Les signataires (organisations et personnalitĂ©s politiques ou scientifiques) :

Action Contre la Faim

CCFD Terre Solidaire

Confédération Paysanne

Greenpeace France

Oxfam France

ActionAid France

Agter

Alofa Tuvalu

Artisans du Monde

Attac

Bio Consom’acteurs

CARI (Centre d’Actions et de RĂ©alisations Internationales)

CMR (Chrétiens dans le Monde Rural)

FADEAR (FĂ©dĂ©ration Associative pour le DĂ©veloppement de l’Emploi Agricole et Rural)

FiliĂšre Paysanne

FNAB (FĂ©dĂ©ration Nationale d’Agriculture Biologique)

Gret

Générations Futures

Ingénieur·es sans frontiÚres groupe Agricultures et souveraineté alimentaire (ISF Agrista)

Les Amis de la Terre

MIRAMAP (Mouvement Inter-régional des AMAP)

RAC (RĂ©seau Action Climat)

Réseau Environnement Santé

RESOLIS

SOL – Alternatives AgroĂ©cologiques et Solidaires

Terre & Humanisme

Union syndicale Solidaires

WWOOF France




Source: Solidaires.org