Mai 2, 2022
Par Archives Autonomie
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Dans la lutte impitoyable qu’ils soutiennent depuis plus de six ans contre le gigantesque appareil militaire et policier de la bourgeoisie française, les travailleurs algériens se sont trouvés tout seuls. La classe ouvrière française n’a pas levé le petit doigt pour les soutenir.

Bien sûr, les premiers responsables de cette passivité, ce sont les dirigeants des organisations soi-disant ouvrières — de la SFIO au PC et de la CFTC à la CGT en passant par FO — qui ont systématiquement saboté et brisé toutes les tentatives de résistance à la guerre qui avaient une base populaire.

Ce sont eux qui ont étouffé le mouvement de révolte des rappelés : car il ne fallait surtout pas créer de difficultés au gouvernement “socialiste” de Mollet, qui devait, en 1956, nous apporter une paix démocratique et juste — celle que nous attendons encore aujourd’hui. Ce sont eux, les bonzes retranchés dans leurs comités et leurs bureaux, qui aujourd’hui ont l’audace de prétendre qu’ils ne se sont jamais trompés, eux qui ont capitulé, en mai 1958, devant la menace ridicule d’une poignée de mercenaires parachutistes qui n’auraient pas tenu dix minutes devant la foule des manifestants du 28 mai.

Ce sont eux qui pourchassent de leur hargne et vont, en vrais larbins de la bourgeoisie, jusqu’à dénoncer à la répression, les militants qui essaient quand même de lutter.

Pour ces Messieurs, agir contre la guerre consiste à expliquer à la bourgeoisie que c’est une grave erreur de faire la guerre en Algérie, que c’est contraire à la morale et aussi, bien sûr, à “l’intérêt national”. Si la bourgeoisie ne se montre pas disposée à suivre leurs conseils éclairés, ils nous appellent à “faire pression” sur elle pour lui faire entendre la voix de la raison. Et en quoi consiste cette “pression” ? En pétitions et en bulletins de vote, alors qu’on s’adresse à des salopards qui montrent tous les jours que seuls les coups les font fléchir.

La bourgeoisie, comme toute classe exploiteuse est insensible aux arguments, aux supplications et aux exhortations humanitaires. Tant que les Algériens se sont contentés de voter dans des élections truquées et de présenter aux colonialistes d’humbles pétitions pour l’amélioration de leur sort ils ont été non seulement exploités, mais traités comme des chiens. C’est les armes à la main que les paysans et ouvriers d’Algérie ont forcé la bourgeoisie française à reconnaître que l’Algérie de papa est morte et que désormais ils auront au moins le droit d’être exploités comme nous, et non comme des esclaves ou des serfs du Moyen Age.

Cet exemple devrait nous ouvrir les yeux. On ne discute pas avec l’ennemi de classe, on ne fait pas appel à ses sentiments : on cogne dessus chaque fois que c’est possible, et en toute occasion on lui manifeste la haine et le mépris qu’il mérite en tant qu’exploiteur.

C’est ici que nous sommes tous responsables de l’attitude scandaleuse de notre classe devant la guerre d’Algérie. Les bureaucrates politiques et syndicaux n’auraient pas pu nous trahir si nous ne les avions pas laissés faire. Au lieu de faire face à nos responsabilités, nous avons fait confiance à des chefs qui ne pouvaient pas faire à notre place ce que nous étions incapables de faire. Résultat : de reculade en reculade, les travailleurs en sont venus à remettre leur sort entre les mains d’un vieillard dont le génie est d’endormir le monde à force de bavardages et dont la politique consiste en intrigues dignes d’un politicien de sous-préfecture. Derrière cette façade, les banquiers qui sont le véritable gouvernement d’un pays capitaliste continuent à faire la loi. Leur laisser les mains libres, c’est la certitude qu’ils s’arrangeront pour résoudre leurs problèmes sur notre dos.

Se tenir tranquilles pour ne pas avoir d’histoires, c’est un calcul stupide, car notre passivité encourage nos ennemis et leur donne toutes les audaces. Pour financer leur guerre, ils ont rogné nos salaires : nous n’avons pas bougé, alors ç’a été l’augmentation des cadences, le resserrement de la discipline. Nous n’avons pas su résister : maintenant ce sont les licenciements, les déclassements, bientôt peut-être le chômage comme en Angleterre et aux États-Unis. Il n’y a pas dans toute l’histoire de l’humanité un seul exemple d’exploiteurs qui se soient arrêtés sans y être forcés par la résistance des exploités. Les bourgeois français ne sont pas une exception à la règle : ils nous respecteront seulement si nous savons nous faire respecter.




Source: Archivesautonomies.org