Evidemment, c’est plus simple et plus efficace d’accuser le mouvement de tous les maux que de le rejoindre. Surtout que, mĂȘme vouĂ© aux gĂ©monies, il aura quand mĂȘme permis aux commerçants de faire enfin valider leurs vieilles revendications poujadistes – les fameuses exonĂ©rations de charges – auprĂšs d’un Moudenc qui n’en demandait pas tant, bien aidĂ© en cela par un gouvernement plus enclin Ă  semer la division qu’à porter assistance aux prolos [1].

Pour Moudenc, une ville qui vit est une ville qui consomme. Rien d’étonnant donc Ă  ce que surgisse l’inquiĂ©tude chez les Ă©diles dĂšs que les gens ne s’arrĂȘtent plus devant les vitrines pour les regarder mais s’en servent pour y Ă©crire des messages Ă  leur intention. Quand on a le nez dans le guidon, on n’y fait pas spĂ©cialement attention mais le vocabulaire employĂ© en dit long de l’abĂźme dans lequel on est tombĂ©. La marchandisation n’est pas un phĂ©nomĂšne nouveau, elle fait partie de la sociĂ©tĂ© dans laquelle on Ă©volue (volontairement ou involontairement) mais quand on rĂ©flĂ©chit deux minutes sur les termes que l’on a l’habitude d’entendre, difficile de ne pas voir que quelque chose a rĂ©ellement mal tournĂ©.

RĂ©vĂ©lateur de cette marchandisation, le « manque Ă  gagner Â» que s’évertuent Ă  balancer Ă  tout bout de champ les vieilles chouettes ultralibĂ©rales. L’expression rĂ©sonne comme une Ă©vidence, une inĂ©luctabilitĂ© stigmatisant encore plus les mouvements empĂȘchant de consommer en rond, dĂ©montrant que la bonne santĂ© du commerce ne doit plus ĂȘtre dĂ©pendante de la conjoncture et du contexte. C’est devenu une activitĂ© naturelle ayant lieu Ă  jour et heure fixe, oĂč femmes et hommes se retrouvent Ă  occuper le rĂŽle de producteur.e, acteur.e et consommateur.e au sein d’un cercle vertueux oĂč chacun.e est responsable de l’autre, tout reposant sur l’adhĂ©sion Ă  cette disposition et sur la culpabilitĂ© si l’un ou l’autre en sort. Mais les Ă©vĂ©nements du mois de novembre 2018 ont rebattu certaines cartes que peu avaient dans leur jeu. Le mouvement des gilets jaunes a renvoyĂ© l’activitĂ© Ă  sa lĂ©gitimitĂ©, les gens ayant retrouvĂ© – contraints et forcĂ©s – une luciditĂ© les incitant Ă  s’interroger sur la rĂ©elle utilitĂ© de claquer wattmille % du salaire dans des merdouilles qui viendront encombrer les tiroirs de la maison sans qu’on sache trop pourquoi.

Symbole de cette luciditĂ©, « Travaille, consomme et ferme ta gueule Â», slogan rĂ©sonnant depuis quelques mois dans les manifs n’a jamais aussi bien illustrĂ© le cadre dans lequel les gouvernants voudraient nous voir Ă©voluer Ă  tout prix et dĂ©montre aussi que de moins en moins de personnes ne sont dupes. Peut-ĂȘtre faut-il voir dans cette apparente dĂ©cĂ©lĂ©ration Ă©conomique – apparente parce que certaines Ă©tudes dĂ©montrent que c’est loin d’ĂȘtre le cas – un phĂ©nomĂšne portĂ© par les Ă©vĂ©nements ou bien le dĂ©but d’une rĂ©elle prise de conscience des dĂ©gĂąts vers lesquels nous entraĂźne cette consommation (Ă©cologiques, sociales notamment). Dans tous les cas, que ce soit une simple pause ou bien le dĂ©but de quelque chose de plus durable, on ne peut qu’ĂȘtre gagnant.




Source: Iaata.info