Quelques annĂ©es plus tard, un type est Ă©lu prĂ©sident de la rĂ©publique face Ă  l’hydre « fasciste Â» et a sauvĂ© la « dĂ©mocratie Â». Nous pouvons donc vivre dans le meilleur des mondes « dĂ©mocratique Â» qui supprimait au passage quelques « acquis sociaux Â», qui nous rendaient malgrĂ© tout la vie plus supportable, et augmentait dans le mĂȘme temps des taxes diverses et variĂ©es, notamment celle du carburant au nom de l’écologie.

La suite nous la connaissons, les classes populaires et moyennes de ce pays ont enfilĂ© le fameux gilet jaune, et la colĂšre a durĂ© plus d’un an. Cet Ă©pisode de la vie sociale et politique française nous a dĂ©montrĂ© une chose : c’est que mĂȘme un rĂ©gime « dĂ©mocratique Â» peut se muer petit Ă  petit en un rĂ©gime autoritaire, et peut ĂȘtre avec un peu de malchance carrĂ©ment en dictature, surtout quand il se sent en danger. Combien y a t-il eu de GJ incarcĂ©rĂ©s pour pas grand chose ? Combien d’arrestations arbitraires ? Combien de violences policiĂšres ? Combien de manipulation ? Combien de mensonges ? Combien d’Ɠils en moins ? De mains en moins ? Ainsi le gouvernement au nom des principes « dĂ©mocratiques Â» peut nous foutre en prison quand il le souhaite et n’a aucune espĂšce de considĂ©ration pour les gens simples.

Il y a eu ensuite cette pandĂ©mie, oĂč ces ministre-lĂ , non seulement nous ont menti comme des arracheurs de dent , sur les dispositifs sanitaires, les masques… mais en plus en ont profitĂ© pour nous rendre la vie encore plus impossible en modifiant le code du travail permettant aux entreprises qui le souhaitaient de nous faire bosser jusqu’à 60H par semaines. En parallĂšle, ils font tout pour s’assurer une impunitĂ© pĂ©nale en cas d’éventuelle plainte pour mise en danger d’autrui, ce sont des petits malins… Alors comme d’habitude les gens sont scandalisĂ©s et outrĂ©s, ils veulent une vraie « dĂ©mocratie Â», oĂč les dĂ©cideurs doivent rendre des comptes.

Mais dans les faits, que leur reproche t-on ? Si ce n’est de faire ouvertement ce que les gouvernements prĂ©cĂ©dents faisaient en toute discrĂ©tion, et le plus diplomatiquement possible ? Le mot « dĂ©mocratie Â» dans leur bouche n’est qu’un mot creux, une fable, puisque au nom de celle-ci, ils auraient presque droit de vie ou de mort sur nous, notre rĂŽle se limitant Ă  la production de richesses pour la nation, leur entreprise en bref pour eux !

Un mythe Ă  combattre

Qu’on se le dise, les droits « dĂ©mocratiques Â» ne sont jamais des victoires prolĂ©tariennes, mais toujours des armes de la bourgeoisie. Elle essaiera toujours de nous amadouer avec des miettes : le droit de grĂšve, la libertĂ© d’expression, toujours en accord avec les intĂ©rĂȘts de la nation bien entendu. Si une force populaire et contestataire Ă©merge, comme les GJ, et tente de remettre en cause la dictature capitaliste, l’état dĂ©mocratique montre alors son vrai visage. Mais tant que la population reste soumise alors il montre son doux visage en se prĂ©sentant comme le garant des libertĂ©s publiques et des droits, Ă  condition que le citoyen s’y plie sans discuter.

De novembre Ă  dĂ©cembre 1947, il y eut en France des mouvements sociaux particuliĂšrement revendicatifs et forts au point que le PCF et la CGT, qui soit disant tenaient et canalisaient la classe ouvriĂšre, ont Ă©tĂ© dĂ©bordĂ©. Ce mouvement de grĂšve peut ĂȘtre qualifiĂ© d’ insurrectionnel, puisque la bourgeoisie n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  envoyer l’armĂ©e dans les mines de charbon pour rĂ©primer les travailleurs. Le 29 novembre 1947, par exemple, lors de la marche des grĂ©vistes Ă  St Etienne, le gouvernement et son prĂ©fet lancĂšrent contre les 90 000 manifestants, trois auto-mitrailleuses. Ce mouvement avait commencĂ© par l’arrestation d’ouvriers marseillais qui protestaient contre la hausse du prix du ticket de tramway, puis il s’est gĂ©nĂ©ralisĂ© sur tout le territoire, des mineurs aux mĂ©tallurgistes, du BTP aux Cheminots, jusqu’aux enseignants. Ce mouvement se solda part l’assassinat par l’État d’une dizaine de personnes. Il est fort Ă  parier que tousles « avantages sociaux Â» que nous avons acquis Ă  cette pĂ©riode-lĂ  (et il n’y a pas eu que cette grĂšve) , ont Ă©tĂ© des miettes lancĂ©es pour calmer les prolĂ©taires en colĂšre ; la bourgeoisie de l’époque n’avait alors pas envie d’une rĂ©volution. Quand se rĂ©alise une vĂ©ritable grĂšve qui se passe de toute autorisation, oĂč les intĂ©rĂȘts de la classe dominante sont vraiment attaquĂ©s, il n’y a plus de droit qui tienne : les grĂ©vistes seront toujours accusĂ©s de tous les maux de la terre. Une vĂ©ritable grĂšve est toujours dĂ©clarĂ©e illĂ©gale, sauvage et anti-syndicale, ce qu’elle est en rĂ©alitĂ©.

N’ĂȘtre dupes de rien

Mais il est aussi une autre rĂ©alitĂ© : ces maigres acquis sociaux, nous rendent malgrĂ© tout la vie plus facile, il faut donc ĂȘtre vigilant afin de pouvoir les conserver. Si personne ne se bat, si tout tout le monde s’endort sur ses lauriers, ils les supprimeront les uns aprĂšs les autres. Il faut bien garder Ă  l’esprit que ce ne sont pas ces partis politiques de gĂŽche, ces syndicats institutionnels, ces sociĂ©tĂ©s civiles, qui protĂšgeront les prolĂ©taires contre les Ă©ventuelles attaques politiques et Ă©conomiques de ce systĂšme. Ce sont ces mĂȘmes syndicats qui ont sifflĂ© la fin de la rĂ©crĂ© en Mai 68, en renvoyant les ouvriers au boulot Ă  coups de pied dans le cul. Les partis politiques de gĂŽche, quant Ă  eux, ont toujours protĂ©gĂ© les bourgeoisies et leurs intĂ©rĂȘts. D’un cotĂ© les sociaux dĂ©mocrates ont souvent Ă©tĂ© impliquĂ©s dans les rĂ©pressions anti-ouvriĂšres, et par consĂ©quent ont fait le lit des fascismes en Europe. De l’autre, les partis dit communistes, ont mis en place un systĂšme policier, contre toute vellĂ©itĂ© Ă©mancipatrice des prolĂ©taires d’Europe de l’est et d’ExtrĂȘme orient : Ă  coup de goulag, de lao gaĂŻ, de procĂšs et des exĂ©cutions, en envoyant accessoirement les factures des balles de fusil aux familles des opposants assassinĂ©s.

Ce ne sont pas non plus ces groupes divers et variĂ©s dĂ©fendant des causes sociĂ©tales, ces associations « anti-racistes Â», qui opposent les prolĂ©taires « blancs Â» aux prolĂ©taires « non-blancs Â», ni encore moins ces groupes nĂ©o-fĂ©ministe-queer soit-disant super radicales, mais authentiquement interclassistes qui jouent sur l’identitarisme avec un individualisme sur-dĂ©veloppĂ©, Ă  l’instar d’ailleurs de la plupart de ces idĂ©es Ă  la mode, comme le vĂ©ganisme, le primitivisme, ou le post-humanisme…

Qu’ on ne s’y trompe pas, nous les prolĂ©taires, gens du peuple, gens de rien, nous n’avons aucun « droit Â», puisque n’importe lequel de nos « droits Â», mĂȘme les plus Ă©lĂ©mentaires, lĂ©gitimes et vitaux, peuvent ĂȘtre remis en cause par la bourgeoisie quand elle veut et comme elle le souhaite. Elle a toujours eu besoin de domestiquer le prolĂ©tariat, car il en va de sa survie. Encore une fois, la plupart de nos soi-disant avantages sociaux et acquis, ont souvent Ă©tĂ© des miettes concĂ©dĂ©es par la classe dominante pour canaliser les colĂšres populaires et surtout pour Ă©viter les rĂ©volutions. La lĂ©galitĂ© bourgeoise en mĂȘme temps qu’elle garantie de le droit de grĂšve, l’encadre fortement et le limite. Ainsi gare Ă  ceux qui ne respectent pas le « droit du travail Â» et veulent dĂ©border ce cadre en faisant des grĂšves et actions plus ou moins sauvages, sans tenir compte de l’avenir Ă©conomique de l’entreprise dans laquelle ils travaillent, voire de l’avenir Ă©conomique de la nation.

Pour se dĂ©fendre, l’État pour le compte de ses actionnaires, la bourgeoisie, brandira la matraque, n’hĂ©sitera pas faire pression sur nos familles, voire ira jusqu’à nous mettre en prison, ou pire Ă  nous assassiner.

Les coups de matraques restent des coups de matraques que ce soit dans une « dĂ©mocratie Â» ou dans une « dictature Â» : ça fait mal !


Article publié le 12 Sep 2020 sur Cntaittoulouse.lautre.net