Si je vous partage ce témoignage c’est parce que cette année, pour la première fois, je suis allé.e à la marche des fiertés de Lille et celle de Paris alors que j’ai de gros soucis de santé. J’ai marché pour dire merci aux femmes noires transgenres travailleureuses du sexe qui, il y a 50 ans, sans elles rien n’aurait été possible. J’ai marché pour soutenir nos allié.e.s ; pour militer pour nous toustes. Ma présence était politique. Et recevoir un, je cite, « votre demande de changement de prénom est susceptible de ne pas revêtir un intérêt légitime » dans le cadre d’une demande de changement de prénom auprès de ma mairie de naissance est juste inadmissible après tout cet investissement et tout le temps qu’ils m’ont fait perdre.

Beaucoup sont celleux qui sont concerné.e.s par ce même problème, cela ne peut plus continuer.

Si personne ne fait rien, rien ne changera. On a besoin d’être ensemble et que l’on respecte qui l’on est.

Je suis donc allé.e chercher les documents nécessaires à remplir à ma mairie de naissance concernant une demande de changement de prénom dans le cadre de ma transidentité.

Une fois le dossier complet, je l’ai apporté à la mairie et on m’a dit qu’il fallait prendre un rendez-vous car j’allais être reçu.e par quelqu’un qui s’occupe spécialement de ça (on ne m’avait pas prévenu.e).

On m’a dit qu’on allait me contacter avant une certaine date ; ça n’a jamais été fait. Lors de mon premier appel, on m’a dit que la personne ne travaillait pas. Le deuxième, qu’elle était déjà partie. Le troisième, qu’elle était en rendez-vous. Le quatrième, qu’elle était en réunion. On me disait toujours que cette personne me rappellerai, on prenait mes coordonnées et jamais je n’ai été recontacté.e. Lors du dernier appel, en prenant mes coordonnées, la personne au téléphone m’a demandé mon nom de famille et s’est ouvertement moqué de ce dernier. On m’a dit que cette fois la personne chargée du changement de prénom me rappellerai sans faute. C’est moi qui ai dû la rappeler. J’ai finalement réussir à l’avoir au téléphone pour avoir un rendez-vous plus tard.

Entre tout cela, environ un mois s’était écoulé.

Puis le 05 Juin, j’avais enfin mon rendez-vous. J’ai été reçu.e comme lors d’un entretien d’embauche. Cela a duré quarante-cinq minutes environ. La personne qui m’a reçu.e m’a demandée d’expliquer la situation, où j’en étais dans ma transition et « combien de temps cela faisait ».

Elle tenait une feuille où elle notait ce que je lui disais pour « défendre » mon dossier. Désespéré.e par la situation et ne sachant quoi lui dire, je me suis senti.e obligé.e de me justifier : que je portais des binders, que je m’habillais au rayon homme, que j’avais prévu de faire une mammectomie, que je réfléchissais encore quant à la prise d’hormones ayant connaissance des effets irréversibles, etc.

Je me sentais obligé.e d’argumenter au maximum pour que mon dossier soit suffisamment légitime pour obtenir une réponse favorable alors que je savais pertinemment que cela était le moyen le plus sûr pour me stigmatiser et que c’était même contre-productif.

Elle m’a stipulé qu’il fallait des justificatifs médicaux et a répété plusieurs fois « c’est dommage quand même que vous n’ayez pas de justificatifs médicaux ». Je lui ai dit qu’être transgenre représentait un intérêt légitime et que je n’avais pas besoin de certificats médicaux, en lui rappelant la circulaire du 17 Février 2017 numéro : CIV/01/17 qui indique clairement page 20 que « la transidentité (transsexualité) du demandeur caractérise un intérêt légitime au changement de prénom, la volonté de mettre en adéquation son apparence physique avec son état civil en adoptant un nouveau prénom conforme à son apparence, et ce, indépendamment de l’introduction d’une procédure de changement de sexe ». Puis elle m’a montré dans la circulaire cette phrase : « certificats émanant de professionnels de santé, faisant notamment état des difficultés par l’intéressé porteur d’un prénom déterminé ». Je n’ai su lui répondre ; la procédure ayant été démédicalisée et que les documents figurant sur la circulaire comme elle me l’a montré, sont à titre indicatif. En effet, des attestations de proches et/ou d’associations suffisent pour apporter la preuve de la légitimité de la demande.

Elle m’a posé deux questions intrusives : « Pourquoi avez-vous choisi ce prénom ? » et « Par quels surnoms vous appellent vos parents ? » ; question posée au préalable car elle m’avait demandé comment ça se passait dans ma famille et si mes parents m’appelaient par mon deadname ou par mon prénom. Je lui ai dit qu’ils m’appelaient par mes surnoms en attendant de s’adapter au changement.

Elle m’a aussi fait remarquer que dans le Nord, avec le patois, l’association de mon prénom et de mon nom de famille pourrait être ridicule. Je lui ai demandé ce qu’elle sous entendait par-là. Elle avait l’air gênée mais ne m’a jamais répondu.

Elle m’a informé qu’il fallait au minimum trois semaines pour recevoir une réponse ; que mon dossier allait être vu par des autres membres de l’équipe y compris un médecin, ce qui m’a choqué.

Pendant l’entretien elle a utilisé deux fois le terme de « transsexualisme ». Je n’ai rien dit mais je me suis sentie déshumanisé.e.



Article publié le 15 Juil 2019 sur Lille.indymedia.org