Mars 8, 2020
Par infokiosques
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Toute rage dehors
vengeance, attaques, ripostes et autodefense contre le patriarcat et le monde qui le nourrit

mis en ligne le 8 mars 2020.

Sur l ecriture

Une envie de se focaliser sur l’écriture parce qu’on parle et on Ă©crit, on crie, on utilise les mots pour se raconter, pour dĂ©crire et dissĂ©quer ce qui nous entoure, et le mettre en bouillie ou exprimer nos dĂ©sirs de libertĂ©. Les mots, les rĂšgles d’orthographe et de grammaire participent Ă  Ă©laborer nos rĂ©alitĂ©s.

Ça a l’air de rien, mais c’est encore une chose qui s’ajoute Ă  la toile qui nous maintient dans une vision (entre autre) patriarcale de l’écriture, et ce n’est pas juste de l’encre sur du papier c’est quelque chose qui a des consĂ©quences sur nos moyen de penser, d’apprendre et de (se)comprendre. Il ne s’agit pas « juste Â» d’arrĂȘter de nier toute une partie de la population en n’appliquant plus la fameuse rĂšgle « du masculin l’emporte Â», ni mĂȘme de « simplement Â» fĂ©miniser ses textes (ce qui me semble tout de mĂȘme un minimum).

Il s’agit plus largement de tenter de dĂ©genrer le langage. Que ce soit dans les pronoms utilisĂ©s, mais aussi dans ce que les insultes, et un certain humour, porte d’asservissant.

Ca demande un peu de crĂ©ativitĂ© (et d’entrainement !). Mais je vois pas pourquoi on se gĂȘnerait pour envoyer chier les rĂšgles de l’acadĂ©mie française, inventer des mots, en mixer d’autres, prendre des bouts par çi par lĂ  pour ne plus perpĂ©tuer ce que ça contient de sexisme, de racisme, d’autoritĂ©, de fric, de pouvoir, et de nationalisme.

france 2017-2019

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C’est koi ça ?

Des mots sur la vengeance, la revanche, l’autodĂ©fense, l’attaque, la riposte. Une idĂ©e qui a Ă©mergĂ©e il y a deux trois ans. Ca fait long ! Des positions figĂ©es sur le papiers mais qui voudrait encore s’élargir, s’approfondir, ou s’affiner.

Ce zine vient de l’envie de partager des expĂ©riences contre le patriarcat lĂ  oĂč il s’incarne parce que moi ça me fait du bien d’en lire. Un appel Ă  contribution a donc Ă©tĂ© lancĂ© pour collecter les petites et grandes histoires de nos quotidiens qui parlent de la maniĂšre dont on a rĂ©ussi Ă  ne pas rester seul.e avec ces violences qu’on nous met dans la gueule. Celles qu’on a rĂ©ussi Ă  renvoyer avec rage et colĂšre. Une envie de visibiliser ces moments pour se rappeler que c’est possible mais aussi et surtout pour se donner des idĂ©es, des petits trucs et astuces qu’on a essayĂ© et qui ont marchĂ© (plus ou moins bien). Que ce soit pour rendre le crachat au harceleur de rue ou que ce soit par des petites et grandes vengeances faites Ă  un.e personne auteur.e que ce soit dans l’intime, dans “nos milieux” ou dans des espaces plus large. Une maniĂšre de faire vivre la riposte et la vengeance comme quelque chose de concret. La proposition s’ancre dans une vision anarchiste-queer-feministe, qui cherche Ă  trouver les solutions en nous-mĂȘmes et avec nos potEs complices et non dans l’appel Ă  une quelconque institution qui existerait pour nous protĂ©ger ou qui chercherait Ă  parler en mon nom.

En plus des contributions, tu trouveras une partie sur des communiquĂ©s d’action qui ont Ă©tĂ© publiĂ© en france. C’est, par lĂ , une maniĂšre de connecter les actions contre les personnes, leurs actes et comportements et l’attaque des structures, leurs discours et leurs projets. Une maniĂšre d’appuyer que ce qui ce vit personnellement s’inscrit dans ce qui s’impose Ă  toustes celleux que les normes et les lois enferment.

Ce zine s’ancre aussi dans une vision qui cherche un chemin pour donner de la valeurs aux luttes, insoumission et colĂšres contre toutes les formes de domination. Puisque le patriarcat agit dans le tissage d’un systĂšme repressif multiforme (le racisme, le classisme ; l’agisme, le validisme, etc.) qui encourage et contrain toute personnes avide de libertĂ© Ă  suivre la marche absurde de ce monde de mort. Et c’est bien par l’écrasement des un.e.s que rĂšgne l’ordre des autres (et nous n’avons pas toustes les mĂȘmes intĂ©rĂȘts ni responsabilitĂ©s en fonction d’oĂč l’on part). Ma rage contre le patriarcat s’inscrit donc dans le refus global de l’autoritĂ© dont toutes les expressions sont Ă  dĂ©truire. Aucune n’est a minimiser ni a hiĂ©rarchiser.

Enfin, c’est aussi simplement Ă©crire et diffuser pour essayer d’avancer dans la merde qui m’englue au quotidien. Soigner des blessures pas refermĂ©es. Une envie de participer Ă  ce qu’on puisse s’en sortir et (re)trouver de l’autonomie, de la confiance et une soif de vivre et de se battre pour dĂ©truire ce qui nous dĂ©truit. Et pour qu’on puisse se redonner de la place pour occuper sa tĂȘte avec ce que l’on choisi. Et bien sĂ»r, rien n’est simple et ca demande beaucoup d’endurance et de dĂ©termination pour envoyer balader les marques sur le corps et dans la tĂȘte. Rester en mouvement.

Petite note sur la forme. Tu trouveras que le zine suinte du lien entre rage et violence, violence et destruction physique et/ou matĂ©rielle. Mais ca ne veut pas dire que les seules actions stylĂ©es soient celles qui en passent par une certaine image de la violence. A chacun.e avec ce que les tripes en disent et ce qu’on se sent d’en faire. Et je ne voudrais pas que ça vienne invisibiliser ou dĂ©valoriser d’autres formes notamment celles qui mettent en jeu de ouf socialement et « mentalement Â». Parce qu’il en faut du courage pour Ă©crire, raconter, dĂ©cortiquer, s’exposer aux critiques, Ă©crire ; raturer puis recommencer, d’en parler autour de soi/d’ellui pour donner des billes sur des mĂ©canismes de merde, ou pour pousser les gen.tes Ă  ne pas faire l’autruche. Et c’est pas rien de tenter que la personne auteur.e se sentent pas si Ă  l’aise Ă  pouvoir se pavaner dans les espaces en jouant sur un flou qui entoure souvent les histoires d’agressions. Je te souhaite que cette brochure te fasse du bien et te donne des idĂ©es… Alors bonne lecture et que crĂšve ce monde !

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Pour s’y retrouver …

DES INDIVIDUS EN LIGNE DE MIRE

  • Extrait de “au suivant” (p6)
  • Hier (p7)
  • Une petite contribution vite fait (p8)
  • La riposte n’a pas fini de me remuer (p9)
  • Je me dĂ©cide Ă  Ă©crire (p17)
  • Trop souvent la rage dedans (p27)
  • FiĂšre forte et en larmes (p30)
  • Extrait de “sirventes de printemps”. DiomedĂ©a (p36)

D’AUTRES TEXTES

  • Tu es avec nous ou tu es contre nous (p37)
  • A propos de vengeance : quelques contours (p43)
  • Face au viol lutter contre le sexisme lutter contre l’éta (p54)
  • Contre le genre et le patriarcat : entre individualitĂ©s et constructions sociales (p56)

DES INSTITUTIONS A DEMOLIR

  • L’envie de se defaire des logiques de victimisation en crĂ©ant des amitiĂ©s fortes et en attaquant. un empowerment de praxis. (p60)
  • Vengeance (p62)
  • Brest : on tapera plus fort, on tapera encore. (p62)
  • Une action fĂ©ministe Ă  lyon (p63)
  • Petit retour de baton chez bagelstein (p69)
  • Lille : on rĂ©pondra a chaque fois qu’on nous attaque (p70)
  • Contre toutes les religions et le patriarcat, solidaritĂ©. (p71)
  • La seule Ă©glise qui
(p72)
  • Besançon tags anarchistes sur la cathĂ©drale st-jean (p73)

DES IMAGES PLEIN LA TETE (romans/zine/Ă©mission radio/liens utiles/playlist) (p74)

DES INDIVIDUS EN LIGNE DE MIR

Les prochains textes tĂ©moignent de diffĂ©rentes actions que des personnes ont menĂ©es contre leurs attaquants ainsi que les reflexions qu’iels en tirent (sauf deux textes quisont des extraits dĂ©jĂ  publiĂ©s ici et lĂ ).

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Extrait de “au suivant”

La j’pense aux voisins qui peufra au dessus d’ma tete, mais je suis dans le meme etat pour toutes les violences qu’on se prend dans la gueule, toutes les humiliations du quotidien, ca va de “sale grosse” ; “salope” aux coups de boules aux viols, aux claques et j’en passe, et des meilleures. Tu comprend pas la j’suis a bout, a bout des habitudes, face aux violences physiques ou psychologiques, dont on a rien a carrer, qu’en fonction des cas c’est d’emblee minimise. Ah ouai alors comme ca la violence symbolique c’est parce que tu la vie pas, alors c’est moins hardcore qu’une grosse keucla sur ton corps ? Ah ouais ? assez ! J’en ai assez des petites victoires, des embrouilles de trottoirs, j’en ai assez, je veux du lourd. Pas que du defouloir. Etouffee par ma rage, le souffle haletant d’impuissance, je veux pas etre rassuree ou consolee. A base de dialogue calme ou sense, qu’on arrete de nier, dedramatiser ou surdramatiser pour mieux oublier vite, le reste, l’invisibiliser, qu’on vienne pas parler demesure, c’est mon envie de tuer qu’on ne mesure. Ou a l’usure c’qu’elle deviendra. Oses me dire que ca va s’arranger, que monsieur va feindre de se calmer, demain tout sera zappe, affaire reglee, t’facon yavait pas d’quoi en faire un plat..Toujours encaisser la violence de gars, toujours prendre sur toi, etre raisonnable, compatissante, se rendre compte que j’suis pas d’taille, que l’autre me prend pour keudal, et finir par y croire. Cette limite en moi que l’autre n’a pas, les consequences toujours la dans mon esprit qui me rappellent que si le coup est mal donne c’est dans ma gueule que je vais severe bouffer. Assez ! Mais quand est ce que ca va s’arreter serieux ?? comment ca peut finir ? Concretement ?? et si j’arretais d’appeler mes fantasmes des fantasmes mais plutot des objectifs ?? a force de ne rien faire, a force d’etre trop gentille, a force de ne pas avoir la force, je vais peter les plombs et peter des genoux, porter des coups aux couilles. Serieux, je vais devenir sensee, un jour ce sera un coup de trop, le cri de trop, la larme de trop. Alors, j’arreterais de vivre les trucs cool que j’ai les privileges de pouvoir faire dans ma vie, ouais, je consacrerais mon existence a la vengeance pas bete et mechante, nan, mais bien reflechie et cruelle. J’y passerai toute ma vie s’il le faut, et il le faudra. Et toi tu dis “ce n’est pas une solution !” mais bordel, ya pas de solution. Maintenant la tout de suite y’a que de la vengeance, que d’la haine.

Je te pris de croire, en l’expression de mes sentiments les plus ameres et sinceres.

texte retranscrit d’un numĂ©ro du zine “au suivant”

Hier

j’ai frappĂ© un mec dans le tram.

hier.

j’ai fait ce que tant de fois j’avais rĂȘvĂ©.

j’ai frappĂ© un mec et je pensais que ça me soulagerait.

j’ai frappĂ© un mec qui m’a touchĂ©e.

atouchĂ©e. puis s’est permis de commenter mon allure de dĂ©genrĂ©e.

j’ai frappĂ© un mec et je ne l’ai pas ratĂ©.

j’ai frappĂ© ce mec et je ne me sens pas soulagĂ©e.

je suis fiĂšre.

mais j’ai la rage

cette boule de feu

qui monte et descend

du ventre Ă  la gorge

qui ne s’éteint pas.

alors que j’ai frappĂ©.

j’ai fait ce que mille fois j’avais imaginĂ©.

pourtant la situation terminĂ©e et l’agresseur dĂ©gagĂ©,

je n’arrive pas à me calmer

mon cerveau va exploser

je ne cesse d’imaginer
_marĂ©es de sang et dents cassĂ©es tout ce qui n’est pas

arrivé.

je n’en ai pas eu assez.

il aurait fallu le tuer. le broyer, le massacrer.

je commence à réaliser

ma rage contre ces connards ne peut ĂȘtre apaisĂ©e.

j’ai juste Ă©largi mes façons de riposter.

mais peut-ĂȘtre qu’enfin je finirai

de contre moi la retourner,

cette violence qui fait vriller

et qu’enfin je finirai

de sans cesse me ressasser

si seulement j’avais frappé 

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Allez, une petite contribution vite fait :

J’habite Marseille. Dans cette ville, des relous il y en a plein de sortes diffĂ©rentes. J’ai eu trois fois affaire avec ceux que j’appelle les “relous-collants”. Ils veulent te suivre jusqu’à chez toi. Je sais pas pourquoi, ils pensent que c’est une maniĂšre de “rencontrer des filles”. Avec eux, ma stratĂ©gie consiste Ă  rester polie et surtout Ă  m’arrĂȘter de marcher. J’ai l’impression qu’ils ont pas trop de suite dans les idĂ©es, que juste ils se sont dit “oh une fille, cool, je vais la suivre et essayer de lui parler”. Du coup, quand je m’arrĂȘte, ils sont un peu dĂ©goutĂ©s parce qu’ils peuvent plus me “suivre”, il se passe pas ce qu’ils avaient mollement prĂ©vu. LĂ , c’est le moment oĂč j’ai l’impression de reprendre la main. Et lĂ  je parle, calmement si possible. J’explique ce qui se passe pour moi : Bonsoir, tu me suis, c’est stressant, j’ai pas envie, c’est dĂ©sagrĂ©able, je veux juste rentrer chez moi, me dĂ©placer d’un point A Ă  un point B, j’ai pas envie que tu m’accompagnes, je vais me dĂ©brouiller toute seule, je sais oĂč j’habite, tout va bien se passer pour moi. Merci. Au revoir.

Y’en a deux, ce qui les a fait rĂ©agir, c’était de leur dire que c’était dĂ©sagrĂ©able, que ça me faisait pas “plaisir” qu’ils me suivent, c’est ça qui les a fait tilter, et ils se sont excusĂ©s. Cela dit l’un d’eux, je sentais bien qu’il allait quand mĂȘme continuer aprĂšs (il Ă©tait tard, je pense qu’il Ă©tait aussi bourrĂ© que moi, donc un peu ralenti dans ses capacitĂ©s de comprĂ©hension). Du coup, avec lui j’ai ajoutĂ© que maintenant je voulais qu’il parte dans la direction opposĂ©e et je n’ai pas bougĂ© tant que lui n’était pas parti. J’ai rĂ©pĂ©tĂ© que je voulais qu’il parte jusqu’a ce qu’il se lasse et qu’il le fasse.

C’était ça ma stratĂ©gie la troisiĂšme fois oĂč j’ai eu un relou-collant, 18h, sortie de mĂ©tro. J’étais claquĂ©e de ma journĂ©e et lĂ  je le vois prĂȘt Ă  traverser la route, me regarder bizarre et changer de direction pour me suivre. Il m’avait Ă  peine dit bonjour que je lui ai rĂ©pondu sĂšchement Non va-t-en, non va-t-en, non va-t-en. Et je suis restĂ© sur place, Ă  dire en boucle non va-t-en, le bras tendu vers sa direction originale, jusqu’à ce qu’il parte. Je me suis rappelĂ© aprĂšs que je l’avais dĂ©jĂ  croisĂ© dans des soirĂ©es et qu’il Ă©tait relou-collant. Et ça faisait longtemps que j’avais envie de tester la boucle comme stratĂ©gie de d’autodĂ©fense. Ben ça a marchĂ©.

Pour moi il y a plusieurs choses qui ont fait que j’ai rĂ©ussi Ă  dĂ©coller ces relous. DĂ©jĂ , ils Ă©taient pas bien mĂ©chants, et pas violents. Ils me faisaient pas tant peur qu’ils ne me faisaient chier. C’est moi qui ai pu dĂ©cider du moment oĂč j’allais m’arrĂȘter et leur faire face. Je leur ai donnĂ© la possibilitĂ© de partir Ă  peu prĂšs dignement. Je me dis que le relou, dans sa construction machiste, est fier. Aussi il se dit que c’est son devoir de raccompagner une pauvre jeune fille esseulĂ©e. Et finalement, de lui envoyer le message que le plus grand service qu’il puisse te rendre c’est de te lĂącher la grappe, ça le flatte un peu dans son gros ego. Et quand il est persuadĂ© qu’il te protĂšge en te collant au cul, lui dire que c’est lui qui te stresse (j’évite de dire le mot peur), ça l’embĂȘte, c’est pas ça qu’il voulait. En gros, je joue sur les injonctions contradictoires du genre masculin, agression/protection. Et je pars du principe que le mec a pas envie de me faire peur et qu’il se rend pas compte que c’est ce qu’il fait, et dans ces cas lĂ , ça a marchĂ©. Bon, j’attends quand mĂȘme d’avoir fermĂ© la porte de mon immeuble pour me dire “hĂ©hĂ©, j’ai gagnĂ© !”.
F.M. 

VoilĂ  ! c’est pas ultra glorieux plein de rage, mais je garde pas forcĂ©ment de souvenirs positifs des fois oĂč j’ai dĂ» user de l’intimidation, alors je prĂ©fĂšre raconter ça.

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La riposte n’a pas fini de me remuer

Il est 3h du mat. Je lis “Nous sommes les oiseaux de la tempĂȘte qui s’annonce” de Lola LAFON. Je suis fatiguĂ©-e ! Mais pas question de dormir. Il faut que j’écrive, ou bien j’en ferai des cauchemars. Tout ça part d’une expĂ©rience tellement banale. D’un moment que j’aurais pu enfouir dans ma mĂ©moire, oubliĂ©. Comme tant de moments de ma vie, dont je ne me souviendrai jamais.

Au lieu d’oubliĂ©, j’ai labourĂ©.

Je me suis retourné les entrailles pour ce connard pendant bien 3 ans. Alors que je crois tout ça fini, ce soir encore, je le laisse empiéter sur mon sommeil. Parce que ça ne sera jamais vraiment fini. Je me suis construit-e avec cette histoire.

Elle fait partie de moi. J’ai envie d’en raconter des bribes.

Dans ma tĂȘte le dĂ©clic se fait en lisant la brochure “le viol ordinaire”.

“Un viol est une relation sexuelle non consentie, avec ou sans pĂ©nĂ©tration, avec ton/tes compagnons, avec un inconnu, avec ou sans violence physique. Le viol, ce n’est pas seulement l’image stĂ©rĂ©otypĂ©e d’un gros mĂ©chant qui nous poursuit avec une arme dans une rue sombre,mais c’est aussi un moment oĂč on ne n’entend pas notre NON. Â»

Dans la foulĂ©e, j’écris un tĂ©moignage. Pour moi-mĂȘme tout d’abord. Mettre des mots. Trouver mes mots. Retracer le fil de ce que J’avais vĂ©cu. De maniĂšre subjective. Ecrire au passĂ© simple, pour mettre de la distance j’imagine. Ce ne sont plus ces mots que j’utiliserais aujourd’hui.

Mettre le mot “viol” sur ce que j’avais vĂ©cu a Ă©tĂ© dĂ©cisif
pour moi.. Si j’avais mis les mots attouchement ou agression
sexuelle je n’aurais peut-ĂȘtre pas ripostĂ©. Mais un “viol c’est
grave”. La riposte s’est imposĂ©e, pour ne pas me sentir
victime. Je n’ai jamais Ă©tĂ© “victime”. Je ne voulais pas de cette
Ă©tiquette paralysante, qui me rendait passive. Il me fal ait
reprendre le dessus, me posséder entiÚrement.

FAIL Ă©crit #1

Le moment de l’histoire dont je me souviens avec le plus d’émotion c’est cette rencontre chez moi, quatre jours avant ses Ă©crits de CAPES. J’ai invitĂ© assez largement des connaissances fĂ©ministes en qui j’ai confiance. Certain-es connaissant A., d’autres non. Certain-es rodĂ©-es Ă  l’action directe, d’autres non. Des anarca, des fĂ©ministes radicales, des militantes de gauche, des hĂ©tĂ©ra, des gouines, des queers. Aucun mec cis. On est une quinzaine dans la salon de mon appart, Ă  s’asseoir comme on peut, sur les genoux les un-es des autres. Des amuse-gueules sur la table. Nos portables dans le micro-onde. On discute. Chacun-e connaĂźt au moins une personne. Je suis la seule Ă  toustes les connaĂźtre. Alors je leur dit que je suis heureuse qu’on se retrouve Ă  autant. Que je n’ai pas envie de me retrouver au centre de la discussion.

Que le seul enjeux est pour moi de l’empĂȘcher d’obtenir son
CAPES. Que je compte bien sur elleux pour avoir des idées
originales. Et ça ne manque pas ! C’est la prĂ©paration d’action la
plus fun que j’ai jamais faite. On passe 2h à rigoler, en proposant
des actions dont on sait qu’on ne les fera pas. Mais avoir l’idĂ©e
de les faire nous réjoui. On en profite pour poser chacun-e nos
limites, nos envies, nos craintes. On affine nos idées sur des
actions efficaces qui ne nous mettraient pas en jeu juridiquement,
ou si peu .

Certain-es parlent plus que d’autres. Certain-es doivent partir avant la fin de la discussion. On se donne rdv Ă  6h du mat 3 jours plus tard. Le plan : Le choper sur le trajet entre chez lui et la gare RER, pour l’asperger de vinaigre, d’huile, de dĂ©tergent (selon les envies). Objectif : qu’il soit tellement sale qu’il ne puisse pas se rendre Ă  l’examen sans prendre une douche. On abandonne pas mal d’idĂ©es plus excitantes par peur de poursuites judiciaire, peur de ses rĂ©actions, des rĂ©actions des passant-es (lui piquer son portable, obstruer sa serrure, mettre un antivol Ă  son portail pour qu’il ne puisse pas rentrer chez lui, le choper dans le RER 
). On sera rapides et efficaces. On est douze de motivĂ©-es pour en ĂȘtre. Perso, je ne suis pas sĂ»re de me sentir de le faire. C’est un soulagement de savoir, qu’avec ou sans moi, ça aura lieu ! Je ne porte pas ça seule. Et ça peut tenir sans moi !

L’euphorie de cette soirĂ©e retombe vite. Dans la foulĂ©e, j’ai pour la premiĂšre fois S. au tĂ©lĂ©phone, une meuf que A. a violĂ© avant moi. Elle n’a pas pu venir ce soir, alors je la tiens au courant du plan qui se profile. Ce plan qui me semble hyper soft, parce que sans contact physique avec lui, lui paraĂźt “trop violent” Ă  elle. J’essaye de m’expliquer. Rien Ă  faire. Elle ne nous soutiendra pas. Je me passerai de son soutien.

DĂ©cente raide de l’euphorie, quand les seules deux meufs Du Parti (son parti politique Ă  lui) que j’avais invitĂ© me font un coup bas : rapporter tout notre plan le soir-mĂȘme en rĂ©union skype Du Parti. Mettre des soutiens/ des potes/ des camarades de A. au courant. Nous couper l’herbe sous le pied en somme. Avec pour toute justification, un simple SMS reçu le lendemain “on Ă©tait lĂ  en tant que membre du parti, on a trouvĂ© normal d’en tenir informĂ© le parti”. Je tombe de haut. Si je les avais eu devant moi en apprenant cela, je les aurais frappĂ©, pour sĂ»r.

Elles me mettent en rage. Convaincue que A. sera mis au courant rapidement, j’annule l’expĂ©dition matinale qu’on a passĂ© toute la soirĂ©e Ă  prĂ©parer. DĂ©pitĂ©e. On me donnera des infos plus tard : La veille du CAPES, A. ne dors pas chez lui et se fait escorter par un pote jusqu’àla porte d’examen. Au moins, ça l’aura fait flippĂ© …

Elles ne le savent pas, mais elles ont piĂ©tinĂ© le peu de confiance qui me restait en des militant-es de parti. J’apprends avec amertume, qu’iels seront toujours fidĂšles Ă  l’organisation, quoi qu’il leur en coĂ»te politiquement. Je leur rĂ©pond un cinglant SMS, qui leur fera craindre de me croiser en manif pendant quelques temps. Elles se paieront le luxe de me voir comme une agresseuse et elles comme des victimes potentielles. J’en rie. J’expĂ©rimente pour la premiĂšre fois un backlash. J’en avait entendu parler. Je savais qu’il arriverait Ă  un moment. On ne riposte pas Ă  la culture du viol sans retour de bĂąton. Ce que je ne savais pas encore, c’est que ça peut venir de vraiment partout.

Les potes sont dĂ©cu-es. On se rattrapera une prochaine fois ! Il a rĂ©ussi ses Ă©crits. S’en suivent les oraux. Et j’aurai trop peur pour m’y rendre. Certaine qu’on ne peut pas faire le mĂȘme plan, il s’y attend. Je vais en reconnaissance dans le bĂątiment oĂč auront lieu les oraux. Des camĂ©ras partout. Un boulevard passant juste devant. Le mĂ©tro trop loin. Un action coup de poing est Ă  Ă©viter. Je pense Ă  demander au jury Ă  assister Ă  son oral. On me dit qu’il est mal venu pour un candidat de refuser une telle demande. L’idĂ©e de me tenir devant lui, Ă  devoir rester tranquillement insoupçonnable juste pour le dĂ©ranger 
C’est trop pour moi. Je ne tiendrais pas. Je croise les doigts pourqu’il n’ai pas les oraux. Il rate son concours. Et je n’y suis pour rien 


pratiques “du passĂ©”

Je passe un weekend dans sa ville d’origine. Ville pĂ©piniĂšre de militant-es gauchistes et anarchistes post-CPE. Il est connu lĂ -bas.Je rencontre une ancienne militante trotskyste qui me parle des pratiques de A. de ce temps lĂ . Draguer de jeunes militantes politiques avec son bagage militant. Harceler certaines pendant des mois. Laisser planer le flou entre drague politique et drague sexuelle. ça m’effraie d’apprendre qu’il agit comme ça aussi depuis aussi longtemps. Je me rends compte que je connais d’autres mecs cis qui ont des pratiques de “drague” semblables. Des types avec qui j’ai moi-mĂȘme des relations intimes. Des types qui m’ont plu a cause de cette mĂ©thode de drague flou, de leur assurance politique Ă  toute Ă©preuve qui m’inspirait du respect. Je me souviens de blagues internes Ă  l’UNEF (syndicat Ă©tudiant de fRance) quand j’y Ă©tais. “Le trotskisme, c’est la seule chose que passe Ă  travers le prĂ©servatif” “Un militant castor, c’est un militant qui construit le syndicat avec sa queue”. Je me souviens d’une formation nationale de prĂ©paration d’élection, oĂč le formateur UNEF blaguait “En prĂ©paration des Ă©lections, vous contactez toutes les personnes que vousconnaissez sur le campus pour les inviter Ă  voter UNEF. MĂȘme vos plans cul ! Et plus vous avez de plan cul, mieux c’est ! Â». Comment ai-je fait pour ne pas m’en rendre compte plus tĂŽt ? Les pratiques de A. sont banales. Elles se retrouvent chez bon nombre de mĂąles militants. Je tombe de haut. Rompt tout contact avec “eux”. Je ne frĂ©quente plus de mecs cis hĂ©tĂ©ro militants. Pendant plusieurs mois, quand j’en croise, je les vois dĂ©gouliner de drague ambigue. Ils me dĂ©goutent.

FAIL Ă©crit #2

Un an est passĂ© depuis notre tentative ratĂ©e. On ne l’a pas laissĂ© tout Ă  fait tranquille. J’ai appris qu’il se victimisait de l’action manquĂ© qu’il aurait pu/du subir. Un groupe de fĂ©ministes hystĂ©riques lui en veut. Blablabla. Pas de bol, ces fĂ©ministes hystĂ©rique dont il parle sont dans sa fac. Alors on va repeindre une de ses salles de cours. Intervenir en plein sĂ©minaire pour le mettre sur lui mettre la fiche. On tague devant chez lui. Le fait chier alors qu’il prend tranquillement un cafĂ© avec des potes. On est relou et il le vaut bien.

Il s’apprĂȘte Ă  repasser le concours du CAPES. Alors je rĂ©uni Ă 
nouveau des potes. Un plus petit comité, des personnes de
confiance. On est 5. On prépare notre action avec un peu plus de
sĂ©rieux que l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente. On dĂ©cide de reprendre le mĂȘme
plan, revisitĂ©. L’asperger de liquides sur le chemin entre chez lui et
le RER. On est sĂ»res qu’il y dormira. On passe en revue une
dizaine de scĂ©nario possibles, on est au taquĂ©. Bouteil e d’eau, d’huile,
habil Ă©es de noir avec un antivol pour fermer son portail. On
l’attend à la sortie de chez lui depuis 20minutes quand il sort vers
6h du mat .

Il prend une impasse (pas le chemin le plus court, mais le plus discret pour aller au RER), marche vite jusqu’à une voiture. Entre dans la voiture. Surprise ! Il n’étais pas censĂ© avoir de voiture. Moment de panique pour nous, on avait pas pensĂ© Ă  ce scĂ©nario ! On a pas le temps de se concerter, la voiture dĂ©marre. Je me mets au milieu de la route, lui barre le passage. Il tente une marche arriĂšre, mais se rend compte qu’il est dans une impasse, avance de nouveau vers moi. Tout se passe trĂšs vite. Je suis nez au capot. Je pose mes mains dessus. A peine le temps de croiser son regard, et il tape une accĂ©lĂ©ration de ouf. Juste le temps pour moi de faire un roulĂ©-boulĂ© du capot au caniveau. Je me retrouve la tĂȘte face au bitume, les genoux dĂ©foncĂ©s, complĂštement sonnĂ©e. Je reste sur le bitume une bonne minute, tĂ©tanisĂ©e. Je me repasse les derniĂšres secondes mentalement. Avec un peu moins de rĂ©flexe, je passais sous la voiture. Ce connard m’aurait tuĂ©. J’ai mal partout. Les potes sont autour de moi, Ă  me rĂ©conforter sur le bitume d’une impasse Ă  6h du matin. So tragique ! J’enrage : Il nous a encore Ă©chappĂ©. Le temps de reprendre nos esprits, de checker nos envies respectives et on le suit. On prend le RER jusqu’à Charles de Gaulle. Ses Ă©crits ont lieu Ă  cĂŽtĂ©. ça fait une trotte, mais l’une de nous avait repĂ©rĂ© l’endroit “au cas oĂč”. Sur le trajet, on prend le temps de se rĂ©conforter. On a la rage, envie de reprendre le dessus, de le faire un peu flipper. De le traquer jusqu’à sa salle d’examen. On doute d’y arriver, le timing est short. Mais on ne peut pas rentrer chez nous en l’état. On peut pas le laisser tranquille
aprÚs ça.

On arrive sur un immense parc des expo. Dans le stress, difficile de comprendre la signalisation. On demande notre chemin, en restant Ă  l’affĂ»t des camĂ©ras et divers vigiles. On l’aperçoit en train de fumer une clope, tranquillement, discutant avec des camarades de promo. Quand il nous voit, il prend peur. Rentre dans le bĂątiment. Se dirige vers un vigile Ă  qui il dit quelque chose comme “ces filles lĂ -bas, elles me suivent”. ScĂšne comique ; le vigile fronce les sourcils et l’ignore. A. entre en quelques secondes dans la salle d’examen. Il faut ĂȘtre sur les listes pour entrer. On reste dehors. Au moins, ça l’aura fait flippĂ© 
 On se dit en riant, “si aprĂšs ça il a son examen…”.

Il obtient son exam. Ecrit et oral. Quelques temps aprĂšs j’obtiens sa version de l’histoire : 10 meufs encagoulĂ©es et armĂ©es de battes de base-ball l’attendaient devant chez lui au matin du CAPES. Il a juste eu le temps de courir Ă  la voiture de sa copine, s’enfermer dedans. Elles ont frappĂ© sur le capot. Il s’est enfui en leur Ă©chappant de justesse. Il a bien cru qu’elles allaient le dĂ©foncer. La voiture est au garage pour rĂ©paration, en espĂ©rant que sa copine ne remarque pas la bosse, faite par la batte sur le capot.

Si seulement j’avais eu une batte …

Et aprĂšs ?

A la rentrĂ©e suivante il est enseignant stagiaire dans un lycĂ©e de banlieue. On me donne le nom du lycĂ©e. Je sais qu’il aime « Draguer de jeunes militantes politiques avec son bagage militant”. J’ai peur pour les lycĂ©ennes, qui verraient en lui celui que je voyais moi-mĂȘme : un mec admirable. Mieux : un prof admirable. J’imagine la relation d’emprise facile qu’il peut avoir sur ces meufs. Je me sens responsable de ce qui pourrait leur arriver. Ce sera de ma faute si 
 C’est cette peur qui est un moteur depuis 2 ans. Ce qui me motivais Ă  l’empĂȘcher de passer son CAPES. Je ne voulais pas laisser un mec comme ça de devenir prof Ă  vie. Et maintenant ? Maintenant qu’il l’a son CAPES, je fais quoi ? Il a dĂ©mĂ©nagĂ© avec sa copine, Ă  l’autre bout de l’Ile de France. Pas moyen d’avoir son adresse (il se mĂ©fie de beaucoup de monde,Ă  raison). Les potes sont opĂ© pour aller salir son nom sur les trottoirs du lycĂ©e. Mais c’est moi qui les freine. ça va aller jusqu’oĂč cette histoire ? Je vais me sentir encore longtemps responsable d’un connard qui m’écraserait sous sa voiture ? Je vais pister ce gars jusqu’à la mort ? Je vais le buter ? Je suis prĂȘt-e Ă  lui donner combien d’annĂ©e de ma vie ? Risquer combien d’annĂ©es de taule pour lui ? J’arrĂȘte les frais ! Me rappelle de ce que je me disais sans trop en tenir compte jusqu’ici : les mecs cis comme lui sont partout. Le viol est banal. Je ne suis pas responsable du “mien”. Ni des futures personnes qu’il agressera/harcĂšlera. Je ne lui doit rien. La traque s’arrĂȘte lĂ . Et un poids tombe de mes Ă©paules. Je n’ai pas la force d’expliquer ça aux potes. Je crois que j’ai peur de leurs rĂ©actions. Alors on en parle plus, et ça me va bien.

S. demande de témoigner

Quelques mois plus tard, un certain sentiment d’ĂȘtre « responsable Â» / « redevable Â» me revient. Quand S., « la Â» meuf qu’il a violĂ© avant moi, me contacte pour me demander de tĂ©moigner par Ă©crit pour appuyer sa plainte contre A. Elle a besoin de tĂ©moignages de personnes Ă  qui A. a parlĂ© de “son” viol. Ironie : Il m’a fait l’honneur de m’en parler juste avant de m’agresser moi. J’ai eu de longues discussions tĂ©lĂ©phoniques avec S. par le passĂ©, mais on ne s’est jamais rencontrĂ©. J’ai tentĂ© de lui expliquer les raisons de mes ripostes. TentĂ© de lui faire comprendre pourquoi je ne comptais pas m’en remettre Ă  la justice. Tout ça avec la plus grande tranquillitĂ© pendant un temps. Mais elle ne comprenait pas. Peut-ĂȘtre ne voulait-elle pas comprendre. Je l’avais tenu au courant un temps des actions menĂ©es contre A. Quand je l’avais au tĂ©lĂ©phone, elle me conseillait avec insistance de porter plainte, d’y rĂ©flĂ©chir sĂ©rieusement au moins… Alors que c’était tout rĂ©flĂ©chi pour moi. Elle avait beau me rappeler qu’un procĂšs pour viol l’empĂȘcherait d’enseigner ; Et que 2 viols c’était plus difficile Ă  nier que un
 Rien n’avais pu me convaincre de collaborer avec la justice. LĂ  elle me demande de l’aider elle, mais sans tĂ©moigner de ce que j’avais subi. Juste une attestation sur l’honneur, quelques lignes sur un bout de papier pour la rendre plus crĂ©dible elle, aux yeux d’une justice dont elle attend quelque chose. Je lui dis oui, d’abord. Par principe. Parce que je veux la soutenir comme j’aurais aimĂ© qu’elle me soutienne, quel que soit son moyen d’action. Mais je n’arrĂȘte pas de me dire « au nom de quoi tu ferrais ça ? Â» « Tu ne lui doit rien Â» “J’en ai pas envie, en vrai”. Jusqu’à ce que je me rende compte, que la seule chose qui nous lie elle et moi,c’est LUI et rien d’autre 


Alors je me rĂ©tracte, par SMS. Lui dis que je ne lui demande pas de me comprendre, que nos idĂ©es sont trop Ă©loignĂ©es. Elle me propose de nous rencontrer pour en discuter. Je sais que ça veux dire « pour essayer de me faire changer d’avis Â». J’efface le numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone et S.. Et s’en est fini de A. Cette ombre qui me collait Ă  la peau depuis plus de 2 ans s’estompe !

Un soulagement !

Avec la distance

Mettre tout ça par Ă©crit m’apaise et me frustre en mĂȘme temps. Ce n’est pas qu’une histoire de riposte. C’est une histoire qui fait Ă©cho Ă  d’autres, mais qui ne ressemble qu’à elle-mĂȘme.C’est une histoire de ratĂ©s en sĂ©rie. Une histoire d’emprise sur moi qui se resserre, se desserre. Une histoire de refus de la victimisation, de son monde et de ses chaĂźnes. Une histoire sans psy ni police, une histoire qu’on se raconte entre potes. Par bribes, comme ici. Parce que ça brasse des trucs trop difficile Ă  mettre en mots ; Ce n’est pas MON histoire. C’est une histoire que j’ai vĂ©cu avec d’autres, qui ont Ă©tĂ© touchĂ©/inspirĂ© diffĂ©remment par elle ; Une histoire qui m’a remuĂ©-e, retournĂ©-e, renforcĂ©-e, vidĂ©-e et rempli-e ; Une histoire qui m’a (pour)suivi dans tous les recoins de ma vie.

Est-ce que ça sert Ă  quelque chose de dire que je ferais ça diffĂ©remment aujourd’hui, si je pouvais remonter le temps ? C’est en me perdant, en m’écorchant, en me renforçant que j’en suis arrivĂ© lĂ . Mon approche de la riposte n’est pas une thĂ©orie, c’est une pratique. J’en ai vu des limites et des ouvertures inattendues pour moi.

Je ressors ce sweat dont j’étais tellement fier-e il y a peu encore. On y lit “castrate all rapists” (*castre tous les violeurs). Un ton mi-humoristique, mi-sentenciel. Tranchant. Sans appel. Le porter me donnait de la force. Je sais que je ne le porterai plus. Il ne me parle plus, mais me fait esquisser un sourire en coin.

J’en ai fait du chemin 


Et pour sĂ»r, la riposte n’a pas fini de me remuer. _ Automne 2017

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Je me décide à écrire.

Parce que j’ai lu trop peu d’histoires qui ont ouvert mes imaginaires sur le sujet, j’ai l’envie de partager des bouts de cette expĂ©rience


Je donne des Ă©lĂ©ments d’une expĂ©rience collective. Du coup ce n’est que mon point de vu lĂ  dedans et non pas comment mes complices l’ont vĂ©cu.

Ce sont plusieurs rĂ©flexions et pistes de rĂ©solutions en vrac, comme elles me viennent en tĂȘte…

Ca faisait un moment que ça me trottais en tĂȘte.

J’en avais ras-le-bol que parfois ces sales souvenirs me reviennent en tĂȘte. J’avais travaillĂ© dessus, j’en avais causĂ©, je laissais sortir ma rage en plein d’occasions. Ce n’était pas suffisant pour moi.

De plus, j’avais, dans ma vie en general, l’envie d’agir (de facon directe) sur des gens, pas que sur des institutions. J”avais l’envie de defoncer le patriarcat, de m’organiser en non mixiteĂ©pour le faire.

Je crois que c’est la difficultĂ© Ă  prendre du plaisir sexuel et les flips permanents d’avoir mon consentement dĂ©passĂ© (qui, a des moments me font mĂȘme flipper de mes potes qui veulent me prendre dans leurs bras) qui ont finit de me convaincre de dĂ©marrer ce processus. (Aussi j’avais d’autres paquets qui arrivaient dans ma vie. Il fallait que je rĂšgle celui lĂ , enfin. Puis viendront les autres, chaque chose en son temps.

Passer, symboliquement, dans mes souvenirs, dans ce que je me raconte de moi-mĂȘme, du statut de victime au statut de
 de quoi ? D’autre chose. Je manque de mots mais ça fait vraiment un dĂ©clic dans la tĂȘte


Les mots…

Comment nommer ce processus ? Revanche, riposte, vengeance ?

Peut m’importe, juste l’envie de clore cette histoire comme je le dĂ©sire. On est en juin, je dĂ©cide d’une temporalitĂ© ; l’histoire sera rĂ©glĂ©e avant en un an. Je trouves rapidement des complices. Je ne demande pas Ă  des mecs-cis-hĂ©tĂ©ros, j’ai trop peur de la morale qui pourrait ĂȘtre mise sur mes imaginaires de vengeance (« Ă§a c’est trop violent Â»â€Š). Ils peuvent cependant aider pour du repĂ©rage ou des infos quelconque. Mais ils ne sont pas dans le processus. Nous sommes quelques personnes. Je n’ai jamais fais ça. Pas beaucoup plus d’expĂ©riences pour mes complices.

Une question se pose rapidement, est-ce que je leur demande du soutien ?

Auquel cas c’est moi qui dĂ©cide de tout et si ielles sont d’accord, on fait ce que je veux. Ou alors je « donne Â» cette histoire Ă  des personnes en qui j’ai confiance sur leurs perspectives, et je fais partie du groupe, pas plus importante, pas moins, je n’ai pas plus mon mot Ă  dire sur ce qui sera fait que quelqu’un.e d’autre.

On en cause et finalement, on choisi l’option 2. C’est pas si simple, forcĂ©ment je suis plus en jeu qu’elleux (sur de la potentielle rĂ©pression, sur ce que ça ravive en moi qui me pousse Ă  vouloir rĂ©gler cette histoire au plus vite, etc
) et du coup on oscille entre les deux positions (ce qui n’est pas simple Ă  gĂ©rer pour moi et pas toujours nommĂ©).

Je fais des vagues dans ma tete, parfois je suis hyper motivĂ©e, je fantasme des choses trĂšs violentes, ça me donne plein de force, je suis sure de moi. Parfois je me dis que ce qu’il m’a fait, tellement d’autres personnes le font, partout, tout le temps. Est-ce que c’était si grave que ça mĂ©rite des reprĂ©sailles ? Est-ce que j’assumerais toutes les potentielles consĂ©quences que ça pourra avoir sur sa vie ? Aussi, il Ă©tait gentil, et ça ne se passait mal que quand il Ă©tait saoul
 Pour cela, un truc qui m’a pas mal aidĂ©e ; j’ai Ă©cris ce qui s’est passĂ© (Ă  la base pour le montrer aux complices avec qui je faisais le choix d’agir, parce que je voulais qu’illes agissent parce qu’illes ont la rage contre cette situation et contre cette personne, et non par soutien pour moi uniquement). J’ai Ă©cris une page entiĂšre ; c’était quand, c’était quoi notre relation, et plus prĂ©cisĂ©ment cette situation, ce fameux soir ou il a Ă©tĂ© plus loin que d’habitude (ou en tout cas ce fameux soir ou moi j’avais Ă©tĂ© vraiment dĂ©cidĂ©e Ă  tenir mon non, Ă  ne pas cĂ©der comme d’habitude aux pressions et chantages). C’était la premiĂšre fois que j’écrivais la situation. Les mots, les Ă©motions, les gestes, le ton de la voix


En le relisant j’ai tout de suite ressentie de la tristesse, du dĂ©goĂ»t, et surtout une rage immense ! Si une pote m’avais racontĂ© cela j’aurai eu l’envie d’éclater ce type ! Oui, bizarre, ça a dĂ©clenchĂ© en moi de l’empathie pour moi-mĂȘme
 !

bon, en tout cas, je n’ai plus eu l’envie de reculer apres ca, et j’ai cesseĂ© de culpabiliser et de me demander si quand meme c’éetait pas un peu exagere ce que je faisais lĂ  (y’a bien eu des petits moments de doute, mais minimes). J’étais prĂȘte, vraiment. C’était bien que le processus dure longtemps, ça laisse le temps de digĂ©rer un peu l’acte futur.

Je sais aussi qu’un des moteurs Ă  agir c’est la culpabilitĂ© de ne rien faire alors que lui refait potentiellement la mĂȘme chose Ă  d’autres meufs. De ne pas arrĂȘter les potentielles violences. J’essaie de me battre contre cela, ce n’est pas de ma responsabilitĂ©. Je le sais thĂ©oriquement. Je ressens autre chose. J’essaie en tout cas que ce ne soit pas le moteur principal de cet acte. Je veux le visibiliser en tant que violeur et lui nuire. Si ça aide d’autres meufs qui seront au courant, tant mieux. Si ça lui nuie seulement, c’est ok.

D’ailleurs, toujours par rapport aux « autres meufs Â», j’ai eu besoin de me poser la question de ce que ca allait impliquer pour les personnes autours de lui. Est-ce qu’il est en couple ? Comment elle va vivre ça ? Et sa mĂšre ? Sa sƓur ? A-t-il des enfants ? Si on s’attaque Ă  sa maison ou sa voiture, d’autres gent.es vont-illes se sentir menacĂ©.es ?

C’est pour ces raisons que l’on dĂ©cide qu’il sache que c’est contre lui et pourquoi. Pas avoir de gestes sur lui ou sur ses biens sans explications. Cela pour que les personnes qui l’entourent ne se sentent pas visĂ©.es.

Pour autant, je commence Ă  culpabiliser de laisser d’autres meufs avec ces infos lĂ  ; « Truc est un violeur Â» et c’est tout. Je me dis que tant pis, il faut briser la loi du silence. Illes en feront ce qu’illes voudront.

Moi, Ă  l’époque, quand j’étais en couple avec lui, ça aurait pu m’aider Ă  poser des mots.

J’apprends Ă  me dire que la suite ne m’appartient pas, je ne suis pas responsable. Je ne peux pas imaginer tous les scĂ©narios de ce qui se passera aprĂšs l’acte. Je me rĂ©pare moi, c’est la principale raison, j’essaie de ne pas l’oublier. La suite ne m’appartient pas, je n’ai pas de prise la dessus.

VoilĂ . J’avais l’envie de partager mon processus personnel, parce que ça m’aurait fait du bien de lire cela quand j’étais moi mĂȘme dans tous ces questionnements.

Ensuite sont venues les questions de l’éthique.
Veut-on punir ? Que souhaite-t-on comme consĂ©quences ? Qu’est-ce qu’on se sent de faire
 ? Et Ă  tout cela, je me suis dit que tout Ă©tait possible. Il s’agit de faire un mixe entre nos envies, besoins, peurs, ce que l’on se sent de faire, nos Ă©thiques et perspectives individuelles etc.

Tout cela, ça se fait avec les complices, avec toujours des places diffĂ©rentes pour chacun.es la dedans. Ce n’est pas toujours simple. De le rechercher par exemple. Le guetter. Je n’aime pas le voir, mĂȘme dans le noir, de loin. Ca me le remet en tĂȘte et je re cauchemarde de viol nuits aprĂšs nuits. Sur les façons de faire aussi. Je me sens « sale Â», l’impression d’ĂȘtre keuf quand je mets en place une filature pour retrouver son domicile. Je n’aime pas ça, et pourtant j’y vois profondĂ©ment du sens. Et aprĂšs je me sens bien, j’ai confiance dans ce que l’on fait, ensemble. Je sais pourquoi je le fais. Il va payer.

Je sais que ce processus ainsi que l’acte en lui mĂȘme m’apaise. Je me sens forte. Je choisis. Je reprends le contrĂŽle de cette page de ma vie. Il m’avait imposĂ© une fin que je n’aimais pas. J’ai rĂ© ouvert le livre. Ca ne se terminera pas par mes larmes et mon vomi sur le trottoir. Ca se terminera par sa sale gueule depitee, SA peur. JE choisis la fin de l’histoire.

J’imagine dĂ©jĂ  ce que je vais avoir envi de faire pour ces autres histoires qu’on m’a imposĂ©e. Mettre un point final. Non pas que ma sexualitĂ© deviendra d’un coup simple, ni que ces souvenirs ne viendront plus me ronger dans mes moments d’intimitĂ©.

Mais j’aurai toujours un petit sourire quand j’imaginerai sa tete, ce fameux soir ou j’ai mis en acte ces pensees qui trottaient dans ma tete. Ce fameux soir ou J’AI ete plus loin que d’habitude.










….Reprise du texte aprĂšs l’acte


…





..



Je ne veux pas modifier le texte tel que je l’ai Ă©cris (avant l’acte de riposte), mais il me semble intĂ©ressant d’apporter des Ă©lĂ©ments en plus, maintenant que cette histoire est derriĂšre moi đŸ™‚

Comme un bilan pour moi et pour toi si tu comptes proposer ou accompagner un tel processus. Ca parle surtout de 3 endroits qui, pour moi, auraient pu ĂȘtre mieux pensĂ©s et de pistes que je voies pour faire autrement.

→ Soutien emotionnel  : Je n’avais pas en tĂȘte que ça allait faire resurgir autant d’émotions . Pour ĂȘtre plus claire, j’ai revĂ©cu des cauchemars et j’avais les viols en tĂȘte, et lui tout court (la relation que nous avions eu, les proches autours qui n’ont pas rĂ©agis
) autours des moments oĂč l’on se voyait pour prĂ©parer le moment de riposte. Je revivais aussi la culpabilitĂ© (de n’avoir pas su stopper la relation, de n’avoir pas su tenir mon non plus souvent, de n’avoir pas vu plus tĂŽt comment ça m’atteignait, de m’ĂȘtre faite Ă©craser la gueule quoi, normal j’ai l’impression dans ce genre de cas).

Ca n’était pas en boucle en permanence pendant tout ce temps (et heureusement), mais c’était prĂ©sent dans mes rencontres avec les complices, et ce n’était pas (ou trĂšs peu) discutĂ©. Je savais thĂ©oriquement ce que ces potesses pensaient de tout cela, et qu’ils me soutenaient, mais nous n’avions pas rediscutĂ© de cela directement, de comment chacun se positionnait dans cette histoire.** Je me souviens d’avoir posĂ© un moment que nos rencontres et discussions tournaient autours du trĂšs concret ; quand, comment, quoi, ce que ça peut avoir comme consĂ©quences (rĂ©pression, consĂ©quences potentielles pour lui,…). Mais je ne crois pas avoir entendu une fois les potes me demander comment j’allais. Je n’ai pas vraiment eu l’espace de raconter les cauchemars, tout ce que ça ravivait. Sachant qu’en parallĂšle de ce processus est arrivĂ©e une autre situation pas simple Ă  dealer pour moi (qui parlait aussi de viol).

J’aurai pu avoir la ressource pour m’aider Ă  dealer mes Ă©motions en dehors de mes complices d’attaque, mais comment le nommer Ă  mes autres proches, celles qui ne sont pas dans la confidence de l’acte ? Pourquoi ce viol lĂ  prĂ©cisĂ©ment me reviens en tĂȘte maintenant et plusieurs fois durant l’annĂ©e ? Et justement, chaque fois que je voies telles et telles personnes…

Pour ces questions de sĂ©curitĂ©, de confidentialitĂ©, ce n’est pas forcĂ©ment simple de dĂ©lier l’accompagnement matĂ©riel et Ă©motionnel.

Alors si aujourd’hui je devais recommencer (et c’est sur que ce sera le cas !) je poserais ça dĂšs le dĂ©but : est-ce que mes complices m’accompagnent sur le « concret Â», c’est-Ă -dire sur l’acte en lui-mĂȘme, mais je trouves ailleurs des soutiens Ă  mes Ă©motions qui dĂ©barquent de façon assez vĂ©nĂšre, ou est-ce qu’on prend le temps de ça, ensemble.

En tout cas, le jour oĂč j’ai parlĂ© qu’en fait, Ă©motionnellement, j’avais aussi besoin d’ĂȘtre accompagnĂ©e, durant ces moments oĂč l’on brasse ça ensemble, une des personnes Ă  posĂ© qu’elle ne voulait pas m’écouter et me soutenir lĂ  dedans (je ne sais plus si c’était une question d’énergie, d’envie, de dispo, de se sentir capable,
 ?).

Avec les autres nous avons imaginĂ© un temps oĂč l’on se partagerait mutuellement ce que ça ravive en nous (qui finalement n’a pas eu lieu mais c’était chouette de le penser).

Je pense que chaque personne qui s’engage dans un tel processus devrait prendre conscience de ce que ça implique pour la personne de re brasser autours d’un viol (ou autre), et de choisir de s’attaquer Ă  une personne qu’elle a pu aimer, qui potentiellement est toujours en lien avec des gens qu’elle aime, qui parfois mĂȘme est encore en lien direct avec cette personne, et que ce n’est pas comme s’attaquer Ă  une structure qui symbolise une oppression que tu vies par exemple. Et aussi d’essayer d’ĂȘtre au clair sur ce que cela va re brasser potentiellement chez chacune, et de poser ses besoins et limites, aussi quand on accompagne.

AprĂšs, si je le refaisais, je proposerais des temps bien distincts. Par exemple, on se voit lundi et de 10h Ă  12h on parle de ce que ça me fait remonter comme Ă©motions (et aussi Ă  mes complices, j’imagine que ça fait ressentir plein de choses
) puis l’aprĂšs-midi on se met d’accord sur comment ne pas laisser des traces de nos prĂ©sences ce soir lĂ  Ă  cet endroit lĂ .

Donc ayez en tĂȘte d’ĂȘtre dispo pour un soutien Ă©motionnel aussi, ou alors de le poser dĂšs le dĂ©but que y’aura pas la place pour ça, et je trouverais ça intelligent de se renseigner si la personne a ses ressources lĂ  par ailleurs, et comment elle peut en parler sans mettre en danger toutes les personnes qui organisent cette attaque.

Je penses que c’est bien de le penser, de le prĂ©parer, quitte Ă  ce que finalement il n’y ait pas besoin de ces temps puisque tout le monde est trĂšs apaisĂ© par tout cela, et tant mieux, ça fait des pauses piscines đŸ™‚

→ DisponibilitĂ©, consĂ©quence :

D’abord j’ai changĂ© de complices durant le processus. Avec la premiĂšre Ă©quipe ça n’a pas marchĂ© pour plusieurs raisons. On n’avait pas le mĂȘme niveau de sĂ©curitĂ© que l’on souhaitait mettre en place pour cet acte, aussi on s’est pris la tĂȘte avec l’une (la vie quoi) mais ce qui, Ă  mon sens, Ă  empĂȘcher qu’on le fasse ensemble, c’est surtout qu’on n’avait pas la mĂȘme disponibilitĂ© dans nos vies pour le prĂ©parer/le faire.

Ce sur quoi je veux insister, c’est que, comme dans tout processus, les questions de disponibilitĂ©, d’engagement, de fiabilitĂ© sont souvent des questions qui provoquent de la frustration, de la rancƓur. Que c’est pas facile parfois d’ĂȘtre au clair sur notre rĂ©elle disponibilitĂ© (qui est diffĂ©rente de la disponibilitĂ© qu’on rĂȘverait d’avoir).

Dans mon cas, il y a eu plusieurs moments oĂč y’avait soit disant de la dispo collective
 et une date se calait
 et puis finalement non (et jamais de mon ressors). Et souvent pour des raisons autres que « finalement je me sens pas de faire ça Â» (que je trouves parfaitement entendable Ă  n’importe quel moment).

Boarf, ça m’a pas mis bien ce truc. Une fois mĂȘme j’ai cru que c’était fait, sans moi (ce qui avait Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© collectivement), et ce n’est que plusieurs semaines aprĂšs que j’ai su qu’en fait non, parce que telle ou tel avait finalement eu un contre-temps.

Mais quand une action provoque autant de remous psychologiquement, pour moi c’est vraiment important d’ĂȘtre sincĂšre (avec sois-mĂȘme et avec les autres) pour ne pas provoquer d’attentes. Facile Ă  dire je sais. Peut-ĂȘtre du coup de garder en tĂȘte qu’on se retrouve pas pour organiser un concert de violoncelles. Que des annulations, mĂȘme si c’est important qu’elles puissent se faire n’importe quand par n’importe qui, Ă©videmment, ont des consĂ©quences et peut ĂȘtre au moins ouvrir une porte pour savoir comment sont vĂ©cues ces consĂ©quences pour la personne qui lance le processus (au moins).

J’imagine, aprĂšs l’avoir vĂ©cu, que maintenant, plutĂŽt je donnerais ma disponibilitĂ© au minimum de ce que je suis certaine de pouvoir donner, comme ça au mieux j’ai plus de temps et au pire ça fait toujours moins de loupĂ©s.

→ Le rĂŽle des complices : soutiens ou tout le monde au mĂȘme niveau ?

A la finale, comme ça traĂźnait et que j’avais besoin que cette histoire soit derriĂšre moi, j’ai proposĂ© Ă  d’autres personnes de m’aider. En mode « voilĂ , moi je vais faire ça, telle date, de telle maniĂšre, pour telle raison, en utilisant tel matos, j’ai besoin de tant de gens pour tel truc
 blabla
 est-ce que ça te dis ? Â».

Les personnes m’ont dit oui, et en fait, ça m’a fait vraiment du bien que l’on fasse Ă  ma maniĂšre, du dĂ©but Ă  la fin.

On a certes adaptĂ© un ou deux petits trucs pour que tout le monde se sente bien et en confiance mais c’est quand mĂȘme moi qui ait posĂ© le niveau de sĂ©curitĂ© que je voulais, la maniĂšre dont ça se passerait etc.

Je me dis aujourd’hui que j’aurai l’envie de refaire comme ça. Tout dĂ©cider, puisque c’est MA riposte, et si mes complices ne se sentent pas de le faire comme ça, alors on en cherche d’autres. Je n’en n’avais pas conscience en commençant, je voulais un processus collectif, ou chacune se rĂ©pare de ses propres histoire. Moi j’amenais juste une cible sur laquelle on se vengeait tous. Mais avec le recul, nous ne sommes pas au mĂȘme endroit. Je trouves ça important d’avoir vraiment eu l’impression d’avoir choisis, d’avoir fait ce que j’avais besoin de faire.

Seul toi peut savoir ce que tu as besoin pour te rĂ©parer. Les autres peuvent t’aider Ă  poser tes besoins, tes envies, tes limites, te faire part de leurs questionnements, leurs peurs mais en gardant en tĂȘte l’objectif que tu dois dĂ©cider pour toi ce que tu vas faire dans ta riposte. Je crois que maintenant j’aurai envi de penser les choses de cette maniĂšre.

(Bon aprùs c’est pas si simple, si on trouve personne qui veut nous accompagner dans ce que l’on veut faire, on peut adapter mais alors on peut au moins nommer et prendre en compte que c’est ça qui se passe)

…Avec le recul…

Ca m’a fait peur, avant et sur le moment. Ce n’est pas rien de s’attaquer Ă  un souvenir qui nous traumatise
 J’ai eu peur aussi de la rĂ©pression, qui ne serait pas que policiĂšre mais aussi des proches de ce type que je voies encore parfois. Ca ça m’a fait flippĂ©. Pas par peur de reprĂ©sailles physiques ou quoi (dans ce cas j’y avais mĂȘme pas trop pensĂ©) mais plus de me voir traiter de menteuse ou d’hystĂ©rique, de voir des personnes qui ont comptĂ©es dans ma vie me dĂ©nigrer, m’insulter, m’en vouloir


J’avais ça en tĂȘte ce soir lĂ . J’essayais de balayer ces projections d’un futur tout pourri.

Puis, sur le moment, j’ai pris mon pied. MĂ©lange d’excitation et de rage qui sort au bon endroit. De confiance en moi aussi, d’ĂȘtre sĂ»re d’ĂȘtre lĂ  ou il faut.

Et en repartant, aprĂšs le stress de la peur d’ĂȘtre chopĂ©e en flag, plus je m’éloignais, et plus mes Ă©paules devenaient lĂ©gĂšres. J’avais envi de rire. J’étais euphorique.

Depuis, je ressens que ça a vraiment changĂ© quelque chose en moi. Ce n’est plus lui, l’histoire qui me revient en tĂȘte en prioritĂ© quand je pense au viol. Elle a Ă©tĂ© relĂ©guĂ©e au rang de « classĂ©e Â» đŸ™‚

Bon, ça fait qu’une autre situation a pris la place, mais pas de la mĂȘme maniĂšre. La nouvelle situation, quand elle arrive, elle vient directement avec mes questionnements autours de « comment je vais faire pour le pourrir celui lĂ  ? Â». _ Vraiment. Ca a ouvert une porte, que je trouves belle et prĂ©cieuse. Je trouves ça rassurant d’imaginer que si on re blesse mon corps de cette maniĂšre, je peux me venger, j’en suis capable, j’ai des complices.

MĂȘme si je le fais pas, je pourrais. Et ça, ça change tout đŸ™‚

Et puis ça m’a fait du bien de ne ressentir aucune culpabilitĂ©, mais alors zĂ©ro ! Je me dis juste « il a eu de la chance, on aurait pu lui faire bien pire Â». (Et je n’exclue pas que si un jour cette histoire revient me hanter, je lui referais encore une petite place dans mes envies de vengeances).

La culpabilitĂ© a diminuĂ© aussi dans d’autres projections. Je me dis juste « bon si je le tue pas dĂ©jĂ  il aura de la chance, il va pas se plaindre non plus Â», ça a dĂ©dramatisĂ© le fait de s’attaquer Ă  une personne dans ma tĂȘte. Peut ĂȘtre que ça me fait ça parce que je n’ai plus la sensation d’ĂȘtre sa victime ? Je n’en sais rien, en tout cas ça me fait du bien !

Pour les potes qui ont accompagnĂ©s ce soir lĂ , le mieux serait de leur demander, mais je crois qu’elles se sont rĂ©parĂ©s aussi un peu dans leurs propres histoires.

Merci à ceux qui ont accompagnées, depuis le début, qui ont rendu cela possible et palpable.

Et si c’est Ă  refaire ? Pour « les miens Â», pour « les vĂŽtres Â» : sans hĂ©siter !

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Trop souvent la rage dedans

2014 ou 2015. On est en italie Ă  bologne. une meuf proche de groupes fĂ©ministe se rĂ©veille un matin nue dans le lit d’un mec. Aucun souvenir, juste celui de la veille au soir ; ĂȘtre dans un bar. En reconstituant un minimum avec des potes non sans difficultĂ© c’est sĂ»r, ce monstre a utilisĂ© la drogue ghb et l’a violĂ©e. L’histoire de la violence se partage uniquement entre les groupes fĂ©ministes ou tpg d’italie, avec son consentement. Elle nous fait aussi savoir qu’on a la marge de manƓuvre qu’on veux mais que elle mettra son Ă©nergie Ă  survivre et reprendre de la force, loin. rapidement on discute dans les villes oĂč on est, avec certaines belles chauves souris qui font le voyage pour faire les intermĂ©diaires. Toutes les villes ne sont pas dans le coup mais imagine bologne Ă©videmment, rome, turin, milan, certaines d’espagne et d’autriche (et j’en oublie sĂ»rement).

On se retrouve a plus ou moins 50 meufs, gouines, trans.
C’est le soir. on commence Ă  dĂ©ambuler en mode tags,
autocollants, slogans, megafone et tractage pour raconter
et exprimer la rage et l’envie de meurtre presque qu’on
ressent. L’atmosphĂšre Ă©tait assez intense, parce que
mĂȘme si on n’avait pas eu le temps de se parler avant,
toutes Ă©taient attentives Ă  l’autre et chacune faisait les
petites actions pour elles mĂȘme et pour toutes. Certaines
compagnonnes avaient pu trouver l’adresse du salaud et
avaient préparées des affiches avec sa photo, son nom et
prĂ©nom et ce qu’il avait fait subir.

Les flics ne se pointent pas mais on les a vu dans les rues autour et ceux en civils suivent toute la ballade sans s’approcher trop prĂšs. ArrivĂ©es dans la rue du salaud, on se met Ă  coller l’affiche le plus possible et Ă  taguer tous les murs possibles, on s’est ensuite mise devant l’immeuble et sa fenĂȘtre au 2Ăšme Ă©tage Ă©tait fermĂ©e, les voisins Ă©taient au balcon stupĂ©faits, mais pour nous ils n’existaient pas. Existait seulement la rage dehors individuelle et collective et les hurlements “descends, viens, maintenant”. personne ne sait si il Ă©tait dĂ©jĂ  parti ou si il Ă©tait dedans, j’espĂšre pĂ©trifiĂ©. Aucune n’a dĂ©foncĂ© la porte de l’immeuble et de sa maison, les flics zieutaient de loin mais zieutaient mais ça se sentait que beaucoup d’entre nous le voulait. La ballade a continuĂ©e un peu dans d’autres rues, devant d’autres bar, et quand elle s’est arrĂȘtĂ©e presque toutes auraient voulu continuer et ressentait la force et l’envie dure Ă  gĂ©rer de vengeance.

Petites questions en conclusion :

Est ce qu’on a bien fait de le faire dans ce mode lĂ  ? Ce qui est sĂ»r c’est que pour toutes les fois oĂč on n’a rien fait, ou la situation n’était pas tout Ă  fait claire alors qu’elle l’est… ben cette fois-ci, on s’est bougĂ©es en quelques jours Ă  des centaines de kilomĂštre et on l’a fait. Sans elle, mais avec son consentement.

Est ce qu’on aurait rien du faire de public ? le choper en mode pussy gang… sĂ»rement, j y ai beaucoup pensĂ©. La violence et la vengeance amĂšne des Ă©motions difficile Ă  gĂ©rer mais importantes, quelque fois dĂ©terminantes, d’autres fois libĂ©ratrices, d’autres fois seulement des fantasmes qu’il vaut mieux contrĂŽler et inhiber. MalgrĂ© l’envie viscĂ©rale, peut ĂȘtre s’était mieux qu’il ne descende pas, qu’on aille pas le chercher dans sa piaule, parce que une situation de lynchage de 50 vĂ©ners contre un, ça fait pas partie de mes pratiques, mĂȘme pour un salaud, mĂȘme pour lui. Évidemment, je parle en ne connaissant pas directement la meuf qui a subit. si ça avait Ă©tĂ© une pote proche, mon petit discours aurait peut ĂȘtre Ă©tĂ© diffĂ©rent.

A t-il entendu notre rage ? … sĂ»rement et si pas directement quelqu’un lui a racontĂ©, il n’a plus foutu les pieds Ă  bologne. Peut ĂȘtre pour recommencer ailleurs. peut-ĂȘtre pas. Ce qui est sure c est que ses couilles on aurait du les lui dĂ©foncer. trop violent cette phrase…peut ĂȘtre mais le viol est violent. la drogue ghb est violente. Rester pacifique est violent.

Alors merde notre complicitĂ© ne doit pas rester que dans les zines aussi importants qu’ils soient, ne doit pas rester de l’ordre du fantasme mais la peur doit se transformer en action, si et quand on la ressent dans le bide. Et cette fois lĂ , la rage n’est pas restĂ©e totalement dedans.

feu aux prisons et pussygang

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FiĂšre, forte … et en larme.

Fuck, je les emmerde ! Je suis vĂ©nĂ©re.

J’ai envie de pĂ©ter des trucs. J’avais envie d’y rester Ă  cette soirĂ©e, mais merde, j’ai plus d’énergie.

DĂšs que je suis arrivĂ©e, c’était fini. Je jette un Ɠil dans la piĂšce et je dĂ©chante. Une assemblĂ©e de quarante personne, et moi. Je ne vois pas d’autres meufs trans
 je bug. Pourquoi j’avais pas anticipĂ© ça ? Et en plus je suis venue seule ! Merde.

J’avais pourtant hĂąte Ă  cette journĂ©e, et a ce concert. J’avais hĂąte d’ĂȘtre avec mes nouveaux bas rĂ©silles pour leur en mettre plein la vue. La journĂ©e avait mĂȘme commencĂ© de façon marrante
 Â« Au feu ! Â» Mes voisin.e.s, en tente, qui crient au feu pour tester la solidaritĂ© dans le quartier et quand je rapplique en courant avec mon extincteur, j’ai vu une lueur dans leur yeux, en mode « wouah, merci, dĂ©solĂ© Â», Ă©motions forte, on se prend dans les bras, « t’es une vraie Â» me dira l’un d’entres elleux. Je traine un peu avec elleux. Du coup, je suis en retard et je file me prĂ©parer.

Aujourd’hui, j’ai envie d’ĂȘtre belle, forte, fiĂšre. J’ai envie d’imposer mon style. Je vais Ă  une discut contre la taule et qui veut parler des TPG en taule.
_ Je m’épile rapidement les sourcils, je me rase, je me maquille : fard Ă  paupiĂšre gris scintillant et bordeaux mat, mascara et un rouge Ă  lĂšvre assorti avec le bordeaux. La veille au soir, j’avais dĂ©jĂ  choisi comment m’habiller : d’abord, mes nouveaux bas rĂ©silles ! Je les ai chourrĂ© il y deux jours, j’aime leur maille fines đŸ™‚ . Je met de grosses chaussettes noires que je remonte jusqu’en dessous des genoux, il caille ! Ma mini jupe noir que j’ai dĂ©coupĂ© dans une robe, il y a de discrets faux diamants qui scintillent cousu dessus. J’enfile un petit haut sexy, pour moi, une polaire et mon sweet Ă  capuche noir « Vilain Garçon Â». Je mets mes chaussures en cuire montante. J’hĂ©site, Ă  cause du froid, puis je sort mon petit blouson noir. Un bonnet, une Ă©charpe et une paire de gants pour complĂ©ter ma tenu contre l’hiver, au moins pour le haut du corps ! Je met mon thermos dans mon sac et je file en oubliant de finir ma tasse de sauge.

Je trace en vĂ©lo. Je veux pas ĂȘtre trop en retard. J’ai rien dans le ventre mais l’adrĂ©naline du « au feu ! Â» de tout Ă  l’heure me pousse toujours.

Je doit traverser le centre ville et les regards des hommes cis blancs m’aggressent. L’assortiment mini-jupe/bas rĂ©sille semble faire skotcher leur yeux sur mon entre jambe. Ouf ! Je suis en vĂ©lo, ça me protĂšge, je trace. Je crache quelques molards pour me vider le nez et pour extĂ©rioriser ma colĂšre. Ils me mattent. Bien sur, dĂšs que l’on est Ă  moins de cinq Ă  dix mĂštres, alors que je les fixe dans les yeux, ils finissent toujours par regarder mon visage. Et lĂ , toujours, leur regard de mateur ahuri se transforme en une petite grimace de la bouche, froncement de sourcil en prime. D’un coup, ils ne sont plus sur d’avoir matĂ© un meuf. Je maintien mon regard, fixe, droit dans les yeux, parfois jusqu’à ce qu’on se croise Ă  moins d’un mĂštre de l’autre. Puis ils finissent toujours pas dĂ©tourner le regard et regarder par terre. Ça m’énerve tellement et en mĂȘme temps ça me fait un peu marrer des les voir en dĂ©route face Ă  mon genre. Mais, ça m’use, ça m’énerve. Je doit traverser tout le centre ville et chaque regard Ă  soutenir me pĂšse.


Je ne veux pas “regarder dans le vide, loin devant” pour
les ignorer. Je veux les mettre face Ă  leur connerie.
Alors je soutien leurs regards, les uns aprĂšs les autres.

Un, deux
 j’ai froid, trois, quatre, je pĂ©dale de plus en plus vite, cinq, le froid me glace les genoux, six, sept, huit, j’ai pas envie de m’arrĂȘter a ce feu, je le sent pas, neuf, dix, ĂȘtre immobile me fait me sentir vulnĂ©rable, onze, maintenant le froid me brĂ»le les genoux, douze, j’ai hĂąte d’arriver dans le bar, treize, quatorze, je me dis qu’une fois lĂ -bas ça va ĂȘtre tranquille, une ambiance « alliĂ©e Â», quinze, presque arrivĂ©e. Je vois le bar oĂč a lieu la discut’. Je suis stressĂ©e, je pensait pas que sortir en bas rĂ©sille (c’est ma premiĂšre fois) serait aussi dur. Je descend de mon vĂ©lo pour l’attacher. Une personne sort de l’immeuble devant moi
 ouf ! Une meuf. Je n’aurais pas un regard de plus Ă  soutenir.

Il n’y a pas que les mecs cis blancs qui me mattent chelou, mais c’est leurs regards les plus insupportable et c’est ceux que je veux affronter le plus pour pas les laisser passer. Je soupire une derniĂšre fois, et me dirige vers le bar Ă  pied. Je vois un pote pĂ©dĂ© devant, ça me rassure dĂ©jĂ . Je rentre.

Dans la premiĂšre salle, seul quelques personnes dont le patron que je regarde Ă  peine, je vais vers la grande salle oĂč il y a la discut. Premier choc : la salle est bondĂ©e. Une personne parle pendant que tout le monde Ă©coute. Un type qui est sur le seuil se retourne et me dĂ©visage de la tĂȘte au pied. Merde, j’ai pas eu le rĂ©flexe de soutenir son regard pour le confronter. J’ai laissĂ© tombĂ© ma garde en rentrant ou quoi ? Je l’ignore. Il se pousse et je prend sa place sur le seuil de la salle. DeuxiĂšme choc : il n’y a pas de meufs trans visible dans la salle. Quelques gouines, un peu moins de pĂ©dĂ©, pas de folle visible. Merde. Qu’est-ce que je peux ĂȘtre naĂŻve, c’est pas du tout un espace tranquille et j’ai dĂ©jĂ  baissĂ© ma garde. La moitiĂ© des personne de la salle bug sur ma gueule. Vous savez comment on jette un regard quand une personne rentre dans une piĂšce ? Et bein lĂ  c’est pareille sauf que la moitiĂ© des regards restent accrochĂ© sur moi, de façon plus ou moins discrĂšte
 parce que tout le monde sait que ça se fait pas de dĂ©visager. Ça me fait buguer. Je ne bouge plus et essaye de rĂ©flĂ©chir Ă  une solution. « Casse-toi d’ici !!! Â» me crie une personne dans ma tĂȘte et une autre me dit « Emmerde-les ! Prend la place comme si de rien n’était ! Â». Ces deux voies contradictoires me font buguer. Je passe en mode pilote automatique « soumission sociale Â», le regard vide, je vais m’asseoir dans la piĂšce, sans croiser aucun des regards, je suis dans une bulle, je fixe un point dans le vide en face de moi pour me poser un peu.

Soupire, au moins je suis au chaud. Je fais un tour de la salle avec mes yeux et rĂ©alise que ça va ĂȘtre dur de soutenir tout ses regards qui me dĂ©visagent en croyant ĂȘtre discret. Je suis Ă  peine ce que raconte la personne qui parle. Je remarque une autre meuf en bas rĂ©sille, ça me fait plaisir de pas ĂȘtre la seule. De temps en temps, je trouve la force d’affronter un regard et de mater la personne du regard, Ă  d’autres moments je raccroche Ă  ce que dit la personne qui parle. La plupart du temps je fixe un point dans le vide. Les personnes que j’ai matĂ© du regard n’osent plus me regarder et c’est trĂšs bien comme ça.

C’est une vraie lutte de regard qui a lieu mais ça Ă  l’air de n’épuiser que moi.

On va bientĂŽt entendre des tĂ©moignages de prisonniĂšres, cis et trans, et ça m’énerve d’avoir Ă  entendre ça en mixitĂ© et avec toute cette hostilitĂ© autour de moi.Les gent.e.s veulent capter ça veut dire quoi ĂȘtre une meuf trans en prison alors que personne Ă  l’air de capter ça veut dire quoi ĂȘtre une meuf trans dans cette salle ? Commençons par le commencement
 J’enrage intĂ©rieurement, je passe en mode combat et je soutien tout les regards, c’est incroyable comment la colĂšre me donne cette Ă©nergie.

Chaque regard y passe, les uns aprĂšs les autres. “Fuck you ! Rince-toi l’oeil sur internet si t’as jamais vu de meufs trans ! Connard ! ” Mon regard traduit mes pensĂ©es.

Je m’épuise. Je m’efforce de rester impassible et de ne pas baisser le regard. Je suis incapable de m’énerver, incapable de partir. Je suis sur qu’il est dur de deviner ce qui se passe pour moi. L’écoute va commencer, la salle se rĂ©organise et une dizaine de nouvelles personnes entre dans la salle.Merde, de nouveaux regards Ă  mater.

Je passe plus rapidement sur la suite, mais c’est la mĂȘme ambiance, la mĂȘme galĂšre. Pendant l’écoute sonore je suis en mode bug, Ă  fixer le plafond. L’écoute est finie, vite, il faut que je me casse d’ici. Fuir, ça me fait du mal cette ambiance. Une personne en moi Ă  trop mal pour rester plus longtemps. Mais je n’ai pas l’énergie du bouger du canapĂ© sur lequel je vais finalement rester assise cinq heure. Je ne peux pas montrer mes vulnĂ©rabilitĂ©s, mĂȘme aux personne que je connais qui sont lĂ , j’ai trop peur de m’effondrer, alors je fait tout pour cacher que je suis trop mal. Aussi, une autre personne en moi veut rester, les emmerder, ne pas fuir et riposter, pousser une gueulante. Entre ces deux tendances en moi, j’alterne entre regarder dans le vide pour me protĂ©ger et mater les matteurs.

A chaque fois que de nouvelles personnes arrivent, ça recommence, regards hostiles, riposte par le regards. Mais je m’épuise.

Deux types me dĂ©visagent encore, j’hĂ©site lequel regarder dans les yeux, je sais que je n’aurais pas le temps de mater les deux, j’opte pour le premier qui m’a dĂ©visagĂ©. Il dĂ©tourne son regard, yes ! J’en peux plus, je dĂ©pense toute mon Ă©nergie pour ne pas laisser transparaĂźtre que je suis Ă  bout., que leur hostilitĂ© Ă  de l’effet sur moi. Je fais comme si j’étais invincible. Forte et fiĂšre. C’est dur d’ĂȘtre une meuf trans visible. J’essaye de me fĂ©liciter en me disant que ma visibilitĂ© fera peut-ĂȘtre du bien Ă  une meuf trans, a une fem, Ă  des trans qui s’ignorent et qui sont là
 La discut est finit, tout le monde se barre. Je respire un peu. Quel soulagement, il n’y a plus que trois autres personnes dans la piĂšce, tout le monde est dehors. Je dĂ©cide de rester pour manger et voir aprĂšs si je vais au concert ou pas. Mais encore de nouvelle personnes arrivent, j’ai de moins en moins d’énergie


Je n’arrive plus a affronter les regards, Ă  riposter, je vois une table entiĂšre me dĂ©visager et parler de moi. Je me sent comme une merde. J’arrive plus a lutter.

Je lĂąche l’affaire. Je suis brisĂ©e. Je pleure Ă  l’intĂ©rieure mais j’arrive Ă  ne pas montrer cette faille Ă  l’extĂ©rieur. Je prends le temps de finir soigneusement mon assiette jusqu’à la derniĂšre graine de courge pour ne pas montrer que je part parce que leur regards m’ont atteins. Je suis Ă  bout et hors de question de craquer ici. D’autres personnes arrivent et me dĂ©visagent encore.

Je me rĂ©signe Ă  partir, Ă  ne pas aller au concert qui Ă  l’air trop bien, pas la force de tenir plus et d’affronter toujours de nouveaux regards. Et je me dis que je vais aller au bar trans dans un squat pas loin pour dĂ©brieffer avec des potes. J’enfile un jogging. Mais sur mon vĂ©lo, je me rend compte que je ne vais vraiment pas bien, je suis Ă  bout de force. Je rentre chez moi direct. Ça m’énerve encore plus que cette cis-ambiance de merde m’aie mĂȘme enlevĂ© l’énergie de voir mes potes trans. Je trace direct chez moi. La nuit me protĂšge des regards.

Chez moi, je bug longtemps, je mange et me fais une infusion tilleul/lavande pour essayer de me calmer. Je refais le fil de la journĂ©e dans ma tĂȘte et j’enrage ! Je vais pas rĂ©ussir Ă  dormir. Alors j’écris dans mon cahier tout ce qui s’est passĂ© aujourd’hui pour le sortir de ma tĂȘte un peu. J’écris pendant trois heure et demie. J’ai mal au poignet, je me sent soulagĂ©e. Je l’écris pour moi, pour pas oublier, et pour vous les copines. Je me dit que je ne devrais jamais retourner dans ce genre de trucs seule et en mĂȘme temps j’ai pas envie de me mettre des limites, c’est eux le problĂšme ! Je rĂ©alise quelle force doivent avoir les meufs trans que je connais qui sont hyper visible quand elles interviennent publiquement de par leur asso ou autre. Je pense Ă  vous. Je ferme les yeux, je rĂ©flĂ©chie un peu a ce que j’aurais pu faire de plus, quel coup de gueule j’aurais pu pousser pour au moins visibiliser ma situation Ă  ces fucking cis. Mais ça aurai Ă©tĂ© au prix de montrer une vulnĂ©rabilitĂ© et j’avais pas la force. J’ai pas envie que ça m’empĂȘche de remettre mes bas rĂ©sille.

Je verse encore un peu ma colĂšre dans ce cahier en Ă©crivant ce que j’ai pas eu la force de leur dire, puis je m’effondre en sanglots, en pleurs. Je fond en larmes. Je pleur toutes les larmes de mon corps. FiĂšre, forte et en larmes.

Ces regards je les vit tout les jours, pas tout les jours de façon aussi intense, mais je n’ose pas sortir mes bas rĂ©sille aussi souvent que j’aimerai. Alors voila comment je riposte Ă  ces regards qui m’agressent, comment ça me rend fiĂšre, comment ça me renforce des les voir baisser les yeux et sur comment j’ai un contre coup, aprĂšs, parce que ça me brise aussi de vivre tout ça. Je rĂȘve d’aller plus loin dans la riposte, verbalement, physiquement, mais c’est dur. C’est dur de gĂ©rer ses vulnĂ©rabilitĂ©s. Je regrette rien, au contraire, j’ai fait baisser le regard Ă  une quarantaine de matteurs, j’ai rĂ©ussi Ă  rester plus de cinq heure dans cette ambiance de merde, wouah, bravo !

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“(…) je suis celle qui n’a rien a perdre, qui n’a aucune raison de croire en l’humanite, de croire qu’il y aurait une raison de vouloir faire des efforts pour rentrer dans la ronde, alors que ces regles, ces normes, ces hierarchies, ces reseaux ne m’interessent pas et je ne veux pas les comprendre. Je suis celle qui preferera toujours rester en bas, a se rouler dans la boue comme un joli petit cochon, plutot que de pietiner les autres pour se hisser bien en haut. je suis celle qui aimerait faire de la vie de tous ces monstres un enfer, leur rendre la monnaie de leur piece, leur faire regretter d’avoir essayer de me prendre la vie. Et je suis celle qui assumera toujours chaque coup rendu, parce que rien ne pourra remplacer ce que l’on m’a enleve et ce qu’on continue d’essayer de me prendre. Je suis celle qui hurle “bash back” a pleins poumons, et reve de me venger sur ceux qui m’ont fait du mal et ceux qui les soutiennent, les encouragent. Je suis une survivante, qui leche ses blessures profondes pour essayer de guerir de toutes les violences subies, mais qui sortira les crocs et se battra jusqu’a son dernier souffle s’il le faut … parce qu’il n’y a rien d’autre a faire que survivre dans ce monde, et que la survie c’est ne pas se laisser enfermer dans un statut de victime, d’inferieur, et c’est devenir une arme face a des violences percues comme normales dans les schemas patriarcaux. Baisser la tete et faire soumission m’empecherait de me supporter moi-meme, de me respecter moi-meme, de continuer a vouloir vivre, et j’ai survecu jusque la a un monde et un milieu peuple d’autoritaires et de laches trop contents de les suivre, et il en sera ainsi tant que je respirerai dans ce vaste univers imbibe de putrefaction.”

extrait du texte “sirventes de printemps” sur diomedea.noblogs.org

D’AUTRES TEXTES…

Des contributions et textes trouvĂ©s ci et lĂ  dans lesquels le developpement “thĂ©orique” est plus central.

Tu es avec nous ou tu es contre nous

TW : ce texte dĂ©vi aux normes gramatikal et orthografiks

======E=3=======

L3 « tu 3s avec nous ou tu 3s contre nous Â» 3st un faux dil3mm3. Une rĂ©flĂ©xion binair3 qui r3vien Ă  dire « tu es fĂ©ministe ou tu es antifĂ©ministe Â», racist3/antiracist3, capitalist3/anticapitalist3. Un3 s3nt3nce qui rĂ©duit le choix d3s possibl3s Ă  2. Si tu n’3s pas l’un, tu 3s l’autr3. Si tu 3s critiqu3 vis Ă  vis de l’un, tu 3s l’autre 
 Il s’agi d’1 argum3nt dĂ©f3nsif, qui 3st autoritair3 sous couver d3 radicalitĂ©.

Et j’utilisais c3t argum3nt, il y a p3u encor3. La dĂšrniĂšr3 fois qu3 je l’ai utilisĂ©, c’3st en jug3ant un3 situation d3 façon extĂ©ri3ur. Laiss3-moi t3 la racontĂ© de mon point d3 vu3. Une p3rsonne qu3 j3 n3 connais pa, mais qui Ă©volu3 dans un mili3u proch3 du mi3n 3st mis Ă  jour comme un viol3ur. J3 l’app3ll3rai ici Jean. J3 m3 r3trouve sur un camp, Ă  frĂ©qu3nter Jean 3t des gens que j’identifie comme « sa cliqu3 Â» p3ndant tout3 une s3main3. Son prĂ©nom 3st t3ll3m3nt courant, k3 j3 n3 fais pas le li3n. C s3ul3m3nt Ă  la fin du camp, k’un3 ami3 m’appr3nd k3 C c3 mĂȘm3 typ3 ki 3st un viol3ur. J3 suis dĂ©goutĂ©-3 ! Pourquoi 3st-c3 qu’on n3 m’a ri3n dit avant ? Tout3s c3s m3ufs ki frĂ©qu3nt3nt 3ncor3 sa cliqu3, aurai3nt du me prĂ©v3nir si elles avai3nt 3u un3 consci3nc3 f3minist3 ! J3 m3 s3ns trompĂ©-3. Mal d’avoir discutĂ©, rigolĂ© av3c lui comm3 si d3 ri3n n’était. Sans rien soupçonn3r. J3 t3rmin3 l3 camp av3c c3tt3 ranco3ur contr3 lui mais surtout contr3 s3s pot3s. J3 n3 l3ur 3n parl3 mĂȘm3 pas. Si i3ls gard3nt ça sous sil3nce, c qu’i3ls l3 souti3nn3 activ3m3nt. J3 n’ai ri3n Ă  l3ur dir3.

Lors d3 discussions fĂ©minist3s, j3 crois compr3ndr3 par hasar ki il a violĂ©. Par hasar, psk c3tt3 m3uf n3 l3 dit pas clair3m3nt. On/3lle m3 racont3 comm3nt d3s actions ont Ă©tĂ© m3nĂ©3s contre lui pour l’3xclur3 de li3ux/Ă©vĂ©n3m3nts. Comm3nt l3 group3 de m3ufs d3 « sa cliqu3 Â» qu3stionn3nt d3s pratiqu3s fĂ©minist3s (et la p3rtin3nc3 d’3xclusions). A qu3l point il 3st bi3n 3ntourĂ© 3t continu3 d3 vivr3 tranquill3m3nt. Alors qu3 3ll3 vit dans la p3ur. J3 n3 sais pas trop dĂ©t3rmin3r de koi 3ll3 a p3ur, mais ça pr3nd une plac3 important3 dans sa vi3. Chang3 d3 num3ro rĂ©guliĂšr3m3nt. N’3st joignabl3 qu3 par mails. Jean, lui, Ă©crit d3s brochur3s. Il a un3 grand3 notoriĂ©tĂ© dans son styl3. Il 3n aurait mĂȘm3 publiĂ© un3 ki s’app3ll3 « Je ne veux plus ĂȘtre un violeur Â». J3 lis c3tt3 brochur3, 3t la g3rb3 m3 mont3 dans la gorg3. Un3 Ă©spĂšc3 d3 m3a culpa dĂ©goulinant d3 bonn3 volontĂ©, ki offr3 Ă  lir3 d3s d3scription d’agr3ssions s3xu3ll3s d3 son point de vu3. Comm3 s’ul n’y avait pas ass3z de t3xt3s Ă©crits par d3s p3rsonn3s agr3ssĂ©3s s3xu3ll3m3nt, qui dĂ©criv3nt 3n dĂ©tail c3 qu’i3ls ont subi. Lui analys3 s3s act3s av3c froid3ur, comm3 on comm3nt3rait un film. J3 m’3n tap3 kil n3 v3uill3 plus ĂȘtr3 un viol3ur. 3n koi 3st-c3 k3 ça pourrait ĂȘtr3 intĂ©r3ssant pour kiquonqu3 ? J3 pr3nd ça pour un verni profĂ©minist3. 3n att3ndant la copin3, 3ll3, 3n bav3 toujours. 3t n’a ri3n publiĂ© sur son vĂ©cu.

J3 n3 suis pas trĂšs proch3 d’3ll3 p3rsonn3ll3m3nt, mais j3 m3 s3ns proch3 de c3tt3 histoir3. J’ai Ă©tĂ© violĂ© par un bon militant, cl3an sous tt rapport, antis3xist3 3x3mplair3. Un m3c ki r3gr3tt3 « sincĂšrement Â» d’avoir violĂ© plusi3urs personn3s, ki « fait un gros travail Â» sur lui, mais continu d’ĂȘtr3 un connard fini. Dans ma tĂȘt3, l3 li3n 3ntre l3s souti3ns d3 Jean 3t l3s souti3ns du m3c ki m’a violĂ© 3st vit3 fait. Dans l’annĂ©3 ki suit, j’évit3 de frĂ©qu3nt3r « sa cliqu3 Â». J3 n3 m3 s3ns pas Ă  l’ais3 qd on s3 r3trouv3 sur l3s mĂȘm3s li3ux. Pas moy3n d3 l3ur fair3 confianc3. MĂȘm3 si on a d3s atom3s crochus, j3 l3s snob. A un3 pot3, ki comm3nc3 Ă  frĂ©quent3r c3tt3 cliqu3, j3 dis mon malais3 3n 1 phras3, tranchant3. 3ll3 coup3 court Ă  la discussion. C3 n’3st pas l3 mom3nt d’3n discut3r. C 2 annĂ©3s aprĂšs l3 camp, p3ndant un long traj3t 3n voiture qu3 j’abord3 l3 suj3t pour la premiĂšre fois av3c un-3 autr3 pot3 ki connai la cliqu3. I3l n3 compr3nd pas bi3n c3 k3 j3 v3ux dir3. Alors j3 lui racont3 c3tt3 histoir3, comme j3 vi3ns d3 t3 la racont3r.

La3 pot3 tomb3 d3s nu3s. I3l m3 dit ka priori j3 suis plus informĂ©-3 sur c3tt3 histoir3 que Jean lui-mĂȘm3 et qu3 l3s p3rsonn3s d3 la « cliqu3 Â». Qu3 la s3ul chos3 qu3 l3s pot3s d3 Jean ont 3u pour info, c’3st « Jean est un violeur Â». Quand i3ls ont d3mandĂ© Ă  3n savoir plus (pas Ă  avoir d3s pr3uv3s, Ă  3n SAVOIR plus), c’était sans succĂšs. I3ls ont vu Jean int3rdit d’évĂ©n3m3nts/li3ux sans 3n compr3ndr3 r33ll3m3nt l3s 3nj3ux. I3ls n3 savai3nt pas ki Ă©tait la copin3, ni a ki s’adr3ss3r pour 3ntr3r 3n contact avec 3ll3.

Alor c Ă  mon tour de tomb3r d3s nu3s.

J3 m’imagin3 Ă  l3ur plac3. Un bon pot3 visibilisĂ© comme viol3ur. Aucun moy3n d’3n savoir plus. Pas 3nvie d3 m3ttr3 3n qu3stion c3 ki 3st avancĂ©, mais envi3 d’avoir d’autr3s rĂ©pons3s k3 l3s si3nnes.

Sa v3rsion Ă  lui comm3 s3ul3 3xplication. Qu’3st-c3 k3 j3 f3rais ?? Comm3nt 3st-c3 k3 j3 d3al3rais av3c ça ? 3St-c3 k3 j3 c3ss3rait d3 l3 frĂ©qu3nt3r ? 3st-c3 qu3 j3 m3ttrait d3 la distanc3 ? 3st-c3 k3 j3 lui d3mand3rais d’écrir3 un truc (un3 brochur3 
) pour m’3xpliqu3r c3 ki l3 travaill3/trav3rs3 ? 3st-c3 k3 s3s m3a culpa dĂ©goulinants d3 bonn3 volontĂ© suffirai3nt Ă  r3st3r 3n confianc3 av3c lui ? 3st-c3 qu3 j3 m3 m3ttrais Ă  l3 haĂŻr du jour au l3nd3main pour c3 kil a fait ? J’3n sais ri3n ! J’3n sais rien !!!! L3s murs d3 m3s c3rtitud3s binair3s s3 fissur3nt. J’avais exigĂ© un positionn3m3nt clair, sans app3l, d3 la part d3s pot3s d3 Jean, alors qu’à l3ur plac3, j3 n’3n aurait pas Ă©tĂ© capabl3. J3 voyais d3s « soutiens infaillibles Â» lĂ  oĂč il y avait sĂ»r3m3nt d3s personn3s 3n dout3. Ki n’avai3nt pas 3nvi3/pas l3s moy3ns d3 s3 positionn3r dans l3 « tu 3s av3c nous ou tu 3s contr3 nous Â». J3 suis r3stĂ© un long mom3nt sans voix, dans la voitur3. La3 pot3 aussi. I3l n3 pouvait pas imagin3r l3 chamboul3m3nt dans ma tĂȘt3. D3puis c3tt3 discussion j3 cr3us3 3t cr3us3 c3 faux dil3mm3 pour 3n v3nir Ă  bout. 3n 3sp3rant n3 plus l’impos3r Ă  kiconqu3. 3t n3 plus m3 l’impos3r Ă  moi-mĂȘm3 !

=====A=4=====
J’écris ce texte en m’4dress4nt Ă  toi, ki ent4illes le p4tri4rc4t. Qui le subi dans t4 ch4ir. Et ki a dĂ©jĂ  eu Ă  te positionner, voire a dĂ©j4 exiger d’4utres qu’iels se positionnent d4ns le « tu es avec nous ou tu es contre nous Â». Je v4is ess4yer de t’expliquĂ© ce ke je pense ici, s4ns me justifĂ©. Je ne cherche pas Ă  te conv4incre. Juste Ă  te permettre de me comprendre un peu, si ç4 te tente. 4ut4nt te dire tout de suite ke je ne tire p4s mes idĂ©es d’une thĂ©orie/groupe politique. Je les 4i creusĂ© en crois4nt ou en en heurt4nt des actions. Et ces idĂ©es n’ont rien de figĂ©es. Elles sont critiqu4bles Ă  envi, mĂȘme s4ns justific4tion (peut-ĂȘtre mĂȘme ke tu m’entendr4s les critiquer sous peu). Elles ont Ă©mergĂ© dans une civilis4tion techno-industrielle et n’ont p4s l4 prĂ©tention de parlĂ© d’autres situ4tions ke celles que j’4i 4perçues moi-mĂȘme ds cette civilis4tion-ci (ke crĂšve l’univers4lisme !).

Les violences oppressives sont p4rtout, on les subit et on les perpĂ©tu souvent malgrĂ© nous. Je te dĂ©fi de me dire ke tu n’4s j4m4is outrepassĂ© les limites de qqn-e. ke tu ne t’es jamais rendu compte qu’4prĂšs coup de ce ke ç4 4v4it provoquer chez l’4utre. Peut-ĂȘtre mĂȘme qu’il a f4llut qu’on t’explique. Ke tu n’4rriv4is p4s Ă  comprendre seul-e. (Ou ke tu ne l’4s toujours p4s compris en fait).

C’est l4 r4ison pour l4quelle je ne considĂšre p4s qqn-e sur ce qu’iel a fait, m4is sur ce qu’iel EN f4it. Est-ce qu’iel en prend 4cte, sĂ©rieusement. Si je continue Ă  parler Ă  un-e « agresseur-e Â», et si je mets des guillemet 4utour de ce mot, je ne remets en aucun c4s en c4use ce ke tu 4s pu vivre. Je ne prends p4s p4rtie POUR ellui et CONTRE toi. Je ne lui suis p4s un soutien inf4illible (ni pour l’un-e ni pour l’4utre). Je ne veux p4s DEVOIR cesser de l4e frĂ©quenter et ne plus l4e dĂ©finir ke p4r qqch qu’iel aur4 f4it Ă  un moment donnĂ© de s4 vie. Je continuer4i peut-ĂȘtre de l4e frĂ©quentĂ© si j’observe qu’iel s’est donnĂ©/se donne les moyen de travailler sur son comportement. Si iel f4it, ce que j’estime ĂȘtre, le nĂ©cess4ire pour qu’une tel situ4tion ne puisse plus se reproduir. Si j’4i l’énergie de br4sser une Ă©niĂšme fois tout ç4.

Je ne dis p4s qu’il f4ut « soutenir Â» tout-e 4gresseur-e d4ns son « cheminement personnel pour CHANGER Â». Je ne dis p4s ke je le fer4i. Je te dis ke m4 rĂ©4ction ser4 diffĂ©rente Ă  ch4ke situation. ke je n’4i p4s envie d’4ppliquer un schĂ©m4 de pensĂ©es/rĂ©actions prĂ©dĂ©fini et 4pprouvĂ© pour toute situation de violence oppressive. Ce serait f4ire le jeu de l4 justice, et je refuse d’ĂȘtre un-e justicier-e !

Si tu dĂ©montes l4 gueule d’une personne Ă  qui je tiens, j’en souffrirai sĂ»rement pour ellui. C4 ne voudr4 p4s nĂ©cess4irement dire que je critiquer4i ton 4cte, que je ne le comprendr4i p4.

=====i= !=====

Quand, ya plus !eur annĂ©s, j’a ! eu a fa !re face Ă  une agreç !on sexuelle, j’a ! r !postĂ©. Ça a Ă©tĂ© ma rĂ©act !on. Elle s’est !mposĂ© Ă  mo ! pour affronter ça. j’a ! env ! aujourd’hu ! d’avo !r un regar distanc !Ă© sur la ripost, une auto-critique autant qu’une critique.

J’a ! aucun pb , en soi, avec l’ut !l !sat !on de la r !poste/attaque. Je ne la trouve pa moralement bonne ou mauva !se. Souvent, quand j’entens des Ă©chos de r !postes/attaques, elles me font chaud au cƓur. Me donnent de la force pour en mener mo !-mĂȘme.

Taguer/ pourr !r/ dĂ©f !gurer/ ca !llasser/ br !ser/ casser/ voler/ saccager/ hum !l !er/ incend !er/ crever/ cracher/ menacer/ c !bler une personne/ un groupe de personnes/ du mater !el/ nommĂ©ment/ de man !Ăšre !nd !scr !m !nĂ©e/ « gratu !te Â»/ revend !quĂ©/ anonymement

Tous ça ne me parle pas de la mĂȘme man !Ăšre en toute c !rconstance. Je ne veux pas part !c !per au fantasme ou a l’érot !sat !on de la r !poste. D !re « no limit Â» tout est cool. S ! je su !s s !ncĂšre avec moi-mĂȘme, je ne peux pa savo !r Ă  l’avance, ce qu ! me fera k !ffer. Ça dĂ©pendra des s !tuat !ons. Je peux m’ !mag !ner des scĂ©nar !os que je trouvera ! bien cool, d’autres franchement
mo !ns. Ma !s mĂȘme dans ce « franchement moins Â», ya du pos !t !f pour mo !. Parce ke jusqu’ !c !, je peux d !re d’une r !poste (qu’elle me parle ou non) qu’elle me nourr !. Elle me quest !onne. M’ammĂšne Ă  Ă©valuĂ© mes propres l !m !tes. À repousser des poss !bles. Elle ouvre/ferme des portes dans ma tĂȘte. Elle m’a !de a me connaĂźtre mo !-mĂȘme.

Je ne prĂ©tends pas avo !r le bon moyen de rĂ©pondre Ă  la v !olence quot !d !enne/systĂ©m !ique kon se pren ds la gueule. Je pense ke chak personne k ! souha !te surv !vre trouve ses rĂ©act !ons propres. Elles n’ont pas beso !n d’ĂȘtre thĂ©or !sĂ©es/just !f !Ă©es/lĂ©g !t !mĂ©es/label !sĂ©es pour ĂȘtre sensĂ©es.

S ! JE DO ! S CHO ! S ! R ENTRE M ’ ENTA ! LLER LES VEINES ET ENTA ! LLER LE PATR ! ARCAT ;

A UJOURD ’ HU ! JE CHO ! S ! D ’ ENTA ! LLÉ LE PATR ! ARCAT . P ARCE QUE ÇA ME SERA SÛREMENT V ! TAL , NÉCESSA ! RE .

E N R ! POSTANT , MÊME S ! ON NE SE CONNA ! S PAS , TU PEUX ME DONNÉ L ’ ! MPRESS ! ON D ’ ÊTRE COMPL ! CES DE TA ! LLADER LE PATR ! ARCAT . E T C ’ EST UN L ! EN AUQUEL JE T ! ENS . P ARCE QU ’ ! L NE S ’ AG ! T PAS DE D ! SCOURS / PR ! SE DE POS ! T ! ON FAKE . C’ EST DU TANG ! BLE , DU PALPABLE . C’ EST CE DONNER DE LA FORCE À TRAVERS NOS ACTES . Ê TRE COMPL ! CES ET NON PAS « SOUT ! ENS Â».

Ce qu ! te prends aux tr !pes quand tu attak/r !poste est une puls !on/env !e toute personnelle. Tu ne peux pas demandĂ© Ă  tous le monde de rĂ©ag !r d’1 bloc. En « sout !en Â». Parce que sa va parler/rebuter/ !nsp !rer chak personne d !ffĂ©remment. Alors stp ne me demandes pas de me retrouver dans tout ce ke tu d !s, tous ce ke tu porte. Ne me d !s pas quo ! fa !re pour ĂȘtre un-e « bon-ne sout !en Â», je ne veux pas de ce label. S ! je ne su !s pas d’accord avec to !, j’a !mera ! pouvo !r te le fa !re savo !r sans cra !ndre d’ĂȘtre taxĂ©-e d’ant !-fĂ©m !n !ste ou de « traĂźtre-sse Ă  la lutte Â». S ! tu n’est prĂȘt-e qu’à entendre la renga !ne « tu es lĂ©gitime 
 c’est un-e monstre 
 tu es victime Â», ne me demande pas mon av !s. Tu sera déçu-e 


Quand tu te fa !t agressĂ©, ça fa !t mal. Ce qu ! fa !t d’autant plus mal, cĂ© ke ce k ! t’arr !ve est affreusement normal. Ça arr !ve tous les jours dans notre belle c !v !l !sat !on. Mais to ! tu le cr !es, tu fa !s du bru !t. Ya de la casse. C’est beau Ă  vo !r. Ca ne fait pas de cet-te « agresseur-e Â» un-e monstre. Ca en fa !t qqn de normal. Attaker cette normal !tĂ©, ça fa !t de to ! un-e cr !m !nel-le en pu !ssance. La just !ce (Ă©tat !k, rĂ©paratr !ce, rĂ©volut !onna !re 
 qu’ !mporte) !mpose un schĂ©ma de normes/rĂšgles valables un !versellement. Elle dĂ©f !n !t des pun !t !ons/rĂ©parat !ons appropr !Ă©es pour rĂ©-Ă©duquer les dĂ©v !ant-es. Toute personne dont !l est avĂ©rĂ© qu’ !el transgresse ces normes/rĂšgles est coupable. Et est amenĂ©-e de grĂ© ou de force Ă  retrouver le dro !t chem !n de la morale. S ! tu comptes pun !r. Rendre just !ce
 Ca sera sans mo !.

Pour autant je m’ !mag !ne mal me mettre en travers de ton chem !n pour t’en empĂȘcher (mais qui sait…). S ! on se connaĂźt, je pourra !s te proposer d’en d !scuter. S !non tu l !ras peut-ĂȘtre un texte, une lettre k ! tentera de t’expl !quer mon dĂ©saccord.

Je n’attends d’aucun-e rĂ©volut !onna !re, n ! d’aucun-e fĂ©m !n !ste, qu’ !el a !t les mĂȘmes !dĂ©es ke mo !. Parce ke ma v !s !on est (personnelle et) sĂ»rement !njust !f !able dans une perspect !ve de transformat !on soc !ale. Depu !s ke j’a ! arrĂȘtĂ© de cro !re en la rĂ©volution, j’a ! arrĂȘtĂ© de croire en la f !n du patr !arcat. Ke ça arr !ve ou pas dans un future lo !nta !n, je m’en bas les gonades. Ca fa !t b !en beau dans les bouqu !ns de SF fĂ©ministe, oĂč l’utop !e est de m !se.

Depu !s ke le sex !sme ex !ste !l a sĂ»rement toujours Ă©tĂ© ta !lladĂ©. Depu !s ke l’hĂ©tĂ©ronome ex !ste elle a sĂ»rement toujours Ă©tĂ© attaquĂ©. Depu !s que le rac !sme ex !ste, !l a sĂ»rement toujours Ă©tĂ© scalpĂ©… MĂȘme s ! ce n’est pas « vrai Â», cette !dĂ©e me rĂ©conforte quand je me sens seul-e, lo !n de toute compl !c !tĂ©. Je ne suis pas un soutien inconditionnel.

Je ne suis pas « avec toi Â» ou « contre toi Â». Je ne suis pas « safe Â». Tu peu compter sur mwa pour me rĂ©jouir de tes mĂ©faits ; leur donner de l’éko et te donner de la force si ça me parle, si j’en ai l’énergie.

Avec amour et rage

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A propos de vengeance : quelques contours

Notes prĂ©alables Ă  la lecture :

j’ai choisi de fĂ©miniser les termes liĂ©s aux personnes auteur.es d’agressions afin de sortir de l’évidence de l’hĂ©tĂ©ronorme et de la binaritĂ© homme cis/femme cis. Et aussi pour visibiliser que des violences et donc des dĂ©sirs de vengeance ne sont pas le seul fait des relations hĂ©tĂ©ro entre personne cis. Des reflexions spĂ©cifiques sont nĂ©cessaires a avoir pour prendre en compte les particularitĂ©s propres aux aggresions hors cadre cis hĂ©tĂ©ro (ce qui n’est pas dĂ©velopper ici deso). Cependant, toutes les situations qui ont “nourri” la reflexion du texte qui suit s’inscrivent dans le carde de la norme cis hetero et des schĂ©mas et violence qu’elle produit.
_ J’utiliserai les termes de vengeances, revanches et ripostes de maniĂšre indiffĂ©renciĂ©e. Parce que je n’ai pas trouvĂ© quelque chose de gĂ©nĂ©ralisable et que j’ai l’impression que leurs utilisations sont dĂ©pendantes d’un contexte ou liĂ©es Ă  des expĂ©riences particuliĂšres.

Ces rĂ©flexions sont le rĂ©sultats de nombreux Ă©changes avec d’autres, ce qui me fait alterner entre le “je” et le “nous/on”.


Ça parle de situations qui sont des rĂ©ponses Ă  des attaques du patriarcat, mais pourraient tout autant parler d’un rapport gĂ©nĂ©ral Ă  ce qui nous attaque dans ce monde et de comment on veut y rĂ©pondre.Il est question ici de vengeance qui parle de conflictualitĂ©, d’action directe, du fait de ne pas rester passif.ve et de le faire au regard d’une Ă©thique inspirĂ©e par des points de vue et analyses anarchistes et fĂ©ministes.

Je ne considĂšre pas toutes les raisons de se venger de la mĂȘme maniĂšre car certaines sont des moyens de continuer Ă  asseoir des rapports de merde comme la jalousie, la compĂ©tition, l’honneur, la propriĂ©tĂ© privĂ©e, la soif de pouvoir, etc. Par exemple, je n’aurai pas envie de soutenir une personne qui cherche Ă  se venger de son mec infidĂšle en voulant s’attaquer Ă  sa nouvelle meuf. Car cela parle de la maniĂšre dont la propriĂ©tĂ© privĂ©e s’insinue dans nos rapports les plus intime ainsi que de la maniĂšre dont la misogynie s’impose comme un rĂ©flexe.

Les motivations dont je parle sont en lien avec l’envie de mettre à mal des rapports de pouvoir.

Se venger d’abord pour soi, en dehors de toute volontĂ© de faire de la pĂ©dagogie, d’expliquer d’oĂč vient cette colĂšre et quel comportement engendre quoi. Parce qu’on n’a pas ou plus envie. Parce que ça ne marche pas. Parce qu’il est trop tard pour parler ou parce que l’on refuse d’accorder ce temps et cette Ă©nergie Ă  l’autre. Parce que l’on veut « juste Â» rendre les coups pour se faire du bien.

Prendre sa revanche pour ne pas se laisser Ă©craser, pour transformer la colĂšre et les blessures en acte, pour ne plus la diriger contre nous mais bien contre celleux qui nous bousillent.

Prendre sa revanche pour dĂ©passer la culpabilitĂ© de s’ĂȘtre fait agresser, pour reprendre de la confiance en soi, pour s’autonomiser en reprenant la main sur une situation qui nous bouffe, pour ne plus ĂȘtre bloquĂ©.e dans un statut de victime qui nous veut passif.ve.

Prendre sa revanche pour cicatriser nos plaies.

Riposter pour rĂ©aliser que nos corps ne sont pas seulement de potentielles sources de souffrance mais aussi un moyen, une arme, pour se dĂ©fendre et attaquer. _ Riposter aussi pour extĂ©rioriser la violence vĂ©cue et l’empĂȘcher de creuser des cratĂšres en nous.

Attaquer enfin comme moyen de se redonner de la confiance, pour arrĂȘter de se dĂ©valoriser, de s’excuser, de douter de nous, pour prendre la place sans la demander et sans attendre qu’on nous la cĂšde.

Et dans le fait de se venger, mĂȘme si l’on est la personne au centre du processus (parce que je le fais avant tout pour moi), il reste toujours un rapport Ă  l’autre. Avec plus ou moins d’envie de le faire “pour soi” ou “contre l’autre”.

Parce que notre rĂ©paration peut passer par le fait de faire du mal Ă  l’autre, pour que ce soit ellui qui soit viser cette fois-ci.

Parce j’ai besoin de faire du mal à l’autre pour ce qu’iel m’a infliger, parce que je le considùre responsable de m’avoir pourri la vie. C’est un rapport trùs personnel.

Rendre les coups…

Pour faire peur Ă  la personne ou l’incapaciter pour qu’elle ne recommence pas. Pour dĂ©stabiliser la personne dans ses certitudes, son aisance Ă  faire de la merde. Pour envoyer un message Ă  toustes : les comportements de merde provoquent des consĂ©quences qui peuvent revenir en pleine face.

Quelles capacites a pouvoir se venger ?

L’idĂ©e n’est pas de crĂ©er une norme sur ce qu’il faudrait faire ou non face Ă  des actes qui nous attaquent. En plus, il ne suffit pas de le vouloir pour que ce soit possible de passer Ă  l’acte.
_ Parce que se venger c’est aussi avoir les moyens, ĂȘtre dans certaines dispositions. Et ça va dĂ©pendre vachement de comment on se sent dans nos tĂȘtes, du temps qu’il faut pour mettre des mots, identifier pour soi ce qui se passe, oser le partager et savoir quoi en faire. Ça dĂ©pend aussi dans quel rapport Ă  la rĂ©pression on se situe. Ça ne fait pas pareil de savoir que la rĂ©pression isolerait par exemple un.e mineur.e dont la personne rĂ©fĂ©rente se fait arrĂȘter. Ça fait pas pareil non plus si on sait que se retrouver face aux flics va activer un rapport rĂ©pressif particulier comme cela peut ĂȘtre le cas si t’es une personne racisĂ©e, une personne trans ou sans papiers ou encore si tes dĂ©jĂ  dans le colimateur de la rĂ©pression. Ces critĂšres ne dĂ©finissent pas Ă  priori ce qu’une personne voudrait faire (car il s’agit toujours d’un choix personnel par rapport aux risques que l’on est prĂȘt.e Ă  prendre), mais servent Ă  pouvoir rĂ©flĂ©chir aux spĂ©cificitĂ©s d’une situation et comprendre ce qui peut se passer dans d’autres tĂȘtes et potentiellement mettre des trucs en place pour faciliter les choses si la personne le dĂ©sire.

DĂ©cider de se venger, ça peut aussi potentiellement recquĂ©rir des capacitĂ©s Ă  se bouger, courir, frapper et c’est bien de pas oublier qu’on n’a pas toustes les mĂȘmes moyens face Ă  ça.

Pouvoir se venger c’est aussi avoir des potes autour. DĂ©jĂ  pour avoir des personnes Ă  qui dire, des personnes qui vont nous croire, et des personnes qui vont bien vouloir soutenir. Et les vents peuvent parfois ĂȘtre violents. Parce que quand on s’en prend Ă  des personnes socialement bien placĂ©es, reconnues et/ou apprĂ©ciĂ©es, des personnes qui donnent d’elles-mĂȘme une image sympathique ou charismatique difficile Ă  casser, il faut s’accrocher derriĂšre. Et il vaut mieux avoir des potEs prĂȘt.es Ă  se bouger. Parce que ça demande aussi de se sentir confiant.e. Il faudra du soutien quand on nous renverra l’image de l’hystĂ©rique qui pĂšte un cĂąble parce qu’elle a ses rĂšgles. Ou de la chieuse qui crĂ©Ă© du sexisme quand elle parle de ses galĂšres. Ou de la personne juste trop venĂšre qui fait un foin pour « presque rien Â». Et la liste est longue. C’est assez rapide d’appuyer sur les stĂ©rĂ©otypes de genre pour dĂ©crĂ©dibiliser ou dĂ©politiser des histoires. “c’est un problĂšme interpersonnel, ou de sensibilitĂ©, rien Ă  voir des rapports politiques”. Et dans ce cas lĂ , c’est la personne qui a de la prestance, des potes ou une place sociale particuliĂšre qui sera crue, entendue, et autour de qui les gen.tes se regrouperont, pour peu qu’ielles se positionnent. Ça demande du courage, de ne pas douter de soi, de ne pas se sentir comme une merde, de ne pas se dire que parce qu’on est la.e seul.e Ă  penser ça, c’est qu’on a tort ou que ce n’est pas vraiment grave.

J’écris tout ça pour dĂ©sarmer la culpabilitĂ© que des discours sur la riposte pourraient provoquer. Car cela pourrait renvoyer que la personne qui ne le fait pas serait juste une merde parce qu’iel a besoin d’autres moyen pour se sortir des violences vĂ©cues ou parce qu’iel ne se sent pas de le faire. A plein de moments, ces discours sont utilisĂ©s par des personnes qui font de la merde pour renvoyer la responsabilitĂ© sur les personnes qui la vive. “t’as qu’à confronter cette personne !”, “t’as qu’à lui casser les genoux si ça t’a tant blessĂ©”.

La culpabilitĂ© peut aussi naĂźtre dans ce qui se cacherait derriĂšre l’idĂ©e de force/courage, qui est trĂšs prĂ©sente dans les imaginaires. Je trouve ces deux caractĂ©ristiques trĂšs importantes, et j’ai envie de les dĂ©velopper, mais en modifiant les dires et comportements qui s’y rapporte. Pour moi, la “force” n’est pas qu’une question de capacitĂ© physique ou mentale Ă  dĂ©passer toujours vers le haut les problĂšmes sans questionner vers oĂč l’on va, ni Ă  quel Ă©talon de mesure on se rĂ©fĂšre. Pour moi, la force (dans sa signification proche du courage) est l’un des concepts qui est fortement contaminĂ© par le virilisme et le machisme. A savoir que ça valorise des domaines qui sont souvent attribuĂ©s Ă  la masculinitĂ© (vue ici dans ses formes stĂ©rĂ©otypĂ©es et normatives). “Fort pour se battre”, “fort pour se faire respecter par la peur”, “fort pour ne pas montrer sa souffrance”, “tellement fort qu’il n’a besoin de personne” etc. Et ça renvoi directement Ă  ce qui est interdit aux “petits garçons” : ne pas ressentir ni exprimer ces Ă©motions parce que ce serait vu comme une faiblesse, ne pas parler de ces peurs ni de ces doutes, ne pas reconnaĂźtre qu’on a besoin de soutien Ă  des moments, etc. Dans cette vision largement diffuse du patriarcat, la femelle apprendra d’ailleurs Ă  se rĂ©fĂ©rer Ă  son mĂąle pour gĂ©rer ces domaines lĂ . J’aimerais casser cette image de la force car elle nous desserre et perpĂ©tue une vision patriarcale qui valorise une vision “masculine” qui continue d’invisibiliser les domaines dans lesquels on pourrait parler de force. La force/le courage d’admettre ses erreurs, ses doutes. La force de prendre soin de ses relations. La force de se regarder en face pour connaĂźtre ses limites et les poser. La force de soutenir ses proches et d’affronter l’absurditĂ© de se monde. La force de dĂ©zinguer ses
constructions pourries. La force d’écouter, de se remettre en question. etc.

Pour moi c’est aussi une tentative de ne pas reproduire du virilisme et de la misogynie (qu’elle soit portĂ©e par des mecs ou des meufs ou autres). Je ne veux pas que l’imaginaire de la personne stylĂ©e soit celle d’une personne aux caractĂ©ristiques masculines (dans sa forme stĂ©rĂ©otypĂ©e et normative).

Lutter contre le virilisme, c’est aussi ne pas se laisser enfermer dans des mĂ©canismes de mise en concurrence souvent utilisĂ©s par des connards et dont les meufs sont parties prenantes. De fait, une maniĂšre de faire sa place dans ce monde est de reprendre Ă  son compte les codes des dominants pour pouvoir faire partie de leurs dynamiques et espaces. Cela peut mener Ă  crĂ©er de la mysoginie ce qui revient Ă  jouer des rapports de concurrence entre meufs en dĂ©nigrant les attributs de la fĂ©minitĂ© et l’image dĂ©gradantye qui va avec. Rien de trĂšs original dans cette logique que l’on peut observer aussi dans le rapports de classe oĂč l’on cherche Ă  monter les “pauvres” les un.e contre les autres en crĂ©ant toujours des sous catĂ©gories de personnes pour pouvoir faire partie de celleux qui Ă©crasent et non pas celleux qui sont Ă©crasĂ©.es. Moi je veux qu’on puisse abattre le patriarcat partout oĂč il se trouve. Sans que ça veuille dire que ce soit aux meufs de rattraper le retard de confiance et d’acquis des mecs, mais que c’est bien Ă  chacun.e de quitter les stĂ©rĂ©otypes de genre auxquels cette sociĂ©tĂ© tente de nous assigner sans cesse. Pour construire quelque chose oĂč masculinitĂ© ne rime pas avec domination et fĂ©minitĂ© avec soumission. (big up aux queer trans pĂ©dĂ©s gouines et Autres qui rĂ©inventent dĂ©jĂ  ça !!).

Et l’ethique dans tout ca ?

[je dĂ©veloppe ici des pistes de rĂ©flexion, rĂ©sultats de nombreux Ă©changes, qui n’ont pas toutes finies d’ĂȘtre Ă©laborĂ©es et qui sont plus un ensemble de question qui nourrisse ma pensĂ©e que des rĂ©ponses implacables. Le propre de l’éthique Ă©tant que chacun.e choisisse ce qu’ielle considĂšre comme juste au regard de ses valeurs. Il s’agit donc d’un point de vue partiel et forcĂ©ment partial.]

Comment mĂȘler l’éthique, Ă  savoir un choix raisonnĂ© et rationnel, Ă  la vengeance, qui peut paraĂźtre un acte issu de l’émotion. Sentiment qui vient des tripes ? Je crois plutĂŽt que l’un et l’autre s’alimentent et qu’on ne peut pas faire cette diffĂ©rence entre les deux. En effet, la vengeance peut ĂȘtre longuement rĂ©flĂ©chie, et l’éthique et les choix qui en dĂ©coulent sont aussi guidĂ©s par des Ă©motions et ressentis. Ce dont j’ai besoin, ce qui me fait du bien ou pas. Je peux choisir de suivre une Ă©thique qui dĂ©truira une partie de moi-mĂȘme que je ne veux pas garder. Ce qui me semble ĂȘtre le parcours de qui cherche Ă  quitter les chemins tracĂ©s dans nos tĂȘtes, nos corps, nos actes. Dans le fait de vouloir se venger, il y a donc aussi les deux aspects : le rationnel et l’émotionnel. Le second prenant, j’ai l’impression, assez souvent le pas sur l’autre.

L’éthique peut avoir un rĂŽle assez tĂŽt dans le fait mĂȘme de vouloir suivre une envie de vengeance ou non. Ou quand on suit l’idĂ©e de ne pas vouloir faire de la pĂ©dagogie. AprĂšs, ça intervient dans le fait d’accepter de s’en prendre Ă  des personnes physiques et pas seulement Ă  des biens matĂ©riels.

La base pour moi serait que l’action soit motivĂ©e par le fait d’ĂȘtre pris dans des rapports structurels de domination qu’on cherche Ă  renverser pour se libĂ©rer. Certains actes de vengeance ne me parlent pas. Je peux alors rĂ©flĂ©chir Ă  quel positionnement je voudrais adopter concernant des actes de vengeance qui dĂ©passeraient mon Ă©thique.

Mais voici ici quelques idĂ©es de choses qui me font sens Ă  prendre en compte dans la vengeance ;

Le rapport a l’autonomie dans la reponse…

Une autonomie par le fait de ne pas vouloir dĂ©lĂ©guer nos colĂšres et soifs de revanche aux psy pour nous calmer, aux keufs pour enfermer ou Ă  la justice pour juger Ă  travers sa morale. C’est donc refuser de laisser Ă  des prĂ©tendus « experts Â» le pouvoir de rĂ©gler les choses Ă  ma place. Ça passe par le fait d’identifier ce qui nous le fait pas et sur quel systĂšme de valeurs on se base pour ensuite choisir les moyens par lesquels on veut s’en sortir.

La confiscation de l’autonomie peut aussi se jouer dans des rapports trĂšs proches. Qu’est ce que cela implique d’intervenir sur une situation qui nous a touchĂ©e sans pour autant en avoir Ă©tĂ© la “cible premiĂšre” ? Car on peut s’interroger sur la maniĂšre dont notre propre rĂ©ponse peut court-circuiter le plan de la personne cible [1]. On peut aussi se poser la question de la place que l’on occupe ou qu’on renvoi dans un rapport d’oppression pour faire gaffe Ă  ne pas reproduire de la confiscation et prendre en compte l’importance que cela peut avoir pour une personne de pouvoir ĂȘtre acteur.ices de sa riposte.

DĂ©cider de prendre sa revanche ca parle aussi d’agir directement sur la personne auteur.e et non pas, dans un rapport mĂ©diĂ©, de faire mal Ă  l’une pour que par ricochet ca fasse mal Ă  l’autre.

Ne pas faire appel aux journaleux.e pour visibiliser des actions…

Je ne veux pas collaborer avec la presse dominante parce qu’elle se base sur des logiques de merde. Le principe de transformation de l’information en produits de vente pourri Ă  la base toute possibilitĂ© de donner une information de qualitĂ© parce qu’il faut aller vite, faire court, faire du sensationnel, et ĂȘtre bien dans les cases pour plaire aux publicitaires. Les intĂ©rĂȘts politiques du journalisme mainstream sont directement liĂ©s Ă  ses modes de financement ce qui enterre toute possibilitĂ© critique en dehors du cadre institutionnel et financier. Les mĂ©dias mainstream sont les organes de diffusion privilĂ©giĂ©s des personnes de pouvoirs qu’elles viennent des milieux politiques, industriels, sociaux (psy, sociologue, …) culturels, etc. Ils se font aussi le relais de toutes les normes de la pensĂ©e dominante (qu’iels crĂšvent !!).

On peut utiliser et dĂ©velopper nos propres moyens pour diffuser de l’information. On peut choisir de ne pas cĂ©der Ă  l’illusion de parler “au plus grand nombre” ou “Ă  la masse” (qui n’existe pas), ĂȘtre clair sur nos subjectivitĂ©s et pouvoir porter nos radicalitĂ©s sans la crainte de la (auto) censure qu’implique ces mĂ©dias.

Voir et pratiquer l’entraide et la solidarite comme une arme…

Pour lutter contre les silences et briser l’isolement sans que ça sonne comme une obligation. Et sans que ce soit fait de maniĂšre inconditionnelle cĂ d de ne pas tomber dans le travers de laisser ses idĂ©es anti-autoritaires de cĂŽtĂ© pour ne prendre en compte que le prisme du fĂ©minisme, et vice versa. par exemple : se dire que si une personne homo est attaquĂ©e, je vais avoir envie de riposter Ă  partir de ce seul lien en oubliant qu’une juge mĂȘme si elle Ă©tait lesbienne reste une juge et que donc je ne mettrai pas d’énergie Ă  la soutenir. A l’inverse, je ne partirai pas de l’apriori qu’une personne qui porte des idĂ©es anarchiste ne puisse pas ĂȘtre auteur.e d’agressions, les laisse faire sans rien dire, protĂšge la personne auteur ou minimise les faits, …

Se poser la question des moyens et des fins.

L’un n’allant pas sans l’autre…

Refuser d’utiliser des techniques que l’on considĂšre comme autoritaires ou dĂ©gueulasses parce qu’elles vont Ă  l’encontre des limites qui me sont propres. C’est donc en venir Ă  se poser la question des moyens que l’on est prĂȘt.e Ă  utiliser. Parce qu’on va devoir vivre avec, et que je veux pouvoir continuer Ă  me regarder dans le miroir. Au-delĂ  de la haine ressentie envers un.e aggresseur.e, pour qu’au final on ne se sente pas toujours mal Ă  cause d’ellui. On peut se poser la question de comment est ce qu’on se sentira si on utilise des moyens liĂ©s Ă  l’imaginaire du bourreau ? Ces questions se posent pour ce qui est de la torture, de l’enfermement ou du harcĂšlement par exemple. Elles se posent parce que je n’ai pas envie de reproduire des choses qui feraient Ă©chos Ă  ce contre quoi je lutte par ailleurs. Parfois la limite est floue. Est ce que mettre sous pression une personne c’est la harceler ? Parfois aussi, ça demande de questionner notre rapport Ă  la violence. A comment est ce que des personnes assignĂ©es fille vont grandir dans l’idĂ©e que la violence c’est pas pour elle (ce n’est d’ailleurs pas qu’un problĂšme de genre, ça fait aussi Ă©chos au fait que l’état, la police, etc. sont les personnes “lĂ©gitimes” Ă  exercer de la violence). A partir de lĂ , trouver son Ă©thique propre dans la violence demande de franchir des interdits. Dans le mĂȘme temps, c’est aussi apprendre Ă  l’exercer, Ă  notre maniĂšre, malgrĂ© la tentation de refaire Ă  l’autre ce qu’iel m’a fait “pour qu’iel comprenne ce que ça fait”. On est aussi construit sur des bouts autoritaires et pour en sortir ca demande d capter les traces que nos blessures nous laissent. A quels endroits ces blessures nous ferraient dĂ©passer nos limites et nous rendraient mal.

Refuser d’utiliser des paroles qui viendraient appuyer d’autres rapport de domination…

Autour du racisme. Par exemple, si une personne racisée fait du harcÚlement de rue, je ne vais pas lui répondre à partir de trucs racistes.

Autour des normes de corps, traiter de petit, maigre, gros, moche parce que c’est le seul truc qu’on trouve Ă  rĂ©pondre, c’est naze.

Ça peut aussi concerner le rapport Ă  la rĂ©pression. Se questionner sur la maniĂšre dont on va agir et/ou communiquer pour ne pas donner des informations aux flics qui pourraient leur permettre de faire passer la personne par le circuit de la justice. Ça demande de se creuser un peu la tĂȘte mais ça fait pas des impossibilitĂ©s pour autant.

L’idee n’est pas de corriger ou redresser la personne…

Lorsque changer le comportement de quelqu’un.e devient l’objectif premier, c’est pour moi problĂ©matique car cela se base sur le fait de penser qu’une action peut ĂȘtre plus ou moins efficace Ă  partir de critĂšre sur lesquels on n’a en fait pas de prise. C’est de toute façon difficile de croire que ça suffira Ă  ce qu’une personne ne recommence pas Ă  faire de la merde. Ça n’empĂȘche pas d’avoir envie d’insuffler l’idĂ©e que chaque humiliation a des consĂ©quences. Si la personne qui attaque sait qu’une rĂ©ponse arrivera en face, peut ĂȘtre que ça lui donnera moins d’aisance Ă  le faire. Surtout si iel sait qu’iel sera moins soutenue et ne pourra pas facilement dĂ©crĂ©dibiliser les dires d’une personne qui vit des agressions sexistes, transphobes, miso, homophobes… C’est ce qu’on peut appeler une ambiance du « y’a pas moyen Â». “y’a pas moyen” que ça se passe dans le silence et l’indiffĂ©rence, ya pas moyen que les mĂ©canismes classiques qui font taire la personnes cibles se reproduisent. Ya pas moyen que la personne cible reste seul.e avec l’agressions (bon courage !!).

Pour autant le rapport Ă  « vouloir changer Â» reste de fait une question prĂ©sente. Par exemple lorsque ce sont des potes qui font du mal. Ça semble alors plus “simple” d’ĂȘtre dans un truc de transformation et donc de pĂ©dagogie et/ou d’accompagnement (ce qui demande de se poser la question de la maniĂšre dont la personne cible reçoit du soutien de son cĂŽtĂ©). Mais entre le soutien et le tabassage, il y a un Ă©ventail de possibilitĂ©s (et sĂ»rement beaucoup qu’on doit encore trouver).

Le rapport Ă  la punition

Parce qu’ĂȘtre contre les flics, les taules, l’état et sa justice, ça touche aussi Ă  l’envie de rejeter les mĂ©thodes et la morale mise en place par les Ă©tats dans sa maniĂšre de punir. C’est donc aussi une recherche pour ne pas mimer le systĂšme coercitif Ă©tatique. Cela amĂšne Ă  se questionner sur la punition, qui joue un rĂŽle prĂ©dominant dans la sociĂ©tĂ© occidentale judĂ©o-chrĂ©tienne (sĂ»rement c’est pas la seule) comme pilier de l’autoritĂ©. C’est pour cela qu’il est pour moi important de capter ce que l’on attent du rapport “agir sur l’autre” parce qu’il me semble que c’est Ă  partir de lĂ  que ça se complique. À quel moment cela dĂ©passe t-il des limites ? lesquelles ? La question de la punition est importante Ă  interroger pour soi afin de ne pas la reproduire par rĂ©flexe. Et est ce que la punition sans rapport institutionnel et normatif revient au mĂȘme ?

Par ailleurs, il me semble que le fait de vouloir se venger ne fait pas directement basculer une action dans le domaine de la punition :

D’abord parce que les valeurs sur lesquelles se base le jugement ne sont pas les mĂȘmes. Parce que dans une riposte anarchafĂ©ministe, on n’a pas la sociĂ©tĂ© entiĂšre qui soutient les valeurs liĂ©es Ă  ce systĂšme. Au contraire, les institutions, les messages mĂ©diatiques, la culture et les habitudes relationnelles sont basĂ©es sur la domination masculine/hetero.cis.patriarcale. Parce qu’on ne gĂ©nĂ©ralise pas la rĂ©ponse. Elle n’est pas Ă  chaque acte identique. Sinon ça Ă©quivaudrait Ă  faire appliquer un systĂšme de valeur Ă  toustes en niant les situations particuliĂšres et les individualitĂ©s. Il y a chaque fois la nĂ©cessitĂ© de repenser la rĂ©ponse en fonction du cas particulier. Et ça n’empĂȘche pas qu’il puisse exister un panel de rĂ©ponses qui donne la possibilitĂ© de puiser dedans.

Parce que c’est pas chercher Ă  avoir les mĂȘmes moyens. Ni Ă  dĂ©lĂ©guer Ă  une milice, ni Ă  la police et autres expert.es de la rĂ©pression.

Parce que c’est pas se constituer pas institution quand on agit en crew, pour attaquer quelqu’un.e ou quelque chose. Parce que c’est une rĂ©ponse Ă  un rapport de force et non pas l’exercice de celui-ci. C’est une rĂ©ponse Ă  celleux qui profitent des rapports d’oppression pour asseoir leur autoritĂ©. Et quand on s’attaque Ă  plus fort que soi, forcĂ©ment on se donne les moyens de prendre le dessus. Je choisi le moment, le lieu et la maniĂšre d’agir. Je choisi mon terrain. Et ça n’équilibrera d’ailleurs jamais les torts. Parce que la personne ferra potentiellement encore de la merde ailleurs, parce que telle institution ne s’écroulera pas suite Ă  une ou mĂȘme des attaques contre elle, c’est d’ailleurs en ça notamment que la rĂ©ponse sera faite pour soi, parce qu’on n’a pas l’illusion de penser que notre action fera tomber l’état et le patriarcat, mais qu’on se sentira fort.e et fiĂšre de lui donner des coups (et tant mieux si ca donne envie Ă  d’autres !).

Le rapport a “l’efficacite”

Pour moi, la question de l’efficacitĂ© ne peut pas se poser de maniĂšre extĂ©rieure ou objective. Je trouve judicieux de rĂ©flĂ©chir aux rĂ©sultats que l’on imaginerais atteindre, et de s’interroger sur le moyen que l’on trouve adaptĂ© pour arriver aux objectifs qu’on se fixe. Mais sĂ»rement pas d’élever ce critĂšre comme le premier Ă  prendre en compte, comme celui qui marche d’office et pousse Ă  nier des valeurs au nom d’une pseudo victoire et qui peut mener Ă  des logiques politiciennes quand la fin justifie les moyens. BIG UP aux perdant.es de l’Histoire.

C’est aussi un mode de pensĂ©e qui empĂȘche de se poser la question du validisme mentale, aux dispositions dffĂ©rentes qu’on a Ă  ĂȘtre a fond tout le temps, et qui alimente la course Ă  qui fait le plus souvent en invisibilisant les personnes qui se dĂ©batent dans l’ombre avec elleux-mĂȘmes ou ceulent qui les Ă©crase. Et qui parce que lĂ  c’est l’urgence, oĂč le moment oĂč “faut lutter ” en viennent Ă  mĂ©priser (plutĂŽt que de s’entraider) celleux qui ont des temporalitĂ©s et des rythmes diffĂ©rents par choix ou par contrainte quant Ă  nos limites propres.

Le rapport a la “proportionnalite” (cad rendre les coups a la mesure de ce que l’autre a fait)

Avec quel critĂšre on fait bouger le curseur du niveau de violence que l’on veut utiliser ? Sur qui et pourquoi ? Est ce possible d’évaluer la proportionnalitĂ© de la rĂ©ponse que l’on veut donner ? Cela ferait vite Ă©chos Ă  un code de conduite qu’il faudrait adopter en rapport Ă  des codes sociaux, Ă  un contexte et non pas Ă  une Ă©thique propre.

Je prĂ©fĂšre donc choisir (et ou accepter) le niveau d’intensitĂ© de ma rĂ©ponse par rapport Ă  ce que je suis capable d’assumer derriĂšre comme violence portĂ©e. Il n’y a pas de justesse sociale, seulement des actes en lien avec nos valeurs et capacitĂ©s. _ D’autres part, la question de la proportionnalitĂ© vient trop faire Ă©chos aux dynamiques genrĂ©es qui se mettent en place lors d’agressions (rapport Ă  la folie, confiscation de la violence,
) et nous poussent dĂ©jĂ  dans bien trop de cas Ă  nous censurer, Ă  nous Ă©craser.

De mĂȘme, si on se pose la question d’une rĂ©ponse mesurĂ©e, est ce que l’on rĂ©pond Ă  ses propres enjeux, ou plutĂŽt Ă  ceux des personnes autour de soi ? Ça parle aussi d’à quel point on est prĂȘt.e Ă  briser la paix sociale ?! Il n’y a pas qu’un type de rĂ©ponse face aux violences patriarcales !


Parce qu’on bouillonne de rage, Parce que c’est de nos vies qu’on parle, pas d’un boulot, ni d’une image lointaine mais de nos cƓur prĂȘts Ă  exploser face Ă  l’étendue de cette merde, face Ă  nos pĂ©tages de plomb.

Trouvons des complices, et (re)donnons nous la place d’ĂȘtre une menace.

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Face au viol : lutter contre le sexisme, lutter contre l’Etat

Posted on 2016/03/19 by parissoustension

« Si tu te faisais violer tu serais bien contente de pouvoir porter plainte, non ? Â» VoilĂ  le genre de phrase que j’ai pu entendre Ă  plusieurs reprises dans des discussions oĂč j’expliquais Ă  des mecs que je rĂȘve d’un monde sans flics. MĂȘme registre quand parfois j’ai exprimĂ© mon dĂ©goĂ»t profond de la prison : « Et qu’est-ce que tu ferais des violeurs alors ? Â»

Il semblerait que quand il s’agit de justifier ce monde sĂ©curitaire certains commencent subitement Ă  s’intĂ©resser aux oppressions sexistes. S’ils s’étaient vraiment penchĂ©s sur la question, peut-ĂȘtre auraient-ils remarquĂ© que les flics n’en ont pas grand-chose Ă  foutre des plaintes pour viol. Que les juges se comportent diffĂ©remment en fonction du statut social de l’agresseur. Que les flics et la justice, apparemment si nĂ©cessaires pour nous protĂ©ger, sont les mĂȘmes qui enferment celles qui ont rendu les coups face Ă  un mari violent. Si vraiment les violences faites aux femmes Ă©taient un sujet d’inquiĂ©tude pour eux, sĂ»rement auraient-ils remarquĂ© que ce systĂšme qui gĂ©nĂšre des flics et des taules pour « nous protĂ©ger des violeurs Â» est lui-mĂȘme structurellement sexiste.

Les reprĂ©sentations vĂ©hiculĂ©es par la pub, les mĂ©dias, la mĂ©decine, l’école, la culture, nous rĂ©partissent dans deux identitĂ©s de genre que nous n’avons pas choisies et auxquelles nous sommes assignĂ©-e-s, dont l’une domine l’autre. Au moment oĂč, nourrissons, on nous a mis un bracelet rose autour du poignet, notre place dans la sociĂ©tĂ© a Ă©tĂ© dĂ©terminĂ©e comme femmes, sĂ©ductrices hĂ©tĂ©rosexuelles et mĂšres attention-nĂ©es au service des hommes. DĂ©sormais on peut aussi travailler si on veut, pour un salaire presque comparable Ă  celui d’un homme, mais notre rĂŽle principal dans la sociĂ©tĂ© reste d’enfanter la relĂšve. Il suffit de s’intĂ©resser aux conditions d’accĂšs Ă  l’avortement ou Ă  la stĂ©rilisation pour s’en faire une idĂ©e. Ou encore Ă  la stigmatisation de ceux et celles qui ne rentrent pas dans les cases. L’Etat, qui voudrait soi-disant assurer notre sĂ©curitĂ©, participe au maintien d’un systĂšme hĂ©tĂ©ro-patriarcal, en gros un monde oĂč les relations entre sexes reposent sur l’hĂ©tĂ©rosexualitĂ© et l’autoritĂ© masculine.

En posant la femme comme objet sexuel de l’homme, cette domination gĂ©nĂ©rale reprĂ©sente un terreau propice au viol, le rendant mĂȘme acceptable dans la plupart de ses formes. La majoritĂ© des viols et des agressions sexistes est d’ailleurs commise au sein des schĂ©mas encouragĂ©s par l’Etat : le couple et la famille.

Alors il y a en a vraiment marre en tant que femme d’ĂȘtre instrumentalisĂ©e pour justifier des discours et des politiques rĂ©pressives et sĂ©curitaires. AprĂšs avoir Ă©tĂ© mis en place initialement pour lutter contre les crimes sexuels, le fichage ADN est dĂ©sormais couramment utilisĂ© dans des procĂ©dures judiciaires variĂ©es. La RATP fait la pub de ses camĂ©ras et agents de sĂ©curitĂ© dans une campagne rĂ©cente contre le harcĂšlement dans les transports. En Allemagne, des agressions sexuelles commises Ă  Cologne par des migrants sans papiers le soir du nouvel an sont venues alimenter le racisme et justifier les politiques (anti-)migratoires. LĂ -bas comme ici, le pouvoir ne cherche pas Ă  dĂ©fendre les femmes des agressions sexistes mais Ă  dĂ©fendre sa propre souverainetĂ© sur les femmes. Dans notre « civilisation occidentale Â» comme dans bien d’autres, la femme a toujours Ă©tĂ© un territoire, un butin de guerre Ă  coloniser par le viol et l’esclavage domestique tout autant qu’à protĂ©ger des ennemis.

Alors, non merci, je ne recherche pas la protection de ceux-lĂ  mĂȘme qui font tout pour me maintenir en position de dĂ©pendance. Ni celle des machos, ni celle de l’Etat. Et si jamais un jour, forcĂ©e par ce monde Ă  choisir entre ma sĂ©curitĂ© et mes convictions, je me retrouve Ă  appeler les flics, je sais que je risque de subir en prime leur sexisme et leur rĂ©pression. Alors je recherche plutĂŽt des moyens de sortir de la dĂ©pendance, de reprendre ma vie en main. Je cherche de nouvelles maniĂšres de me construire comme individu, de me relationner avec celles et ceux qui m’entourent. Je cherche des alliĂ©-e-s, des outils, des connaissances, des savoir-faire pour sortir de l’isolement et ĂȘtre capable de m’auto-dĂ©fendre, mettre des mots sur ce qui m’oppresse et organiser la riposte. Et quoi qu’il arrive, je ne perdrai pas de vue que combattre le sexisme n’est pas dissociable d’un combat contre toutes les autres dominations portĂ©es par l’Etat et le capitalisme. Qu’on ne pourra expĂ©rimenter la libertĂ© qu’une fois qu’on se sera dĂ©barassĂ©-e-s de toutes les prisons, celles en dur et celles dans nos tĂȘtes.

Contre le genre et le patriarcat : entre individualitĂ© et constructions sociales

Nous voulons nous en prendre aux manifestations matĂ©rielles du patriarcat (entendu comme un ensemble de systĂšmes de dominations basĂ©s sur le genre) dans son aspect normatif dont le couple, les assignations de genre, la famille, l’hĂ©tĂ©ronormativitĂ© sont autant de barreaux Ă  nos fenĂȘtres.

Nous voulons donner de l’importance Ă  ces critiques, souvent relĂ©guĂ©es au second plan, parce qu’elles font partie de nos rĂ©flexions et que nous avons envie de les reconnecter Ă  des pratiques offensives.

Il existe en nous des dĂ©calages entre nos dĂ©sirs, les possibilitĂ©s de les rĂ©aliser et les modĂšles cloisonnant qu’on nous impose qui crĂ©ent des frustrations, du mal ĂȘtre et peut nous conduire Ă  intĂ©rioriser et reproduire ces normes qui nous enferme. C’est ce qui nourrit notre rage et nous pousse Ă  agir.

Nous avons conscience qu’aller contre la norme dans diffĂ©rents aspects de nos vies (rapports au corps, Ă  la sexualitĂ©, aux relations, Ă  l’esthĂ©tique, …), implique de devoir faire face Ă  la rĂ©pression physique et morale qui provient tant des institutions, que de l’ environnement proche ou du connard au coin de la rue.

Dans la perspective de lutter contre ces logiques, nous voulons comprendre les imbrications qui peuvent exister entre les rouages de la domination et nos dĂ©sirs en (re)construction. Nous cherchons Ă  nous construire en tant qu’individu.e. en dehors de toutes les injonctions sans occulter nos responsabilitĂ©s dans la reproduction des normes.

On ne veut pas se satisfaire de grilles d’analyse stĂ©rĂ©otypĂ©es. Avec d’une part la vision matĂ©rialiste, qui dirait qu’on est uniquement la somme de nos constructions sociales et d’autres part, une vision individualiste, qui dit qu’on serait uniquement le rĂ©sultat de nos choix et de nos expĂ©riences.

Nous voulons pouvoir remettre en question ces grilles d’analyses pour ne pas les appliquer de maniĂšre rigide et systĂ©matique.

La premiĂšre, nous amĂšne Ă  voir les situations seulement Ă  travers les rĂŽles sociaux et invisibilise ainsi la complexitĂ©, les spĂ©cificitĂ©s et les responsabilitĂ©s particuliĂšres, ce qui nĂ©glige d’autres formes de pouvoir et peut conduire Ă  de la victimisation ou de la culpabilitĂ©.

La seconde, qui mĂšne Ă  se penser uniquement comme des individu.e.s, nie nos responsabilitĂ©s dans la production et le maintien de ces mĂ©canismes de domination. On ne pense pas qu’il y aie un niveau de dĂ©construction Ă  partir duquel on serait vacciner et qui justifierait de se sentir au-dessus de ces critiques, laissant la place Ă  des postures moralisantes, Ă©crasantes, viriles (comportement qui peut exister au-delĂ  des assignations de genres), voire libĂ©rale, du style « si tu galĂšres, c’est que ta volontĂ© n’est pas assez forte pour t’en sortir Â». Pour nous, il y a un danger Ă  ce que ça crĂ©e des tabous qui nous dĂ©possĂ©deraient d’outils qui permettent de dĂ©busquer nos comportements merdiques incrustĂ©s dans les coins les plus secrets de notre intimitĂ©.

Lorsque que l’on veut combattre les rapports de pouvoir qui s’expriment par des positions de dominants/dominĂ©s, on se rend compte que ces positions se renforcent mutuellement mais qu’on n’a pas le mĂȘme intĂ©rĂȘt ni les mĂȘme facilitĂ©s Ă  s’en dĂ©faire.

Par ailleurs, on pense que dans une relation on peut aussi bien occuper une place de dominant ou dominĂ© en fonction des diffĂ©rents systĂšmes d’oppression qui sont en jeu (racisme, sexisme, classisme, validisme, Ăągisme
).

Nous pensons que les implications ne sont pas les mĂȘmes entre abandonner des privilĂšges fortement valorisĂ©s par le monde dans lequel on vit et les avantages qui y sont liĂ©es, et sortir d’un rapport qui veut faire de nous des personnes soumises pour exister en tant qu’individu.e et que tout pousse Ă  se sentir comme des merdes !

En d’autres termes, dans un cas c’est un choix qui est laissĂ© Ă  certain-e-s alors que pour d’autres c’est une nĂ©cessitĂ©.

En somme, nous voulons sortir des dogmatismes et (re)trouver un Ă©quilibre dans des allers-retours constants entre ces deux logiques. Cela ne signifie pas pour nous de faire des compromis mais bien d’essayer d’ĂȘtre au plus proche des diffĂ©rents enjeux qui s’expriment dans une situation et en lien avec nos parcours, nos sensibilitĂ©s (entendu comme une relation entre affect et Ă©thique), nos tensions, et nos volontĂ©s d’émancipation.

Nous voulons mettre en confrontation et/ou en complĂ©ments diffĂ©rentes grilles de lectures afin de comprendre autant les spĂ©cificitĂ©s et le contexte particulier d’une situation que les logiques plus larges dans lesquelles elle s’inscrit. Nous voulons que nos prises de positions et nos comportements soient le fruit de cet aller-retour entre l’individuel et le structurel.

Sortons de ces schémas crasseux, attaquons celleux qui veulent nous soumettre. Ielles ont des noms et des adresses, que ce soit des personnes ou des institutions.

Ni pitié Ni indifférence

[indymedianantes publié 21/11/ 2017]

DES INSTITUTIONS A DEMOLIR

J’avais envie de donner de l’échos Ă  des communiquĂ©s d’attaques qui ont Ă©tĂ© menĂ©e en france contre le patriarcat pour les faire sortir du flot d’internet. Une maniĂšre aussi de montrer les liens entre le patriarcat et les autres formes de dominations.

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L’envie de se dĂ©faire de la logique de victimisation en crĂ©ant des amitiĂ©s fortes et en attaquant : un empowerment de praxis.

Parce que nous ne voulons pas rester dans la position de victimes dans laquelle la sociĂ©tĂ© voudrait nous placer en nous reconnaissant comme meufs. Victimes, parce que nous ne serions pas capable d’ĂȘtre autonomes, de nous dĂ©fendre, de mener nos vies comme nous l’entendons. Nous serions des individues faibles, trop sensibles, soumises aux humeurs hormonales, dĂ©pendantes et fragiles. Nous aurions besoin de figures fortes pour nous en sortir, de mĂ©decins pour nous soigner, d’hommes pour nous Ă©pauler, d’enfants pour nous Ă©panouir, de flics pour nous protĂ©ger. Notre Ă©ducation ancre ces foutaises dans nos tĂȘtes et nous finissons par les intĂ©grer. Lutter contre le sexisme, pour nous, c’est lutter contre le genre. Et lutter contre le genre, c’est refuser la logique qu’engendre les assignations, sans nier qu’elles nous conditionnent aussi.

Nous ne voulons pas ĂȘtre dĂ©finies par les particularitĂ©s de nos corps mais bien par ce qui rĂ©sulte de nos choix, nos Ă©thiques et nos actes. MĂȘme si on aimerait dĂ©truire le genre, ça nous fait du bien de se retrouver aussi entre personnes qui partagent les mĂȘme ressentis, qui vivent dans leur chair ce que signifie d’ĂȘtre assignĂ©es meufs, et qui ont la mĂȘme envie de s’en dĂ©faire. Ensemble, on se prouve qu’on est capable de poser des actes sur nos idĂ©es, et qu’on a besoin de personne d’autre que nous mĂȘme pour le faire. On prĂ©pare nos revanches pour toutes les fois ou l’on s’est dĂ©couragĂ©es en se persuadant que l’on Ă©tait pas capables, qu’on avait pas les compĂ©tences, pas la force, pas les moyens, pour dĂ©samorcer cette logique qui nous fait repousser Ă  toujours plus tard le moment d’exprimer nos colĂšres et nos dĂ©sirs.

Nous avons concrĂ©tisĂ© cette envie de revanche en nous organisant pour attaquer la gendarmerie de Meylan. [ndr : dans la nuit du 25 au 26 octobre 2017]

Pour assurer notre sĂ©curitĂ© pendant l’attaque (et pour faire une blague aux pompiers) nous avons cadenassĂ© l’accĂšs voiture de la gendarmerie. On a ensuite passĂ© dix minutes accroupies dans les bois longeant le grillage, mais on s’est rendues compte qu’on ne pourrait pas passer la nuit lĂ , et qu’à un moment, il fallait s’y mettre. Il fallait affronter nos stress et les dĂ©passer.

Alors aprĂšs un dernier sourire et un cĂąlin, on a coupĂ© le grillage. Avec dix litres d’essence, on s’est – discrĂštement – lancĂ©es Ă  l’assaut du parking.

Nous avons ciblĂ© les voitures privĂ©es des flics, au dĂ©triment des quelques sĂ©rigraphiĂ©es, parce qu’on avait envie de s’attaquer plutĂŽt aux individus qui portent les uniformes qu’à leur fonction, plutĂŽt Ă  leurs biens personnels qu’à leurs outils de travail. Nous pensons que les rĂŽles existent parce qu’il y a des personnes pour les remplir. Si derriĂšre l’uniforme il y a un humain, c’est Ă  lui que nous avons cherchĂ© Ă  nuire.

Enfin, on a disparues dans un Ă©clat de rire, en se dĂ©pĂȘchant quand mĂȘme…

Sur le chemin du retour, on Ă©tait euphoriques. On se sentait lĂ©gĂšres, fortes, soudĂ©es, avec le sentiment que rien ne pourrait plus nous arrĂȘter. Ce sentiment de puissance, on n’a pas l’intention de laisser qui que ce soit nous l’îter, mais bien de le faire grandir.

Ce texte est aussi un message adressĂ© Ă  toutes les personnes qui se retrouvent enfermĂ©es dans des rĂŽles de supposĂ©es victimes, et qui conflictualisent leur rapport au monde pour en sortir, qui s’envisagent comme des individues, sans nier qu’elles sont marquĂ©es par les catĂ©gories sociales dont elles viennent. Nous sommes persuadĂ©es que nos limites sont Ă  la fois mentales et sociales, qu’en endossant ces rĂŽles, nous sommes nos propres flics. Par l’organisation affinitaire, et par l’attaque, nous repoussons ces limites.

A toutes les personnes dont les actes et positions nous donnent aussi de la force, aux deux personnes incarcĂ©rĂ©es de l’affaire de la voiture de flics brĂ»lĂ©e, aux inculpĂ©.es de Scripta Manent.

Pour qui donne du combustible aux flammes du fond de ses yeux.

Octobre 2017 / repris de indymedia grenoble/ article non modéré

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vengeance !

Pendant la manif de nuit non mixte ce soir a toulouse des copines ont Ă©tĂ© arrĂ©tĂ©es. On a cramĂ© des bagnoles de bourges et une bagnole d’agence immobiliĂšre en reprĂ©sailles.

On s’en fou de savoir si elles sont innocentes ou coupable, nous n’avons rien a attendre de la justice. On sait par contre qu’en mettant en actes des envies de subversion on s’expose Ă  la repression. Et c’est par les actes que nous exprimons notre solidaritĂ© envers les personnes qui font ce choix. Notre rage et notre vengeance accompagne notre tristesse.

VANDALE TANT QU’IL LE FAUDRA…

repris de indymedia : Article Global publiĂ© le samedi 26 novembre 2016

Brest : On tapera plus fort, on tapera encore !

revendication de l’action du samedi 3 dĂ©cembre 2016 Ă  Brest.

Alors que commence Ă  apparaĂźtre une mobilisation sur les rĂ©seaux sociaux acquis Ă  leur cause, nous devons prendre les devants et revendiquer l’action du samedi 3 dĂ©cembre 2016 Ă  Brest.

Une personne qui exerce de longues dates de multiples pressions religieuses, est aujourd’hui tombĂ© sur une mobilisation militante non mixte antifasciste.

Nous revendiquons donc les coups portĂ©s contre ce bastonneur ordinaire qui « conseille Â» de porter le voile par des gifles, s’instaure police des pratiques et croyances dans nos quartiers brestois.

Soulignons que c’est le mĂȘme connard qui stigmatise les militant-e-s soutenant la lutte de NDDL / ZAD comme des alliĂ©-e-s des blanc-he-s ou des kouffars etc 
 Le mĂȘme qui milite contre le choix des femmes en matiĂšre d’avortement, de contraception, d’orientation sexuelle. Le mĂȘme qui a manifestĂ© et continue de manifester / s’organiser avec tous les homophobes de la manif pour tous.

Autodéfense

posté sur attaque le 3 décembre 2016

Une Action FĂ©ministe Ă  Lyon

Le samedi 7 Mars, nous Ă©tions un groupe d’une trentaine de meufs, trans, gouines, pĂ©dĂ©s, tousTES fĂ©ministes. Nous avons interrompus un concert en montant sur scĂšne pour collectivement lire un texte. Pour passer un message fĂ©ministe et pour faire un coup de pression en Ă©tant nombreuses, fortes et dĂ©terminĂ©Es.

Ce texte parle de sexisme dans ce qu’on peut appeler le milieu politisĂ© et militant, ainsi que dans les squats. Il a Ă©tĂ© Ă©crit collectivement suite Ă  un ras-le-bol face aux oppressions et violences sexistes quotidiennes. Cette action a Ă©tĂ© prĂ©parĂ© par plusieurs discussions, elle a suscitĂ© questionnements et rĂ©flexions.

En tout cas, nous voulions intervenir dans le cadre d’un concert oĂč la virilitĂ© est omniprĂ©sente tant sur scĂšne que dans le public. C’était saisir une occasion pour s’exprimer devant un grand nombres de personnes. Quelques mecs ont tentĂ© de perturber notre intervention par des « oĂŻ-oĂŻ Â», des « morues Â», des « fĂ©ministes fascistes Â», des « suce ma bite Â», des « On a besoin d’une mĂšre Â», et autres affirmations de leur virilitĂ© et de leur Ă©go bien encrĂ© !

Elle nous tenait Ă  coeur cette action, entre autre parce qu’il y avait beaucoup d’enjeux et aussi de l’apprĂ©hension. Nous savions que nous ne serions pas accueilli Ă  bras ouverts, que porter le fĂ©minisme c’est un effort au quotidien et que dans un espace public c’est un sport de combat ! Et puis ça fait jamais plaisir d’entendre critiquer son propre milieu… Pourtant le texte a Ă©tĂ© entendu, les personnes du public ont Ă©tĂ© plutĂŽt attentives et nous Ă©tions contentEs d’avoir occuper cet espace le temps d’une demi-heure.

Voici le texte qui a Ă©tĂ© lu pour saisir l’ampleur politique fĂ©ministe de notre action. Il a Ă©tĂ© Ă©crit collectivement, il est construit de multiples voix. C’est avant tout un message politique qui n’est pas Ă  confondre avec des embrouilles du milieu, ni avec des rumeurs. Bonnes rĂ©flexions


DANS TA FACE !

C’est une question de genres, de rĂŽles et de vie collective. Ce texte se base sur des expĂ©riences de vie en squat sachant que certaines situations se retrouvent dans toute forme de vie collective, de milieux militants ou pas, et dans notre sociĂ©tĂ©. Et pour les sensibles, les propos du texte sont bien moins violents que ce qu’on peut vivre dans notre quotidien ! C’est une question dĂ©licate… parce que vivre en squat, c’est pas un choix pour tout le monde. D’une part. Mais qu’alors ceux et celles qui le choisissent, en principe, ont choisi le squat comme espace de dĂ©construction. D’accord. Mais alors comment ça s’fait qu’en dedans comme dehors, on r’trouve les mĂȘmes problĂšmes sexistes.Dans « l’milieux Â», c’est juste plus subtile, plus vicieux.

« Moi j’suis un mec qui dĂ©construit Â»

OK. Alors comment s’fait-il que, quotidiennement, ma colĂšre monte ? T’sais, ma colĂšre monte quand t’es pire que l’bourrin du bar du coin, pire que le bourge qui me prend en stop et me fout une main sur la cuisse, pire que l’mec d’la CGT lubrique qui vient m’emmerder pendant une manif, pire que l’macho pur et dur, cash, qui prend pas d’dĂ©tour pour affirmer que, pour lui, les femmes, c’est d’la viande Ă  bourrer. Comment s’fait-il que ta violence mal placĂ©e soit invisible au sein du collectif et m’donne envie, quotidiennement, d’envoyer chier tous les mecs, de « l’instruit-dĂ©construit Â» au « pleurnichard-victime-de-lui-mĂȘme-victime-de-son-Ă©ducation-mĂąle Â», du « pĂ©dĂ© phallocrate Â» qui se planque derriĂšre ses oppressions pour pas remettre en cause celles qu’il fait subir, au « charmant profĂ©ministe Â» “tant qu’il la foutra” et tant qu’il trouvera des intĂ©rĂȘts individuels (valorisation sociale, intĂ©rĂȘts affectifs et sexuels) Ă  soutenir les fĂ©ministes. A quand l’organisation collective entre mecs pour se dĂ©construire ?

T’as eu un geste mal placĂ©. Quand j’t’en reparle aprĂšs, tu m’dis que tu t’en souviens pas, mĂȘme si t’es d’accord que ce que t’as fait est dĂ©gueulasse… mais tu t’en souviens pas… mais tu trouves que c’est dĂ©gueulasse…mais tu t’en souviens pas. Et moi, j’passe l’éponge, parce que je t’aime… et ça m’fait chier parce qu’une confiance a rĂ©ellement Ă©tĂ© cassĂ©e, alors comment ça se reconstruit, si ça se reconstruit ? Et d’ou ça vient, que j’te pardonne, aussi facilement ?

Ça s’passe pendant un Ă©vĂšnement, y’a pas de sleeping non-mixte. T’es tout gentil, t’es tout mignon, t’es bien vu, tout le monde t’aime bien. À la fin du concert, tu te glisses dans mon sac de couchage. Tu m’pelottes, tu me squattes… j’suis la quinziĂšme Ă  qui tu fais l’coup. Personne te le reprochera, comme d’habitude, ça passera Ă  la trappe. Le jour oĂč ça parlera, le jour oĂč mes potes voudront te pĂ©ter la gueule Ă  cause de ça, peut-ĂȘtre que tu te calmeras. Mes potes voudront te pĂ©ter la gueule… vive les supershĂ©ros ! On m’baillonera Ă  nouveau, on m’effacera, on m’prendra ma place, on m’ruinera mon pouvoir de rĂ©gler la question, on voudra m’dĂ©fendre, avec condescendance… on m’infantilisera.

Pourquoi quand il faut causer, c’est Ă  la nana d’embrayer le sujet, de prendre sur elle pour que ça se passe bien, de choisir les bons mots… On lui reprochera peut-ĂȘtre de ne pas avoir dit les choses au bon moment, de pas avoir assurĂ© : « t’es pas la fĂ©ministe que je pensais, tu m’as laissĂ© faire, t’as rien dit Â». C’est trop facile d’attendre un “non” verbal, alors qu’il y a tellement de maniĂšres diffĂ©rentes d’exprimer un “non”, mais en tant que dĂ©construit, tu devrais ĂȘtre assez fin pour capter ça, non ?

Pourquoi quand je rentre dans une piĂšce oĂč y’a dĂ©jĂ  des nanas, tu termines pas ta blague sexiste… parce que dans ta tĂȘte tu m’as collĂ© Ă  moi l’étiquette fĂ©ministe et pas aux autres … Tu t’surveilles en ma prĂ©sence, en fonction de qui tu sais que tu vas choquer…Mais Ă  ce moment-lĂ  tu mĂ©prises touTEs les dominĂ©Es. Et c’est ça qui devrait touTEs nous faire rĂ©agir.

Tu comprends, mon copain macho, c’qui nous a donnĂ© envie de mettre un coup de pression ?

Parce que tu es en train de reproduire des schĂ©mas, des codes… tu veux m’apporter ton soutien pour un truc majeur Ă  tes yeux, tu veux t’filer bonne conscience en prenant ma partie, mais alors tu oublies tes violences quotidiennes Ă  mon Ă©gard. Tu oublies que je passe derriĂšre toi et quand j’en ai marre de ramasser ta merde, j’te le signifie, et alors tu fais « Oh pardon, j’suis dĂ©solĂ©, j’suis trop laĂŻ-laĂŻ… Â». Et alors j’te pardonne et je devrais me bagarrer avec moi-mĂȘme contre le fait que je me sens comme une oppresseuse. Tu oublies que j’te rĂ©conforte comme une mĂšre, que tu soulignes tes efforts particuliers et que tout le monde les acclame, que j’te fais TA bouffe TON mĂ©nage dans la maison (que nous partageons ?) oĂč tu squattes. Tu m’dis que t’es pas comme ça. DĂ©solĂ©e. C’est Ă  toi que je pense.

Parce que je n’ai pas de chromosome qui me prĂ©dispose Ă  faire la rĂ©cup’ et la vaisselle, quand toi, tu prĂ©serves ton petit territoire de savoir-faire : Ă©lectricitĂ©-bricolage-machin = chasse gardĂ©e, territoire conquis. VisibilitĂ© du bricoleur, ta fiertĂ© gonfle, tu t’sens un homme avec ta p’tite vis dans la main ! Ton marteau en gode, ça t’ouvrirait l’esprit… penses-y.

Le travail invisible, tu connais ? Les petites mains magiques… t’as l’impression de faire plein de trucs, t’as l’impression d’en faire beaucoup. Mon impression, c’est pas la mĂȘme. Moi, mes critĂšres de l’effort au quotidien, rĂ©alises-tu qu’ils sont diffĂ©rents ? On part pas du mĂȘme point, rĂ©alises-tu ? Les efforts que tu tentes de fournir Ă  travers ta dĂ©construction, j’les fournis quotidiennement et en triple depuis mes sept ans. Les chiottes, ça te dit de penser Ă  les rĂ©curer ? Et ferme la porte quand tu pisses… Et encore, on te demande mĂȘme pas de t’asseoir…

Tu prĂ©pares la rĂ©volution, tu vas au front, tu t’appropries le totoĂŻsme, tu veux niquer l’fachisme Ă©tatique, mettre Ă  terre ce bon vieux systĂšme d’oppressions… Et autour d’un verre de vin, te v’lĂ  grande gueule, besoin d’valorisation dans « l’milieu Â» et, dĂ©sinhibĂ©, tes gardes-fous Ă©clatent, tu r’dĂ©gringoles, tu fais une blague sexiste, mais c’est pas grave, « c’est du second degrĂ© Â», et puis d’toute façon, y’a plus important, y’a plus sĂ©rieux, « putain les flics on les a bien enculĂ©s ! Â». Et puis tant qu’on y est, pour ceux qui se permettent de se proclamer antifĂ©ministes dans le milieu, tu ferais mieux de t’afficher aussi homophobe et transphobe, au lieu de lancer des vieilles blagues et de t’étouffer comme un imbĂ©cile.

C’est vrai que depuis ta position de privilĂ©giĂ©-dominant, tu peux t’permettre de dĂ©conner sur des trucs qui te semblent moins politiques, des trucs qui te touchent pas, des trucs dont t’es Ă  l’abri de part ta classe sociale.

Le racisme comme le sexisme et le spĂ©cisme font partie de mĂ©canismes d’oppression intĂ©grĂ©s par nous touTEs, et ça nous fout la beuge ! Quand une nana arabe et d’origine prol est agressĂ©e Ă  une soirĂ©e, nous n’arrivons pas facilement Ă  admettre qu’il s’agit d’un comportement raciste au sein de notre milieu et dĂ©veloppons immĂ©diatement des solidaritĂ©s blanches. Ça montre bien qu’il existe des inĂ©galitĂ©s sociales dans le milieu dont le racisme intĂ©grĂ© et que nous avons vachement de travail pour le reconnaĂźtre et en tirer des consĂ©quences.

Parlant de mĂ©canismes intĂ©grĂ©s, on est pas assez connes pour pas voir l’homophobie intĂ©riorisĂ©e et aussi que y’a une diffĂ©rence entre la pĂ©dĂ©phobie et la lesbophobie (dans l’imaginaire masculin, les nanas qui s’embrassent pour exciter les mecs, le culte de la fausse lesbienne). Parce qu’on sait trĂšs bien que deux pĂ©dĂ©s qui s’embrassent, ça rentre pas dans l’imaginaire des fantasmes des mecs hĂ©tĂ©ros… quand est-ce que tu te rendras compte que ton imaginaire a AUSSI Ă©tĂ© colonisĂ©, crĂ©tin ?

Le meuble agrĂ©able Ă  l’oeil, la plante verte sensible, pratique, polie et peu encombrante…

« Et puis d’abord, qu’est-ce qu’ils t’ont fait les hommes ? Â»

C’est une question de s’faire avoir et d’le rĂ©aliser aprĂšs coup. C’est la diffĂ©rence entre un relou de base et un mec qui s’dit en processus de dĂ©construction. Quand le mec fait un coup bas, par en dessous, sans rĂ©aliser que… C’est avoir l’impression de faire des concessions sur ces violences sexistes, d’en arriver Ă  s’exclure, Ă  s’foutre les boules sous silence, une violence qui n’est pas Ă©vacuĂ©e au bon moment, mal gĂ©rĂ©e, qui Ă©clate lĂ  oĂč ça faut pas. C’est l’impossibilitĂ© d’exprimer sa colĂšre au bon moment, ou bien la rĂ©action du mec qui va pas prendre la colĂšre comme une critique, comme une remise en question de sa connerie, et finir par se retrouver dans la position de la relou d’service. C’est la solitude en embrouilles, la non-reconnaissance de la justesse de sa colĂšre et de son ressenti, jusqu’à ce qu’on nous traite de misandres ou d’hystĂ©riques.

C’est la question d’une violence quotidienne qui me renferme, me bouffe, me mùne à perdre confiance en moi, dans le collectif et le comportement de certaines personnes.

J’en ai pas contre toi, c’est ton comportement qui m’fait gerber. J’ai pas envie d’taire ma colùre. Plus envie d’faire des concessions.

Tu t’plains de ta dĂ©construction, tu dis que c’est dur, vu que tu dois abandonner tes privilĂšges… C’est dur, mon cul ! Ta gueule et continue. Et si jamais j’te reprends Ă  vouloir me mettre dans le rĂŽle de l’oppresseuse, permets-moi de douter de la sincĂ©ritĂ© de ton dĂ©sir de t’dĂ©construire. Quand tu m’fais me sentir mal de t’avoir engueulĂ© pour un comportement mal placĂ© de ta part, ça m’fait douter que t’ais envie rĂ©ellement d’larguer l’Homme en toi.

Nous sommes nombreuses Ă  ressentir cette colĂšre. Nous ne sommes pas beaucoup Ă  l’extĂ©rioriser ouvertement, en dehors de la non-mixitĂ©. Combien d’nanas qui tempĂšrent, Ă©crasent, ou s’mettent tout simplement du cĂŽtĂ© des mecs. On parle de comportements… faut te foutre ça dans la tĂȘte.

Et quand j’m’énerve et que tu m’dis de m’calmer, quand j’tape dans l’matĂ©riel urbain et que tu m’lances : « faut pas s’énerver comme ça ! Â»… ne m’dis pas de m’calmer, ne me dis surtout pas d’me calmer… dis-moi que ça te choque, que ça te dĂ©range, que ça te peine ou que ça te brusque. « Ouais, la meuf qui dĂ©fonce le matos, elle est vĂ©nĂšre, lĂ , j’sais pas pourquoi… Â» Tu sais pas pourquoi et d’ailleurs, tu t’en fous, alors ne m’dis pas, en plus, de m’calmer, parce que j’vais avoir envie de t’éclater.

Et ce qui m’énerve encore plus c’est tes solidaritĂ©s systĂ©matiques et mal placĂ©es avec d’autres mecs : celles oĂč tu prends la dĂ©fense d’un pote pendant une embrouille causĂ©e par une agression, celles oĂč tu es au courant d’une agression (et un des seuls Ă  l’ĂȘtre) et oĂč tu fermes les yeux, celles oĂč tu mets en place une solidaritĂ© avec un violeur ou un oppresseur en disant que c’est pas cool de l’exclure, celles oĂč tu fais semblant de pas voir une personne pendant une discussion, en lui coupant la parole ponctuellement, ou en lui demandant jamais son avis si cette personne ne dit rien ; et si elle ose, si elle casse l’ambiance, « tiens v’lĂ  la fouteuse de merde Â»…, celles oĂč tu ne veux pas entendre les ressentis de ta pote parce que ça va Ă  l’encontre de tes propres intĂ©rĂȘts,… et on ne parle pas de toutes les micro-solidaritĂ©s au quotidien, la liste est trop longue et t’es forcĂ©ment concernĂ© !

Et quand tu t’retrouves dĂ©sarmĂ© face Ă  ma colĂšre, t’essaies de retomber sur tes pattes, tu t’justifies, tu te mets Ă  pleurer, tu manipules mots, thĂ©orie et rĂ©alitĂ©, tu t’énerves, tu te sens obligĂ© de t’excuser : ” je suis dĂ©solĂ© MAIS (tu essaieras toutes les tactiques de MAIS, jusqu’à ce que je m’épuise…) …”. PRENDS SUR TOI, BOUFFON, arrĂȘte de dire qu’il y a pire que toi !

Tes batailles de coq, y’en a marre ! Ta grande gueule de bourrin bourrĂ©, y’en a marre ! ferme-la, assieds-toi et Ă©coute les autres.

Être tout le temps disponible pour Ă©couter ou baiser, attendre que t’ais compris ou recadrer, y’en a marre ! GrĂšve de la disponibilitĂ© ! On dĂ©braye ! Nous avons mieux Ă  faire ! Cette action est un appel Ă  la solidaritĂ© entre femmes, gouines, trans, pĂ©dĂ©s fĂ©ministes, pour que plus rien ne passe !

Petit retour de bĂąton chez Bagelstein Rennes.

publié le mardi 6 juin 2017 à 14:07 sur indymedia nantes

Cette nuit, comme toutes les nuits, on avait la rage.

Et cette fois, dans la nuit de dimanche à lundi, on a été défoncé les vitrines du Bagelstein.*

Bagelstein, cible parmis d’autres, qui voudrait contrĂŽler avec qui et comment on baise, Ă  quoi devrait ressembler nos corps, qui voudrait que le blanc soit une couleur supĂ©rieure, et tant d’autres merdes qui nous enferment au quotidien.

On l’a fait aussi parce que cette marche de la gay pride nous laisse un goĂ»t amer, polissĂ© et fade.

Alors ce geste, c’est pour kiffer notre fin de week-end. Pour nous, d’abord, et aussi pour les autres queers, les putes, les pĂ©dĂ©s, les moches, les travelots, les arabes, les gros.ses, les fous, les noir.es, les gouines, les roms, les pas normal.e.s … qu’on pas envie de s’intĂ©grer mais de dĂ©foncer toutes les cases.

Sortons notre rage du placard !

P.S : Des salons d’ésthĂ©ticiennes jusqu’aux Ă©glises, des mĂ©dias aux hĂŽpitaux psy, du connard qui mate dans la rue aux matons… vous ĂȘtes dans notre ligne de mire ! 

* Dont le connard de patron, soutenu par ses potes keufs et juge, ont foutu 4 personnes en taule pour avoir collĂ© un autocollant contre le sexisme l’annĂ©e derniĂšre Ă  Rennes. Un trou, quelques Ă©clats, comme un retours de bĂąton dans ta face de collabo !

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Lille : On rĂ©pondra A chaque fois qu’on nous attaque

Dans la nuit du samedi 18 juin, le Bagelstein du Vieux-Lille Ă  Ă©tĂ© redĂ©corĂ© Ă  coup de peinture multicolore et sa serrure a Ă©tĂ© sabotĂ©e en Ă©cho Ă  la manif de Rennes et l’action de Nantes qui ont eu lieu le mĂȘme jour.

EN SOLIDARITE AVEC LES INCARCERES DU BAGELSTEIN DE RENNES

A Rennes le 26 mai, 4 personnes prennent de la prison ferme Ă  la suite d’une altercation avec le gĂ©rant du fast-food « le Bagelstein Â».

A la suite de dĂ©nonciations par des fĂ©ministes de la « dĂ©co Â» de cette chaĂźne de restauration rapide comportant de graves propos sexistes et homophobes apposĂ©s sur les murs et accessoires du restaurant, quatre Ă©tudiants viennent se rendre compte par eux mĂȘmes de cette « dĂ©coration Â» qui va jusqu’à l’appel au viol. AprĂšs quelques remarques des Ă©tudiants, le gĂ©rant les insulte et les menace jusqu’à l’arrivĂ©e de la BAC. Les quatre jeunes se font embarquer sans mĂ©nagement, direction garde Ă  vue, tribunal, prison.

Le juge les a condamnĂ© Ă  des mois de prison ferme pour « violence en rĂ©union lors de manifestation Â» ( ?!!???!!) en raison de leur implication dans les manifestations contre la loi travail. Le procĂšs ne parle mĂȘme pas de la raison de leur prĂ©sence sur les lieux (=dĂ©noncer la communication sexiste et homophobe de « bagelstein Â»). Une fois de plus, le tribunal de Rennes a donc instruit un procĂšs politique, visant Ă  faire payer Ă  ces quatre Ă©tudiants le « malaise Â», la « dĂ©prime Â», la « lassitude Â» des commerçants du centre-ville du fait de la mobilisation contre la « Loi Travaille ! Â», qui dure depuis trois mois.

La « dĂ©co Â» du « Bagelstein Â» que dĂ©noncent les fĂ©ministes et les Ă©tudiants incarcĂ©rĂ©s Ă  Rennes c’est :

L’APPEL AU VIOL :

« L’AMOUR C’EST UN SPORT, SURTOUT QUAND L’UN DES DEUX NE VEUT PAS Â»

LE MACHISME :

« IL EXISTE 3 CATEGORIES DE FEMMES : LES PUTES, LES SALOPES ET LES EMMERDEUSES.

Les putes couchent avec tout le monde, les salopes couchent avec tout le monde sauf avec toi, les emmerdeuses ne couchent qu’avec toi. Â»

L’HOMOPHOBIE :

« J’EN AI MARRE DE CES GAYS-LA ! Â»

LIBERTE POUR TOUT.E.S LES INCARCERE.E.S DU MOUVEMENT SOCIAL

A BAS LE PATRIARCAT, A BAS LE CAPITALISME, A BAS L’ETAT, SA JUSTICE BOURGEOISE ET SES CHIENS DE GARDE.

Posted on 21 juin 2016 by Attaque Indymedia Lille / Lundi 20 juin 2016

Contre toutes les religions et le patriarcat, solidarité

publié le mardi 25 avril 2017 à 19:26

nous avons attaqué deux églises à coups de marteaux.

nous crachons sur leur visions de la famille, du couple et de la sexualité.

nous attaquons aussi en solidarité avec Kara et le compagnon incarcéré à fleury pour la voiture brulée et qui a toujours refusé de collaborer avec les flics et la justice. solidarité enragée avec celleux accusées de braquage à aachen.

courage !

des noctembules.

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La seule eglise qui …

C’est avec plaisir que l’on constate que beaucoup de symbĂŽles de l’Etat et du capitalisme sont attaquĂ©s en ce moment, que des rages se transforment en actes. MĂȘme si leurs origines entrent parfois en contradiction avec nos propres idĂ©es, nous savons que nous n’avons pas des alliĂ©.e.s partout, c’est toujours beau quand ça crĂąme dans les villes et les campagnes.

Une pensĂ©e pour celleux qui profitent de ces moments pour saccager sans modĂ©ration et sans revendications. Une autre pour celleux qui n’attendent pas ces occasions pour tout casser.

Nous avons aussi dĂ©bridĂ© nos rages en incendiant l’église St Jacques Ă  Grenoble. Il nous paraĂźt important de ne pas laisser de cĂŽtĂ© les autoritĂ©s morales dans nos analyses et attaques des diffĂ©rentes facettes du pouvoir. Que toutes les personnes qui se sentent blessĂ©es par cette attaque prennent la mesure de notre colĂšre et assument les consĂ©quences de leur rĂŽle dans la propagation et le soutien Ă  des idĂ©ologies qui visent Ă  contrĂŽler nos vies, nos corps et nos Ă©motions. Si les flammes de l’enfer vous ont rĂ©chauffĂ© les orteils en dĂ©truisant votre infĂąme bĂątisse c’est pas grave, Dieu vous la rendra au centuple ! Nous ne faisons pas de diffĂ©rence entre l’Eglise et d’autres religions, mĂȘme si nous avons en tĂȘte que nous sommes dans un pays particuliĂšrement complaisant envers l’église chrĂ©tienne.

En s’attaquant Ă  un dogme religieux, ou Ă  un de ses symbĂŽles, on veut participer Ă  des rĂ©flexions plus larges sur notre propre capacitĂ© Ă  crĂ©er des dogmes et Ă  sacraliser des concepts, des idĂ©es, des attitudes ou des identitĂ©s.

Une derniĂšre pensĂ©e pour les personnes impactĂ©es par la rĂ©pression, qu’elles soient dans son viseur ou en soutien, et qui se retrouveront dans notre acte et dans nos maux.

Des courts-circuits.

Posted on 22 janvier 2019 by Attaque

Indymedia Nantes / mardi 22 janvier 2019

Besançon : Tags anarchistes sur la cathĂ©drale Saint-Jean

La façade de l’édifice religieux a Ă©tĂ© taguĂ©e dans la nuit de mercredi Ă  jeudi. Au grand dam de l’abbĂ© Bruard.

Ces Ă©critures n’ont rien de saintes. « Nos vies, nos corps nous appartiennent Â», suivi de « Ă  bas la charitĂ©, vive la solidaritĂ© Â». En ce jour de bac de philo, voilĂ  qui pourrait faire office d’énoncĂ© de dissertation, mais il est peu probable que leur auteur soit mĂ» d’un tel esprit Ă©ducatif. Un grand « A Â», peint Ă  deux reprises, notamment sur la porte d’entrĂ©e, renvoie par ailleurs Ă  la mouvance anarchiste.

Dans la nuit de mercredi Ă  jeudi, ces tags ont noirci la façade de la cathĂ©drale Saint-Jean de Besançon, dont la premiĂšre pierre avait Ă©tĂ© posĂ©e ici mĂȘme, au pied de la Citadelle, dĂšs le IIIe siĂšcle. L’édifice est classĂ© monument historique. PropriĂ©taire, l’État a portĂ© plainte.

« Ă‡a ne nous laisse pas neutre Â», rĂ©agit le pĂšre Bruard, recteur de la cathĂ©drale, « nous sommes attaquĂ©s sur des sujets comme la vie et la charitĂ©, on a du mal Ă  comprendre. Toute l’Ɠuvre de charitĂ© a toujours Ă©tĂ© mise au service des hommes, c’est l’expression de l’amour de nos frĂšres. L’Église a portĂ© dans son histoire un message dont elle peut ĂȘtre fiĂšre. Alors pourquoi attaquer nos bĂątiments ? Â»

C’est le troisiĂšme mĂ©fait de ce genre visant des Ă©difices chrĂ©tiens de Besançon en quelques semaines, aprĂšs des projections constatĂ©es sur l’église Saint-Martin des Chaprais et d’autres tags similaires visant, fin mai, l’église Saint-Joseph. Une enquĂȘte de police est menĂ©e pour identifier le ou les auteurs.

L’Est RĂ©publicain / Jeudi 15 juin 2017 postĂ© le mĂȘme jour par attaque

DES IMAGES PLEIN LA TETE

Tu trouveras ici quelques ressources des films, des romans, une petite playlist et quelques liens internet vers des textes et ou site que j ai kiffé.

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des films :

note : il est difficile de trouver de bons films traitant d’histoires liĂ©es aux violences patriarcales et les ripostes (et pourtant j’en ai regardĂ© plein !). Les personnages fĂ©minins sont souvent la caricature parfaite des stĂ©rĂ©otypes de genre. Mais puisqu’on est Ă  l’ùre du fĂ©minisme de façade, de nombreux personnage fĂ©minins sont Ă  l’affiche. Dans ce cas, c’est soit un faux semblant (ya toujours sont boyfriend juste Ă  cĂŽtĂ© pour lui apprendre la vie) et c’est juste un peu moins flagrant qu’à l’habitude. Soit elles se rattache complĂ©eemnt Ă  la norme masculine dominante et donc tout ce qu’elles font/disent renient et dĂ©nigrent ce qui pourrait ĂȘtre associĂ© Ă  de la “fĂ©minitĂ©”. De beaux exemples de mysoginie. SUPER. C’est d’ailleurs pas Ă©tonnant au vu du fait que la grande majoritĂ© des films sont rĂ©alisĂ©s par des mecs cis hĂ©tĂ©ro qui dĂ©peignent les meufs selon leur vision fantasmĂ©e entre femme fatale et bonniche. Enfin bon faudrait quand mĂȘme pas attendre du grand cinĂ©ma d’ĂȘtre subversif, il fait semblant, il rĂ©cupĂšre, pour pas changer… BREF. Cette liste est donc le rĂ©sultat d’un Ă©cumage subjectif qui tente d’éviter les pires clichĂ©s, mais surement pas parfait.

Thelma et Louise

Ă©crit par Callie Khouri et dirigĂ© par Ridley Scott : Les aventures de deux meufs qui se cassent en weekend loin des patrons et mari. film de riposte/vengeance, et surtout un gros gout d’aventure et de libertĂ©. A voir de toute urgence si c’est pas encore fait !

Baise moi

de Virginie despentes et Coralie Trinh thi (warning scĂšne de viol trĂšs explicite). Histoires de deux meufs qui se rencontrent et partagent ensemble le gout de pas se laisser emmerder dans la vie, sans ĂȘtre effrayĂ©e par la violence de leurs actes.

Les femmes du bus 678

de Mohamed Diab : trois femmes se retrouvent autour du fait de lutter contre des mecs qui harcĂšlent dans les bus. Le film montre la dĂ©termination de trois femmes Ă  lutter contre ces attouchements mais parle aussi de comment des statuts sociaux et les privilĂšges qui y sont liĂ©s influencent les maniĂšres de faire et la solidaritĂ© qu’elles tĂ©moignent. ou pas). Sans trop de surprise, ce sera l’action juridique qui sera valorisĂ©e au dĂ©triment des actions directes qu’une autre mettra pourtant en oeuvre…

Mustang

de Deniz Gamze ErgĂŒven : Dans un village reculĂ© de Turquie, Lale et ses quatre sƓurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et dĂ©clenchent un scandale aux consĂ©quences inattendues. La maison familiale se transforme progressivement en prison. Leurs mariages commencent Ă  s’organiser sans elles. Les cinq sƓurs, animĂ©es par un mĂȘme dĂ©sir de libertĂ©, dĂ©tournent les limites qui leur sont imposĂ©es…

Hard candy

de David slade : une meuf traque une personne qu’elle a identifiĂ© comme agresseur sur internet. Elle est dĂ©cidĂ©e Ă  rĂ©gler les choses Ă  sa maniĂšre. film lent et qui peut mettre mal Ă  l’aise parce qu’on est dans le flou mais ca vaut le coup d’aller jusq’à la fin du film.

Monster

de Patty Jenkins 2004 : film social trash. Aux Ă©tats unis, pauvre, deux meufs se rencontrent et commencent une relation empetrĂ©e dans des rapports de pouvoir et de dĂ©pendance liĂ© Ă  l’amour, la recherche d’argent, la solitude…avec un personnage paumĂ©e mais qui n’a pas peur de se dĂ©fendre et a bien appris Ă  se dĂ©merder dans la vie.

Dolores Claiborne :

adaptĂ© d’un livre de stephen king. C’est l’histoire d’une meuf qui tue son mari qui la bat.

Jacqueline Sauvage c’était lui ou moi  :

tĂ©lĂ©film sur l’histoire de cette femme qui a tuĂ© son mari aprĂšs 47 annĂ©es de vie commune et de violences conjugales. c’est l’histoire de son procĂšs, aussi badant que la rĂ©alitĂ© mais intĂ©ressant (et Ă©tonnant) pour ce qu’il montre de la justice.

Rebelles de :

juste pour le fun ! et parce que ca fait du bien de voir des meufs dĂ©ter’ qui se serrent les coudes dans leurs galĂšres.

festen de lars von trier :

trigger : parle des consquence d’ actes d’incestes. Une personne est dĂ©cidĂ©e Ă  briser le silence et la collaboration familiale. beau de part la deter du personnage, mais dĂ©cevant dans la rĂ©solution. Donne la pĂȘche de se confronter Ă  des murs…

Des romans :

Dorothy Alison dont Histoire de bones :

histoire d’une jeune meuf dans les coin pauvres des Ă©tats unis. De la survie en milieu hostile mais aussi une belle recherche de libertĂ©.

ChloĂ© Mehdi : Rien ne se perd

aborde entre autre les questions de la violence et de la rage suite à l’assasinat d’une de ces personnes par les flics . Ca se passe ne banlieue de paris. Sombre et magique.

(lire aussi : Monstre en cavale racontant les aventures d’un quatuor hors normes qui tentent de s’échapper de leurs prisons et fuir les flics Ă  leur trousse). Deux livres aux histoires assez diffĂ©rentes mais qui toutes les deux donnent Ă  lire des personnages qui dĂ©montent les stĂ©rĂ©otypes d’ñge, de sexe, de validisme mentale, entre autres… Et ca fait trop du bien !

Christiane Rochefort dont La porte du fond :

Ă  travers le rĂ©cit d’une jeune fille dans sa famille, l’auteure donne un regard sur l’inceste dans toute sa complexitĂ© et loin des clichĂ©s de la victimisation.

des textes / des brochures / des livres :

Dangerous space. RĂ©sistance par la violence. Autodefene et lutte insurrectionnelle contre le genre

Traduit par Joie de vivre Ă©ditions. Tout est dit. A prĂ©ciser que c’est une traduction d’un texte d’amerique du nord bien qu’il soit agrĂ©mentĂ© de quelques attaques en france.

Vers la plus queer des insurrections

de fray Baroque et Tegan Eanelli. Traduit par : une anthologie du mouvement BashBack !

Queer ultraviolence :

Ceci est une traduction d’extraits du livre “Queer Ultra Violence : Bash Back ! Anthology” publiĂ© en 2011 par Ardent Press aux États-Unis, anthologie du mouvement queer insurrectionnaliste Bash Back !

Jour de fĂȘte une histoire vĂ©cue par poussy gang theory, toulouse 2011

Ni normal ni extraordinaire, indymedia

OeillĂšres solidaires, sur infokiosques.net

Ca me donne envie de te présenter mes excuses, infokiosques.net

le journal “L’envol. PavĂ© anarchiste apĂ©riodique”

qui est centrĂ© (en tout cas pour ce numĂ©ro) autour des questions liĂ©es au patriracat. Le numĂ©ro 1 est sorti en dĂ©cembre 2019. Vivement de lire les autres !

des emissions radio

sur radiorageuses.net :

La violence des femmes (Ă©mission de “dĂ©genrĂ©e”)

Dead men don’t rape Ă©mission de “ta voisine est feministe”

Le nĂ©olibĂ©ralisme, c’est trigger ! par “on n’est pas des cadeaux”

Oser faire face : Outils d’autodefens fem do par “ta voisine est fĂ©ministe”

Bashback par “on n’est pas des cadeaux”

https://dijoncter.info/ : sur la colĂšre et sur la rivalitĂ©

quelques liens utiles :

infokiosques.net :

site qui rassemble beaucoup de brochures sur Ă  peu prĂȘt tous les thĂšmes imaginables.

les sites d’information autogĂ©rĂ©es comme indymedia nantes, etc.

https://toutesgriffesdehors.noblogs.org/ :

ptit fil d’agitation anarcha-feministe (malheureusement pas actualisĂ© mais peut ĂȘtre que ca (re)donne des envies dans ce sens…

lecinemaestpolitique :

site de critiques de films du point de vue de l’antisexisme et de l’antiracisme principalement.

une petite playlist dans le thĂȘme :

Au pied du mur de Gnas/ Pardon Maman de Dyke’s Sbires

sur la compil insurrec’son fĂ©ministe

Revanche/ Pas toute seule/ Autodefens de “ze revengers”

Respect de Aretha franklin

une sorciĂšre comme les autres/ petit bonhomme de Anne Sylvestre _ Witches de Black Bird Raum

mr big stuff de Betty Wright

Vengeance de Fraude bdx

Plague de Kap Bambino

Not your doll de Ostavka

violeur / cons / cretinophobe de Petra Pied De Biche

Pretty creature de Roxanne TrĂŒde

Nos reves au bord decrever / Comme on peut de NRBC

Grab that gun de The Organ

big girl de Random Recipe

a bon entendeur enregistrĂ© lors d’une rencontre en mixitĂ© choisie sur feu la zad de nddl

no hai clemencia de La Furia

the game you play de Wax Tailor feat voice

i want to break free de Queen

merci a toutes les personnes qui ont contribuees a ce zine que ce soit par l’envoi de texte ou parce que de pres ou de loin vous m’avez aide dans la realisation par vos commentaires, relecture eclairee, belles idees et j’en passe.

Merci de m’avoir soutenu.e et pousse.e a ne pas lacher l’affaire. J’y serais pas arriver sans vous les potes !!

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A celleux qui ne veulent pas integrer ce monde mais le detruire

A celleux qui se donne de la chaleur et de la force

A celleux qui remue leurs merdes

A celleux dedans comme dehors

A celleux pour qui les normes relationnelles, de genre, de sexualite et d’autoritarisme sont des prisons a demolir

A celleux qui s’en remette pas et qui en creve…

Courage, entraide et solidarite

Texte librement inspirĂ© d’un texte de C. rochefort

je’ne serai peut ĂȘtre jamais une voyou. Mais ca pousse, ça se bouscule Ă  l’intĂ©rieur. une poule dans une boite Ă  chaussure, une fleur de serre. Je serai une crapule sans foi ni loi. Une brigande toutes griffes dehors, le regard curieux et vacillant. semant la pagaille sur mes pas, commençant tout ne finissant rien et complĂštement ailleurs la pauvre et poĂšte et boiteux et emmerdant le monde. Et ne reproduisant pas la nature humaine. A dĂ©truire ce qui m’attaque, m’attrape et m’encĂšrent, ce(ux.le) qui cherche Ă  mater a coups de fric, Ă  coups d’ordres et d’humiliation. A dĂ©truire ce qui existe autour sans croire qu’il y aura une fin, le happy end oĂč ielles vĂ©curent heureux. C’est dans cette merde que je baigne, avec vous toustes a mes cĂŽtĂ©. Et tant qu Ă  ĂȘtre lĂ . Je gratte les barreaux de ma cage, je m agite, j’hiberne, me pose pour reflechir ou cuve la dĂ©pression. AbimĂ©.e mais vivant.e

[email protected]

[1] cible/auteur.e. De ce que je me souviens de mes lectures, les notions cible/auteur.e sont apparues dans un rapport critique des notions de victime et d’agresseur.e. Notamment parce que ce sont des notions enfermantes qui fige des personnes dans un rĂŽle Ă  tout jamais. cible/auteur marque le lien avec une situation donnĂ©e et non pas avec une soit disant “nature existentielle” Ă  ĂȘtre l’un ou l’autre. Ces notions apparaissent aussi pour mettre en avant le fait que ces rĂŽles sont potentiellement interchangeables ; que l’on peut ĂȘtre cible de certaines oppressions et auteur.e d’autres.

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Source: Infokiosques.net