Octobre 25, 2021
Par Dijoncter
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.. proverbe normand.

La politique migratoire vue de Dijon.

Chaque jour, l’actualitĂ©, tissĂ©e en fils serrĂ©s, tresse la corde pour nous pendre.

Un nom, un évÚnement local, une mesure votée en catimini, une phrase surgissent du néant, répétés, interprétés commentés, relancés et telle la boule dans la passoire du loto, ils tournent et cognent les parois.

Le dĂ©sespoir Ă©treint quiconque tente d’imaginer le temps qui sĂ©pare des Ă©lections prĂ©sidentielles. Des mois d’hiver avant avril. Ciel bas, front bas, relents de vieille bouffe.

Les affiches dans les rues rappelleront que la France n’a pas guĂ©ri de tous ses maux et la tĂȘte rĂ©duite chafouine sur fond de campagne française sera lĂ  pour en tĂ©moigner. Des enfants facĂ©tieux lui auront rajoutĂ© une moustache carrĂ©e et une mĂšche Ă  angle droit.

Il suffit d’ouvrir un journal, de regarder un Ă©cran ou de lire ses derniers mails pour gĂącher sa journĂ©e. Blanquer, dans un Ă©niĂšme tour de piste de clown triste, accuse les enseignants. De quoi cette fois-ci ? D’ĂȘtre laxistes en matiĂšre de laĂŻcitĂ©. Heureusement, en dĂ©pit de ses amitiĂ©s et de ses largesses pour le privĂ© catholique sous contrat, il veille, blĂąme et punit, ce gardien autoproclamĂ© des « Valeurs RĂ©publicaines Â».

On passe, trop las pour réagir.

La presse rĂ©gionale n’est pas en reste qui chronique la vie de tous les jours dans les petits patelins.

En CĂŽte d’Or, comme dans d’autres dĂ©partements, le prĂ©fet ne se contente pas d’inaugurer les chrysanthĂšmes. Il les plante Ă©galement et les arrose.

ChargĂ© de mission par Darmanin, porte-flingues de l’intĂ©rieur, il fait le mĂ©nage dans les dossiers. Le premier sur la pile est celui des demandeurs d’asile, des exilĂ©s, des migrants. Beaucoup de retard en dĂ©pit du zĂšle de ses services. Tel guinĂ©en, arrivĂ© Ă  14 ans, perdu dans la gare, ramassĂ© par la police municipale, envoyĂ© au conseil dĂ©partemental, dĂ©clarĂ© majeur puis os testĂ©s, redevenu mineur, a aujourd’hui 19 ans. Le temps de l’OQTF est venu, Ă©quivalent administratif de la Bar-Mitzvah, un rite d’entrĂ©e dans la majoritĂ© !

Et commence alors le big Circus avec toujours les mĂȘmes numĂ©ros. La prĂ©fecture Barnum, secondĂ©e par la Police de l’air et des frontiĂšres, dĂ©clare que l’acte de naissance du « jeune majeur Â»est un faux car le tampon est en bas Ă  droite au lieu d’ĂȘtre Ă  gauche. Et l’impĂ©trant doit prouver qu’il est bien nĂ© car mĂȘme de cela, le sous-chef du cabinet du prĂ©fet, doute. Il a lu Descartes.

Une des derniĂšres histoires en date pourrait ĂȘtre scĂ©narisĂ©e par des show-runners en mal d’inspiration. La sĂ©rie s’intitulerait « Dans l’obscuritĂ© profonde Â». Une famille d’albanais composĂ©e de la mĂšre, du pĂšre et de l’enfant est arrĂȘtĂ©e au petit matin du 28 septembre Ă  Dijon. Jusque lĂ  rien que de trĂšs normal. La chasse aux Albanais, suspectĂ©s d’ ĂȘtre tous des mafieux interlopes, est ouverte depuis longtemps et trois en une seule prise, voilĂ  de quoi se frotter les mains.

Las ! La virĂ©e Ă  Roissy tourne au cauchemar pour les autoritĂ©s. L’avion, sur le tarmac, attend mais la famille refuse de monter dedans. Retour Ă  l’envoyeur. Dijon au lieu de Tirana.

Cela prend du temps car la mĂšre, le pĂšre sont aveugles, trĂ©buchent, marchent lentement et comprennent mal ce que leur petit garçon de 10 ans tente de leur expliquer. La mĂšre traĂźne la patte depuis qu’elle a eu un cancer.

Un mois aprĂšs, les trois sont encore lĂ . Les parents n’ont pas recouvrĂ© la vue car les miracles n’existent pas, le gamin tremble quand il retourne Ă  l’école et la mĂšre se demande bien comment elle sera soignĂ©e si on la renvoit en Albanie, pays qui, jusqu’à une date rĂ©cente, disposait de cinq appareils de radiothĂ©rapie pour presque 4 millions d’habitants sur l’ensemble de son territoire.

Tout a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dit et Ă©crit sur cette France des prĂ©fectures qui, sur ordre de l’état, expulse sans scrupules, y compris des Afghans, rĂ©cemment arrivĂ©s de Kaboul, chassĂ©s par les Talibans de 2021 qui, quelques journaux le rĂ©pĂštent, de moins en moins d’ailleurs, ne sont pas les mĂȘmes que leurs aĂźnĂ©s des annĂ©es 2000. Les nouveaux roulent dans des 4/4 hybrides car ils ont conscience des enjeux Ă©cologiques.

Tout a Ă©tĂ© dit mais les limites sont sans cesse repoussĂ©es. Que les tarmacs des aĂ©roports soient foulĂ©s par des malades et des Ă©clopĂ©s parce qu’un prĂ©fet a mandat pour Ă©purer, est mĂȘme un spectacle qui n’étonne pas. La France de 2021 ressemble de plus en plus Ă  un employĂ© des Pompes FunĂšbres pĂ©nĂ©trĂ© de la solennitĂ© de sa mission et les français, Ă  des endeuillĂ©s accablĂ©s de chagrin.

On peut donc expulser un couple d’aveugles, un petit garçon scolarisĂ© en CM2, une femme entre deux chimiothĂ©rapies sous prĂ©texte qu’ils ont fui un pays qui de l’avis du quai d’Orsay, est une dĂ©mocratie en cours de reconstruction. Un pays juvĂ©nile en quelque sorte, sans casseroles au cul ni passĂ©, ni tentations autoritaires.

Et il faudrait rester calmes, parler de façon mesurĂ©e au prĂ©fet pour ne pas lui dĂ©plaire. Les associations le savent ou du moins le craignent si, lors d’une audience, on froisse la susceptibilitĂ© d’un reprĂ©sentant de l’état, on court le risque de le voir se refermer comme une huĂźtre, pire il peut avoir envie de se venger. Il boude ce monsieur, il supporte mal qu’on lui rappelle certaines Ă©vidences (non, on ne dĂ©scolarise pas un enfant au mĂ©pris du Code de l’Education, article L 111-1,on n’interrompt pas un traitement mĂ©dical Ă  moins de forcer les mĂ©decins Ă  trahir le serment d’Hippocrate, on ne soupçonne pas les pays africains de produire des faux Ă  la chaĂźne), il est un totem que l’on aborde avec beaucoup de tabous.

Ce texte, un de plus, s’adresse donc au prĂ©fet de Dijon. Il ne diffame pas. Seul un acte aussi cruel que l’expulsion de parents avec un handicap, de leur petit garçon, Rizart, diffame. Une diffamation morale qui ne pĂšse rien aux yeux des prĂ©fectures de France qui font le sale boulot qui leur est demandĂ©. L’honneur perdu de la cinquiĂšme RĂ©publique. .

Le Préfet est-il capable de dire, au moins une fois dans sa carriÚre que les collectifs, les associations ont raison. Je ne peux renvoyer une famille en Albanie sans me soucier de son avenir et sans me demander si je ne la mets pas en danger.

Oui ? Alors que le prĂ©fet foute la paix Ă  cette famille, lui donne un titre de sĂ©jour et aille jusqu’au bout du processus, l’invite Ă  le rencontrer et lui explique pourquoi, un 28 septembre 2021, elle s’est retrouvĂ©e sur le tarmac d’un aĂ©roport avec un garçonnet en pleurs, au pied d’une passerelle.

Je viens d’apprendre qu’à une autre famille, on avait demandĂ© les dimensions du fauteuil roulant du pĂšre qui a un handicap moteur.

Ces avions aux portes Ă©troites, quelle guigne !




Source: Dijoncter.info