Mai 2, 2022
Par CRIC Grenoble
194 visites

1er mai 2022. A peu de choses prÚs, on retrouvait partout la passivité et la torpeur terrifiante des défilés syndicaux. Heureusement dans certaines villes, comme à Paris, Nantes ou Rennes, les manifestations ont pris une tournure émeutiÚre. Faut-il le rappeler, se battre contre le pouvoir en place ne se joue pas et ne se jouera jamais dans un bureau de vote.

Il est toujours aussi affligeant de voir Ă  quel point cela suscite un engouement de savoir Ă  quelle sauce l’on a envie d’ĂȘtre mangĂ©. Toujours aussi affligeant de voir comment la « menace fasciste Â» conduit toujours plus de personnes Ă  participer au jeu Ă©lectoral, jusque parmi ceux qui se disent rĂ©volutionnaire, parmi ceux qui ont vĂ©cu le dernier quinquennat dans la rue. Comment on oublie que le moins pire n’a jamais fait rempart au pire. Il est d’ailleurs curieux de voir comment on est passĂ© en l’espace de cinq ans d’une gĂ©nĂ©ration qui se disait ingouvernable Ă  une gĂ©nĂ©ration complĂštement gouvernable.

C’est que la gauche a bien fait son travail. Elle a su pacifier et canaliser tout au long de ces derniĂšres annĂ©es toutes formes de rĂ©sistance. Elle a su produire Ă  nouveau cet espoir, cette illusion qu’il peut y avoir une bonne politique du pouvoir. Mais en rĂ©alitĂ©, le pouvoir est une logique qui dĂ©passe ceux qui l’exercent. Les meilleures intentions du monde ne suffiront pas Ă  contrecarrer cette rĂšgle. La gauche ne combat pas le pouvoir, elle en propose seulement une autre gestion. Il y a bien diffĂ©rentes maniĂšres d’exercer le pouvoir, mais il n’y a pas de bon gouvernement.

Pour tous ceux qui entendent encore sortir de cette logique, il est temps de se défaire de tout jeu institutionnel.

Le refus du vote est alors une Ă©vidence, inutile de chercher Ă  convaincre de cela. Toujours plus de personnes ont l’air de se foutre des Ă©lections. Mais il est difficile de voir dans l’abstention le semblant d’une opposition. Au mieux, c’est la luciditĂ© de remarquer qu’au fond la diffĂ©rence entre chaque parti importe peu. Mais une fois l’échĂ©ance passĂ©e, chacun revient Ă  ses petites affaires et la machine continue de tourner sans aucun problĂšme, qu’elle ait Ă©tĂ© plĂ©biscitĂ©e ou non. Non seulement la dĂ©mocratie se branle de notre non-participation, mais elle y a mĂȘme un certain intĂ©rĂȘt. L’abstentionniste a lui aussi sa fonction propre, il occupe un espace vide toujours susceptible d’ĂȘtre recouvert par l’ineptie des sociologues, l’espace de la reconquĂȘte rĂ©publicaine.

Il y a pourtant eu quelques rassemblements ici et lĂ  les soirs du premier et second tour, la surprenante occupation de la Sorbonne, des piratages d’ondes radio et des sabotages de cĂąbles Ă  fibre optique. Mais le mot d’ordre « Ni Macron, ni Le Pen Â», en se rĂ©pandant un peu partout, n’a pas su mettre les mots sur les dĂ©sirs d’une politique autre qu’institutionnelle. Des radicaux ont bien tentĂ© de rajouter un « Ni MĂ©lenchon Â», mais pour la plupart ils restent des candidats au nihilisme. Vide politique totalement propice Ă  ce qu’une simple mise Ă  jour du PS passe dĂ©sormais pour le seul espoir. Ici la gauche radicale se relance, Ă  la remorque de la gauche institutionnelle.

Car aussi grand que soit le refus de ce monde, la gauche a su se restructurer, en absorbant les identitĂ©s politiques Ă  la mode de ses fractions les plus radicales : fĂ©minisme, intersectionnalitĂ©, Ă©cologie, antiracisme. Elle s’est dotĂ©e d’un bras armĂ© dans la branche de l’esthĂ©tique radicale pseudo antifa instagramable, qui empĂȘchent les gens de se masquer en manif. Elle a saisi au vol le flicage par le safe pour annihiler toute forme de conflictualitĂ© politique et gĂ©rer les gens. MĂȘme les Gilets Jaunes, purs d’identitĂ© politique, ils ont rĂ©ussi Ă  en faire des jusqu’au-boutistes fatiguĂ©s qui « rĂ©gleront son compte Ă  Macron dans les urnes Â».

Toute politique rĂ©volutionnaire doit aujourd’hui s’affranchir de la gauche si elle veut se mettre Ă  exister. Il faut s’en dĂ©marquer politiquement. Il n’est jamais trop tard pour remettre l’idĂ©e de rĂ©volution Ă  l’ordre du jour. Celle-ci n’appartient pas au progressisme mais Ă  tous ceux que leur dĂ©testation du pouvoir conduit Ă  voir dans l’insurrection la seule perspective raisonnable et sensĂ©e dans notre Ă©poque.

Nous devons refuser de nous considĂ©rer comme des victimes, arrĂȘter de nous demander qui a jetĂ© la premiĂšre pierre. La gouvernementalitĂ© mĂšne des offensives. Nous devons bien penser les nĂŽtres.

Nous devons cesser de nous définir par notre identité, de confondre engagement et encagement. Nous devons prendre position et penser comment cheminer ensemble.

Des mouvements insurrectionnels, il y en a eu. Il faut se préparer à ceux qui viennent.

Élaborons un autre refus, ni progressiste ni rĂ©actionnaire. Dotons-nous d’un camp rĂ©volutionnaire.




Source: Cric-grenoble.info