Scandale aprĂšs scandale, meurtre aprĂšs meurtre, la police Ă©tats-unienne s’est taillĂ©e une solide rĂ©putation de brutalitĂ©, notamment auprĂšs des populations noires. Dans le South Side de Chicago, des militant.e.s de terrain s’organisent pour dĂ©passer la simple critique de l’institution policiĂšre, et mettre en place des contre-institutions rendant inutile l’intervention de la police. InspirĂ©.e.s par le concept d’abolition de la prison portĂ© par Angela Davis, ou par la notion de « justice rĂ©paratrice Â» hĂ©ritĂ©e des traditions indiennes, le but est de montrer que la fonction de la police tient plus dans la rĂ©pression que dans la protection. Cercles de parole, repas de quartier servant de dĂ©fense collective, ou bien encore rĂ©solution des dĂ©lits Ă  l’intĂ©rieur des communautĂ©s et des quartiers, les idĂ©es pour abolir la police ne manquent pas. Et certaines sont mises en pratique.

Article original : « Abolish the police ? Organizers say it’s less crazy than it sounds. Â» The Chicago Reader, 25/08/16. Site de l’auteure.

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Jusqu’à cette Ă©mission sur Fox News, Jessica Disu ne s’était jamais considĂ©rĂ©e comme partisane de l’abolition de la police. Le 11 juillet, pourtant, quelque chose a basculĂ© alors qu’elle passait sur cette chaĂźne nationale, entourĂ©e de 29 autres personnes. Toutes avaient Ă©tĂ© rĂ©unis par Megyn Kelly pour discuter des rĂ©cents meurtres d’Alton Sterling, de Philando Castile et de plusieurs policiers de Dallas1.

« Je pensais que cela allait ĂȘtre une discussion musclĂ©e et productive, mĂȘme si elle Ă©tait diffusĂ©e sur Fox News Â», explique Disu, 27 ans, qui se dĂ©finit comme « rappeuse humanitaire et activiste pacifiste Â». Elle est impliquĂ©e dans diverses organisations travaillant avec les jeunes du South Side de Chicago. Avant de se rendre Ă  l’émission, elle avait prĂ©parĂ© le message qu’elle souhaitait mettre en avant : « La loi doit interdire Ă  tout policier de tirer sur un citoyen. VoilĂ  ce que je voulais proclamer. Â»

Disu Ă©tait assise au premier rang. Elle portait une robe verte, un blazer noir, des boucles d’oreilles crĂ©oles et ses tresses Ă©taient rassemblĂ©es en chignon. À ses cĂŽtĂ©s se trouvait Ron Hosko, ancien sous-directeur du FBI. Étaient Ă©galement prĂ©sents plusieurs agents du NYPD Ă  la retraite, un « Ă©lecteur conservateur Â», un pasteur noir de Baltimore engagĂ© dans Black Lives Matter, un pasteur noir de Los Angeles estimant que Black Lives Matter est « pire que le KKK  Â», un avocat spĂ©cialisĂ© dans les droits civiques, un leader du mouvement des droits civiques, une femme blanche enthousiasmĂ©e par les commentaires « magnifiques Â» de Newt Gingrich au sujet des relations entre les races, un militant pro-Trump noir, un dĂ©fenseur du Second Amendement2 ainsi qu’une poignĂ©e de personnes non identifiĂ©es.

La discussion ne tarda pas Ă  tourner au chaos, les invitĂ©s s’invectivant les uns les autres tandis que Kelly leur demandait de rĂ©pondre Ă  des questions polĂ©miques en rafale. Disu restait tranquillement assise, roulant des yeux Ă  l’occasion, affichant parfois un air sarcastique, riant, ou bien hochant la tĂȘte pour approuver. « Ils abordaient et bousculaient nombre de questions sensibles Ă  mes yeux Â», se souvient-elle. « Cela me semblait tellement absurde que j’avais l’impression de participer Ă  un minstrel show3. Â»

Mais ensuite, des invitĂ©s commencĂšrent Ă  accuser Black Lives Matter d’appeler Ă  assassiner des flics, et Disu ne put tenir sa langue.

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Article publié le 05 Juin 2020 sur Iaata.info