Avril 19, 2021
Par Lundi matin
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Photos : Ric Par

« Un attentat contre la santé des Marseillais  » disons le carême-entrant, un 11 septembre sanitaire, pour amplifier les aboiements d’une sénatrice, autant actrice que soutien à ce que les possédants fond de pire à Marseille. Cette sénatrice harengère des palais, diagnostiquée positive au Covid en mars 2020, costumée comme une courtisane sous Louis XIV préfère les « attentats  » de son protégé Bachar Al Assad et soutient les pures vérités de François Fillon. Heureusement que c’est Carnaval ! On peut tout dire après mardi Gras.




Et pour ce Fukushima médical, toutes les autorités de la préfète de police à Martine Vassal, dont on se rappelle les images bras dessus bras dessous, en mars 2020 pour le premier tour des élections municipales, ont condamné les excès des carnavaliers de la Plaine. Mais il faut trouver un coupable à tout ce désordre médiatique et s’en servir : on ne peut laisser des milliers de vilains, de turlurons en couleurs, fêter le printemps. Il faut masquer la réalité. Premier artifice : tous nos comédiens de droite se servant de l’image des soignants comme l’envers des fêtards, ont toujours souhaité la mort de l’hôpital public et ont toujours méprisé la sécurité sociale.

Second artifice : il faut montrer des traces d’urine dans le trou laissé par l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne et appeler ça une « profanation ». Quiconque vient à Marseille cherchera un lieu d’aisance. Avec la fermeture des bars, c’est même devenu impossible de pisser dans cette ville. Qu’importe, l’abjection ce n’est pas cette droite qui a piraté tout l’argent public sans jamais mettre un sou dans l’habitat. Ce ne sont pas les gougnafiers comme Xavier Cachard, élu et propriétaire d’un appartement dans la dent creuse, ce n’est pas le président des assises de l’Habitat qui loue des taudis, non c’est quelqu’un qui urine pour se soulager. Ceux-là et la liste est trop longue sont à l’image de la Une du Figaro Mag [2], leur journal titrant « Comment tirer profit de la crise  » Quant aux Carnavaliers, ils sont les habitants des taudis, ils sont les amis des morts de la rue d’Aubagne, ils sont les manifestants gazés et mutilés de la Plaine, de la Loi Travail, des Gilets jaunes… des Scaramouches en puissance ; indécrottables plainards.




Mais nos comédiens d’opérette vont plus loin dans le masquage des faits en parlant de saccage quand une poubelle et deux caméras brulent. Que l’on rappelle que le projet de requalification de la Plaine en zone pour riches n’est pas accepté par tous les pauvres du quartier et qu’ils le contestent toujours. Cette place faite pour bruler en plein soleil n’est pas du gout des Marseillais qui en paient les 20 millions de dépenses, sans parler des 400 000 euros du mur de protection construit à la va-vite [3]. On réclame à un mystérieux Comité Central du Carnaval, 130 000 euros pour les dégâts sur la Plaine : ça fait cher pour quelques tags et barrières métalliques. Mais, soulagement à L.R., ça permet d’oublier les 182 000 euros de frais de boisson, pizzas et gâteaux que la Mairie du 4/5( La Plaine) a dépensé les sept derniers mois [4]. On s’étonne que Gérard Chenoz, l’homme de la Haute plaine, le taliban municipal  [5] fut encore avec Martine vassal, l’héritière du système Gaudin, les dindons de la farce. Quand on pense que la SOLEAM a dispendieusement gaspillé 190 000 euros à sa communication désastreuse pour la Plaine, on éclate de rire à la face du bouffon Chenoz.




Pour la présidente de la Métropole, la Plaine « est un cluster politique  » et le Carnaval organisé par l’extrême gauche a joué la provocation dans ce quartier libertaire et rebelle. Avouons que si Martine Vassal feint de s’en apercevoir, elle donne à l’extrême gauche une importance qu’elle ne se connaît pas elle même. Une extrême gauche donc capable de manipuler la gauche au palais. Toutes ces arguties contre une ultra gauche imaginaire reprennent vie en vue des élections régionales et départementales que Mme Vassal compte bien gagner. En fine connaisseuse du Carnaval, elle s’étonne des effigies brulées. C’est dire sa connaissance du phénomène Carnaval qui à Marseille en 22 ans a réussi à se hisser parmi les plus festifs carnavals du Monde. Si l’on entend qu’un carnaval est une fête débridée et anarchique et pas seulement un défilé de majorettes sorti du local des pompiers et de vulgaires peaux d’ours soufflant dans des flutiaux.

L ‘édition du 22éme Carnaval de la Plaine qui a supplanté le pathétique défilé de la Mairie de Marseille a commencé par le procès des mauvaises figures, à savoir Martine Vassal, et Gérard Chenoz, de la Soleam, opposées à une plainarde. Il n’a jamais été fait mention des restrictions mais toujours de l’embourgeoisement de la Plaine sur un ton burlesque de Commedia del arte. Gommer cela médiatiquement montre deux choses : accentuer le côté irresponsable de la populace face aux dirigeants, toujours responsables et sanitaires, la seconde a montré que les journalistes, absents pour la plupart de l’événement, ont tous repris la dépêche de l’AFP donc de la préfecture et de nos élites si protectrices.




Surjouant son rôle de gendarme, la préfète déguisée en chapeau tricorne, a feint la surprise alors que depuis des semaines, toute la ville ne parle que du Carnaval de la Plaine. A quoi sert donc la vidéosurveillance ? Elle décide donc d’envoyer des gaz lacrymogènes sur une foule, composée autant de chenues personnes que d’enfants enfarineurs. Si elle avait pu compter sur France 3 ou la Provence pour ne pas parler de ce sujet, tout serait passé inaperçu. « Ils se sont affranchis des règles et l’ont revendiqué  » La tricornée plastronne en disant avoir verbalisé des dizaines de personnes sur… 6500 carnavaliers, -chiffre gonflé comme une baudruche pour effrayer le péquin moyen. C’est un bon score mais un peu faible pour les plateaux médiatiques où les joutes verbales sont un théâtre du pouvoir. Des Affranchis, faites leur un compliment, car à la Plaine, on a une Figure, pas comme ces ministres et plénipotentiaires telles Roselyne Bachelot ou Elisabeth Borne, touchées par le Covid et qui nous font la morale sur le port du masque. Tous ces masqués sont démasqués et sont aussi touchés. Les puissants ont tous les droits : vous tenir chez vous, vous obliger à porter le masque et pour eux même s’en affranchir. Rappelons comment le président de la République qui considérait le masque comme inutile, l’avait ôté dans un lycée et avait été aussi frappé par le Covid. Masque ou pas, le Carnaval apprend qu’il faut renaitre à la vie.




Sauf que ce coup de semonce devant la chambre de commerce sur la Canebière, là où fut brulé Caramantran dans un feu de joie diabolique, fut gazé comme jamais [6] et a poussé les carnavaliers à se réfugier comme toujours à la Plaine et à reprendre possession de leur place.

Le Ministre de l’Intérieur, travesti en jeune Pasqua, sur tous les fronts importants de la criminalité en particulier quand il défend son ami Nicolas Sarkozy, lui-même jadis déguisé en Paul Bismuth, a promis de la sévérité. On cru revenir le fantôme de Thiers dans la ville où a eu le malheur de naitre ce traitre à la patrie et le boucher de la Commune de Paris. Car cette année une concordance des planètes faisait coïncider Carnaval et Commune de Marseille.

Du coté de la réaction, le clownesque est de rigueur avec le député Eric Diard. : « On sait très bien qu’autour de ces collectifs il y a l’ultragauche, des anarchistes, des gens qui veulent en découdre ». Découdre, recoudre, coudre, voilà bien le travestissement à l’œuvre. Chez Alliance Police, Rudy Manna joue le bouffon et affirme que ce sont des habitants de la Plaine « qui sont plutôt l’ultra gauche bobo ou antifa » qui « ont demandé à leurs correspondants de tout le sud de la France de venir les rejoindre ». D’après le syndicaliste, « ce sont des gens qui détestent l’État et qui détestent la police, ils ne supportent pas une quelconque forme d’autorité ». [7] Le policier ne s’est pas exprimé quand ses collègues, il y a quelques semaines, ont prévenu d’autres policiers d’une descente dans un de leurs restos restés ouverts pendant le confinement. On les comprend. Quand les puissants et leurs larbins enfreignent leurs propres lois, le monde renversé se retrouve sur sa base. Le préfet Olivier de Mazieres avait aussi travesti la réalité en affirmant que des éléments extérieurs, une minorité agissante, résistait au projet d’aménagement de la Plaine. Info trouvée dans le caniveau des réseaux sociaux comme il l’admettra.




Une chanson de Carnaval « La Vielha » résume à elle seule cette poussée printanière qui fout dehors les vieux pour les remplacer par la jeune pousse. Cette vieille de plus de 80 ans qui symbolise aussi l’hiver tente de se refaire une jeunesse avec un galant à qui elle propose sa fortune. Le galant l’épouse puis il l’enterre dès le lendemain. Avec l’argent, il se refait une vie… Sauf qu’en notre temps, les ancêtres et leurs alliés du Vieux monde ne veulent plus partir et ne supportent pas que les jeunes s’amusent. Le cabinet de Jean Claude Gaudin était devenu un EHPAH, rappelle Philippe Pujol.

Dans la foule, on cherchait les élus du printemps marseillais : le ravi Benoit Payan déguisé en Michelle Rubirola et l’ex édile en Pierrot, ou l’inverse mais non, c’était le maire de Marseille en soldat vassal. Tout ce beau monde se complète à merveille et se remplace allégrement au milieu des dizaines de Raoult. Docteur Chloroquine soutenu en outre par toute la droite marseillaise dans un fantastique faux-semblant. Le Carnaval indépendant de la Plaine s’est trouvé de nouveaux amis cette année, avec ceux de Pointe à Pitre, Fort de France, Toulouse, Douarnenez et Cournonterral. « On se grime, on s’ met de la peinture, on s’habille de beaux vêtements… » dit la chanson. Et on s’insurge. Lors de la Bataille de la Plaine, Big Chief, [8] de la Nouvelle Orléans était venu saluer les habitants. Là bas, contrairement aux nouveaux usages politiquement correct, les Noirs se masquent en indien et proclament : « On ne pliera pas, on ne veut pas ! »




Cette cacolalie pleine de figures de style entendues mille fois dans la bouche des censeurs de tous poils, des directeurs de conscience, des principaux de collèges, ces éléments de langage des soldats scarifiés de l’ Etat, se perd encore une fois dans l’air libertaire de Marseille. A tel point que jeudi 25 mars au couchant sur une Méditerranée qui aura vu bien des pestes arriver sur ses rives, des apéros géants se tenaient au Cours Julien, à St Victor et au Vallon des Auffes ( 7éme arrondissement) , faisant fi des grands discours des culpabilisateurs et rabat-joie nés avec un cadavre dans la bouche, qui mettent sur le dos des vivants les morts de demain. Des geôliers qui nous promettent des lendemains meilleurs et des sorties toujours remises à plus tard. Vous reprendrez bien un petit confinement ?

En somme, chacun joue son rôle pour Carnaval où les enfants désobéissants de Marseille ont fait la fête pour la fin de l’hiver et les possédants ont interprété tant bien que mal les culpabilisateurs responsables. Ceux qui nous promettent depuis des lunes des jours meilleurs en s’en lavant les mains. Mais à la Plaine, on ne les a jamais cru. Chaque année, Insurrection ou épidémie, les Grands du Monde, sauf l’impayable François Hollande, [9] veulent interdire Carnaval, ses danses et ses chants mais comme dit la chanson [10] :

Ca fait bien cent cinquante ans que ça dure

qu’on nous détruit nos rues et nos quartiers

nazis bourgeois pour cette forfaiture

n’ont jamais eu à se faire prier

Mais à la Plaine on résiste on perdure

dans tous les bars chez tous les maraîchers

le peuple ici a toujours la peau dure

non jamais vous ne nous ferez plier…

Un carnavalier surgi de la nuit…








Source: Lundi.am