Décembre 13, 2020
Par Sans Nom
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Ultragauche, ce que visait le groupe interpellé par la DGSI
Journal du Dimanche, 13 décembre 2020

Un groupe qui fonctionne de manière clandestine, un leader rompu au maniement des armes, la fabrication d’explosifs, l’expression d’un passage à l’action violente contre des cibles qui pouvaient être des policiers… Ce sont, selon une source proche de l’enquête, les raisons qui ont conduit la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à procéder mardi à un coup de filet dans la mouvance ultragauche. Même si aucun projet précis n’a été identifié, cinq des sept activistes mis en examen vendredi pour « association de malfaiteurs terroriste » par les magistrats du parquet national antiterroriste (Pnat) ont été placés en détention provisoire, dont Florian D.

Le trentenaire est considéré comme le meneur de cette cellule éparpillée entre Rennes (Ille-et-Vilaine), la banlieue parisienne (Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne), un village de Dordogne (Cubjac) et un squat de Toulouse (Haute-Garonne). C’est là qu’il a été arrêté. L’homme, aux convictions révolutionnaires affirmées, est connu pour outrages, violences et destructions. Mais c’est son passage de dix mois en 2017 dans les rangs des combattants étrangers venus prêter main-forte aux Kurdes contre Daech dans le nord-ouest de la Syrie qui a retenu l’attention de la DGSI à son retour en France. Un de ses acolytes est aussi suspecté de s’être rendu sur place.

La haine de la police semble être un moteur du groupe. Plusieurs des gardés à vue auraient reconnu que leurs cibles étaient bien « les forces de l’ordre », mais qu’aucun projet d’action n’avait encore été fixé. La longue enquête de la DGSI (une information judiciaire a été ouverte en début d’année) a établi que le groupe recherchait des armes plus efficaces que celles à sa disposition. Les cinq personnes écrouées étaient en possession de fusils de chasse ou de tir sportif détenus illégalement.

Dans le camion de Florian D., des composants permettant la fabrication d’explosif de type TATP (peroxyde d’acétone) ont été saisis. En garde à vue, les suspects auraient confirmé en avoir produit et l’avoir testé au printemps dans l’Indre sur le terrain d’un membre du groupuscule. Liés pour certains au milieu des intermittents du spectacle, les complices de Florian D., âgés de 30 à 36 ans, ont refusé de révéler les codes de leur matériel informatique et numérique crypté. Des tenues de black blocs ont été retrouvées lors d’une perquisition.

« La menace islamiste sunnite n’a pas détourné l’attention des services de renseignement des groupuscules de l’ultradroite – cinq attaques ont été déjouées depuis 2017 –, ni de l’ultragauche, comme le prouve cette opération », insiste le coordonnateur national du renseignement, Laurent Nunez. Il souligne une « inquiétante évolution de la violence issue de cette mouvance », une multiplication des dégradations et des atteintes aux biens lors des manifestations et contre des antennes-relais, des gendarmeries, des véhicules Enedis…Plus de 60 dossiers de ce type sont traités par la gendarmerie, qui a créé la cellule Oracle pour piloter les investigations [voir notamment ici, ou sur cette cellule]. De son côté, la brigade criminelle est saisie de l’enquête sur le sabotage du réseau de fibre optique dans le Val-de-Marne en mai, et la sous-direction antiterroriste a été chargée de retrouver les auteurs des lettres de menaces ACAB (all cops are bastards, « tous les flics sont des salauds ») adressées à des CRS en décembre 2019.

C’est la première fois en douze ans que la justice antiterroriste se saisit d’un dossier lié à l’ultragauche. Début 2020, les demandes du procureur de Grenoble, confronté à une série d’incendies criminels revendiqués par cette mouvance, étaient restées vaines. Une prudence qui s’explique en partie par le fiasco de l’affaire de Tarnac. Accusés d’avoir saboté des lignes TGV en 2008, Julien Coupat et ses amis avaient été relaxés à l’issue d’un procès lavé de toute coloration terroriste.


Le meneur du groupuscule d’ultra-gauche a combattu Daech
Le Parisien, 12 décembre 2020

Ils sont soupçonnés d’avoir voulu commettre une action violente contre les forces de l’ordre ou des cibles militaires. Vendredi soir, sept militants présentés comme appartenant à la mouvance de l’utra-gauche – six hommes et une femme âgés de 30 à 36 ans – ont été mis en examen à Paris pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. Cinq d’entre eux ont été placés en détention provisoire, les deux autres ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire.

Les suspects ont été interpellés mardi lors d’un coup de filet opéré par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Les arrestations ont été effectuées à Toulouse (Haute-Garonne), Cubjac (Dordogne), Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) et à Rennes (Ille-et-Vilaine). Lors des perquisitions, les enquêteurs ont mis la main sur des armes – des fusils de chasses mais pas d’armes de guerre – et des munitions ainsi que sur des substances rentrant dans la composition d’explosifs : acétone, eau oxygénée, acide chlorhydrique…

Deux autres personnes interpellées en même temps ont été libérées, sans poursuite à ce stade. Certains de ces activistes sont soupçonnés de s’être entraînés sur un terrain privé, sous couvert d’une association d’Airsoft (combat avec armes factices).

Le meneur présumé de ce groupuscule, Florian D., possède un profil intéressant. Originaire du centre de la France, cet homme de 36 ans a passé dix mois à combattre Daech aux côtés des Kurdes du Rojava, la région autonome kurde du nord-est syrien. De nombreux volontaires étrangers, dont plusieurs ressortissants français, ont rejoint les combattants kurdes des YPG pour participer à la lutte contre l’organisation Etat islamique.

Florian D., de retour en France depuis début 2018, n’avait pas de domicile fixe connu. Il serait sans emploi. Connu des services de renseignement comme appartenant à la mouvance anarcho-autonome, il faisait l’objet d’une fiche S.

Selon une source proche du dossier, d’autres membres de ce groupe informel étaient également dans le collimateur des services. Les enquêteurs se demandent si l’un des mis en cause n’a pas, lui aussi, combattu auprès des Kurdes. Un des mis en examen a reconnu que le groupuscule envisageait de s’en prendre à des policiers, gendarmes ou militaires.

A Cubjac (Dordogne), un village situé non loin de Périgueux, l’intervention de la DGSI mardi à l’aube n’est pas passée inaperçue. Selon Sud-Ouest, deux hommes de 30 et 31 ans arrêtés sur place font partie des mis en cause. « Cela nous a évidemment surpris », confie Michel Raynaud, le maire de la commune. Tous deux logeaient dans un ancien centre équestre reconverti en gîte et qui accueillait plusieurs réfugiés politiques ainsi que des habitants de passage. « On n’a jamais eu aucun problème avec ce lieu », assure le maire. La propriétaire du gîte n’a pas été inquiétée.




Source: Sansnom.noblogs.org