Un jeudi noir à Toulouse“, c’est ce qu’ont titré nos torchons locaux. Impossible en effet d’échapper ce jeudi 26 mai au mouvement social en cours à Toulouse contre la loi “Travaille !” Pour une fois, la grève n’était pas qu’une idée abstraite, laborieusement matérialisée par quelques manifs stériles. Dès 5h, c’est toute l’agglo qui était en grève, de gré ou de force, grâce aux multiples blocages routiers qui se sont déroulés sur fond de pénurie d’essence. L’après-midi, c’est dans une manifestation massive qu’un cortège autonome a enfin trouvé sa place et son effectivité.

C’est ce qu’on appelle une journée de mobilisation. Une ambiance de grève à la hauteur de la colère ambiante a enfin été posé à Toulouse jeudi 26 mai.

Tôt dans la nuit, entre 500 et 1000 personnes ont fait leur la devise “Bloquons tout !” Alors que depuis le début du mois de mars, toutes les actions de blocage s’étaient réalisées à l’initiative de la CGT (à l’exception de la tentative de blocage à Blagnac le 12 avril), le gros du travail a ce jour-là été réalisé par des non syndiqué.e.s : des militant.e.s de Nuit Debout, du DAL et de la CIP d’une part, mais aussi la centaine de personnes qui ont répondu à l’appel autonome de l’Assemblée des Minimes. Personne ne s’est fait déloger par la police… Preuve que l’on est maintenant assez nombreux.ses et déterminé.e.s pour se passer des organisations syndicales sur ce genre d’actions ! [1]

La manif l’après-midi a aussi constitué une petite victoire. Pour une fois, les différentes composantes autonomes de la lutte se sont tenues tout au long du parcours derrière une même banderole. Les discussions entamées depuis quelques semaines ont porté leurs fruits : nous nous sommes enfin montré.e.s assez organisé.e.s pour remplir les objectifs qu’on s’était collectivement donné.e.s ; repeindre les symboles du capitalisme ainsi que celleux qui le protègent, dans une ambiance aussi conviviale que déter !

Hélas, la dispersion s’est faite dans la douleur avec 7 interpellations bien crades et un gazage à volonté.

Bloquons tout

Voici une brève revue des nombreux blocages qui ont paralysé la ville jeudi matin, préparant le terrain à une manifestation massive l’après-midi. A noter que la veille avait déjà eu lieu le blocage de la gare routière ainsi que du traffic routier alentour.

  • Périph à Balma, Palays et Ponts Jumeaux : entre 500 et 750 personnes selon les sources ont répondu à l’appel de Nuit Debout intitulé “On arrête tout” et se sont retrouvées à 6h à Jean Jaurès. Elles se sont ensuite réparties en trois points de blocage à proximité immédiate de sorties de périph. On peut lire sur la page Facebook de Nuit Debout que “les militant.e.s ont pu distribuer du café, des bonbons et des tracts, pour ouvrir la discussion sur la loi travail avec les automobilistes, parallèlement à l’émission de radio sur FMR 89.1.” En effet la radio FMR a prêté son antenne à des participantEs de Nuit Debout, qui ont ainsi pu informer les automobilistes coincéEs dans les embouteillages les raisons de la mobilisation en cours !



  • Axe de circulation à Basso Cambo : des barrages filtrants on tété mis en place par l’intersyndicale sur l’avenue du Général Eisenhower dès 7 h du matin
  • Axe de circulation + périph sur le rond-point Henri Cazaux (pas loin du Stade E. Wallon) : à l’appel de l’assemblée de lutte des Minimes, une centaine de personnes se sont retrouvées boulevard Silvio Trentin à 5h30, munies de palettes et de pneus. A 9h, le quartier des Minimes est entièrement paralysé, une file ininterrompue de voiture remonte de Barrière de Paris à Claude Nougaro ! On peut signaler quelques accrochages avec des automobilistes presséEs d’aller travailler et avec un véhicule de la DDE casseur de grève. Il repartira avec un joli souvenir à l’arrière… Ceci étant dit, beaucoup d’automobilistes apportent leur soutien en souhaitant bon courage aux personnes mobilisées. La police est présente mais n’intervient pas. Les gros débiles de la BAC font une brève apparition. Vers 10h, tout le monde revient au point de rendez-vous en scandant des slogans… ambiance manif sauvage !




Photo : Ben art'core




Photo : Ben art'core

  • Chantiers : une quinzaine de syndicalistes de la CGT ont bloqué un chantier à Empalot. Selon La Dépêche, iels ont placardé des banderoles “Non aux salaires low cost dans le BTP” et réclamé une augmentation de 100 euros. Le camion de livraison de béton n’a pu accéder au chantier. A Montaudran, une opération similaire était apparemment en cours au même moment.
  • Le périph’ étant paralysé, certains dépots de bus se retrouvent bloqués de fait.

« On marche ensemble, on tient la rue, et si les flics envoient les gaz on continue ! »

A 14h30, entre 6.000 et 20.000 personnes se retrouvent à Compans Caffarelli pour la manifestation unitaire. Le tracé doit nous emmener jusqu’à François Verdier.

Un cortège autonome se forme dès le début de la manif derrière la banderole du 31 en Lutte : “Rien à négocier, tout à prendre“, rejointe rapidement par une banderole (très) renforcée : “Marre des bleus ! Défendons-nous“. Cette dernière nous protège des keufs qui nous escortent sur le trottoir, côté droit.


Peu après Arnaud Bernard, des œufs et ampoules de peinture commencent à passer de main en main. Des leçons ont été tirées de la dernière manif (celle du 19 mai) : le cortège fait bloc derrière les banderoles, qu’on ne lâche plus d’une semelle. Dans cette atmosphère sécurisante, un premiet oeuf est lancé en direction de la flicaille. C’est l’étincelle. Petit à petit, tout le monde se met à chanter et à taper dans ses mains. L’ambiance est bonne, on se sent fortEs, offensif.ves et nuisibles. De plus en plus de genTEs viennent piocher dans les différentes réserves de quoi trasher banques, agences d’intérim et autres symboles du capitalisme. Le compteur de l’UEFA à Jean Jaurès se fait repeindre bien comme il faut, sous les hourras d’une centaine de personnes surmotivées. “Aaaah, anti, anti-capitaliste !”, “C’est pas les immigréEs qu’il faut virer, c’est le capitalisme et l’état policier !”, et le petit dernier “On marche ensemble, on tient la rue, et si les flics envoient les gaz on continue !”








Aux alentours de la Colombette, c’est l’exploit : un voltigeur qui traînait sur le côté gauche mange une ampoule en pleine tronche. “Dégage !” Sur le côté droit, ça monte d’un ton : un écervelé de la BAC pointe son LBD vers nos visages pendant de longues minutes. Heureusement, la banderole renforcée, tenue bien haut, nous protège. ChacunE fait attention à son.sa voisinE, se relaie à la banderole… la solidarité est là, et elle fait reculer la peur.

Les flics en ont tellement marre de ramasser qu’ils finissent par reculer. Ils continuent de progresser sur les trottoirs… mais loin derrière !

Plusieurs altercations ont lieu avec quelques syndicalistes de Solidaires effrayéEs par l’idée que cette manif se transforme en autre chose qu’une ennuyeuse et stérile promenade. Heureusement, on tient bon et on réussit à se maintenir au milieu de la manif (et pas en queue de cortège).

Hélas, le point de dispersion (François Verdier) est bien vite atteint, avec son lot de camions-grilles et de CRS. Le cortège autonome se disloque, mais une partie des manifestantEs prend la route du Grand Rond, ce qu’autorise le tracé déposé en préfecture (tant qu’on ne va qu’y faire… demi-tour). Au niveau des allées Jules Guesde, qui s’apprêtent à recevoir la Fan Zone pour l’Euro 2016, des grandes banderoles UEFA sont arrachées.

De retour sur François Verdier, le cortège refuse de se disperser et veut continuer sur les boulevards. Un cordon de CRS les en empêche, et depuis l’arrière des flics lancent une grenade lacrymogène à la minute. Une fois n’est pas coutume, grâce au vent d’autan, ces imbéciles s’auto-gazent… avec toutefois un petit coup de pouce des manifestantEs :

Photo : Nadia Garcia - 1.1 Mo
Photo : Nadia Garcia

Régulièrement, un troupeau de baqueux fait une sortie, se jette sur une proie au hasard et la ramène, vivante, mais en sale état, jusqu’au panier à salade. Dans le tas ; un SDF, un membre mineur de la coordination lycéenne ainsi qu’une lycéenne traînée par les cheveux sur plusieurs mètres (voir la vidéo à 6min30.)

Une centaine de manifestantEs se réfugient dans la petite rue Idrac et montent une barricade. Finalement, ils partent en sauvage direction de Saint-Aubin, puis du Canal.

Photo : Ben art
Photo : Ben art’core

En fin de journée, la legal team dénombre 7 interpellations.

Une vidéo fait le tour des réseaux sociaux et de quelques médias mainstream (La Dépêche, France Télé, Les Inrocks…) On y voit un policier jeter une femme contre une barrière puis par terre dans un geste d’étranglement assez répugnant :

Selon Metronews, une enquête administrative est en cours… Le fonctionnaire incriminé risque de se faire taper sur les doigts. Non pas pour avoir tabassé quelqu’un gratuitement bien sûr, ça c’est son métier, mais sans doute pour avoir négligé le cameraman qui le suivait. Une première vidéo permet de mieux comprendre la scène :

Un manifestant est en train de se changer, mais trop tard, les flics l’ont repéré. Ils se jettent sur lui alors qu’il est torse nu.

Photo : Ben art
Photo : Ben art’core

Cette femme, qui ne connaissait pas l’interpellé selon l’auteur de la vidéo, ramasse son pull et demande à ce qu’il lui soit rendu. Devant son insistance, un policier membre de la compagnie d’intervention [2] perd patience et laisse parler sa nature de mâle dominant décérébré.

D’autres photos et vidéos captées en cette fin de manif mouvementée :

Photo : Ben art
Photo : Ben art’core
Photo : Ben art
Photo : Ben art’core
Photo : Ben art
Photo : Ben art’core

AG de lutte place du Capitole à 19h

Une AG de lutte s’est tenu après la manif place du Capitole, à côté de celle de Nuit Debout qui a consisté principalement en une succession de prises de paroles condamnant la violence des casseurs.ses…

Énormément de monde (une centaine ?) pour cette assemblée démunie de sono, les débats ont donc peiné à être constructifs. En voilà le compte-rendu publié sur le Facebook de 31 en lutte :

Bilan commission jonction.

Plusieurs diffs organisées ces derniers jours. Pôle emploi, CHU, commerces et services… Bilan très positif.

Une réunion s’est tenue et un tract en direction des femmes travailleuses de plusieurs secteurs a été écrit. La première diff de ce tract aura lieu à 18h30 aujourd’hui, square Charle de Gaulle.

Bilan caisse de grève.

On a récolté plus de 110 euros durant la manif avec les caisses de grève. La caisse monte petit à petit…

Bilan blocages du matin

Plusieurs points de blocages sur la ville, qui ont rassemblés en tout a peu près 500 personnes.

Tout les points de blocages ne sont pas dans le CR faute de retour à l’assemblée.

– Le blocage rond point cazaux, appelé par l’assemblée des minimes. (31 en lutte s’était surtout concentré sur ce point de blocage)

Il y avait 130 personnes. Bilan positif, 4 heures de blocages, pas de perturbations de la police.

A noter qu’il s’agissait d’un appel autonome. Après le blocage, les camarades sont partis ensemble en manif.

– Ponts jumeaux, 60 personnes, appelés par nuit debout (je crois ?)

– Balma, 150 personnes, 3h de blocage.

– Basso cambo, 100 personnes.

Radio FMR : une émission sur les blocages s’est tenue au bilan positif.

Bilan politique : Ces points de blocages ont été l’occasion de faire exister la lutte sur la ville, de montrer la force de la mobilisation. Ils ont rassemblé des camarades aussi bien syndiqués que non syndiqués. Si les syndicats, notamment la CGT, sont une force sur la ville, ils ne sont pas la seule composante du mouvement. La stratégie d’axer sur les blocages, en plus de faire monter la pression, est aussi un moyen pour la CGT de reprendre le leadership de la mobilisation, de tirer la couverture vers elle. Mais sur Toulouse, force est de constater que ces blocages n’auraient pas du tout eu la même ampleur sans les autres composantes de la lutte.

Une assemblée éducation s’est tenue, qui a rassemblé 50 personnes. C’est un très bon signe, ces assemblées ne réunissaient ces derniers temps plus que 10/20 personnes.

L’assemblée appelle à 2 journés d’action, mardi et jeudi.

Bilan manif

On a tenu ce qu’on s’était dit dans l’AG. On a tenu le cortège, nous étions plus accessibles, rejoignables. etc.

C’était bien de se mettre au millieu de la manif, pas à la fin. En revanche, il y a eu quelques petites frictions avec une partie du SO de solidaires et pour la prochaine fois, certains camarades proposent de tenter de leur parler avant…
🙂

Plusieurs personnes nous ont fait le retour qu’elles ont galéré à trouver le cortège. Il faut être plus visible. Par ailleurs, pas mal de gens cherchaient la banderole « Bloquons tout ». Il faudrait ptet la ramener…

Il faudrait plus de communication dans le cortège en particulier sur la fin de manif, se dire si on se disperse, quand on replie les banderoles, etc.

Face aux arrestations de fin de manif, nous pouvons essayer de propagers des réflexes minimum pour faire face à la répression, mais nous ne sommes pas omnipotent.

Bilan répression. 7 arrestation a priori.

Comme à bien d’autres occasion, violences policières filmées par des camarades.

Note importante : les garanties de représentation.

La répression frappe n’importe qui. Tout les camarades sont conviés à préparer à l’avance un dossier rassemblant leurs garanties de représentation. Il s’agit d’un dossier rassemblant les documents écrits (justificatif de domicile, contrat de travail, livret de famille…) visant à démontrer qu’une personne ne va pas se soustraire à une convocation d’un juge ou à une décision d’assignation à résidence. 7

Cela permet de minimiser les risques de mise en détention provisoire.

Perspectives

Proposition de refaire des blocages et vite !

Proposition aussi de tenter de se coordonner avec les autres composantes du mouvement, bien qu’avec peu d’illusions, il est très possible que les autres composantes, en particulier la CGT refuse de se concerter avec nous.

Il nous faut réfléchir à tenir des manifs sauvages (bref à faire des manif quoi…) On ne peut pas compter que sur la spontanéité, elle est bien insuffisante, tout le début du mouvement la montré.

Petite discussion autour de la question des objectifs. Des camarades soulignent qu’arriver à tenir des manifs sauvages est un objectif en soi, qu’il faut les organiser plus, prévoir un début et une fin, etc.

D’autres disent qu’avoir un objectif est nettement plus fédérateur.

La prochaine Assemblée de 31 en lutte aura lieu samedi 28 mai à 16h à la chapelle, 36 rue Danielle Casanova. Elle sera l’occasion de s’organiser plus, d’avoir un moment en comission, etc.

Les camarades qui le souhaitent sont invités à préparer l’assemblée, venir avec des propositions.

Agenda

Vendredi 18h30 square Charle de Gaulle. Diff de tract en direction des femmes travailleuses de plusieurs secteurs.

Samedi 16h 36 rue Danielle Casanova, Prochaine assemblée 31 en lutte à la Chapelle.

Mercredi 17h30 parc des anges, Assemblée des Minimes.


[1] Tout en gardant à l’esprit que les syndiqué.e.s restent bien sûr les bienvenu.e.s !

[2] Ce sont grosso modo des policier.e.s à qui l’on donne un équipement de maintien de l’ordre pour venir en renfort aux CRS… Bref, des CRS au rabais quoi ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Compagnie_d%C3%A9partementale_d%27intervention




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