Février 3, 2017
Par Soyons Sauvages
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Nous assistons, en ces jours assombris, à la phase finale de la décomposition de la société marchande, dont nous convenons qu’elle n’a que trop duré. C’est à l’échelle planétaire que nous voyons diverger dans des proportions toujours plus énormes la carte de la marchandise et les territoires de l’Homme. Le Spectacle met en scène un chaos mondial, mais ce «chaos» ne manifeste que l’inaptitude désormais avérée de la vision économique du monde à rien saisir de la réalité humaine. Il est devenu évident que la valeur ne mesure plus rien: les comptabilités tournent à vide. Le travail lui-même n’a plus d’autre objet que de satisfaire l’universel besoin de servitude. Et c’est jusqu’à l’argent qui a fini par se laisser gagner par le vide qu’il propageait. Dans le même temps, la totalité des vieilles institutions bourgeoises, qui reposaient sur les principes abstraits de l’équivalence et de la représentation, sont entrées dans une crise dont elles semblent trop fatiguées pour pouvoir se remettre: la Justice ne parvient plus à juger, l’Enseignement à enseigner, la Médecine à soigner, le Parlement à légiférer, la Police à faire respecter la loi, ni même la Famille à élever les enfants. Certes, les formes extérieures de l’édifice ancien demeurent, mais toute vie l’a définitivement quitté. Il flotte dans une intemporalité toujours plus absurde et plus perceptible. Pour tromper la montée du désastre, il lui arrive encore, de temps à autre, d’arborer ses symboles de parade, mais nul ne les comprend plus. leur magie ne fascine plus que ses magiciens. Ainsi, l’Assemblée Nationale est devenue un monument historique, qui n’excite plus que la curiosité stupide des touristes. Le Vieux Monde offre à notre vue le paysage désolant de ruines neuves et de carcasses mortes, qui attendent une démolition qui ne vient pas et pourraient encore l’attendre dans l’éternité, s’il ne devait venir à personne l’idée de l’entreprendre. Jamais on eut le projet de tant de fêtes, jamais aussi leur enthousiasme ne parut plus faux, plus feint et plus forcé. Même les plus grossières réjouissances ne parviennent plus à se déprendre d’un certain air de tristesse. Contre toute apparence, le dépérissement de l’ensemble n’est pas tant dans ce qu’organe après organe, il se décompose et se corrompe, ni, au reste, dans quelque autre phénomène positivement observable, mais plutôt dans l’indifférence générale que ce fait déchaîne; indifférence qui procure le net sentiment que nul ne se juge concerné par lui, ni n’est décidé en quelque façon à y porter remède. Et comme «devant le sentiment de l’ébranlement de toutes choses, ne rien faire que d’attendre patiemment et aveuglément l’écroulement du vieil édifice plein de fissures et attaqué dans ses racines et se laisser écraser par l’échafaudage croulant est contraire à la sagesse autant qu’à la dignité» (Hegel), on voit, à certains signes que ne permet pas de déchiffrer le mode de dévoilement spectaculaire, se préparer l’Exode inévitable hors «du vieil édifice plein de fissures». Déjà, des masses d’hommes silencieux et solitaires apparaissent, qui choisissent de vivre dans les interstices du monde marchand et refusent de participer à quoi que ce soit qui ait rapport avec lui. Ce n’est pas seulement que les charmes de la marchandise les laissent obstinément froids, c’est qu’ils portent de surcroît une inexplicable suspicion sur tout ce qui les lie à l’univers qu’elle a façonné, et qui maintenant s’effondre. En même temps, les dysfonctionnements toujours plus patents de l’Etat capitaliste, devenu incapable d’aucune intégration à la société sur laquelle il s’érige, garantissent en son sein la subsistance nécessairement temporaire d’espaces d’indétermination, de zones autonomes toujours plus vastes et toujours plus nombreuses. Il s’ébauche là tout un ethos, tout un monde infraspectaculaire qui semble un crépuscule, mais qui en vérité est une aube. Des formes de vie apparaissent dont la promesse va bien au-delà de la décomposition. A bien des égards, cela ressemble à une expérience massive de l’illégalité et de la clandestinité. C’est des moments où l’on y vit déjà comme si ce monde n’existait plus. Pendant ce temps, et comme une confirmation de ce mauvais présage, nous voyons se multiplier les crispations et les raidissements désespérés d’un ordre qui se sent mourir. On parle de réforme de la République, quand c’est le temps des républiques qui a passé. On parle encore de la couleur des drapeaux, quand c’est l’ère des drapeaux elle-même qui est révolue. Tel est le spectacle grandiose et mortel qui se dévoile à qui ose considérer son temps du point de vue de sa négation, c’est-à-dire du point de vue du Parti ImaginaireNous assistons, en ces jours assombris, à la phase finale de la décomposition de la société marchande, dont nous convenons qu’elle n’a que trop duré. C’est à l’échelle planétaire que nous voyons diverger dans des proportions toujours plus énormes la carte de la marchandise et les territoires de l’Homme. Le Spectacle met en scène un chaos mondial, mais ce «chaos» ne manifeste que l’inaptitude désormais avérée de la vision économique du monde à rien saisir de la réalité humaine. Il est devenu évident que la valeur ne mesure plus rien: les comptabilités tournent à vide. Le travail lui-même n’a plus d’autre objet que de satisfaire l’universel besoin de servitude. Et c’est jusqu’à l’argent qui a fini par se laisser gagner par le vide qu’il propageait. Dans le même temps, la totalité des vieilles institutions bourgeoises, qui reposaient sur les principes abstraits de l’équivalence et de la représentation, sont entrées dans une crise dont elles semblent trop fatiguées pour pouvoir se remettre: la Justice ne parvient plus à juger, l’Enseignement à enseigner, la Médecine à soigner, le Parlement à légiférer, la Police à faire respecter la loi, ni même la Famille à élever les enfants. Certes, les formes extérieures de l’édifice ancien demeurent, mais toute vie l’a définitivement quitté. Il flotte dans une intemporalité toujours plus absurde et plus perceptible. Pour tromper la montée du désastre, il lui arrive encore, de temps à autre, d’arborer ses symboles de parade, mais nul ne les comprend plus. leur magie ne fascine plus que ses magiciens. Ainsi, l’Assemblée Nationale est devenue un monument historique, qui n’excite plus que la curiosité stupide des touristes. Le Vieux Monde offre à notre vue le paysage désolant de ruines neuves et de carcasses mortes, qui attendent une démolition qui ne vient pas et pourraient encore l’attendre dans l’éternité, s’il ne devait venir à personne l’idée de l’entreprendre. Jamais on eut le projet de tant de fêtes, jamais aussi leur enthousiasme ne parut plus faux, plus feint et plus forcé. Même les plus grossières réjouissances ne parviennent plus à se déprendre d’un certain air de tristesse. Contre toute apparence, le dépérissement de l’ensemble n’est pas tant dans ce qu’organe après organe, il se décompose et se corrompe, ni, au reste, dans quelque autre phénomène positivement observable, mais plutôt dans l’indifférence générale que ce fait déchaîne; indifférence qui procure le net sentiment que nul ne se juge concerné par lui, ni n’est décidé en quelque façon à y porter remède. Et comme «devant le sentiment de l’ébranlement de toutes choses, ne rien faire que d’attendre patiemment et aveuglément l’écroulement du vieil édifice plein de fissures et attaqué dans ses racines et se laisser écraser par l’échafaudage croulant est contraire à la sagesse autant qu’à la dignité» (Hegel), on voit, à certains signes que ne permet pas de déchiffrer le mode de dévoilement spectaculaire, se préparer l’Exode inévitable hors «du vieil édifice plein de fissures». Déjà, des masses d’hommes silencieux et solitaires apparaissent, qui choisissent de vivre dans les interstices du monde marchand et refusent de participer à quoi que ce soit qui ait rapport avec lui. Ce n’est pas seulement que les charmes de la marchandise les laissent obstinément froids, c’est qu’ils portent de surcroît une inexplicable suspicion sur tout ce qui les lie à l’univers qu’elle a façonné, et qui maintenant s’effondre. En même temps, les dysfonctionnements toujours plus patents de l’Etat capitaliste, devenu incapable d’aucune intégration à la société sur laquelle il s’érige, garantissent en son sein la subsistance nécessairement temporaire d’espaces d’indétermination, de zones autonomes toujours plus vastes et toujours plus nombreuses. Il s’ébauche là tout un ethos, tout un monde infraspectaculaire qui semble un crépuscule, mais qui en vérité est une aube. Des formes de vie apparaissent dont la promesse va bien au-delà de la décomposition. A bien des égards, cela ressemble à une expérience massive de l’illégalité et de la clandestinité. C’est des moments où l’on y vit déjà comme si ce monde n’existait plus. Pendant ce temps, et comme une confirmation de ce mauvais présage, nous voyons se multiplier les crispations et les raidissements désespérés d’un ordre qui se sent mourir. On parle de réforme de la République, quand c’est le temps des républiques qui a passé. On parle encore de la couleur des drapeaux, quand c’est l’ère des drapeaux elle-même qui est révolue. Tel est le spectacle grandiose et mortel qui se dévoile à qui ose considérer son temps du point de vue de sa négation, c’est-à-dire du point de vue du Parti Imaginaire




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