Novembre 6, 2016
Par Kedistan
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Voilà, c’est fait, je suis vaccinée. Comme beaucoup de mes compatriotes, je suis désormais à l’abri de la tentation d’opposition.

Même pas mal.

On m’a préparé un cadre de vie aseptisé pour l’hiver, un régime sans médias ni presse, et au cas où se glisserait pourtant un virus malveillant, on a passé la “gazeuze”, comme pour les moustiques en été.

Paraît même qu’ils “en” ont arrêtés et placés quelques unEs loin des villes, dans des prisons exprès. Chuut “c’est des terroristes !

Me voici donc légume en sachet, terrorisée aussi, comme “ils” le veulent pour tout le monde. Et la télé à bouche unique répète en boucle le “jusqu’ici tout va bien… Ne vous inquiétez pas… ça ne fera pas mal”.

Je voudrais tant qu’il s’agisse d’un cauchemar dont je pourrais me réveiller.

Une moitié de la Turquie a encore injurié l’autre il y a deux jours. Il y avait longtemps que je n’avais pas ressenti cette haine bestiale à l’encontre de représentants élus, soudain jetés à la meute.

Istanbul sent le caniveau, comme au lendemain du putsch.

Et la peur gagne petit à petit même celles et ceux qui se disaient pourtant “apolitiques”, vaquant à leurs petites affaires. Chacun, dans une moitié de sa Turquie, connaît quelqu’unE qui a perdu un emploi, a été “suspendu”, “muté”… Et certainEs n’osent même pas en parler, de peur de la contagion.

Comme je ne fréquente pas la mosquée, je ne peux pas vous raconter ce qu’y s’y dit.

Il y a un pourtant un drôle de truc qui se passe : le “tout va bien”… ça va ? oui ça va ? tout va bien ? oui… tout va bien ! Quand dans l’ascenseur les voisins ne regardent pas leurs pieds, ils échangent des mots qui se rassurent tout seuls.

J’imagine que c’est ça, l’effet “défense de la démocratie”. Il faudra que je vérifie la notice.

Mais il est tard, messieurs dames, il faut que je rentre… chez eux.

| Chroniqueuse |

Mamie stanbouliote de 81 ans. Tendresses et révolte !




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