d’après L’Analphabète de Agota KRISTOF par Catherine SALVIAT à l’ARTISTIC THEATRE -45, rue Richard Lenoir 75011 PARIS
à partir du 25 Novembre 2019
mardi 19h ; mercredi, jeudi 20h30 ; vendredi 19h ; samedi 16h ; dimanche 15h,
relâche les lundis sauf lundi 23 décembre à 19 H,
relâche le 2 novembre et les 24, 25 et 31 décembre.

Scénographie et lumières François Cabanat
Adaptation de Nabil El Azan
« Nabil El Azan, metteur en scène et auteur franco-libanais, est décédé lundi 12 novembre 2018, à Avignon, des suites d’un cancer. Né à Beyrouth en 1948, installé en France depuis 1978, il a monté avec sa compagnie La Barraca plus d’une vingtaine de pièces contemporaines. Il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages: une biographie de la fondatrice du mythique festival de Baalbeck au Liban, ainsi qu’un recueil de poésie et des traductions de pièces de théâtre et de poésie de l’arabe au français. »

Onze chapitres comme des rites de passage. Brefs et secs comme le destin. Souriants comme la liberté quand elle nargue. De la Hongrie en Suisse, ils vont aussi de l’enfance à l’âge adulte, du cocon familial à l’exil et de la lecture avide à l’apprentissage de la langue. Lire/écrire. L’analphabète est totalement imprégné de cette jubilation-là. Lire/écrire. Un antidote au malheur. Un pied-de-nez à la vie même.
Nabil El Azan 2015

Les amoureux des livres le savent, ils ne peuvent pas se passer de mots et surtout des lettres qu’ils ont brassées avec les yeux, avec les doigts avant qu’elles ne produisent du sens. L’émotion date de l’enfance, de cette intimité souveraine avec des objets lettres qui permet à l’enfant de voyager seul et libre, indépendamment du regard des adultes.

 Agota KRISTOF raconte son enfance dans une famille pas très riche mais cultivée en Hongrie dans les années trente, ses souvenirs de misère à l’adolescence, en internat, lorsqu’elle fut séparée de sa famille et puis sa fuite avec son mari et sa fille à 21 ans, en 1956, lorsque la révolte des conseils ouvriers fut écrasée par l’armée soviétique. Ne parlant pas un mot de français, elle s’est retrouvée en Suisse dans la situation d’une analphabète.

 Curieux destin que celui d’Agota KRISOF devenue écrivain dans sa langue d’adoption, le français, qui a su irriguer de son savoir, son intelligence et son amour, cette terre nouvelle, pour y bâtir quelques livres.

 Agota KRISTOF est une ouvrière des lettres. Elle n’est pas devenue écrivain par un coup de baguette magique, elle s’est mise à l’épreuve dans une longue randonnée avec pour seul horizon, le bonheur de la lecture et de l’écriture.

 Sous les traits de Catherine SALVIAT, son parcours de l’enfance à l’âge adulte, est particulièrement lumineux. La voix de l’enfance perce les nuages de la longue ascension d’Agota KRISTOF qui est toujours cette petite fille malicieuse qui se dégourdit avec des histoires vraies ou fausses pour le plaisir de bouger son petit monde.

 Fière et robuste, Agota KRISTOF est une écrivaine à mains nues qui connait la valeur des mots qu’elle déterre à la racine. Sa langue est simple, oui, elle sent la terre et le corps. Car on ne le dira jamais assez, les mots passent par le corps qui est en quelque sorte leur véritable foyer et lorsqu’ils arrivent à la surface, lorsqu’ils s’éclairent sous les yeux des lecteurs ou les oreilles des lecteurs, ils respirent.

 Catherine SALVIAT est l’interprète rêvée de ce personnage, Agota KRISTOF. La mise en scène suggestive et scrupuleuse de Nabil El Azan épouse à la fois sa sensibilité et son énergie.
 
Dans la pénombre de l’intimité d’une écrivaine, c’est la voix de Catherine SALVIAT qui ouvre les portes, qui respire sous leurs fentes et converse avec nos fantômes, ceux qui ont fait trembler les murs de notre enfance « analphabète ». C’est Diane souriante, juchée sur quelques livres, en lettres et en chair.

Paris, le 1er Novembre 2014
Mise à jour le 20 Novembre 2019   
Evelyne Trân


Article publié le 20 Nov 2019 sur Monde-libertaire.fr