Six femmes, six parcours : une boulangère un peu trop sympathique, une mère de famille au foyer passionnée par les bruits, une gynécologue apparemment entièrement dévouée à son travail, une actrice débutante trop « garçon manqué », une jeune multirécidiviste à peine majeure et déjà partie pour la prison, et la poétesse antique Sappho, mystérieusement ressuscitée.

Il serait tentant de parler de six « portraits de femmes » ; le terme serait en fait à l’opposé exact de ce que propose la pièce : on ne nous présente pas six femmes statiques, clichés photogéniques stéréotypés s’offrant au voyeurisme des spectateurs, mais bien six femmes en mouvement, en évolution, six femmes si humaines finalement.

Les comédiennes nous conduisent le long du chemin d’émancipation de leurs personnages, qui toutes finissent par proclamer – plus ou moins explicitement – « je ne suis pas une apparition ! » : je ne suis pas la femme que vous voulez que je sois, je ne suis pas à votre disposition, je refuse de répondre à vos attentes et à vos sollicitations et vous allez devoir fournir des efforts pour me comprendre.


Cela en fait indéniablement une œuvre féministe, exigeant le droit des femmes d’être sujet et non plus objet. Cependant la pièce ne peut être réduite à une simple pièce engagée ou militante : le jeu est admirable, l’humour est juste, le rythme est soutenu, on ne s’ennuie jamais et on prend un véritable plaisir à suivre ces non-apparitions.

L’ombre de la poétesse Sappho

Au sortir de la pièce, je pensais inclure dans ma critique un unique « hic » : je n’avais vu aucune représentation de l’homosexualité, ce qui en fait me surprenait plus que cela me décevait, tant on ne pouvait imaginer que les scénaristes n’y aient pas pensé. Choix délibéré d’exclure l’homosexualité du propos ? Il s’avère en fait que la cause était plutôt mon inculture : après un bref passage sur Wikipédia, j’ai appris que Sappho a justement donné son prénom au saphisme tandis que son île, Lesbos, a elle conduit au terme lesbienne.

Sauf erreur de ma part, l’homosexualité de Sappho n’est jamais mentionnée explicitement dans la pièce et la référence est donc réservée aux initié·es. On invitera donc les futurs spectateurs et spectatrices à se renseigner un minimum sur Sappho avant de se rendre au Guichet-Montparnasse. Mais que cela n’arrête personne car la pièce mérite vraiment le détour !

Léo (UCL Grand-Paris-Sud)


La compagnie La Corde sensible joue Je ne suis pas une apparition au Guichet Montparnasse (15 rue du Maine, 75014 Paris) tous les dimanches à 20h jusqu’au 29 mars 2020.


Article publié le 06 Fév 2020 sur Unioncommunistelibertaire.org