Sur la barricade

6H du mat’ sur la barricade du Saule, l’heure des flics mais rien à l’horizon.

Rien sauf les lumières de villes dont je ne connais pas les noms.

Celles qui, éclairant le ciel comme le soleil levant, m’ont donné le faux espoir de voir la lueur du jour en montant sur la vigie.

Alors, j’attends.

J’attends la venue du soleil.

J’attends en écrivant dans le vent.

J’attends confortablement posé sur cette vigie-palette de fortune, bercé par le Saule au rythme des courants d’air.

J’attends de potentiels gyrophares, une alerte au talkie, un·e messagèr·e essouflé.e avec de mauvaises nouvelles.

PAN ! PAN ! PAN ! PAN ! 4 morts ?

J’attends avec les coups de feu des chasseurs en arrière-plan.

J’attends que 300 copaines dĂ©barquent : ” Salut, on vient aider Ă  construire la zone. On a 100 camions de palettes, de tĂ´les et de bâches, de quoi tenir 6 mois en bouffe et on est disponibles pour les 6 prochaines annĂ©es.”

J’attends pensant à la cabane qu’on construit pour l’hiver et les inondations.

J’attends et je m’ennuie, un ennui serein et pensif, calme et méditatif. Le temps passe vite quand on vit pleinement.

J’attends, je pense, j’écris et j’imagine avec dépit que j’aurais pu rester devant mon ordi à attendre l’annonce du désastre, à regarder des inconnu·es tenter de sauver nos existences, à me morfondre dans un ennui torturé en cherchant une vidéo youtube qui donnerait un sens à mon existence.

PAN ! Pan ! Pan.

Et pendant ce temps les oiseaux ont commencé à chanter, des voitures ont démarré, un copaine s’est levé. Le ciel m’offre un dégradé du bleu foncé à l’orangé, la Loire son reflet.

Les feuilles se mettent à scintiller et le chemin de la Saule apparaît, comme éclairé par sa flore.

Le soleil s’est levé, mon tour de garde est terminé.


Article publié le 09 Oct 2020 sur Paris-luttes.info