Quelques semaines plus tard, lors du réexamen du dossier, l’association subversive tombe et deux personnes sortent de prison (le troisième inculpé uniquement de l’association subversive restera enfermé un peu longtemps car sous le coup d’une double incarcération lié au fait qu’il ait été arrêté avec un sac de pétards sur lui le 7 février). Deux autres compas sortent à la mi-mai, accusés de la diffusion et de la publication de la brochure précédemment citée.

Aujourd’hui une personne, accusée d’un acte spécifique dans le dossier, est encore en détention et a été transférée à la prison de l’Aquilà dans une section de haute sécurité. Elle, ainsi qu’une autre compagnonne arrêtée dans le cadre de l’opération « Scripta Manent » en 2006 ont commencé une grève de la faim le 29 mai dernier. (on vous met le communiqué à la fin de ce texte). Cette grève est rejointe le 3 juin par 5 autres compagnons enfermés dans différentes taule d’italie.

Le 6 mars dernier dans la région trentinoise, c’est une nouvelle opération massive lancer par l’etat italien : l’opération « Renata » qui conduira à une cinquantaine de perquisitions la plupart à Trente et Rovereto, mais aussi à Rome, Naples, Cagliari. Suite à ces perquisitions , 7 personnes sont arrêtées et écrouées avec les accusations d’ « association subversive avec finalité terroriste » et d’ « attentat avec finalité terroriste ». Les personnes arrêtées (toutes sorties sauf une aujourd’hui avec des contrôles judiciaires en l’attente de leur procès) sont de compagnonnes compagnons engagé.e.s dans la lutte contre la guerre et le militarisme, contre les frontières, contre les rafles de sans-papiers, contre les prisons et la police, contre les projets de dévastation de l’environnement, contre le fascisme et le vent réactionnaire qui souffle sur l’Italie.

Plus récemment, dans le cadre de l’opération « Prometeo », 3 compas ont été arrêté.es, accusé.es d’attentats avec finalité terroriste contre des personnes, en l’occurrence de l’envoi de colis piégés à deux procureurs de Turin et au chef du département de l’administration pénitentiaire de Rome. Une compagnonne a été arrêtée sur le territoire contrôlé par l’État français et se trouve actuellement détenue à Bordeaux-Gradignan en attente d’une éventuelle extradition.

Quelques jours plus tard, c’est un compagnon en cavale depuis 3 ans qui est arrêté à Brescia pour purger une peine de 6 années. Il est par ailleurs sous le coup d’une enquête pour une attaque explosive contre le siège de la Lega Nord (le parti de Salvini) à Trévise. Un autre compa a été arrêté avec comme motif d’avoir favorisé sa cavale : « complicité de soustraction à l’exécution d’une peine ».

Malgré les vents répressifs, la solidarité et la lutte contre ce monde continuent de battre, et de nombreuses attaques et actes solidaires ont lieu un peu partout, en Italie comme ailleurs. Les mois qui suivirent l’expulsion de l’Asilo et l’arrestation des compagnonnes et compagnons de Turin et de Trento furent marqués par de l’agitation de tous bords ; manifestations et occupations de places ou d’un bâtiment, tags et banderoles en solidarité, discussions, rassemblements devant la prison et ailleurs, conférences, barricades et affrontements. Alors que l’Etat voudrait museler et terrifier, la réponse fut d’abord dans la rue en continuant les luttes, en faisant déborder cette parole de liberté, en la rendant publique par ses propres moyens, sans jamais utiliser les moyens du pouvoir ni mâcher son discours et ses idées.

C’est de ce qui anime cette agitation partant de bases claires et anarchistes que l’on voudrait discuter vendredi, en lien avec le contexte des dix dernières années notamment, car si la répression remplit bien son rôle plombant d’écraser les individu.e.s et d’étouffer toute tentative de révolte, il nous intéresse plus lors de cette journée de discuter des luttes sans concessions menées par les compas en Italie depuis des années, à travers l’exemple de la lutte contre les frontières et les Centres d’Identification et d’Expulsion à Turin. Car face à la répression, continuer à porter nos idées et nos luttes semblent être un bon réflexe.

Dans cette lutte, les personnes sont passées par différents moyens de propagandes, sans jamais déserter la rue, ni salir les idées qu’ils et elles portent. On aimerait revenir sur la manière dont ils et elles ont portés l’agitation en dehors des murs, en prônant l’auto-organisation et l’action directe, en intervenant face aux rafles par exemple, mais aussi en ss’en prenant aux collaborateurs de cette machine à expulser (campagnes contre la croix rouge, la poste, etc…). Cette lutte menée dans la ville sans attendre qu’il se passe quelque chose à l’intérieur des centres, a aussi fait vivre concrètement la solidarité dans la révolte, notamment lorsque les centres brûlaient, pour tenter d’empêcher des expulsions, mais aussi tout simplement face à la misère de l’enfermement parce qu’on n’a pas les bons papiers,…

Que ce soit contre les frontières, la gentrification, les prisons, les keufs, juges et toutes les autres immondices qui composent ce monde, il est toujours possible de trouver des manières d’agir, de répondre et de lutter. On aimerait que le récit de cette lutte et de ces modes d’organisations soient un socle à travers lequel on pourrait interroger pratiques, bases et perspectives de lutte aujourd’hui à Toulouse. S’interroger ensemble sur nos attentes dans les luttes, liées de facto aux moyens que l’on voudra utiliser, au discours, à la manière d’être présent.e.s dans la rue. Car, s’il est sûr que ce n’est pas une chose facile, il semble important de pouvoir faire exister la rage contre le capital et son monde, sans faire de compromis, ni d’alliances morbides (syndicats, institutions, associations, partis même invisibles, gauchistes…).

Que ce soit dans les révoltes à Seysses et dans le quartier de la Reynerie l’année dernière suite à l’assassinat de Jawad,ou le mouvement des gilets jaunes, l’époque n’est pas, comme ils aimeraient nous le faire croire, à la pacification. Revenir sur le contexte italien permettra donc de visibiliser des luttes qui nous parlent et dont le parcours pourrait faire écho à des questionnement à Toulouse et nous inspirer. Mais aussi et surtout, de mettre en avant le lien entre idées et pratiques, jamais l’une sans l’autre, deux éléments se nourrissant en continu, et qui ne peuvent exister à travers des compromis.

Plus que jamais vive l’anarchie et vive la solidarité

Que se diffuse la rage contre toutes les cages,

la haine contre toutes les chaînes,

l’amitié dans la complicité,

et l’amour pour la liberté !


Article publié le 06 Juin 2019 sur Iaata.info