Mai 5, 2021
Par Contrepoints (QC)
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Ce texte est un appel à l’action et à la réoccupation

Ce matin les mots manquent. On se force à écrire ce texte-ci parce qu’il le faut, pour te faire comprendre que le terrain vague se meurt, qu’ils sont en train de tuer le terrain vague pis qu’on sent, horrifié.es, que des personnes vont disparaître avec lui.

Hier le 3 mai aux petites heures, plus ou moins la moitié des personnes du campement Hochelaga avait déjà quitté le boisé Steinberg. On les avait menaçé la veille d’une expulsion, en leur précisant que ce qui resterait sur les lieux serait crissé aux vidanges. Et c’est arrivé.

Ça fait peut-être un mois que ça jase du campement Hochelaga dans les médias, mais ce qu’il faut rappeler sans cesse à tout le monde, c’est que des gens habitent sur ce terrain-là depuis 2-3 ans, même plus, pis qu’avant eux, d’autres personnes ont fait de cet endroit une maison. “Crisser dehors des gens qui sont déjà dehors”: on était choqué de se rendre compte de l’absurdité et de la violence d’un geste semblable à l’expulsion du campement Notre-Dame y’a un peu plus de 6 mois. On s’en rend peut-être encore plus compte aujourd’hui parce qu’on voyait certaines de ces personnes-là sur une base régulière, on partageait un territoire, on se reconnaissait. Ce matin, ces personnes-là se retrouvent devant un constat insupportable; elles ont perdu ce qu’elles ont construit depuis les dernières années, elles ont perdu leur maison. Pire, ils se la sont fait voler. Sur la base que le terrain ne leur appartenait pas, que les risques d’incendies étaient trop grands, pis nombre d’autres bullshits.

Ça va en prendre combien des sans-abris pour faire comprendre qu’il y a un criss de problème de logement à Montréal?
Ça va en prendre combien des campements pour faire comprendre que ces personnes-là veulent une communauté? Qu’elles veulent choisir leur lieu de vie?
Et que c’est pas un calice de 1 1/2 un jour sur deux où tu peux pas ramener ton stock qui répond à ces besoins-là.

Ce matin les mots manquent parce qu’il faudrait hurler.
Ce matin les mots manquent parce que la seule chose porteuse de sens c’est d’agir.

Vous qui pensiez qu’avec une journée d’expulsion militaire vous alliez être à bout de toutes les communautés et de tous les êtres qui vivent au terrain vague, repensez-y. Évidemment, vous avez les guns, les flics et les lois. Vous pouvez intervenir dans un lieu et un moment donné avec une violence et une impunité absoluement inimaginables. Mais nous, chacun.e à notre façon, on habite ici. Vous pouvez nous expulser un jour, mais vous ne pouvez pas nous expulser à chaque jour. Vous pouvez être là un certain temps, mais vous ne pouvez pas être là tout le temps. Et donc on vous aura à l’usure, quotidiennement.

Hier, on a vu le déploiement ridicule et effrayant de l’escouade anti-émeute en nombre disproportionné pour la situation : une démonstration de force. Ça fonctionne, ça fait peur, ça fait sentir abominablement impuissant. Mais surtout ça met en colère. Et cette colère-là nous sera utile.

Ce matin les mots manquent, alors retournons-y.

Ceci est un appel à l’action directe contre les forces qui expulsent, détruisent et tuent. C’est un appel à la réoccupation continue et permanente du terrain vague, à la restitution de tous ses usages et à la création de nouveaux. Dans les temps qui suivront, des cabanes se reconstruiront, des potagers naîtront et le terrain sera reboisé.

Et à chaque expulsion, on reviendra.

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Source: Contrepoints.media