« Il y avait un mec il a volé un vélo. Et puis ils sont venus ils l’ont arrêté il a commencé à se débattre etc. Une autre personne est venue filmer, ils ont pas aimé, ils l’ont frappé, ils l’ont chassé, ils ont couru derrière lui, et après vous êtes venue, vous avez tout filmé le reste. Vous avez eu de la chance de pas vous faire frapper aussi parce qu’il y avait plus de monde ».

J’écris ce témoignage après avoir beaucoup hésité à le faire, par peur que l’on me retrouve, que l’on me dise « mais non, tu exagères », « c’est pas si grave que ça », « ils avaient sûrement une bonne raison que tu ne connais pas », ou même « mais qu’est-ce que tu veux faire, c’est comme ça et on n’y peut rien ».

Je l’écris pour cet homme que je ne connais pas et qui s’est fait frapper alors qu’il était démuni, parce qu’il fait partie de ces gens de couleur que certain.e.s s’octroient le droit de mépriser et de violenter, parce qu’ils sont noir.e.s, arabes, asiatiques, etc.

Vendredi 19 juin à 20h à Lyon, alors que je rejoignais une amie, j’ai vu plusieurs camions de police sur le cours Gambetta. Ne comprenant pas pourquoi autant de camions de police étaient présents, je me suis rapprochée et j’ai vu un homme, noir, menotté, dans un camion de police. Sentant que quelque chose n’allait pas ou risquait de l’être, je me suis alors rapprochée et j’ai demandé aux jeunes qui étaient présents ce qu’il s’était passé. Plusieurs jeunes m’ont dit qu’ils étaient arrivés au moment où la personne était déjà arrêtée et qu’ils n’avaient pas vu l’altercation, mais un jeune avait vu la scène et m’a expliqué que X – la personne dans le véhicule – essayait de voler un Vélo’v, que les policiers l’ont alors arrêté et plaqué au sol, et qu’un mec qui était présent et qui avait filmé la scène s’était fait pourchasser par les policiers et frapper aussi.

A un moment, une policière s’est introduite dans le véhicule où était X, et je l’ai clairement vu se mettre à le frapper alors qu’il était menotté. On l’entendait hurler et lui demander d’arrêter. C’est à ce moment-là que j’ai cherché à me rapprocher davantage du véhicule et que j’ai commencé à filmer la scène, et que les policiers se sont interposés tout autour du véhicule pour que je ne filme pas ce qu’il se passait dans le véhicule.

Notre altercation :

- J’ai le droit de filmer.

- 1re policière : Pas de souci allez-y filmez-moi.

- C’est pour ça du coup que vous bloquez le chemin ? C’est pour ça que je peux pas aller plus loin ? Que je peux pas filmer l’intérieur de la voiture ? Il y a un homme qui hurle.

- 1re policière : Où ça ?

– Dans la voiture.

- 1re policière : J’entends pas jsuis désolée. Mais vous pouvez me filmer y a pas de souci.

- Second policier : Arrêtez un peu la comédie là sans déconner. Toujours la même version. Filmez tout si vous voulez filmer.

Altercation qui visait sans doute à me faire perdre mon calme et à dire « la parole de trop » leur ayant permis de me mettre au sol.

Quand les policiers sont partis, un autre homme qui était présent m’a prévenue que j’avais eu de la chance de ne pas m’être faite frappée, ce qui avait été le cas d’un homme qui avait filmé la scène avant qu’il n’y ait plus de monde. Je lui ai demandé ce qu’il s’était passé pour avoir sa version des choses, il m’a redit exactement la même chose que le premier homme.

Je suis énervée, dégoûtée. Je ne sais pas ce qu’il est arrivé à ce pauvre garçon qui s’est fait violenter et qui s’est fait embarquer. A mon grand damn, je n’ai pas pu retrouver la personne qui avait filmé la scène et qui s’était fait pourchasser. Si tu as filmé la scène, s’il te plaît, partage-la sur les réseaux. Et à toutes celles et ceux qui un jour seront témoins de violences policières ou l’ont déjà été. Il faut témoigner, montrer ce qu’on a vu, montrer que ça existe. Que ces violences racistes sont systémiques et que nous ne pouvons pas fermer les yeux. Ce qu’il s’est passé ce jour là s’est déroulé dans un des plus grands boulevards de Lyon, et nous étions très peu – et tout.e.s des gens racisé.e.s – à nous être arrêtés.

Face à une dizaine de policiers, je n’ai pas su m’interposer et protéger un homme qu’on frappait alors qu’il était menotté dans un véhicule. Mais je sais ce que j’ai vu. Et il n’est pas normal de plaquer un homme à terre et ensuite de le frapper alors qu’il est déjà menotté. Il n’est pas normal de pourchasser un homme parce qu’il a filmé ce qui constitue des violences policières. Il n’est pas normal que l’on m’empêche de filmer ce qui constitue une bavure policière. Il n’est pas normal que ces abus restent impunis. Il n’est pas normal que ce soit ceux qui sont censés nous protéger dont on doit se protéger.

Alors filmons, continuons à aller en manif, battons-nous, pour elles, pour eux, pour nous. Prenons soin les un.e.s es autres.


Article publié le 07 Juil 2020 sur Rebellyon.info