Après une livraison très matinale d’un premier fournisseur réceptionnée nous avons eu l’arrivée de la commande d’un second dans notre coopérative alimentaire.

Voici le témoignage du livreur :

Le responsable de ce fournisseur a envoyé un message à l’ensemble des clients afin qu’ils fassent attention à bien traiter les livreurs. En effet ce transporteur livrant également des EPHAD, les livreurs ont interdiction de rentrer dans les commerces qu’ils livrent pour ne pas mettre en danger ces îlots de personnes âgées vulnérables.

Nous avons aussi appris que si certains produits n’arrivent pas c’est parce ce fournisseur met en quarantaine les produits pendant 72h pour éviter toute propagation dans leur réseau de distribution.

Cependant les clients restant des clients ils gardent leurs habitudes en tentant de forcer les livreurs à amener les marchandises jusqu’à l’intérieur des hangars ou des commerces. Lorsque les livreurs refusent ils se prennent des bordées d’injures quand ce n’est pas un seau d’eau à la gueule… le livreur de ce matin a failli en venir aux mains avec un des clients.

Juste la semaine dernière il a travaillé 52 h, dimanche y compris avec appel au dernier moment pour livrer. Sur les aires d’autoroute tout augmenté pour les chauffeurs parce qu’il faut désinfecter après leur passage :
* 2 € pour utiliser des toilettes
* 6 € pour prendre une douche
* affichage sur les machines à café interdisant aux chauffeurs d’en faire usage
* retrait des micro-ondes qui servent à réchauffer les gamelles

Un de ses collègues s’est fait agressé à la barre de fer pour lui voler une palette d’eau minérale… il a exercé son droit de retrait.

Heureusement il y a aussi des fois des réactions plus humaines comme la fois où achetant en vitesse de quoi manger le midi il se retrouve avec des files immenses aux caisses du supermarché… que faire ? Il se risque alors à expliquer à voix haute sa situation de transporteur alimentaire… tout le monde l’a laissé passer en étant reconnaissant de son travail indispensable

C’était le bref aperçu d’une semaine de confinement pour ces travailleurs invisibles au même titre que les caissières si on se limite à l’alimentaire. Ces personnes sont tenues de continuer à travailler coûte que coûte. Et c’est sans compter que Pénicaud veut permettre aux entreprises de faire travailler les salariè.e.s jusqu’à 60h…

Je m’arrête là et j’espère que nous continuerons à bien traiter les livreurs après le confinement, comme maintenant et comme avant. Même lorsqu’ils ont un peu de retard… leur temps n’est pas moins précieux que le notre. Puisse au moins cette pandémie nous aider à tuer le client qui est en nous.

John, Dionycoop de La Gare


Article publié le 26 Mar 2020 sur Monde-libertaire.fr