Depuis 8 jours, et le début de l’assaut militaire sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, ce sont 11 000 grenades qui ont été tirées, et près de 8000 lacrymogènes dont 3000 explosives. Plus de 150 personnes ont été blessées, parfois gravement, dont plusieurs journalistes.

Témoignage ZAD NDDL du 11 avril au 17 avril :

Désolé pour le désordre dans le texte mais j’ai plein de choses à sortir et j’arrive pas forcément à tout structurer.

Notre arrivée nous met immédiatement dans le bain.

On se faufile à travers bois et champs pour esquiver les gendarmes qui bloquent l’accès à la zone. Un hélicoptère, projecteur allumé, survole et épie chaque champ, chaque route, chaque lieu. Nous sommes déjà en train de nous jeter dans les buissons et les fossés pour ne pas nous faire griller.

Arrivés chez les copains/copines, on ressent tout de suite la terreur qui règne ici et surtout la sensation d’impuissance dans les paroles et les regards. Ceci a été percutant quand une amie médic sur la zone d’à peine 25 ans nous a sorti : « j’aimerais avoir 90 ans pour ne pas voir la suite ». Cette phrase en a dit long sur la situation.

La nuit, l’hélico tourne quasiment non-stop. En tous cas, de quoi nous réveiller toutes les deux heures et ne pas entamer de phase de sommeil réparateur. On comprend que la stratégie est une guerre psychologique . Ils nous useront à la fatigue !

Notre premier affrontement fut un après-midi. Notre première journée en fait.

Des journalistes étaient présents. Alors que des pluies de lacrymo et de grenades GLI F4 tombaient quasiment en continu près de nos corps, j’ai dû aller un peu en arrière pour essuyer la lacrymo qui m’avait atteint les voies respiratoires et les yeux, quand j’ai vu et entendu 3 journalistes hésitants dire « je peux pas, j’y arrive pas, j’ai trop peur, fait chier » et faire demi-tour le regard terrifié. J’ai compris alors que pour la suite nous serions seul-e-s.

Depuis que nous sommes rentrés (hors zone), nous nous rendons compte de la désinformation. Nous savons ce qu’il se passe sur la ZAD de NDDL mais l’extérieur ne peut pas s’en rendre compte.

Aucune vidéo n’est à la hauteur des faits réels. Les journalistes sur site sont terrifiés. Certains me disent qu’ils ont été à des endroits bien pires qu’ ici mais qu’ils n’ont jamais eu aussi peur. Les Gendarmes Mobiles les traquent, ils ne veulent pas d’images.

Les Gendarmes Mobiles nous réveillent chaque matin entre 5h30 et 8h avec un nombre incalculable de fourgons et plusieurs blindés qui te foutent une pression énorme dès le réveil. Qu’est ce qu’ils font ? Où vont ils ? Que veulent ils ? …. Tu t’habilles vite fait et tu pars les guetter.

Les affrontements commencent quasiment instantanément. Les sommations à répétition ne veulent plus rien dire. Les détonations des GLI F4 ne nous font même plus sursauter même si elles tombent à à peine 2 mètres de nous. Chaque bruit banal entendu est associé à un hélico, un drone, un tir de lacrymo, une explosion… Même quand le coq chante, j’entends « première sommation, on va faire usage de la force ». Nous ne sommes plus tranquilles.

La barricade Lascars est devenue un emblème pour nous.

Il ne faut pas qu’ils la prennent.

Les 3 derniers jours où nous étions sur zone nous l’avons défendue. Les Gendarmes Mobiles se sont pris de passion à l’attaquer.

Le jour du rassemblement (dimanche 15 avril) j’étais face aux Gendarmes Mobiles dans un champs près de Lascars quand ils ont attaqué. Ils ont commencé par une grenade lacrymo qui est passée à 50 cm entre moi et mon camarade.

La riposte fut immédiate et la suite fut dramatique. Pendant 2h ils ont bombardé en continu. La résistance a été de conséquence. Lascars est bien mais ce jour-là, elle a piégé des camarades qui tentaient d’échapper à la charge des gendarmes. Moi et mon collègue étions sur les côtés en hauteur et avons tout mis en œuvre pour les dégager de là. Nous dégagions les côtés pour qu’ils puissent passer. Chaque regard que je croisais était terrorisé. On les a presque tous sortis. Je déblayais encore lorsque le dernier camarade est arrivé et est tombé au sol devant nous, derrière la barricade. J’ai hurlé « lève toi vite, viens !!! ». Mon collègue lui tendait la main à côté de moi. Au même moment, je lève les yeux et je vois le regard haineux de 3 GM qui arrivent en furie, matraque déjà en l’air, prêts à le défoncer lui qui était déjà au sol en position de faiblesse. La demi-seconde avant le premier coup de matraque, j’ai croisé sont regard terrifié qui me glace encore le sang aujourd’hui. On a dû le laisser là , impuissants et courir pour sauver à notre tour notre peau tout en jetant des cailloux en espérant qu’ils le laissent. Les GLI F4 tombaient vers nos pieds et les nuages de lacrymo embrumaient l’espace ce qui nous fit beaucoup reculer. Le flash ball ne m’a pas lâché du viseur tandis que le copain derrière la barricade s’est fait matraquer par 5 GM pendant bien 2 minutes.

Après ça, ils sont repartis. Ils ont quand même tombé Lascars pour la énième fois et nous l’avons automatiquement reconstruite pour la énième fois.

A chacun de leurs départs, les GM ont un rituel : vider le surplus des stocks de grenades qu’ils n’ont pas utilisées, affrontement ou pas . Ils canardent derrière eux de peur qu’on leur coure après …. peut être.

La détermination sur zone est énorme.

Chaque jour, ils détruisent et chaque jour on reconstruit. Chaque jour, on défend un peu plus.

Chaque jour, des choses se mettent en œuvre pour qu’ils ne puissent plus nous attaquer.

Le gouvernement a peur ! La lutte est énorme.

Les gens sont déterminés peu importe de quel horizon ils viennent. Émeutiers ou non, ils et elles sont habillé-e-s en noir avec masque à gaz prêts à bouffer de la lacrymo.

Les anciens sont vénères et veulent tabasser du flic.

Plus personne ne supporte cette répression. Les rangs s’agrandissent, des choses improbables se passent, l’occupation est déterminée et s’ils veulent déloger il faudra tous nous tuer.


LA ZAD VIVRA, LA ZAD VAINCRA !

By Paris Luttes,

Source: http://paris-luttes.info/temoignage-zad-nddl-10030