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Après l’église de Scientologie, voilà qu’un autre fléau international multimilliardaire, Uber, ouvre un bureau à Saint-Roch. L’entreprise californienne a senti le terrain favorable: peut-être a-t-elle appréciée les tonitruants relationnistes bénévoles, les radios populistes, chantant ses louanges depuis des semaines. Ceux-ci adorent les hors-la-loi quand ils portent la cravate.

Les chauffeurs et chauffeuses de taxis étant en danger, seraient-on rendus au point d’entreprendre des actions plus musclées?

Pauvres contre pauvres

Uber, comme bien d’autres applications, aura réussi à faire ce qu’il fallait pour mettre des travailleurs et travailleuses en concurrence, accroissant ainsi leur précarité.

Devenir chauffeur de taxi est une solution permettant à de nombreuses immigrantes et immigrants de travailler. Chassés des meilleurs emplois par un racisme larvé, Mohammed peut subvenir aux besoins de sa famille en devenant chauffeur.

Et qui retrouve-t-on parmi les chauffeuses et chauffeurs d’Uber? Ceux qui le font à temps plein sont souvent des immigrants, dit la Presse. Les autres sont des étudiant-e-s ou des travailleurs précaires.

Uber met en conflit des travailleurs pauvres contre d’autres travailleurs pauvres. Voilà ce qu’on entend par « libre-marché« . Le capitalisme ayant étiré au maximum ses capacité d’accumuler des profits est forcé de trouver des alternatives. Baisser les salaires en est une. Le racisme facilite cette situation.

La seule personne qui s’enrichit avec Uber, c’est le propriétaire de la compagnie, qui empoche 20% à 25% des recettes. Pourtant, tout ce qu’il a à faire, c’est d’entretenir les serveurs, situés à l’étranger, assurant du bon fonctionnement des algorithmes. Et ça ne coute presque rien.

L’ex-étudiant en informatique propriétaire d’Uber, Travis Kalanick, doit être crampé de rire avec sa fortune estimée à 5.3 milliards de dollars.

Voyez comment le système est juste et rationnel. Kalanick ne possède aucun permis de taxi (dont la valeur ne cesse de chuter). Sa voiture ne sera jamais saisie, contrairement à celles des chauffeurs d’Uber. Sa maison ne se fera jamais perquisitionnée, alors que c’est arrivé aux bureaux d’Uber à Montréal.

Tous les risques sont sur les épaules de la chauffeuse ou du chauffeur d’Uber.

Le rôle ambigu du gouvernement

Pendant ce temps, le parti libéral fait semblant d’agir sur la question. Alors que l’ex-policier qui nous sert de ministre des transports, Robert Poéti, rassure les chauffeurs de taxi et multiplie les saisies de véhicules, le premier ministre tient un discours plus ambigu.

Ne serait-il pas plus simple et plus efficace de bloquer l’application à sa source, chez les fournisseurs internet, plutôt que de persécuter les chauffeurs et chauffeuses? On toucherait le responsable, plutôt que les tristes victimes collatérales des voyous d’Uber.

En fait le gouvernement est probablement plus soucieux d’assurer qu’Uber paie ses impôts ici plutôt que de défendre les taxis. La compagnie possède d’ailleurs des filiales aux Bermudes, en Irlande et aux Pays-Bas, pour éviter de payer sa juste part.

S’opposer à Uber

Lors d’une rencontre samedi, les membres de Taxi Coop ont rappelé les manifestations musclées en France de l’été dernier. Des mesures ont été prises contre Uber.

Si quelqu’un fait ton travail sans le déclarer on appelle ça comment? Du travail au noir? Alors traitons Uber tel quel.

L’ouverture d’un bureau d’Uber sur la rue Saint-Joseph aura au moins l’avantage de founir une cible légitime à ses détracteurs. Une meilleure cible que les chauffeurs et chauffeuses d’Uber.

Cela dit, les taxis doivent bien fournir une réponse à la popularité d’Uber. En offrant la possibilité de commenter et d’évaluer les chauffeurs, Uber offre une solution au sexisme et à l’insécurité vécue par de nombreuses femmes dans les taxis.

Mais au delà d’Uber, c’est toute cette clique de patrons libertariens faisant fi de toutes les règles qu’il faut questionner. Il s’agit d’une offensive en règle contre les travailleuses et travailleurs pour les rendre encore plus précaires, dispersés, en concurrence et exécutant des corvées abrutissantes.

Le système de taxi actuel n’est pas parfait. Mais une injustice criante se déroule sous nos yeux. On doit y répondre par la solidarité de classe.

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Source: http://www.subvercite.org/taxis-uber-prend-de-lexpansion-restons-solidaires/ -