Septembre 15, 2022
Par Demain Le Grand Soir
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Immense tristesse, le cinĂ©aste de la cĂ©lĂšbre nouvelle vague suisse vient de dĂ©cĂ©der Ă  92 ans !

C’était mon cinĂ©aste prĂ©fĂ©rĂ©, et j’ai vu tous ses films sans exception. Avec ravissement : pour ses sujets alternatifs, ses scĂ©narios Ă©poustouflants, son souffle poĂ©tique, ses acteurs fĂ©tiches (Miou Miou, Jacques Denis, Jean-Luc Bideau, Rufus… tous extraordinaires) soigneusement choisis, ses plans lents et ses longs dialogues…..

Je suis trĂšs triste. Et je ne suis bien sĂ»r pas seul Ă  l’ĂȘtre…. Ne m’en voulez pas de citer une anecdote, mais qui a jouĂ© un rĂŽle dĂ©cisif dans mon orientation professionnelle.

J’étais en 1° licence de droit, Ă  l’ULB. Tout ronronnait, dans ce milieu nourri de certitudes et peuplĂ© de Lodens verts… Mon grand-pĂšre m’avait conservĂ© au chaud son cabinet d’avocat qu’il tenait Ă  me cĂ©der. Quand j’ai vu LA SALAMANDRE. Ce fut le coup de foudre !

Dans un squat de GenĂšve, Jean-Luc Bideau, revenu du BrĂ©sil ou de l’Uruguay, tape Ă  deux doigts son reportage sur les guĂ©rilleros clandestins. il fume clope sur clope (Ă  moins que ce ne fut un cigare cubain ?). Il a invitĂ© dans son gourbi Bulle Ogier, alanguie sur son canapĂ©, face au reporter. Elle n’attend qu’une chose, que le journaleux abandonne son “tac tac tac”, et monte avec elle dans la chambrette Ă  l’étage. Bulle s’impatiente. Et voilĂ  qu’elle jette, en maniĂšre de provocation, son petit panty en direction du grand Bideau. Lequel craque, Ă©crase sa derniĂšre cigarette et dirige sa longue carcasse vers la belle et sentimentale blonde. La suite, on la devine…

Le plan dure 4 ou 5 minutes. A cet instant mĂȘme, je me suis dit, le droit, les codes, les cabinets poussiĂ©reux, la jurisprudence, tout cela ce n’est pas pour moi. “Je bifurque vers le journalisme”, sur les traces romanesques de Jean-Luc Bideau. Ce que je fis dĂšs 1975, juste deux ans en plus.

Vivent les contacts Ă  hauteur d’hommes (et de femmes), la libertĂ©, et les voyages en rades inconnues…

Merci Alain Tanner. Je n’ai jamais regrettĂ© ce choix…

JEAN LEMAITRE

L’HOMMAGE AUJOURD’HUI DE LA cinĂ©mathĂšque FRANÇAISE…

« Nous apprenons avec tristesse la disparition d’ALAIN TANNER, immense cinĂ©aste suisse (…)

« CinĂ©aste voyageur Â», « cinĂ©ma voyagĂ© Â» : ce sont des formules qui reviennent souvent quand on Ă©voque le nom d’Alain Tanner. Beaucoup ignorent que ce mouvement essentiel de ses films – le dĂ©part, la fuite, le goĂ»t du large – s’origine dans une expĂ©rience vĂ©cue. Quand d’autres, Ă  Paris – la future Nouvelle Vague – apprennent le cinĂ©ma en regardant les films d’Hitchcock ou d’Hawks, Tanner fait l’expĂ©rience du monde sur des bateaux et dĂ©couvre la poĂ©sie d’AimĂ© CĂ©saire Ă  qui il rendra hommage dans Le Retour d’Afrique (1973). Alain Tanner n’est pas un cinĂ©phile. On entend par lĂ  que chez lui, le cinĂ©ma n’est pas une fin, mais un moyen. Comme le cargo. D’ailleurs, son goĂ»t de cinĂ©ma naĂźtra avec la dĂ©couverte de Rossellini et de De Sica, le nĂ©orĂ©alisme italien fonctionnant sur lui autant comme une expĂ©rience du rĂ©el que comme un choc esthĂ©tique. Le cinĂ©ma d’Alain Tanner est d’abord une Ă©thique du rĂ©el, une maniĂšre de s’y frotter, de s’y attaquer. Le cinĂ©aste aime dire que le cinĂ©ma commence quand « Ă§a rĂ©siste un peu Â». Faire un film, ce sera donc enregistrer les rĂ©sistances du rĂ©el, matĂ©riau d’origine. Â» (FrĂ©dĂ©ric Bas, texte du programme, janvier 2009) « 




Source: Demainlegrandsoir.org