Mai 10, 2022
Par Nantes Révoltée
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Le journaliste indépendant visé par une campagne diffamatoire ne sera pas candidat.
Ne cédons plus un pouce de terrain à l’extrême droite.


Tard la nuit dernière, le journaliste indépendant Taha Bouhafs, candidat à Vénissieux pour la France Insoumise, publiait un communiqué sombre : «J’ai sous estimé la puissance de ce système quand il veut vous broyer […] j’ai essayé mais je n’y arrive plus». Ce matin, l’état major de Jean-Luc Mélenchon confirme : «Taha Bouhafs retire sa candidature aux législatives». La meute médiatique, la calomnie politicienne, le déferlement raciste en continu ont gagné. Ils ont brisé un candidat de 25 ans issu d’un quartier.

Alors concrètement, qu’est-ce qui est reproché à Taha Bouhafs ? Une prétendue «injure publique» ? Il avait dit à la policière Linda Kebbab, roquet de plateaux télés, qui justifie les pires violences policières depuis des années dans tous les médias, qu’elle était une «arabe de service». Condamné pour «injure» – et non pour «racisme» comme on a pu l’entendre – il a fait appel et est encore aujourd’hui présumé innocent. Pour rappel, en 1998, le dessinateur de Charlie Hebdo Cabu, ennemi résolu du racisme, avait dénoncé les discours «racistes» de «l’Arabe de service» du Front National : un candidat d’extrême droite d’origine maghrébine. Condamné, Charlie Hebdo avait ironisé : «Le tribunal reconnaît que, pour un membre du FN, “arabe” est une insulte». Il y a quelques semaines, le candidat écologiste Yannick Jadot avait qualifié le candidat pétainiste Zemmour de «juif de service». Personne n’avait rien trouvé à redire.

Alors que reproche-ton à Taha Bouhafs ? Une condamnation ? Pourtant, aux législatives, LREM présente de nombreux candidats condamnés ou poursuivis pour des faits graves : violence, harcèlement, détournement. Une ribambelle de voyous en costards, sans aucun complexe. L’extrême droite présente quant à elle des fascistes assumés. Eric Zemmour lui même a été condamné plusieurs fois pour «provocation à la haine raciale» mais continue de monopoliser l’espace médiatique en toute impunité.

Ce qu’on reproche à Taha Bouhafs, c’est d’être un jeune homme d’origine maghrébine représentant des idées de gauche. Un militant qui s’oppose clairement au racisme et à la répression. Un journaliste indépendant qui s’engage réellement dans les luttes, et a subi la répression dans sa chair. Un candidat qui bouscule les codes mortifères de la politique classique. Tout cela, pour la caste dominante, c’est inacceptable.

Ainsi, Taha subit depuis des semaines un harcèlement intensif et coordonné dans les médias sans pouvoir se défendre : «raciste», «islamiste», «antisémite». Hier, le représentant du PCF ajoutait sa petite pierre à la lapidation collective. L’extrême droite a lancé la charge, relayée par la Macronie et une partie de la gauche. Un flux continu d’injures, de diffamations, d’attaques ignobles, et aucune invitation nulle part pour y répondre. Dans le règne de l’inversion, des racistes ont pu qualifier sans relâche un militant anti-raciste de racisme. De quoi devenir fou de colère. Que dire des chaînes de télé qui donnent la parole aux néo-fascistes, aux politiciens condamnés, aux pires agresseurs, qui eux ont le droit de se «défendre» en prime-time, mais pas à Taha ? On a vu Benalla ou Sarkozy au 20h, des identitaires sur les plateaux, au nom de la «liberté de parole», mais pas un candidat, Taha, victime d’une tempête diffamatoire.

Le résultat est là. Le jeune homme se retrouve brisé, les chiens de garde ont gagné une bataille. Cela signifie qu’une caste infâme au service des milliardaires arrive à faire et défaire des candidatures, dans un contexte de montée du fascisme. L’extrême droite jubile. Elle a obtenu ce qu’elle voulait. Et les candidats de gauche issus des quartiers, déjà quasiment absents, perdent encore un représentant.

Au-delà de ce cas particulier, ce déferlement est révélateur : le bloc bourgeois et raciste ne reculera pas. Il ne se laissera pas effleurer sans combattre férocement. Même une hypothétique victoire électorale de gauche autour de la NUPES ferait face à une meute de chiens enragés, de militaires putschistes, de flics déchaînés. Il faut se préparer. Souvenez vous d’Allende renversé par un coup d’État militaire ou de la République espagnole assassinée par Franco. Rien n’a changé. Le retrait de Taha montre une chose : la gauche plie déjà face à des médias de droite et aux attaques du PCF. Autrement dit, notre camp sera pulvérisé s’il ne dispose pas de médias puissants et offensifs à même de concurrencer les canaux de l’ennemi, de collectifs sérieux capables de faire bloc, et de forces d’autodéfense suffisamment armées pour nous protéger collectivement.




Source: Nantes-revoltee.com