Mai 25, 2022
Par Demain Le Grand Soir
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Le sĂ©quençage de l’affaire Taha Bouhafs par une partie du noyau dur de La France insoumise est particuliĂšrement malaisant.

Le sĂ©quençage de l’affaire Taha Bouhafs est particuliĂšrement malaisant. L’affirmer n’est une remise en question ni de la violence raciste qu’a subie le militant, investi par la Nupes pour les lĂ©gislatives dans le RhĂŽne, ni de la rĂ©activitĂ© de La France insoumise. Devoir le rappeler traduit d’ailleurs la profondeur du trouble. Revenons aux faits connus. Le 2 mai, Caroline De Haas, militante fĂ©ministe, reçoit « deux tĂ©moignages diffĂ©rents Â» mettant en cause Taha Bouhafs. Des tĂ©moignages « suffisamment sĂ©rieux pour prĂ©venir LFI Â». Une cadre du mouvement est informĂ©e. Son identitĂ© n’est pas rĂ©vĂ©lĂ©e. Aucune rĂ©action n’est avĂ©rĂ©e jusqu’à ce que, le 7 mai, le comitĂ© de suivi contre les violences sexistes et sexuelles de LFI reçoive un tĂ©moignage Ă©crit accusant Taha Bouhafs d’agression sexuelle.

Le lundi 9, les dĂ©putĂ©es ClĂ©mentine Autain et Mathilde Panot convoquent le mis en cause et lui font part de l’impossibilitĂ© de maintenir son investiture. Il est convenu qu’il retire de lui-mĂȘme sa candidature. L’information est transmise Ă  un petit groupe dirigeant – notamment des membres du comitĂ© Ă©lectoral dirigĂ© par Manuel Bompard et Paul Vannier. Dans la nuit du 9 au 10, Taha Bouhafs annonce son retrait. Sur Facebook, il met en cause « une tempĂȘte d’attaques sans prĂ©cĂ©dent. [
] Tous les jours, une nouvelle calomnie, une nouvelle insulte, une nouvelle menace de mort, une nouvelle accusation Â». Aucune mention de la nature des « calomnies Â». Le 10 mai, Ă  7 h 23, ClĂ©mentine Autain relaie pourtant l’écrit du militant en dĂ©nonçant « la violence des attaques venues de l’extrĂȘme droite, relayĂ©es ad nauseam dans les mĂ©dias, la Macronie et jusque dans certains rangs Ă  gauche, contre un jeune homme sans diplĂŽme, issu des [quartiers populaires] et de l’immigration Â». Jean-Luc MĂ©lenchon lui emboĂźte le pas Ă  9 h 41, fustigeant « une meute Â» qui « s’est acharnĂ©e contre lui Â».

Cette position dĂ©clenche une vague de soutien. La gauche antiraciste s’émeut, Ă  raison, d’un retrait officiellement dĂ» Ă  des attaques racistes. Quel n’est pas le malaise lorsque les vĂ©ritables raisons de son abandon sont dĂ©voilĂ©es le lendemain. Le 13 mai, ClĂ©mentine Autain, dont l’engagement contre les violences faites aux femmes ne saurait ĂȘtre questionnĂ©, s’explique dans L’Obs : « Ă€ ce moment-lĂ , il n’était pas question de rĂ©vĂ©ler les accusations sans le consentement des plaignantes. DĂ©sormais, nous en parlons, puisque les mĂ©dias ont rĂ©vĂ©lĂ© les raisons du retrait de Taha Bouhafs. Â» Une partie du noyau dur de La France insoumise a-t-elle cru, dans le respect de la volontĂ© des victimes, que l’affaire ne sortirait pas ? Si tel est le cas, il y a, a minima, une erreur de jugement. En attendant, c’est la lutte antiraciste qui trinque, et ses adversaires qui se dĂ©lectent.

Nadia Sweeny




Source: Demainlegrandsoir.org