Décembre 15, 2022
Par Le Mouton Noir (QC)
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Lorsqu’on imagine la société post-pétrole, l’idée d’une qualité de l’air nettement meilleure vient à l’esprit, mais il est facile d’oublier la pollution électrique qui promet d’être omniprésente. Les champs électromagnétiques sont invisibles, inodores et possiblement cancérogènes1. Ces ondes inaudibles sont issues principalement des technologies de la vie courante telles que les compteurs intelligents, les ordinateurs portables, les fours à micro-ondes et les lignes électriques. Au fond, tout ce qui fonctionne à l’électricité ou la transporte est vecteur d’ondes électromagnétiques. Une réalité qui complique la vie des personnes électrosensibles dans une société qui, plus que jamais, s’électrifie.

La liste des symptômes ressentis par les personnes qui souffrent d’électrosensibilité est longue et comprend notamment la fatigue chronique, les maux de tête, l’insomnie, l’hypersensibilité et les troubles de concentration2. En fait, l’électrosensibilité n’est pas une maladie ni un handicap, mais plutôt une réaction bien réelle due à une exposition trop importante aux ondes3.Pour l’instant, il n’existe pas de documentation solide sur les méthodes de traitement. En attendant, les électrosensibles doivent prendre de la distance par rapport aux technologies qui les entourent pour espérer retrouver un équilibre. Les ondes électromagnétiques représentent une pollution nocive au même titre que les produits chimiques, mais faire leur procès est laborieux, car l’électricité, lorsqu’elle est issue d’énergies renouvelables, est considérée comme la solution du futur.

 Les électrosensibles s’orientent souvent vers un milieu de vie situé aussi loin que possible des centres urbains, des usines et des lignes électriques. Ce qui se résume à un retour à la terre et à un mode de vie proche de la sobriété heureuse, où les technologies seront seulement utilisées au besoin, dans l’optique du minimalisme digital. Certains électrohypersensibles rapportent devoir porter des vêtements de protection conçus pour refléter les champs électromagnétiques. De nombreux professionnels qui travaillent dans le domaine médical traditionnel ou alternatif reconnaissent l’électrosensibilité comme le résultat d’une surconsommation et d’une utilisation nocive du numérique au sein de la société. Quand les champs électromagnétiques sont trop denses et nuisent à la santé des êtres vivants, on parle d’électrosmog (pollution électromagnétique). L’organisme de médecins californiens Physicians for Safe Technology estime qu’en matière d’électrosmog, « il semble que nous soyons au même stade de la science émergente que la reconnaissance précoce des impacts sur la santé associés au tabac, à l’amiante, à la poussière de charbon et au plomb4 ». Le magazine québécois La Maison du 21e siècle démystifie l’électrosensibilité dans de nombreux articles et propose des solutions depuis déjà plusieurs années. En ce sens, l’organisme à but non lucratif Rassemblement ÉlectroSensibilité Québec (RESQ) a été fondé en 2016 pour apporter du soutien aux personnes électrosensibles et leur offrir de la documentation.

Zone grise

Les fréquences des ondes électromagnétiques sont régies par des normes qui, selon certains chercheurs, ne sont pas assez sévères. Magda Havas, professeure agrégée en études environnementales à l’Université de Trent, en Ontario, souligne : « Nous avons de nombreuses preuves que ces ondes sont néfastes pour la santé à des niveaux bien inférieurs à ceux fixés par les autorités canadiennes. Les comités scientifiques sont biaisés : ils sont très diligents pour critiquer ces preuves mais ne remettent pas en question les recherches qui concluent à l’absence d’effet. De plus, certains sont financés par l’industrie des télécommunications5. » Le manque d’études et les opinions divergentes sur le possible danger des ondes électromagnétiques perpétuent malentendus et divisions au sein de l’élite scientifique. C’est une véritable zone grise. Autrement dit, les études, si elles existent, ne sont pas publiées.

À l’heure actuelle, l’électrosensibilité s’ajoute à la pandémie et à la crise climatique comme un autre avertissement que l’équilibre vital de la planète est plus que jamais précaire. L’auteur Olga Sheean précise : « L’électrosensibilité est sans doute l’épidémie la plus importante et la plus rapide de notre histoire […] Comme le rayonnement électromagnétique peut affecter tous les systèmes du corps, une exposition continue peut provoquer leur arrêt progressif6. » D’après ses recherches, les champs électromagnétiques seraient à la base de problèmes graves insoupçonnés, tels que certaines formes de handicaps, de dépressions et de cancers qui compromettent la durée et la qualité de vie des personnes atteintes. Au final, l’électrosensibilité se dévoile comme une conséquence subtile et méconnue du déluge numérique, mais qui deviendra certainement un sujet d’importance dans les décennies à venir.

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1. « Champs électromagnétiques (CEM) », Centre Léon Bérard, 9 juin 2020, https://www.cancer-environnement.fr/604-Champs-electromagnetiques.ce.aspx#:~:text=En%202011%2C%20le%20Centre%20international,utilisation%20du%20t%C3%A9l%C3%A9phone%20sans%20fil.

2.  Cécile Pequet, « Électrosensibilité : les signes qui ne trompent pas », Observatoire de la santé, 16 octobre 2020, https://www.observatoire-sante.fr/electrosensibilite-les-signes-qui-ne-trompent-pas/

3. Ibid.

4. André Fauteux, « Percée majeure dans le diagnostic de l’électrosensibilité », La Maison du 21e siècle, 28 décembre 2017, https://maisonsaine.ca/sante-et-securite/hypersensibilite/percee-majeure-dans-le-diagnostic-de-lelectrohypersensibilite

5. Françoise Runy et Clémence Lamarche, « Les ondes électromagnétiques: enquête sur le terrain », Protégez-vous, 27 novembre 2020, https://www.protegez-vous.ca/maison/ondes-radiofrequences

6. André Fauteux, « L’électrosensibilité, une bénédiction déguisée pour l’humanité? », La Maison du 21e siècle, 23 mai 2018, https://maisonsaine.ca/sante-et-securite/electrosmog/lelectrosensibilite-une-benediction-deguisee-pour-lhumanite




Source: Moutonnoir.com