Après dix-huit tentatives infructueuses de parvenir à un accord avec le gouvernement espagnol sur un référendum sur l’autodétermination, la Catalogne a voté sur son avenir politique le 1er octobre 2017. Malgré les précédents québécois ou écossais et que, en Catalogne, 80% de la population réclame un référendum, celui-ci a reçu l’opposition du gouvernement de Mariano Rajoy et l’interdiction du Tribunal constitutionnel espagnol. Les forces de police espagnoles, déplacées depuis plusieurs semaines en Catalogne, ont agi toute la journée avec une violence qui a causé 1066 blessé.e.x.s. Ces bavures policières ont consterné l’opinion publique internationale et des organisations comme Amnesty International et Human Rights Watch n’ont pas hésité à les qualifier d’excessives. Le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et le Conseil de l’Europe ont appelé à une enquête impartiale sur ces actes.

Sur le plan judiciaire, avec des milliers de personnes et élu.e.x.s mis en cause pour avoir soutenu le référendum, les premiers à avoir été emprisonnés sur ordre du Tribunal National espagnol, il y a exactement deux ans aujourd’hui, ont été les dirigeants des deux principales organisations de la société civile catalane, Jordi Cuixart (président de l’entité culturelle Òmnium Cultural) et Jordi Sànchez (président de l’Assemblée Nationale Catalane), le 16 octobre 2017. La détention a ensuite été maintenue par la Cour Suprême. Sànchez et Cuixart ont été suivis par sept autres personnes, dont le vice-président du gouvernement, Oriol Junqueras, et la présidente du Parlement, Carme Forcadell, ainsi que d’autres membres du gouvernement catalan accusé.e.x.s du délit de rébellion et de sédition. L’accusation de sédition a visé l’organisation des rassemblements devant le siège du ministère de l’Économie catalan lors des fouilles effectuées par la Police espagnole le 20 septembre 2017, en omettant le droit de manifester librement et son rôle pacifiste tout au long de la journée. Malgré l’absence de violence, sans laquelle il ne peut y avoir ni rébellion ni sédition, tou.te.x.s ont été accusé.e.x.s et par la suite condamné.e.x.s de ce dernier crime. En effet, lundi dernier, 9 leaders indépendantistes catalan.e.s ont été déclaré.e.s coupables de sédition et condamnés entre 9 et 13 ans de prison ferme par la Cour suprême espagnole.

La politisation du procès, qui a commencé au début de l’année 2019 jusqu’à lundi dernier, est évidente. Le Tribunal National, qui a décrété la prison préventive, est l’héritier direct des tribunaux d’exception du régime franquiste, largement contesté par les organisations de défense des droits humains. L’accusation de rébellion n’est pas portée que par le procureur d’état, mais aussi par le parti d’extrême droite, VOX, qui entretient des liens avec le Rassemblement National français, l’AfD en l’Allemagne et le raciste Bannon aux États-Unis.

Pour éviter la prison, le président Carles Puigdemont s’est exilé en Belgique avec trois conseillers, tandis qu’une autre a décidé de se rendre en Écosse. Deux ex-députées, Anna Gabriel et Marta Rovira, se sont également exilées ici à Genève, en Suisse, menacées de finir en prison. Au total, en relation avec le référendum du 1er octobre et les manifestations qui l’ont précédé, neuf personnes sont condamnées entre 9 et 13 ans de prison ferme et sept sont en exil. Récemment, ce sont rajoutés à la liste, l’activiste Adrià Carrasco et le chanteur majorquin Valtònyz , condamnés à une peine de prison à cause des paroles de leurs chansons.

C’est ainsi que le comité de la Conférence Universitaire des Associations d’Etudiant.e.x.s, (CUAE) association faîtière et syndicat des étudiant.e.x.s de l’Université de Genève, exprime son soutien et sa solidarité avec les étudiant.e.x.s universitaires, le syndicat SEPC (Sepc Països Catalans) et les assemblées d’étudiant.e.x.s, qui se mobilisent actuellement contre une sentence injuste.

Les étudiant.e.x.s universitaires en Catalogne et plus généralement du sud de l’Europe ont été le fer de lance des mobilisations massives de défense des droits civils, politiques et sociaux face à des États autoritaires tout au long de l’histoire contemporaine. À la lumière des mobilisations actuelles portées par les étudiant.e.x.s en France, ielles sont source d’inspiration pour nos luttes anticapitalistes, antifascistes et féministes présentes.

A Genève, le comité de la CUAE, le 16 octobre 2019


Article publié le 19 Oct 2019 sur Renverse.co