Septembre 15, 2020
Par Dijoncter
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Introduction

Depuis une dizaine d’annĂ©e, le Morvan est traversĂ© d’un sursaut silencieux : les enfants dĂ©sertent lentement les Ă©coles.

Alors que Lormes accueillait Ă  l’étĂ© 2019 les rencontres de l’association Les Enfant D’Abord, regroupant ainsi plusieurs centaines de parents et enfants non-scolarisé·e venu·es de toute la France, une soixantaine de famille venait directement du Morvan.

Alors pour la troisiĂšme annĂ©e consĂ©cutive, une cinquantaine de parents et d’enfants non-sco organisait une balade Ă  vĂ©lo le long du canal nivernais pour marquer leur non-rentrĂ©e des classes. Pendant 4 jours – du 5 au 8 septembre – ils et elles ont donc pĂ©dalĂ© une vingtaine de kilomĂštres par jour, pour camper, jouer et se raconter des histoires autour du feu la nuit tombĂ©e.

Le dernier jour, ils et elles Ă©taient rejointes par davantage de monde pour une aprĂšs-midi de discussion autour du thĂšme « La libertĂ© d’instruction, comment ça rĂ©sonne en moi ? Â».

Nous sommes deux Ă  les avoir rejoints et Ă  les avoir enregistrĂ© pour Radio Talweg. Tous les portraits sont Ă  Ă©couter plus bas, mais avant on s’est dit qu’on pouvait reposer quelques bases Ă  propos de la non-scolarisation des enfants.

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Quelques bases

L’école n’est pas obligatoire, mais l’instruction oui. Ce qui signifie qu’on peut dĂ©cider de ne pas mettre son enfant Ă  l’école, si on est en capacitĂ© de lui apporter nous-mĂȘme un cadre d’apprentissage.

Quand on dĂ©cide de ne pas scolariser un enfant, il suffit donc de le dĂ©clarer en mairie :

La loi oblige toute personne dĂ©sirant pratiquer l’instruction en famille (Ă  distinguer de l’inscription Ă  un organisme d’enseignement Ă  distance en classe complĂšte) Ă  dĂ©clarer, auprĂšs de la mairie et de l’inspection acadĂ©mique dont elle dĂ©pend, qu’elle prend en charge l’instruction des enfants dont le nom et la date de naissance sont spĂ©cifiĂ©s. Cette dĂ©claration doit avoir lieu Ă  chaque rentrĂ©e scolaire Ă  partir de celle de l’annĂ©e civile oĂč l’enfant atteint l’ñge de 3 ans, et jusqu’à l’ñge de 16 ans.

Site de LED’A

Ensuite, la mairie fait une enquĂȘte sur les raisons de cette non-scolarisation, l’état de santĂ© de l’enfant et les conditions de vie de la famille, qui est renouvelĂ©e tous les 2 ans. Puis, l’inspecteur de l’acadĂ©mie rĂ©alise des contrĂŽles au moins une fois par an pour « vĂ©rifier que l’enseignement assurĂ© est conforme au droit de l’enfant Ă  l’instruction Â». En pratique, ces contrĂŽles donnent lieu Ă  beaucoup de conflits entre diffĂ©rentes maniĂšres de concevoir ce que doit comprendre cet enseignement.

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Les raisons de la non-sco

Les raisons pour lesquelles les parents dĂ©cident de ne pas scolariser leurs enfants sont vraiment trĂšs multiples et peuvent ĂȘtre tout Ă  fait opposĂ©es. Des catholiques intĂ©gristes qui refusent que leur enfant lise un autre livre que la bible aux libertaires anarchistes qui militent pour l’autonomie et le choix d’apprentissage des enfants. De celles et ceux qui embarquent leurs enfants au bout du monde Ă  travers de grands voyages Ă  celles et ceux qui veulent leur apprendre la vie de la ferme et les rythmes longs des cultures. De celles et ceux qui gardent un souvenir traumatisant de leur scolarisation, Ă  celles et ceux qui ont adorĂ© l’école mais trouve qu’elle ne va pas assez loin.

Face Ă  l’institution rĂ©publicaine que reprĂ©sente l’école, il y a bien des dĂ©bats Ă  avoir sur la « libertĂ© Â» d’apprentissage, qui soulĂšve bien des questions politiques. On Ă©tait tentĂ© d’écrire quelques lignes thĂ©oriques sur la libertĂ©, le libĂ©ralisme et les libertaires… Mais plutĂŽt que de se lancer dans une dĂ©monstration thĂ©orique [1], on se dit que la meilleure maniĂšre d’apprendre des choses sans prĂ©jugĂ©s abstraits, c’est de vous laisser Ă©couter les paroles des premiers concernĂ©s.

L’instruction en famille est dĂ©clinĂ©e de maniĂšre trĂšs diffĂ©rente et vĂ©cue de maniĂšre politique de façon trĂšs diffĂ©rente d’une famille Ă  une autre, donc il y a une grande mixitĂ© sociale parmi les familles qui pratiquent l’instruction en famille. Si je veux caricaturer un peu, je pense qu’il y a des familles qui font l’IEF en disant « J’accouche Ă  la maison, j’allaite mes enfants pendant 6 ans et je leur fais l’école parce que je veux qu’ils deviennent l’élite de la nation, et je veux leur donner tous les moyens pour dĂ©velopper leurs capacitĂ©s et les services publics nous tirent vers le bas, nous tirent vers le peuple Â». Et puis il y a d’autres courants, d’autres familles, pour qui y’a un grand dĂ©sir de libertĂ©, une grande confiance naturelle dans les capacitĂ©s de l’enfant. Et ça, ça demande aux parents un grand lĂącher-prise.

Extrait d’un entretien avec Marion

PĂ©dagogies hors des murs

Les parents que nous avons rencontrĂ© nous ont beaucoup parlĂ© de la diffĂ©rence entre « homeschooling Â» et « unschooling Â» : la diffĂ©rence entre le fait de faire l’école Ă  la maison ou de ne pas la faire.

L’école Ă  la maison prend de multiples formes, mais son idĂ©e gĂ©nĂ©rale est d’essayer globalement de suivre les programmes scolaires, Ă  travers des enseignements « formels Â», c’est-Ă -dire concrĂštement en proposant ou en imposant des moments d’enseignement qui s’apparentent Ă  l’école.

Le « unschooling Â», qu’on traduit en français par « Apprentissage autonome Â», part du principe que l’enfant apprend ce qui l’intĂ©resse de façon autonome, et que les adultes ne sont lĂ  que pour nourrir les intĂ©rĂȘts de l’enfant lorsqu’ils apparaissent [2].

Certains parents suivent rigoureusement l’une ou l’autre des mĂ©thodes, mais beaucoup d’autres ont l’air de faire de joyeux mĂ©langes, on vous laisse les dĂ©couvrir dans les interviews.

Pour notre groupe de la NiĂšvre, il y a une bonne majoritĂ© de famille qui croit en le Unschooling. Ça signifie « ne pas enseigner Â», ne pas mettre l’enfant dans un systĂšme institutionnel pour lui apporter les choses dont on s’imagine qu’il a besoin.

C’est aussi le fait de choisir de ne pas prendre la place d’enseignant et d’enseigner à nos enfants.

C’est plus un truc d’accompagnement, d’offrir les outils, les possibilitĂ©s de faire. D’ĂȘtre Ă  l’écoute, et quand il a des questions, on peut essayer ensemble de trouver les rĂ©ponses. Si moi j’ai les rĂ©ponses parce que ma vie a fait que j’ai rĂ©pondu Ă  ces questions-lĂ , je peux apporter des Ă©lĂ©ments de rĂ©ponses. Et si on les a pas, on va chercher ailleurs, chez d’autres gens, dans des livres, etc.

Extrait d’un entretien avec Marion

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Paroles descolarisées

Ces interviews se sont dĂ©roulĂ©es le lundi 7 septembre. Nous Ă©tions 2 Ă  poser des questions. En tout cas jusqu’à ce que d’autres se prennent au jeu avec nous.

Nous avons retranscrit ici certains passages qui nous ont particuliÚrement marqué. Mais les enregistrements sont beaucoup plus riches.

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Les enfants

Groupes d’enfants

Bande de Non-sco !

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Comment vous avez appris Ă  lire ?

V – Moi j’ai appris Ă  lire un peu toute seule, enfin Ă  l’école Montessori. En gros Ă  deux ans moi j’ai voulu aller Ă  l’école et puis FĂ©lix mon frĂšre il ne voulait pas du tout, non mais pas du tout du tout, c’était pas possible, donc on a trouvĂ© ce compromis la : lui il passait Ă  peu prĂšs la journĂ©e dehors pendant que moi j’apprenais Ă  lire.

L – Moi c’est parce que mes sƓurs lisaient des livres que je ne pouvais pas lire. C’est comme ça que j’ai appris Ă  lire, parce que je voulais les lire. Du coup ça m’a motivĂ©.

T – Moi j’ai appris Ă  lire avec une mĂ©thode ça s’appelle Ratus. Tout les jours tu lis un petit paragraphe de 3 lignes Ă  peu prĂšs. J’ai fais ça pendant 1 ans et maintenant je sais lire.

F – Moi Ă  un moment j’ai voulu lire un livre de 100 pages et lĂ  je me suis dit : « si j’apprenais Ă  lire ? Â». On Ă©tais parti en Italie et j’ai essayĂ© de le lire. Je demandais Ă  ma sƓur tout le temps : « c’est quoi ça, ça c’est quoi ? Â» Et puis maintenant je lis des livres nettement plus gros en nettement moins de temps.

S – Moi en fait dans ma chambre quand j’étais plus petit il y avait un poster Asterix que j’avais bien dans l’axe. A chaque fois que je me couchais ma maman elle me faisait un cĂąlin, aprĂšs elle partait et elle laissait la lumiĂšre allumĂ©e. Et en fait y avait marquĂ© Asterix et le papyrus de CĂ©sar. A chaque nuit je lisais ça, puis un moment j’ai voulu lire d’autres mots, puis c’est allĂ© tout seul.

Z – Moi j’ai appris Ă  lire et Ă  Ă©crire Ă  9 ans. En fait j’ai appris un peu en mĂȘme temps. Quand j’étais petite je n’avais pas trop de personnes vers chez moi et j’avais des ami.e.s qu’habitaient plus loin donc on parlait via nos ordis. Et du coup, si je voulais leur parler, il fallait que je sache lire et Ă©crire. Alors j’ai posĂ© des questions Ă  mes parents. Ils venaient m’aider, ils m’apportaient des feuilles et me

disaient « Ă§a c’est ce verbe Â» et cetera. Et aprĂšs, un peu du jour au lendemain, j’ai su lire et Ă©crire.

N – Moi j’ai appris Ă  lire sur les panneaux de signalisation. AprĂšs j’ai passĂ© Ă  des livres. Des BD au dĂ©but, aprĂšs des livres du genre Harry Potter et aprĂšs sur les romans. LĂ  je suis presque en train de terminer Eragon.

Batman & Hanteman

Batman et Hanteman

Paroles Non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Vous deux vous faites l’école Ă  la maison c’est ça ?

B & H – Oui.

Ça veut dire quoi faire l’école Ă  la maison ?

B – Ça veut dire pas aller Ă  l’école.

H – Nan ça veut plutĂŽt dire ben c’est pour rencontrer des amis mais aussi tu travailles Ă  la maison.

Comment vous travaillez vous Ă  la maison ?

B – Nous en dĂ©but d’aprĂšs-midi on fait quelques heures de travail.

H – Nous le matin on a dĂ©jĂ  achetĂ© des livres pour travailler le matin, quelques heures.

Vous travaillez sur quel sujet ?

H – Ben ça dĂ©pend parce que sur nos cahiers, ben je choisis mon travail. Et des fois sinon l’aprĂšs-midi ou le soir je lis des livres.

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Les parents

HĂ©lĂšne

HĂ©lĂšne

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Les contrĂŽles c’est le point noir de l’instruction en famille. À mon sens c’est ce qui nous empĂȘche d’ĂȘtre vraiment libre dans nos choix d’instructions. Surtout quand on fait le choix des apprentissages informels. [
] Nous on a dĂ» avoir une position assez tranchĂ©e et vraiment centrĂ©e sur les lois pour que les contrĂŽles ne dĂ©bordent pas et qu’ils respectent nos choix Ă©ducatifs. Depuis qu’on a commencĂ© l’instruction, ça fait 7 ans par rapport Ă  l’ñge d’instruction obligatoire (mĂȘme si l’instruction commence dĂšs que l’enfant naĂźt) nos droits ont vraiment reculĂ©.

Sylvie

Sylvie

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Est-ce que tu penses que ce serait possible d’avoir une “Ă©cole de rĂȘve” ?

Alors oui, je me suis renseignĂ©e sur pleins de chose. L’école Mutuelle par exemple, c’était dĂ©jĂ  un peu l’école de mes rĂȘves. Et en fait, je sais pas si vous savez ce que signifie « scola Â» en grec ? « Scola Â» ça veut dire « temps libre Â». Donc en fait l’école de mes rĂȘves elle a toujours existĂ©. C’est juste qu’elle a Ă©tĂ© dĂ©voyĂ©e. En fait c’était les enfants de riches qu’avaient rien d’autres Ă  foutre que d’apprendre et qu’avaient des gens pour leur apprendre parce que eux ils avaient rien d’autre que du temps libre alors que les autres Ă©taient obligĂ©s de bosser pour bouffer. Et eux ils avaient l’école de leur rĂȘve. Mais en fait l’école de nos rĂȘves ça a toujours Ă©tĂ© ça, c’est l’école d’aujourd’hui qu’est pas une Ă©cole. Donc je donne du temps libre Ă  mes enfants donc ils vont Ă  l’école !

Les Ă©coles mutuelles

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Les Ă©coles mutuelles, c’était mis en place par les patrons d’usine pour former les ouvriers vite. Parce que l’école c’était trop long. Dans ces Ă©coles mutuelles, il n’y avait pas de prof, ils se formaient mutuellement, comme son nom l’indique. Et faut savoir que quand Jules Ferry a mis sa loi en place, il y avait 60 % de la population qui savait dĂ©jĂ  lire et Ă©crire. Le problĂšme c’est que les patrons ont arrĂȘtĂ© de les financer parce qu’ils apprenaient un peu trop vite dans ces Ă©coles… Ils apprenaient en 1 an ce que les autres apprenaient en 4 ans dans les Ă©coles normales on va dire, et aprĂšs ça faisait des syndicalistes un peu trop virulents…

Aymeric

Aymeric

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

L’école est un service public d’instruction, qui va aussi avec le fait qu’il y a une loi depuis 1882 qui dit que l’instruction est obligatoire. À partir du moment oĂč ils ont dĂ©cidĂ© de cette loi, ils devaient mettre en place un service public gratuit. Donc c’est ce qu’il est. AprĂšs – comme le disait Jules Ferry – elle n’est pas neutre au niveau pensĂ©e. Il ne voulait pas voir arriver des Ă©coles anarchistes, des Ă©coles socialistes, des Ă©coles nationalistes, donc ce serait l’école de la RĂ©publique. Donc finalement, son travail va ĂȘtre finalement assez peu rattachĂ© au monde de l’entreprise (toutes les intelligences inter-personnelles ne sont pas abordĂ©es par exmeple) et on va beaucoup ĂȘtre sur de la logique et sur une manipulation exacte de la langue avant d’ĂȘtre sur une transmission sincĂšre de pensĂ©e. Et avec ça, on va retrouver tous les mĂ©tiers comme les notaires, les juges, les avocats, tous les gens de lois, tous les gens ensuite qui vont donner une lĂ©galitĂ© et un pouvoir politique voire militaire. Donc finalement c’est Ă  ça que l’école forme. Et c’est normal, c’est eux qui la mettent en place. S’il y avait des Ă©coles anarchistes, elles auraient sĂ»rement aussi un discours dominant. Donc pour moi c’est clairement l’école d’une RĂ©publique, qui ne cherche pas spĂ©cialement Ă  faire des libres penseurs, des hommes libres, des femmes libres, des enfants libres.

Catherine

Catherine

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Mon fils n’était pas Ă  l’aise dans un grand groupe d’enfants oĂč il connaissait personne. Je sentais qu’il ne pouvait pas s’épanouir dans un grand groupe d’enfants oĂč il connaissait personne. Tout le monde me disait : « C’est normal il va pleurer Â». Et du coup il a pleurĂ©, et il continuait Ă  pleurer, et on faisait un jour par semaine et il continuait Ă  pleurer, je restais avec lui pendant une heure jusqu’à ce qu’il soit Ă  l’aise. Et il avait pas envie d’y aller, et le lundi on le remotivait pour qu’il y retourne et c’était un peu lourd. Jusqu’à ce qu’on se dĂ©cide Ă  le scolariser Ă  la maison. Et au dĂ©but je passais Ă©normĂ©ment de temps Ă  faire l’école. […] S’il avait Ă©tĂ© prĂȘt Ă  6 ans et joyeux dans les maths et dans le français, je pense que j’aurais continuĂ©. Mais c’est pas le chemin vers lequel il m’a emmenĂ©. Je ne fais que le suivre. Et lĂ  oĂč son Ă©panouissement est possible, je le suis. Et du coup, il Ă©tait pas prĂȘt, ni aux maths, ni au français, Ă  6 ans. Et du coup je ne faisais plus grand chose, je tenais un fil rouge en espĂ©rant qu’il allait ĂȘtre prĂȘt… Jusqu’à ce qu’il ait une grosse fiĂšvre et une mini-dĂ©pression oĂč il avait plus envie de manger, plus envie de jouer, et quand je lui posais des questions il me disait que l’école c’était trop dur. Je lui disais ok, on fait plus rien, on fait des jeux en attendant que l’envie revienne. Mais la pression Ă©tait lĂ , je lui mettais le pression. Alors du coup j’ai commencĂ© Ă  me dĂ©scolariser. C’est lui qui m’a emmenĂ© sur le chemin de ma propre dĂ©scolarisation. Et c’était un chemin de libĂ©ration.

Nico

Nico

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Ce qui nous parle le plus pour le moment, c’est de voir ce qu’il fait, de voir ce Ă  quoi il s’intĂ©resse, et de lui donner du grain Ă  moudre. Quand il s’intĂ©resse Ă  quelque chose, faire avec lui, lui montrer oĂč il peut trouver des infos, l’accompagner dans ce qui lui plaĂźt. Pour l’instant il est tout petit, c’est assez simple. Quand je fais du bricolage, il aime bien faire, donc rĂ©guliĂšrement je prends du temps pour faire du bricolage avec lui, pour lui montrer des choses. Si on fait du vĂ©lo, je vais pas dĂ©crever le vĂ©lo sans rien lui montrer, il va faire avec moi, il essaie petit Ă  petit. […] Nous on est paysans, donc on a une activitĂ© qui est quand mĂȘme beaucoup dehors. On a une petite ferme avec peu d’animaux donc on peut aussi se relayer l’un l’autre avec ma compagne. Donc Ă  la fois on se relaie quand il y a des choses qu’on a envie de faire sans les enfants, ou qu’on a besoin de faire sans les enfants. Et Ă  la fois on les emmĂšne avec nous Ă  d’autres moments, pour faire avec nous. Par exemple on fait du pain, et l’autre fois il est venu avec nous. On lui a pas demandĂ© s’il voulait venir, on l’a emmenĂ© avec nous parce qu’on ne pouvait pas faire autrement, et puis il a fait et il s’est adaptĂ© Ă  la situation, ça lui a aussi donnĂ© envie de faire. Ça nous plaĂźt de pouvoir faire ce qu’on a Ă  faire avec eux. Mais il y a aussi des fois oĂč c’est quand mĂȘme compliquĂ©, oĂč on ne peut pas toujours se mettre Ă  leur rythme, des fois c’est Ă  eux de suivre.

Laure

Laure

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

On avait envie de vivre autrement, de vivre plus ensemble. Alors j’ai arrĂȘtĂ© le salariat, j’ai arrĂȘtĂ© de travailler lĂ  oĂč je travaillais, et on avait envie d’ĂȘtre plus chez nous et de vivre plus de choses ensemble.

Et l’école c’est une des choses qui vous empĂȘchait d’ĂȘtre ensemble ?

Ben c’était en partie mon travail, mais comme je me suis mise Ă  mon compte, Ă  la maison… envoyer les enfants Ă  l’école tous les jours alors que j’étais chez moi, que les enfants Ă©taient bien Ă  la maison… c’est venu naturellement, on s’est dit « nous on revient Ă  la maison, on les fait revenir avec nous Â».

Marion

Marion – Partie 1

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Le 4 fĂ©vrier 2013 quand les bĂ»cherons venaient couper les premiers arbres Ă  la ZAD du bois de Tronçay, et bien moi ça a Ă©tĂ© le jour de ma rencontre avec E., par l’intermĂ©diaire du pĂšre de mes enfants. Ça a Ă©tĂ© une rencontre qui a eu une grande influence sur mes choix et sur mon bien-ĂȘtre aussi de maman. Et donc lĂ  je me suis dit : « Ah ouais c’est possible en fait, il y a d’autres gens qui allaitent Â». Et rapidement, c’est une mise en rĂ©seau. Une mise rĂ©seau de femmes, de mĂšres qui font des choix sensiblement identiques, qui se soutiennent, qui se renvoient les questions qu’elles ont, qui cherchent des rĂ©ponses ensemble et qui sont prĂ©sentes les unes pour les autres. Et voilĂ , pour moi ce qui Ă©tait vraiment important Ă  ce moment lĂ  c’était la prĂ©sence au quotidien, enfin la prĂ©sence pour que ça aille bien quoi.[…] Et l’avenir je sais pas, on est lĂ  on est bien, les enfants vont bien. L’aĂźnĂ© aujourd’hui, il a envie d’apprendre par lui-mĂȘme, il demande de l’aide quand il a besoin, il apprend Ă  lire, Ă  Ă©crire, Ă  compter, il dĂ©couvre des choses que je dĂ©couvre en mĂȘme temps que lui, il y a des choses qu’il m’apprend. Et puis il a pas envie d’aller Ă  l’école. Il a des curiositĂ©s pour ce qui s’y passe, parce qu’il a des amis qui y vont. Mais pour l’instant on a pas poussĂ© la porte de l’école parce qu’ils n’ont pas exprimĂ© un besoin dans la durĂ©e.

Marion – 2e partie

Paroles non-scolarisĂ©es – Canal Nivernais

7 septembre 2020

Radio Talweg

Pour moi c’est compliquĂ© de me trouver une identitĂ© dans l’instruction en famille, parce qu’il y a l’extrĂȘme droite qui soutient l’IEF, mais avec un autre projet global de vie que le notre… Et du coup je trouve que c’est dur de se dĂ©finir une identitĂ©. Bon ici on a la chance d’ĂȘtre nombreux Ă  pratiquer l’unschooling, Ă  se rencontrer et Ă  crĂ©er un rĂ©seau d’entre-aide. […]

Pour moi dans ma vie, j’ai pas envie de me dire que j’ai besoin des institutions pour vivre. […] J’ai pas forcĂ©ment besoin du travail tel qu’on l’imagine, moi j’aimerais me crĂ©er du travail, chez moi, pour moi, pour nourrir ma famille, et puis apprendre beaucoup de choses. Et du coup j’ai la mĂȘme idĂ©e pour les enfants. Je pense que les enfants peuvent grandir en dehors du systĂšme qu’on nous propose, parce qu’il ne nous convient pas en fait. Donc je vais pas leur imposer d’y ĂȘtre.

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Pour aller plus loin

Nous reprenons ici la bibliographie proposĂ© dans un excellent article de Paris-luttes.info, Ă©crit par Claudia Renau : « Notre non-sco expliquĂ© Ă  un journaliste Â» :

LES PILIERS

‱ Ivan Illich, Deschooling Society (Une sociĂ©tĂ© sans Ă©cole), 1971.

‱ Christiane Rochefort, Les enfants d’abord, entre 1975 et 1983.

‱ John Holt, Les apprentissages autonomes, Comment les enfants s’instruisent sans enseignement, traduction de Learning all the time, 1990, Editions l’Instant prĂ©sent (2011).

‱ John Holt, Apprendre sans l’école, des ressources pour agir et s’instruire, traduction de Instead of education 1976, Editions l’Instant PrĂ©sent (2012).

‱ Catherine Baker, Insoumission Ă  l’école obligatoire, 1985 (disponible sur tahin-party et sur wikisource).

‱ Catherine Baker, Les cahiers au feu, 1988, Barrault.

‱ LĂ©andre Bergeron, Comme des invitĂ©es de marque, Altess / Trois-Pistoles, 2005.

Les livres récents

‱ Collectif, Apprentissage auto-gĂ©rĂ© et instruction Ă  la maison : une perspective europĂ©enne, sous la direction de Leslie Safran Barson, 2006, diffusĂ© par Les enfants d’abord (voir “Learning unlimited”).

‱ Jan Hunt, La vĂ©ritable nature de l’enfant, 2008, Editions l’Instant prĂ©sent.

Sylvie Martin-Rodriguez, Les 10 plus gros mensonges sur l’école Ă  la maison, 2008, Dangles (Fnac).

‱ MarlĂšne Martin, Apprendre Ă  lire en famille, 2009, Editions l’Instant prĂ©sent.

‱ Jean-Pierre Lepri, La fin de l’éducation ? Commencements…, Editions l’Instant prĂ©sent.

‱ AndrĂ© Stern, … Et je ne suis jamais allĂ© Ă  l’école, Actes Sud.

‱ L’instruction en famille – un mode d’instruction Ă  part entiĂšre, Brochure de prĂ©sentation de l’IEF, coĂ©d. par l’association Les enfants d’abord et les Ă©ditions l’Instant PrĂ©sent.

‱ A venir : How children learn at home, traduction du livre de Alan Thomas et Harriet Pattison.

Des sites et Ă©tudes en ligne

‱ Nicole Terrillon, “L’instruction dans la famille comme alternative Ă  l’école, sa place entre norme juridique et norme sociale”.

‱ http://horsdesmurs.com – Le site de Sylvie Martin

‱ cf. le site de Jean-Pierre Lepri : education-authentique.org

Articles

‱ Le Monde – Article de Martine Laronche publiĂ© le 17.9.2009.

‱ Le Point – Article de Marie-Sandrine Sgherri paru le 24.1.2008.

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Source: Dijoncter.info