9 octobre 2020.
La stigmatisation des personnes de condition modeste des quartiers de Madrid (Ville et Région) a été une constante du pouvoir politique et des médias depuis toujours. Elle répond à une idéologie, une idéologie libérale qui se renforce, basée sur la discrimination, la catégorisation, la marginalisation et l’exclusion des gens modestes et ouvriers. Depuis le début de la pandémie, pendant le confinement imposé par le gouvernement central et encore aujourd’hui, les médias ont constamment fait une place au pouvoir politique dans sa volonté de criminaliser et de stigmatiser les quartiers pauvres en général et les travailleur.e.s en particulier, et ce toujours au moyen de la xénophobie et la discrimination sociale. Néanmoins, la situation sociale des quartiers populaires en est à un point critique. Et cela est dû principalement au fait que les inégalités sociales existantes se creusent entraînant pauvreté et exclusion. À cela s’ajouter le démantèlement du système de santé en cours à Madrid et l’exclusion des travailleur.e.s qui s’y opère.

La dégradation des quartiers populaires : une question de classe sociale

Les quartiers défavorisés de Madrid sont soumis à un taux de chômage et à un risque d’exclusion sociale élevés, en raison de la situation de fragilité que l’on connaissait déjà, en raison de la précarité au travail, de la flexibilité de l’emploi et du travail informel ou au noir. Il faut y ajouter les ERTE [note] et la destruction des emplois qui plonge dans l’incertitude les travailleur.e.s. La crise actuelle n’a fait qu’accentuer les effets de la crise de 2008, auxquels ni le pouvoir politique ni le pouvoir économique ne peuvent et ne veulent apporter de solution. Face à cette dramatique situation sociale, dans de nombreux quartiers et arrondissements de Madrid, des réseaux d’entraide et de solidarité se sont organisés pour couvrir les premières nécessités de la population et accompagner les personnes âgées, dépendantes et autres groupes à risque. Une obligation des services sociaux de la Municipalité de Madrid mais quelle n’assure pas.

Les nouvelles générations des quartiers populaires de Madrid sont en passe d’adopter cette tradition de luttes qui ont été celles de beaucoup de leurs voisin.e.s plus âgées. Les changements structurels et les améliorations de la qualité de vie dans les quartiers populaires sont toujours venus de la mobilisation et de la pression des habitant.e.s, et jamais des administrations publiques ou des partis politiques. Pendant le confinement de nombreux actes de violence, d’abus d’autorité et de racisme de la part de la police à l’encontre d’habitant.e.s et de travailleur.e.s ont été révélés par les réseaux sociaux et les médias alternatifs, les médias classiques les ayant occultés. Une bonne part de cette violence s’est exercée avec un acharnement tout particulier contre des personnes migrantes, justement l’un des collectifs les plus précaires, exploité et tout à la fois criminalisé et stigmatisé par les pouvoirs politiques et les médias.

Les transports en commun de Madrid (aussi bien le métro géré par la Région que le RER géré par l’État) fonctionnent de façon désastreuse depuis des années pour les usagers et les agents : cela est directement lié, comme pour le système de santé, avec le processus de privatisation et de libéralisation. Malgré la pandémie, ni le gouvernement régional ni le gouvernement central n’ont rien fait pour améliorer la qualité du service et faciliter le transport pour les personnes se rendant au travail. Ils ont préféré criminaliser aussi bien les usagers que les agents.

Selon les pouvoirs politiques et économiques, nous devons nous acquitter du travail salarié et toute notre vie tourne autour. Ils nous obligent à enrichir tous les jours les chefs d’entreprise et l’État pour pouvoir subvenir à nos besoins. Cependant, aucune Administration publique ne semble s’intéresser à notre santé quand nous voyageons entassés dans les transports en commun. De même qu’aucun patron ne semble s’intéresser à notre santé quand on nous entasse sur les lieux de travail et de production.

Système de santé publique madrilène : une asphyxie annoncée.

La dégradation du système de santé public dans la Région de Madrid est un fait. L’on constate année après année un processus continu de privatisation des services hospitaliers, de suppression de lits ou de services, d’augmentation de la sous-traitance et de précarisation des droits des travailleur.e.s. Cette situation a eu comme conséquence une gestion a minima de ces ressources, à l’instar d’autres ressources socio-sanitaires et éducatives telles que les centres d’accueil où se trouvent les MENAS (Mineurs Étrangers Non accompagnés) devenus des débarras pour y parquer des mineurs.

La fameuse “collaboration public-privé” dont se targue la présidente du gouvernement régional de Madrid, n’est rien d’autre que la suite du modèle d’Esperanza Aguirre [<a title=" [note] ” class=”notebdp”>note] . La sous-traitance en matière de santé revient sept fois plus chère que la gestion directe et s’avère de qualité bien inférieure. En 2010 déjà, la Région de Madrid avait dû sauver six hôpitaux au bord de l’asphyxie. Cette augmentation de la sous-traitance et des privatisations déséquilibre la balance au détriment d’un système public au bord de la paralysie.

Pendant la pandémie, un hôpital avait été ouvert au Parc des Expositions de l’IFEMA (Institución Ferial de Madrid, organisatrice de salons, foires et congrès, formée par le Gouvernement Régional, la Municipalité, la Chambre de Commerce et la Fundación Montemadrid) au détriment des dispensaires publics dont beaucoup furent fermés pour protéger les intérêts du système privé de santé qui réclamait de l’argent au gouvernement pour céder des lits à des patients atteints du virus. Aujourd’hui le scénario risque de se répéter car la Région refuse d’embaucher davantage de personnel hospitalier et d’ouvrir et mettre à disposition des Madrilènes les lits et les services qui avaient été fermés. Si la précarité au travail ou le chômage portent atteinte aux personnes, le fait que l’on nous refuse quelque chose d’aussi fondamental que la santé a pour effet non seulement de creuser les inégalités sociales mais de rendre notre vie même précaire tout en augmentant l’exclusion sociale.

Face à la stigmatisation, la précarité et la peur, reprenons notre dignité

Les réseaux sociaux, les applications de messagerie instantanée, les médias etc. nous bombardent en continu avec des images et des messages : coups et tensions entre partis politiques, fake news, interprétations pseudo-scientifiques autour du virus, nouvelles contradictoires, langage militariste, etc. Ce matraquage incessant, auquel s’ajoutent la présence et la violence policières dans la rue, suscite en nous un sentiment d’insécurité et d’angoisse, qui nous mène à la paralysie, à la peur, et tout cela nous porte à la soumission, au contrôle, à la dépendance, et à la servitude. Pourtant, les patrons, propriétaires et autres parasites du travail des autres n’hésitent pas à sortir dans la rue, soutenus par les partis politiques qu’ils représentent et dont ils défendent les intérêts et privilèges de classe, soignés par le gouvernement et mis en valeur par les médias et les réseaux sociaux.

La solidarité et l’entraide sont partie intégrante de l’être humain, cela nous a permis, au cours des évolutions dans le temps, de nous adapter à notre environnement. Et c’est à travers la solidarité et l’entraide que l’on a obtenu au cours des siècles les améliorations de conditions de travail et de qualité de vie au travail. On peut citer la journée de 8 heures qui est l’un des acquis les plus importants en matière de droit des travailleur.e.s et de lutte des classes. Nous devons nous organiser pour réduire les inégalités sociales, pour stopper la vague de licenciements à venir quand les entreprises cesseront de mutualiser leurs pertes, pour exiger de meilleures conditions de travail et de santé et pour enrayer la croissance de la précarité.

Il faut que nous, travailleur.e.s, nous nous soutenions socialement pour enrayer la dégradation de nos quartiers et notre environnement immédiat, pour mettre un coup d’arrêt aux expulsions de nos camarades, pour créer des réseaux de solidarité et d’entraide, pour mettre fin au racisme et à la répression. En somme, pour agir ensemble afin d’en finir avec la peur et de dépasser le discours hégémonique du pouvoir économique et du pouvoir politique. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons retrouver notre dignité et les droits qui nous sont volés par l’offensive néolibérale lancée sur la vague du virus.

Le pire virus attaquant l’humanité et nous dévastant en tant espèce ainsi que la planète, c’est le capitalisme. Notre dignité de travailleur.e.s et nos vies ne peuvent ni ne doivent être soumises pieds et poings liés aux caprices et aléas du marché capitaliste. C’est pourquoi il est nécessaire d’en finir avec la marchandisation du travail. Et ce n’est qu’à travers la solidarité et l’entraide que nous pourrons construire une société avec un ordre économique fédéraliste et contrôlé par nous-mêmes.

Vive l’anarchie.


Article publié le 18 Oct 2020 sur Monde-libertaire.fr