Octobre 28, 2020
Par Dijoncter
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Le 2 octobre, dans son discours sur le thème de la lutte contre ce qui est nommé ’’les séparatismes’’, le chef de l’Etat annonce rendre l’instruction à l’école obligatoire dès la rentrée 2021.

C’est une atteinte à nos libertés.

Le Ministère de l’Intérieur annonce un projet de loi visant à « renforcer la laïcité et les principes républicains ». Il envisage, dans ce projet, une disposition supprimant la liberté de choix des parents d’instruire eux-mêmes leurs enfants. Une liberté qui existe depuis toujours. En 1882, lorsque l’instruction devient obligatoire (loi de Jules Ferry), le choix du mode de celle-ci est demeuré une liberté parentale inscrite dans le Code de l’éducation.

N’est-il pas incongru qu’une mesure portant sur l’éducation se retrouve dans un projet de sécurité intérieure ?

Dans son discours aux Mureaux, le président actuel nous expose ‘’le problème’’ : le séparatisme islamiste se concrétise et se traduit d’après lui par la constitution d’une ‘’contre-société’’ dont la manifestation est la déscolarisation des enfants. Il cite le chiffre de 50 000 enfants aujourd’hui instruits à domicile, ce qui au passage représente 0,4% du chiffre total de nos marmots en âge d’être scolarisé·es.

Ainsi tous les parents ayant fait le choix légal, conscient et motivé d’assumer eux-même la responsabilité de l’instruction de leurs bambins sont décrits comme de potentiels ‘’séparatistes islamiques‘’.

Le gouvernement veut imposer aux parents choisissant l’Instruction En Famille (IEF) de renoncer à leur droit. L’assassin de Samuel Paty sortait pourtant des bancs de l’école de la République, ce n’est pas pour cela que l’on ferme les écoles.

Nous ne voyons pas le lien entre l’Instruction En Famille et la lutte contre ’’les séparatismes’’ ?

L’Instruction En Famille en deux mots c’est quoi ?

C’est un droit parental préservé même avec l’invention récente de l’école.

C’est une forme d’enseignement qui englobe plusieurs philosophies et pratiques pédagogiques très variées sans s’opposer à l’école, au contraire elle vient la compléter et l’enrichir de diversité.

L’objectif de l’instruction à la maison est le même que celui de l’école : apporter toutes les nourritures, intellectuelles, culturelles et humaines nécessaires pour un développement harmonieux, une personnalité épanouie. Pour que l’enfant trouver sa place dans la société en devenant acteur plutôt que spectateur.

Certains parents choisissent de s’approcher le plus possible des programmes de l’école, d’autres de s’adapter à l’évolution permanente de leur enfant, priorisant leurs centres d’intérêt. Il y a un large éventail de façons de faire, autant d’IEF que d’enfant. Cela mériterait d’en causer plus longuement.

Un prétexte en chasse un autre

En 1997, un enfant de dix-neuf mois décédait dans la ferme d’Angous occupée par la secte de l’Ordre apostolique Tabitha’s Place. Plusieurs mineurs vivaient sur ce lieu sans être scolarisés dans un établissement. Suite à cet évènement tragique les politiques et médias officiels parlent de l’instruction à la maison comme d’un danger, considérant que le risque de dérive sectaire est partout et chez tout le monde.

Alors que les cadres légaux de l’époque permettent déjà de vérifier que les droits à l’instruction de chaque enfant sont bien respectés, ce fait divers sert de prétexte à la création d’une nouvelle loi pour durcir les injonctions éducatives sur les parents en IEF.

Avant cette loi, des contrôles vérifiaient que l’enfant avait bien accès à une instruction, et qu’il progressait, mais aucune norme de progression ne lui était imposé. Il était seulement attendu de lui qu’il possède les connaissances du socle commun à l’âge de 16 ans.

Cela permettait de garantir le droit à l’instruction des enfants, tout en leur laissant cette liberté d’avoir chacun, chacune des parcours scolaires, des rythmes d’évolution dans les savoirs fondamentaux, mais aussi de VIE très très variés.

Cette loi de décembre 1998 tente de normaliser l’éducation des enfants en IEF en imposant de nouvelles attentes éducatives aux enfants, et surtout l’application des contrôles pédagogiques devient systématique pour chaque enfant et renouvelée tous les ans !!! (loi n°98-1165 du 18 décembre 1998).

Depuis, les différentes enquêtes de la Miviludes [1] ont établit qu’il n’existait aucun lien entre l’IEF et l’emprise sectaire…

Aujourd’hui les pouvoirs publics parlent de ‘’radicalisation’’

Citation du président le 2 octobre dernier :

Face à ces dérives qui excluent des milliers d’enfants de l’éducation à la citoyenneté, de l’accès à la culture, à notre Histoire, à nos valeurs, à l’expérience de l’altérité qui est le cœur de l’école républicaine, j’ai pris une décision : dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès trois ans. L’instruction à domicile étant strictement limitée aux impératifs de santé.

La République résistera par l’école à ceux qui veulent l’abattre !

Le mode d’instruction retenue par les familles n’a aucun lien avec un processus quelconque de radicalisation, comme montre l’argumentaire détaillé de Led’a qui se trouve en fin d’article.

La « radicalisation » est un prétexte utilisé pour en finir définitivement avec cette liberté et la multiplicité des enseignements possibles, qui semble chagriner les gouvernements successifs, préférant sans doute une société bien lissée-ordonnée et peut-être même au garde-à-vous.

Supprimer toutes possibilités d’apprendre autrement est une réelle atteinte à nos libertés !!!

La proposition d’interdire aux parents de faire école à leurs enfants vise directement l’organisation quotidienne de vie faite par quelques milliers personnes qui ont choisit l’IEF.

Nous pourrions croire que cette mesure concerne une minorité de la population, mais les conséquences seraient désastreuses dans tout le paysage éducatif déjà malmené par les pouvoirs public depuis de nombreuses années.

Il est important de se battre pour la richesse de la diversité des enseignements, des pensées et des modes de vie.

Dans leur dernier communiqué, l’association Les Enfants D’Abord (LED’A)- qui représente des familles ayant fait le choix de l’IEF – réagit au propos du président.

FIN DE L’ÉCOLE À LA MAISON : NI MACRON NI BLANQUER NE FONT LA LOI

Sur RTL, le 13 octobre, Jean-Michel Blanquer, interrogé par Thomas Sotto sur l’instauration de couvre-feu dans le cadre de l’épidémie de Covid 19, déclarait : « Franchement ce serait prématuré de vous répondre sur une mesure qui n’a pas été prise .(…) Je ne vais pas commenter quelque chose qui n’est pas fait ». Une pudeur dont il ne s’embarrasse pas lorsqu’il est question de l’instruction en famille qu’Emmanuel Macron a décidé d’interdire dès la rentrée 2021 dans son discours sur les séparatismes du 02 octobre dernier. À la minute 9 de cette même interview, le ministre de l’Éducation indique que cette mesure d’interdiction est « définitive ». Et ajoute, péremptoire, que « la scolarisation obligatoire est un grand progrès ».

L’association LED’A (Les Enfants D’Abord), qui ne partage pas cet avis et dispose d’études scientifiqus étayées en ce sens, rappelle au ministre Blanquer que le principe de la séparation des pouvoirs n’est pas une option dans notre démocratie. Une incantation n’a pas force de loi, même proférée par le chef de l’État. Pour qu’une loi s’applique, faut-il encore qu’elle existe. Pour cela, elle doit être présentée devant nos deux Assemblées, et que les parlementaires décident de l’adopter, préambule à sa promulgation. Pour l’heure, l’exécutif se paie de mots et se montre bien prompt à interdire une liberté publique TOUJOURS inscrite dans le marbre de la loi depuis 1882, en nous parlant de progrès. Pour le ministre Blanquer, c’est comme si c’était fait. Sur le site Eduscol, le vademecum dédié à l’instruction en famille, l’IEF est déjà enterrée.

Des cas de radicalisation exceptionnels

Ce même vademecum qui date d’octobre 2020, indique à la page 38 dans son chapitre 11 :

« Les cas d’enfants exposés à un risque de radicalisation et repérés à l’occasion du contrôle de l’instruction au domicile familial sont exceptionnels. » Faut-il en déduire que l’exécutif a choisi de répondre à l’exception pour supprimer les libertés de l’ensemble de la population. Ce serait remplir les objectifs des adversaires de notre démocratie.

Garde-fou, le Sénat a déjà répondu à cette question dans son rapport sur la radicalisation islamiste et les moyens de la combattre. Ses conclusions sont claires : « Des familles ont fait le choix de la scolarisation à domicile sans avoir la moindre velléité d’éloigner leur enfant de la République. À mon sens, il revient plutôt à l’Éducation nationale de veiller à ce que les enfants présentant un risque de radicalisation ne quittent pas l’école. Il ne s’agit pas de supprimer toute liberté de choix aux familles »

Balayant d’un revers de main ce rapport de la Haute Chambre, Emmanuel Macron a décidé d’interdire l’instruction en famille. Il n’en a tout simplement pas la compétence.

L’association LED’A, qui en appelle à la sagesse de nos parlementaires, rappelle que les deux Chambres n’ont encore rien décidé en la matière, le projet de loi doit être présenté en conseil des ministres le 9 décembre, et assure les familles qui ont fait le choix pédagogique de la LIBERTÉ, qu’elle usera de tout l’arsenal juridique à sa disposition pour que ce droit perdure.

Appel à prendre rendez-vous avec les parlementaires

Led’a propose un argumentaire qui répond point par point aux propos mensongers qui sont utilisés pour justifier cette volonté d’interdire un des choix possible de garantir l’instruction aux enfants. Nous le relayons ici, pour les parents en IEF et toutes les personnes qui tiennent à la liberté d’instruire, afin de le transmettre à nos représentants politiques en défilant joyeusement dans leurs bureaux, et en remplissant leur carnet de rendez-vous.

Ce texte est écrit pour que des politiques parlent à d’autres politiques, il utilise donc leurs éléments de langage, étayé de faits et de ressources scientifiques.

Cette proposition d’interdire l’IEF doit être refusé et ce droit d’apprendre autrement doit être maintenu !

Le projet de loi doit être présenté en conseil des ministres le 9 décembre prochain.

Pour trouver son député : clic ici

Pour trouver son sénateur, liste par département : clic ici

Bibliographie :

Voici quelques ouvrages qui traitent de l’IEF et des apprentissages sans école.

L’IEF est de nos jours, très largement documentée.

  • Les enfants d’abord (Grasset, 1976) ROCHEFORT Christiane
  • Mon école buissonnière (Fixot, 1991) ARTHUR
  • Insoumission à l’école obligatoire (Barrault, 1985) BAKER Catherine
  • Les cahiers au feu (Barrault 1988) BAKER Catherine
  • Comme des Invitées de Marque (Altess / Trois-Pistoles, 2005) BERGERON Léandre
  • Instruire en famille (Rue de l’Échiquier, 2013) DIEN Charlotte
  • Les Apprentissages autonomes (éditions l’Instant Présent, 2011) HOLT John
  • Apprendre sans école (éditions l’Instant Présent) HOLT John
  • Une société sans école (Seuil – Point Civilisation – 1971) ILLICH Ivan
  • Apprentissage auto-géré et instruction à la maison : une perspective européenne, Educational Heretics Press, 2006-LEARNING UNLIMITED, sous la direction de Leslie Safran Barson
  • Les 10 plus gros mensonges sur l’école à la maison (Dangles, 2008) MARTINRODRIGUEZ Sylvie
  • Und ich war nie in der Schule, Editions Zabert-Sandmann traduit en français : …Et je ne suis jamais allé à l’école (Actes Sud – Domaines du possible – 2011) STERN André
  • À l’école de la vie (Alan Thomas – Harriet Pattison – éditions L’instant présent – 2013)



Source: Dijoncter.info