L’emprise de la DAP (Département de l’Administration Pénitentiaire), scrupuleusement suivie par les autorités de la prison d’Oristano, a répondu par la provocation à toutes mes tentatives de rétablissement de la légalité et l’octroi des droits prévus par la loi mais toujours obstinément niés. Mes plaintes écrites ou orales adressées à cette direction, au magistrat de surveillance, à l’opinion publique, ont été vaines.

Cesare Battisti n’a même pas le droit de s’étonner si, dans son cas, certaines lois sont suspendues : c’est ce que m’ont fait comprendre, en termes clairs, différentes autorités.

Exiger un traitement égal à celui de tout autre prisonnier est un acte continu, épuisant et impliquant les actes les plus ordinaires de ma vie quotidienne : l’heure d’air ; l’isolement forcé et injustifié ; l’attention médicale insuffisante ; la rétention arbitraire de textes littéraires ; les questions systématiquement ignorées ; les objets d’utilité diverse et les outils de travail refusés même s’ils sont prévus par le système carcéral, etc.

Ayant épuisé tous les autres moyens de faire valoir mes droits, je me trouve contraint de recourir à une grève de la faim totale et au refus de thérapie (je souffre d’hépatite B chronique et d’insuffisance pulmonaire), jusqu’à obtention d’un transfert dans une maison d’arrêt facilitant les relations avec les membres de la famille et avec les organismes extérieurs prévus par la loi ainsi que les relations professionnelles pour la subsistance et la réinsertion.

Je demande également que ma classification dans le régime de haute sécurité (AS2) pour terroristes soit revue dans la mesure ou les risques qui la justifieraient n’existent plus.

Cesare Battisti,

le 8 Septembre 2020

Retrouver ici l’original en italien de cette annonce datée d’aujourd’hui et traduite par 1Mot2Cesare, sur Thechangebook.org

Note

Pour rappel de la situation mise à jour, une nouvelle campagne de désinformation quand à la légitimation de l’isolement, suivi d’un transfert soudain vers la Calabre, sans avertir ses avocats, ont été orchestrés immédiatement après que Cesare ait annoncé entamer une grève de la faim et des soins le 8 septembre 2020. Toutes les plaintes et recours pour faire valoir ses droits en détention étaient, avant cela, restés vains. Au point que l’avocat Davide Steccanella remette en question la justice et sa propre fonction

À propos de son isolement de fait depuis depuis tout ce temps, tandis qu’il était le seul de ce régime spécial de sa prison, les médias, y compris français et brésiliens, diffusent donc dès le 9 septembre une information floue qui laisse entendre, en particulier par un titre trompeur, que la cour de cassation aurait validé cet isolement le même jour, ce que dément formellement son avocat de Sardaigne : Si celle-ci a bien cassé un vieux recours contre les 6 premiers mois d’isolement, en aucun cas l’isolement qui se poursuit depuis un an et demi maintenant ne peut s’en trouver légitimé.

Il y a au moins un précédant à cette campagne de désinformation : la fameuse phrase « je me suis moqué de tous ceux qui m’ont aidé » et qui avait fait le tour des médias alors qu’elle n’a évidemment jamais été prononcée. Mettre n’importe quoi dans la bouche d’une personne qui ne peut démentir ou à peine et en tout cas pas dans un délai raisonnable, est facile. Autant qu’inacceptable.

  • Sa santé se dégrade. Une hépatite B a été diagnostiquée, une prostatite aurait été, un temps, suspectée, et il parle dans son courrier du 8/09/2020 d’une insuffisance pulmonaire. Un régime alimentaire compatible avec son état de santé ne lui avait en effet pas été accordé, pas plus que le réchaud qui lui aurait permis de « cantiner » comme les autres détenus, de façon à pourvoir lui-même tant bien que mal aux exigences de la maladie en matière nutritive.
  • Parmi les raisons qui l’avaient poussé à entamer une grève de la faim et des soins de santé, le contact réduit notamment avec son fils de 5 ans (qui vit au Brésil), le repas chaud tout ce temps en option au choix avec l’heure de promenade de façon à interdire toute interaction avec les autres détenus qui partaient manger à la même heure, la température de sa cellule qui pouvait culminer à 45°, plusieurs situations d’intimidations, demeure aujourd’hui, dont on sache un tant soit peu, l’inaccessibilité pour sa famille et ses avocats encore aggravée par ce transfert en Calabre, et une autre forme d’isolement, pire encore, celui-là, n’étant pas envisageable pour lui de partager la promenade avec le milieu Djihadiste…

Retrouver également l’appel à soutien publié sur Lundi matin


Article publié le 17 Sep 2020 sur Paris-luttes.info