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En Suisse, le mouvement de grève international Friday for Future a été massivement suivi au regard du contexte politique et social. Les revendications portées, par leur radicalité, ont imposé l’urgence climatique dans le débat public et réhabilité la grève comme mode d’action. À présent le mouvement est à la peine entre institutionnalisation et difficulté à travailler avec certains syndicats.

Depuis 2019 en Suisse, plusieurs mouvements sociaux très mobilisateurs, pour le contexte local, ont vus le jour. Si les revendications et thématiques phares de ces mouvements sociaux varient (antiracisme, féminisme, cause climatique), ils ont tous en commun le fait d’être à la marge des institutions et organisations politiques déjà existantes et de mobiliser surtout des jeunes, au lycée et à l’université, sans forcément d’organisation politique.

Ces mouvements sont venus dynamiser un contexte politique et social plutôt lisse depuis les années 2010 et l’essoufflement des mouvements altermondialistes, par leur radicalité et leurs modes d’actions. Un de ces principaux mouvement social est la Grève pour le Climat (GdC). Inspiré par les grèves scolaires de Greta Thunberg, il s’inscrit dans le mouvement international de grève Fridays for Future. Le mouvement a embrayé dans les premiers mois de 2019, avec des grèves dans les écoles primaires suisses-allemandes pour ensuite s’étendre au reste du pays et à tous les niveaux d’éducation.

Redynamiser le contexte social

Ainsi, divers groupes régionaux se sont créés pour organiser, lors de certains vendredis, des manifestations et grèves scolaires décentralisées, mobilisant jusqu’à plus de 100 000 personnes dans les différentes grandes villes de Suisse les 15 et 16 mars 2019. Depuis, seule la «  grève des femmes  » du 14 juin 2019 a réussi à faire mieux en rassemblant 500 000 personnes. De la croissance verte, extrêmement minorisée cependant, à l’écologie sociale, en passant par l’écosocialisme ou encore par des positions plus réformistes, le mouvement détonne par la radicalité de ses revendications, malgré la présence de primo-militants et militantes, et de courants internes hétérogènes.

Elles sont au nombre de quatre «  et demi  »  : réduction des émissions carbone à zéro pour 2030, reconnaissance de l’urgence climatique, défense de la justice climatique, sur un plan national et international, et l’arrêt de tout financement pour les énergies fossiles. La revendication «  et demi  » étant la rupture avec le capitalisme et le système politique actuel qu’impliquent ces différentes revendications. Même si cela ne concerne que les écoles et les universités, la GdC a remis au goût du jour la grève comme notion et mode d’action, bien qu’il ait été particulièrement restreint et attaqué par la bourgeoisie suisse.

Par sa grande capacité de mobilisation, le mouvement a réussi à fortement implanter la question de la crise climatique dans le débat public, à légitimer et populariser des notions radicales telles que la «  décroissance  » ou la «  justice climatique  ». De surcroît, la «  grève du climat  » a permis de mettre en lumière le rôle de la Suisse dans le système capitaliste mondial, et sa responsabilité disproportionnée dans les émissions globales.

Une responsabilité disproportionnée

Ainsi les grévistes ont multiplié les actions à l’encontre des institutions financières aussi bien publiques que privées, dénonçant leur soif de profit au mépris de la planète, et la nature impérialiste de leurs activités. Des entreprises multinationales telles que Glencore, ou le négoce de matière première, qui participent directement au pillage des matières premières dans le Sud global ont été fortement décriés, la Suisse étant une véritable plaque tournante en la matière.

Le système de retraite par capitalisation que connaît la Suisse a conduit à l’établissement d’énormes réserves financières qui se portent à 1 000 milliards de francs suisses pour 8 millions d’habitants. La majorité de ces fonds ont été investis dans un des domaines les plus rentables soit les énergies fossiles. Les retraites suisses sont au centre des débats syndicaux actuels en raison du système de pseudo cogestion des caisses de retraite. Les grandes centrales syndicales peinent à convaincre sur leur volonté propre de modifier leur rapport à la productivité et aux rendements desdites caisses avec des actes forts pour faire face à l’urgence climatique.

Finalement, la campagne référendaire qui s’est tenue contre la nouvelle loi sur le CO2 en 2021 a entamé les forces militantes.

En se positionnant pour un refus, légitime au regard du texte législatif, les militantes et militants bataillant sur le terrain institutionnel ont en partie démobilisé. Beaucoup ne se sont pas reconnu·es dans cette démarche institutionnelle. La force de la GdC était sa participation active à des luttes concrètes de terrain et non son établissement en tant qu’acteur politique « classique » du débat à la sauce helvétique. Même si la loi a été refusée en votation populaire, avec le concours d’opportunité des milieux ultralibéraux qui trouvaient que celle-ci allait trop loin, c’est une victoire à la Pyrrhus qui n’a pas permis au mouvement ni de mobiliser plus pleinement, ni de se consolider.

Plus récemment une plateforme, la Grève pour l’avenir, a été créée par les militantes et militants afin d’étendre le mouvement au monde du travail. Le but est d’intégrer les syndicats dans la lutte climatique et d’appeler à une grève générale pour mettre en place une transition écologique populaire.

Face à ces nouvelles formes de mobilisation, les syndicats peinent à trouver pleinement leur place. Des échanges ont été organisés notamment sur des chantiers, entre les ouvriers et ouvrières du bâtiment et les grévistes du climat. Même si cette démarche est louable, force est de constater que des divergences profondes sont apparues lors des ces rencontres. La peur de perdre son emploi, la baisse continuelle des revenus due à la l’inflation et aux négociations salariales infructueuses constituent dans le salariat suisse la peur la plus présente et la plus mobilisatrice.

La Grève pour l’Avenir

Lors des mobilisations du 1er mai 2022, en tentant de donner comme mot d’ordre national la réduction du temps de travail, les syndicats ont tenté d’incorporer l’urgence climatique à cette revendication historique. Même si des liens existent entre les deux domaines, la démarche est apparue comme un alibi à moindre frais. Les disparités d’incorporation des syndicats dans les luttes climatiques sont extrêmement dépendantes des réalités régionales. Si des cantons connaissent de véritables coordinations et une volonté de collaborer pleinement, dans la majorité du pays, c’est l’indifférence qui règne entre ces composantes politiques.

UCL Romandie




Source: Unioncommunistelibertaire.org