Ce lundi 10 août, la BnF est en grève, car elle est en deuil. Nous avons en effet appris avec beaucoup de tristesse le suicide d’un agent de la BnF lundi dernier, sur son lieu de travail. Nous partageons la peine de ses collègues, mais aussi leur colère.

En effet, en tant qu’usager.e.s, nous sommes bien placé.e.s pour constater l’importante dégradation des conditions de travail des agent.e.s de la BnF. Cela fait de nombreuses années que les conflits sociaux se succèdent au sein de l’établissement, et que la direction ne semble pas vouloir entendre les revendications légitimes des agent.e.s. Si cette dégradation des conditions de travail ne date pas d’hier, elle a néanmoins pris une dimension supplémentaire depuis la réouverture de la bibliothèque post-confinement. Alors que la reprise tardive et progressive de l’accueil du public aurait pu laisser espérer qu’un temps de réflexion avait été pris pour que cette dernière se fasse dans les meilleures conditions, nous avons au contraire constaté qu’elle s’est essentiellement faite au détriment des personnels de la BnF, qui ont vu leur charge de travail considérablement augmenter.

Cette dégradation des conditions de travail a également eu des répercussions immédiates sur la qualité d’accueil des usager.e.s, en particulier par de nombreux dysfonctionnement de communication des documents dans les salles de recherche du rez-de-jardin du site François Mitterrand. Cela fait des années que les agent.e.s de la BnF dénoncent – entre autre – le sous-effectif chronique. Si le protocole sanitaire en vigueur est évidemment nécessaire, il constitue une charge supplémentaire pour des travailleurs et travailleuses déjà surchargé.es. Nous ne comprenons pas pourquoi la situation actuelle n’a pas été anticipée, par exemple par l’embauche de personnel suffisant. Par ailleurs, certaines précautions ont été rapidement abandonné.es (notamment l’espacement physique des lecteurs ou lectrices), pour ne garder que le système de commande en différé des documents, depuis bien longtemps voulu par la direction de la BnF, qui semble compter sur la situation sanitaire pour le pérenniser. On peut alors se demander si les décisions prises le sont réellement pour garantir la sécurité des agent.es et des usager.es. Le suicide d’un salarié sur son lieu de travail n’est jamais un acte anodin.

Nous tenions à témoigner de toute notre solidarité dans cette épreuve auprès des proches et des collègues de l’agent décédé. Nous soutenons pleinement la grève en cours et les revendications portées par les agent.e.s. Nous espérons vivement que la direction de la BnF assumera toute sa responsabilité et agira en conséquence afin qu’un tel événement ne se reproduise plus jamais en ses murs.

Des usager.e.s solidaires.


Article publié le 10 Août 2020 sur Paris-luttes.info